RESISTANCES : définitions et fondements, formes et moyens, obstacles et limites

 

 

Après avoir longtemps  enseigné, écrit, milité, le moment m’a semblé venu de partager une synthèse sur les résistances, petites et grandes,  personnelles et  collectives,  modérées et  radicales, celles des personnes et des mouvements sociaux mais aussi d’autres acteurs locaux, nationaux, internationaux.

 Pourquoi ,  sans tomber dans le confusionnisme, réfléchir en un seul texte, aux enjeux, aux adversaires, aux moyens de résister à une fatigue, une accoutumance,  un ouragan,  une discrimination,  une injustice criante, une liberté assassinée, une marchandisation effrénée, une compétition mortifère ?

 Réfléchir pour mieux comprendre des mécanismes communs, différents ou opposés, donc éventuellement d’être, ici ou là,  un peu plus opérationnels,

Réfléchir  pour rechercher et partager  des  flammes et des souffles  de résistances passées, présentes et à venir.

 

(Face à une lecture  de trente pages  on pourra par exemple lire  tour à tour chacune des trois parties. On « résistera » ainsi à la tentation du tout … tout de suite …ou du rien … c’est trop long.)

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-Elles brûlent encore ces deux flammes symboliques, celles d’Antigone et de Gavroche.

Il y a près de 2500 ans, dans la tragédie grecque de Sophocle, Antigone enterre son frère malgré les lois et se suicide en enlevant ainsi au pouvoir sa victoire. Il y a plus de 150 ans, dans le roman de Victor Hugo « Les Misérables », Gavroche bondit sur la barricade puis, fauché par la mitraille, il quitte la vie en chantant.

-Oui, l’un et l’autre  sont restés debout, resistere de stare, être  debout. L’étymologie du mot est parlante. Camus écrivait « Le révolté, au sens étymologique, fait volte-face. Il marchait sous les fouets du maître. Le voilà qui fait face. »

– Quant à la graphie du verbe  résister  elle est magnifiquement soulignée par un auteur qui écrit : « Il est des mots dont la graphie semble incarner mystérieusement  le sens. Ainsi du beau verbe résister avec ses deux r, ses deux e, ses deux s qui entourent symétriquement son i, comme s’il s’agissait de le préserver, de le garder précieusement en vie .Car résister c’est d’abord  cela : maintenir intacte la flamme fragile, éphémère de l’existence : tenir : survivre ». (« Résister. Le prix du refus », sous la direction de Gérald Cahen, Editions Autrement, Série Morales, 1994 ,4ème de couverture).

-Si l’on veut, au départ d’une réflexion, essayer de dresser un inventaire indicatif, que vous modifieriez et complèteriez vous-mêmes, on est vite submergé par une énumération impressionnante.

Qu’est-ce qui résiste ? La  pierre, le marbre, le chemin, la route, le pont, le monument, les archives, la maison, l’immeuble, le village, la ville, les dernières traces humaines sur la Terre pendant au moins un certain temps  si  l’homme disparaissait. Résistent aussi la montagne, les cours d’eau, le littoral, le sol, le feu, la pluie, le vent…

Qui est-ce qui résiste ? Le vivant, autrement  dit les animaux, les arbres, les plantes, les êtres humains- enfants, adolescents, adultes, vieillards, hommes, femmes- On résiste en personne, en famille, en communauté, en peuple, en génération, en humanité…

Au nom de quoi résiste-t-on ? Au nom du passé, d’ ancêtres, de victimes, de luttes menées, d’avancées acquises, au nom de son enfance, de la mémoire, mais aussi du présent, des personnes proches et lointaines, mais aussi de l’avenir, des générations futures, de l’espoir, de l’espérance, on résiste au nom de la morale, de l’éthique, de la laïcité , de la religion, du droit que l’on veut changer, créer,  ou respecter, on résiste au nom de principes, de valeurs qui s’appellent égalité, liberté, démocratie, justice, paix, au nom de la fidélité à soi-même et à d’autres, au nom de promesses que l’on veut tenir…On résiste au nom de l’intérêt commun,  des biens communs, de l’idée d’humanité.

A quoi résiste-t-on ? Au froid, à la chaleur, aux intempéries, aux causes et aux effets de l’ensemble des problèmes drames et menaces que constituent les changements climatiques. On résiste à des tentations (Oscar Wilde disait « Je peux résister à tout… sauf à la tentation »), on résiste à des gourmandises, des colères, des jalousies, des chagrins d’amour, des passions, à des paroles et des attitudes blessantes, à des caractères difficiles, à la bêtise, à des rumeurs, des idées reçues , des  changements injustes mais aussi justes, à des habitudes que l’on voudrait changer, on résiste à des accoutumances et à des dépendances. Bien sûr aussi à la fatigue, au sommeil, à l’ennui, à des peurs de la nuit …et du jour, à de mauvais souvenirs, au poids des années, à la vieillesse, aux souffrances, aux maladies, au détachement, à la mort-la sienne, celles de ses proches et de ses amis- aux angoisses et aux peurs qui peuvent les accompagner. Et puis vient une longue énumération de grandes résistances à travers les temps : résistances à la guerre et dans la guerre, à la course aux armements, à la baisse ou à la hausse des budgets militaires,  résistances pour créer et appliquer une justice pénale internationale, résistances innombrables face aux injustices économiques, sanitaires, sociales, politiques, environnementales, culturelles, territoriales, résistances face aux discriminations, aux intégrismes, aux racismes, aux terrorismes, résistances face à des dominations masculines et aux luttes pour les libérations des femmes, résistances face au durcissement du contrôle des migrations, résistances face à la traite, à l’esclavage, à la torture, aux dictatures, aux totalitarismes, ceux du stalinisme, du nazisme et des khmers rouges, et aux génocides, ceux des arméniens, des juifs, des tziganes, des cambodgiens, des rwandais. Sans oublier les résistances au système productiviste , système condamnable et condamné : celles de remises en cause des modes de production, de consommation et de transports écologiquement non viables, celles  de remises en cause d’une techno science souvent au service  de puissances financières et non du vivant , celles contre la marchandisation du monde, celles  contre une mondialisation  compétitive et irresponsable à l’opposé d’une mondialisation solidaire et responsable.

A ces énumérations s’ajoutent celles de noms de personnes et de collectivités que nous retrouverons  au moment d’examiner les formes des résistances.

« Penser c’est dialoguer avec la complexité » dit Edgar Morin. Pour mieux comprendre  cette diversité qui semble inépuisable, pour y voir plus clair dans les objectifs, les enjeux,  les moyens entre des résistances très différentes, celles par exemple à une  dépendance,  une tempête, une injustice, une dictature, une destruction environnementale,  nous proposerons une analyse qui se voudrait  globale, critique  et prospective. Cette réflexion pourrait se dérouler en trois temps : d’abord autour du socle,  des « pourquoi » résister, ce seront les définitions et les fondements des résistances (Ière partie), ensuite autour du « qui » résiste, « à quoi » et « comment », ce seront les formes et les moyens des résistances (IIème partie) ,  enfin viendront les questions des difficultés rencontrées et celles « du jusqu’où » résister, ce seront les obstacles et les limites des résistances (IIIème partie) .

 

PREMIERE PARTIE-LES DEFINITIONS ET LES FONDEMENTS  DES RESISTANCES

Arriver à cerner les définitions des résistances ne permet-il pas de mieux se situer par rapport à telle ou telle résistance ? (A) Comprendre quels sont leurs fondements ne demande-t-il pas une analyse globale ? (B)

A-LES DEFINITIONS DES RESISTANCES 

 

 

Nous proposons de les déterminer  à partir de deux critères qui devraient éclairer chaque définition. Quelles parts ont les volontés dans les résistances ? Comment les résistances s’inscrivent-elles dans le temps ? Les volontés  et le temps permettent, semble-t-il, de dégager quatre définitions  correspondant à quatre séries de situations.

 

1ère définition : Beaucoup de résistances  proches et déjà au-delà de mécanismes naturels de défense.

 

Dans ces résistances les volontés ont malgré tout une certaine présence mais très variable et le  déroulement du phénomène est souvent rapide. Quels sont les éléments qui constituent ces résistances ? Nous en proposerons deux.

-En premier lieu certaines résistances correspondent à des mécanismes naturels de défense. Il s’agit de réactions immédiates, rapides, elles sont involontaires face à ce que l’on pourrait appeler un stimulus. Ce mécanisme va se déclencher avant toute réflexion donc, a priori, indépendamment de la volonté .C’est un réflexe inné, défensif que l’on trouve chez  les êtres humains, les  animaux, les végétaux. On parle  de réflexe vital, d’instinct de conservation, par exemple face au froid, au réchauffement, à une douleur…

 -En second lieu ces résistances ne sont-elles pas, pourtant, ici et là, déjà plus qu’une défense naturelle ? Trois raisons au moins vont dans ce sens et font dire à certains qu’il y a « une impossibilité de donner une définition purement naturaliste de la résistance de l’organisme. » (« Une devise pour l’organisme » par Anne-Marie Moulin, dans l’ouvrage « Résister » déjà cité). D’abord même quand on résiste ainsi on peut avoir des marges de manœuvres, certains choix possibles. Par exemple on peut apprivoiser certaines peurs, il y a donc de l’inné mais aussi de l’acquis c’est-à-dire de l’idéologique, de l’éducatif, du social, de l’économique, par exemple face à ce que l’on appelle des « maladies de l’hiver » certes les stratégies de défense de notre corps sont là mais existent également des façons d’aider notre organisme à se défendre, on peut stimuler des défenses immunitaires par des plantes médicinales, par des vitamines. Ensuite les mécanismes de défense sont inégaux selon les personnes, certaines sont par exemple plus frileuses que d’autres, et des inégalités existent également selon les groupes, par exemple les maladies cardiaques chez les femmes sont, dit-on, sous-diagnostiquées parce  qu’elles  peuvent former des caillots sanguins plus  silencieux .Enfin il peut arriver que des mécanismes de défense soient synonymes d’erreurs, par exemple face à des menaces que l’on croyait  exister mais qui étaient des peurs sans objet.

 

2ème définition : Les innombrables résistances quotidiennes par rapport à soi-même et à d’autres.

Dans ces résistances les volontés sont présentes, elles sont  très variables dans  leur durée.

-Des résistances à soi-même varient selon ses choix de vie, son tempérament, sa santé, son entourage et selon les circonstances. Ainsi face au sommeil, à des fatigues, des efforts, des maladies, face à des situations et des décisions qui nous contrarient…On le sait aussi des  résistances, des forces peuvent « nous  manquer, nous abandonner. ».

-Et puis  dans nos rapports avec les autres, on peut  vivre des résistances dans des lieux quotidiens, autrement dit dans la famille,  l’éducation de ses enfants et petits enfants, dans ses  amitiés, sa profession, dans l’administration, les moyens financiers, le commerce, les transports, les voyages, les spectacles…Dans l’administration on ne résiste pas toujours au rire quand elle vous écrit « Votre dossier est vide de toutes pièces manquantes » ou bien « Vous pouvez payer en plusieurs fois à condition de tout régler d’un coup » ou bien « Comme chaque année nous avons égaré votre dossier. »

-Il arrive aussi que l’on abandonne des résistances par lassitude, par peurs de complications ou  de conflits qui s’enveniment, par lâcheté dans la  fuite, ou par volonté de  ne plus recevoir de  coups et de trouver un peu de calme voire une certaine sérénité.

 

3ème définition : De nombreuses résistances, témoignages d’actes culturels.

 

Elles représentent un ensemble de volontés et se construisent dans le temps. Quels sont les éléments qui constituent  ces résistances ? On peut en recenser au moins cinq.

-En premier lieu l’acte culturel repose sur un socle, celui de valeurs, c’est-à-dire ce à quoi l’on croit. Ces valeurs les plus connues, qui ont vu le jour grâce à  de nombreuses résistances à travers le temps, sont celles de la culture humaniste, elles correspondent également à la devise de la République française : liberté, égalité, fraternité .Ces valeurs se sont traduites peu à peu par les droits de quatre générations, les deux premières sont  reconnues au niveau international par les deux Pactes internationaux des droits de l’homme, les droits-libertés c’est-à-dire les droits civils et politiques (qui sont les droits de), les droits-égalités c’est-à-dire les droits économiques sociaux et culturels (qui sont les droits à).La troisième, celle  des  droits-solidarités,  qui sont les droits au développement, à l’environnement et à la paix, voit le jour, on va, trop lentement, vers la consécration d’un Pacte international du droit à l’environnement, la paix attend toujours son Pacte, des textes existent sur le droit au développement durable. Une quatrième génération de droits est en gestation, celle des droits des êtres humains par rapport à la techno science, par exemple relatifs à la bioéthique et au clonage, ou bien à un droit  à l’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive.

Ajoutons que des personnes, des communautés, des organisations, des mouvements, de façon modérée ou radicale, ne veulent pas adhérer à ces valeurs et, par exemple, se prononcent pour un repli sur soi, une fermeture voire une haine de l’étranger et sont porteurs d’injustices, d’atteintes  aux libertés. 

 Camus écrivait « Le révolté oppose ce qui est préférable à ce qui ne l’est pas. Toute valeur n’entraine pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur. »

 

-En second lieu ce sont donc les atteintes à une ou plusieurs de ces valeurs qui donnent le jour à des résistances. « Indignez-vous ! » proclamait  Stéphane Hessel .En effet l’indignation est le terreau de la résistance. Elle apparait dans les domaines qui correspondent à l’ensemble des activités humaines. Il s’agit des atteintes à la démocratie (liberté), à la justice (égalité), à la paix et à l’environnement (fraternité). En témoignant de son engagement dans la résistance Edgar Morin affirmait : « Je faisais quelque chose qui me semblait juste et bien. » Adam Michnik,  ancien militant de l’opposition polonaise, écrivait : « Dans la vie de chaque homme vient un moment où pour dire simplement ceci est noir ceci est blanc il faut payer très cher. Ce peut être le prix de la vie. A ce moment le problème n’est pas de connaitre le prix à payer mais de savoir si le blanc est blanc et si le noir est noir. Pour cela il faut garder une conscience. » Donc l’indignation est synonyme  du « trop c’est trop », de l’écœurement, de l’inacceptable. Cette  révolte et cette colère apparaissent le plus souvent  face aux injustices. Jean Carbonnier, auteur d’un ouvrage juridique célèbre (Flexible droit, LGDJ, 1969), constatait que « La découverte de la justice est tantôt illumination à l’horizon lointain, tantôt éclair qui déchire la conscience. » Ainsi, de façon lente ou brutale, on entre en résistance.

– En troisième lieu cette indignation se traduit concrètement  par un refus, un non.

Plutarque, philosophe et biographe de la Rome antique, cité par Montaigne puis de nos jours par exemple par Edwy Plenel (« Dire non », éditions Don Quichotte, 2014) affirmait : « Les habitants d’un pays étaient tombés en esclavage pour ne pas savoir prononcer une seule syllabe : non. »Voilà qui peut rappeler cette pensée du philosophe Alain : « Penser c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est  d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non(…) » (Alain, Propos sur les pouvoirs, « L’homme devant l’apparence »,19 janvier 1924, n° 139). On refuse de « s’adapter» au scandaleux, à l’intolérable, à l’inhumain. Ce refus peut se manifester en paroles et il peut prendre corps en actes. N’écoutez pas seulement ce qu’ils disent, regardez surtout ce qu’ils font.

-En quatrième  lieu cette indignation  peut aussi prendre souvent la dimension du « nous » qui devient essentielle. Le fondateur de Mediapart lançait un « appel au sursaut » : « Dire non pour inventer tous ensemble notre oui. » ( Edwy Plenel « Dire nous », éditions Don Quichotte)  2016).On s’indigne au nom du bien commun, au nom de l’intérêt collectif, au nom de l’idée d’humanité.

-Enfin en cinquième lieu cette indignation peut aussi s’accompagner d’une capacité de proposition, d’une utopie créatrice  c’est-à-dire prenant les moyens de se réaliser à travers des alternatives. René Jean Dupuy, juriste internationaliste, écrivait : « La dimension utopique et prophétique demeure indispensable dans toute prospective réelle qui implique non pas la simple extrapolation du passé et du présent mais le moment de la rupture, le moment de la conscience, le moment de la transcendance de l’homme par rapport à sa propre histoire. » (René Jean Dupuy, La clôture du système international. La cité terrestre », puf, 1989). 

 

4ème définition : Des résistances de veilleurs, un état d’esprit face à tout ce qui détruit le vivant.

 

A vrai dire la distinction entre l’acte culturel et l’état d’esprit n’est pas toujours  tranchée. On peut passer de l’un à l’autre dans sa vie ou dans une collectivité, selon le souffle que l’on a et selon les circonstances.

Dans l’état d’esprit de la résistance les volontés sont omni présentes et  le temps est plus ou moins habité par des refus.  Deux éléments  constituent probablement cet esprit de résistance.

-En premier lieu : les résistant(e)s deviennent peu à peu des veilleur(e)s. Pour elles, pour eux « résister c’est exister, exister c’est résister.». L’esprit de résistance  se traduit par des critiques et des insoumissions dans un ou plusieurs domaines. Le veilleur veille au nom des autres et avec les autres, mais aussi quelquefois contre eux ou sans eux. Il a une volonté  particulière, celle de détecter le plus tôt possible des atteintes à des valeurs. Le veilleur sait que nos chemins de bonnes intentions peuvent être  pavés de nos renoncements successifs. Il sait que plus on attend pour résister, plus il va être difficile de le faire parce que les atteintes aux valeurs deviennent plus nombreuses et plus dures à combattre et parce que les volontés d’entrer en résistance peuvent se perdent dans le sable.

 

 -En deuxième lieu cet état d’esprit est d’autant plus porteur qu’il embrasse un ensemble d’indignations face aux atteintes qui détruisent les êtres humains et l’ensemble du vivant. L’amour de la vie et de tout ce qui est vivant  fait naitre une colère qui devient inextinguible,  c’est-à-dire qu’on ne peut plus l’arrêter face à ce qui  menace, attaque ou tue la vie. Dans son cœur, son esprit et sa vie on crie du fond de son être « Liberté ! Justice ! Paix !  Vive le vivant ! ».

 Indignation, révolte, rupture, résistance ne se dévorent pas mais ont faim  ensemble, elles se complètent, elles s’inclinent les unes vers les autres.

Ainsi, vous l’avez compris, il n’y a pas de cloisons étanches entre ces quatre séries de situations de résistances. Les deux premières, celles  des réflexes et celles quotidiennes envers soi et d’autres, peuvent être présentes dans l’engagement d’un acte culturel. Et par exemple aussi on peut  penser et agir dans un acte culturel et être habité peu à peu par un esprit de résistance plus général.

Telles sont les définitions des résistances, quels sont donc leurs fondements ?

 

B-LES FONDEMENTS DES RESISTANCES

 

 

Saisir l’ensemble des fondements montre que, dans chacun d’eux, il y a , on s’en doutait, un ciment qui s’appelle le courage. Le philosophe Vladimir Jankélévich disait : « Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout c’est le courage. »

 Oui, les résistances nous appellent « au courage de tous les jours » et à celui de situations « hors du commun ». Ce courage est le plus souvent à la fois physique et psychologique, les deux marchent côte à côte, accompagnés aussi d’autres fondements.

 

1-Les fondements physiques et biologiques des résistances.

 

-Par rapport aux fondements physiques nous pourrions distinguer d’une part l’ensemble des résistances et d’autre part des résistances face à l’horreur.

 

D’abord existent les résistances quotidiennes hors de l’horreur (qui  peut aussi être   quotidienne dans nombre de situations sur terre). Comme le dit  le langage courant il s’agit de « tenir le coup »,de  résister dans des épreuves physiques de santé, de fatigue dans son travail, de tensions familiales, d’ actions associatives, syndicales, politiques, et de mouvements sociaux qui peuvent exister même à un âge avancé, Théodore Monod, à plus  de 90 ans, jeunait et marchait  pour la paix.

 

Ensuite existent des résistances physiques au cœur de l’horreur, au cœur de grandes souffrances  collectives. Des personnes, en particulier des enfants des femmes des vieillards, qui essaient de faire face, surtout au Sud de la planète, aux drames de la faim, de la misère, de la maladie et de la guerre. En 2014 il y avait un enfant sur deux (personne de moins de dix huit ans) dans le monde  qui était dans une ou plusieurs de ces situations dramatiques. Egalement des personnes persécutées, torturées qui essaient de résister au-delà du possible. Rappelons-nous la fin du discours de Malraux en hommage à Jean Moulin : « Aujourd’hui, jeunesse, puisse-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de  sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé, ce jour là elle était le visage de la France. » Et puis voilà des réfugiés politiques, des migrants économiques, des déplacés environnementaux de plus en plus nombreux qui résistent physiquement et psychologiquement pour survivre et faire reconnaitre et appliquer des droits.  Voilà des  villageois, des citadins qui se relèvent de catastrophes écologiques et se mettent à reconstruire. Au milieu de toutes ces situations il en est une que nous voulions souligner, celle des combattants de la Grande Guerre de 1914-18 qui résistaient pour survivre. Rappelons-nous cet amoncellement d’horreurs en un seul lieu, celui des tranchées : attaques, mitrailleuses , obus, explosions de surfaces et souterraines, gaz de combat, combats à la baïonnette  et au couteau, cadavres, cris, plaintes, pleurs, souffrances des blessés, peurs de souffrir et de mourir, lassitudes, crise de folie, suicides, exécutions pour en appeler à la combativité, prise de conscience des abattoirs programmés par les folies et les erreurs du commandement, manques de sommeil, de nourriture et d’eau, puanteurs multiples, conditions sanitaires catastrophiques, noyades, froid, pluie, boue, poux, rats, vermine… Oui, c’était bien une forme d’apocalypse, d’enfer sur terre, comme depuis 1945  dans les conflits armés les résistances physiques   et morales des civils et des militaires ont été et sont  souvent surhumaines.

 

-Par rapport aux fondements biologiques de nombreuses disciplines scientifiques ont  contribué à clarifier les situations.

 

D’abord  les deux hypothèses extrêmes ne sont plus fondées, celle de la seule « loi  des gènes »  ou celle du seul « empire du milieu ».

 

Ensuite sont donc présents, dans des proportions variables, l’inné et l’acquis. On peut ainsi le penser quant aux  résistances pour construire la démocratie, la justice, la paix, l’environnement. Le Manifeste de Séville  en 1986, dans le cadre de l’UNESCO, était écrit par une vingtaine de personnalités scientifiques -psychologues, sociologues, politologues, biologistes, ethnologues et éthologues- qui affirmaient en conclusion par rapport à la paix  et donc aux résistances pour la construire et faire reculer la guerre : « Il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est un phénomène instinctif ou qui dépend de nos gènes même si ceux-ci ont une certaine influence sur notre manière d’agir, mais c’est l’influence de la socio culture qui est déterminante. »

 

2-Les fondements psychologiques et éducatifs des résistances.

 

-Par rapport aux fondements psychologiques existent au moins deux aspects.

 

D’abord il s’agit de la question du risque. Simone de Beauvoir pensait que « c’est dans l’incertitude et le risque qu’il faut assumer nos actes. » Risque et prudence vont se trouver parfois dans une certaine harmonie, parfois voire souvent en tensions, en confrontations ou en conflits. Le retournement de la question du risque, en le schématisant, se fait ainsi : au lieu de se demander « Qu’est-ce que je risque si j’interviens dans tel et tel conflit ? », on se demande « Si je n’y vais pas qu’est-ce que les autres risquent ? ». Dans une résistance il faut arriver à apprivoiser ou à faire taire des peurs, par exemple celle de se retrouver en minorité, celles liées à sa liberté, sa sécurité,  sa famille, son travail, ses biens. Facile à dire, difficile ou parfois surhumain à faire. On trouve ici également le rôle important des « lanceurs d’alerte » dont la protection doit être la plus assurée possible.

 Les différents types de répressions ne sont pas rares et peuvent  s’étendre à un pays tout entier. A l’extrême la disparition des opposants a été et reste une pratique terrible qui donne lieu elle-même à de multiples résistances, ainsi face à la dictature militaire en Argentine (1976-1983) les Mères de la place de Mai à Buenos Aires dès 1977 ont réclamé au long des années la vérité sur le sort de leurs enfants. Les répressions aux résistances peuvent conduire à la clandestinité ou à l’exil, des luttes peuvent aussi continuer  dans ces situations.

 

 Ensuite psychologiquement la résistance s’inscrit dans le non et, aussi , le oui et le nous.

 

 Deux éléments peuvent  accompagner  et  renforcer ce refus : le « oui » à un contre projet, à une proposition porteuse, à des alternatives.

 Et  le « nous » qui marque une solidarité en route et qui veut créer un rapport de forces.

 « Le non, le oui et le nous » peuvent s’appuyer les uns sur les autres et construire une psychologie de combat, un état d’esprit de résistant.

 

 

-Par rapport aux fondements éducatifs

 

D’abord de façon globale les logiques dominantes du système productiviste mondial sont fondées sur la soumission et la compétition. Elles ont tendance, de façons certes très variables selon les lieux, à donner  des individus plus ou moins écrasés (sous la férule  de l’obéissance), « désolés » (terme employé par Hannah  Arendt ) (sous l’emprise de la fatalité), isolés (sous l’administration des peurs), et parfois fanatisés (la fin justifie alors n’importe quel moyen).Au contraire promouvoir des logiques d’éducation à la paix signifie qu’elles sont fondées sur la résistance et la solidarité. Celles-ci impliquent de construire face à l’obéissance l’esprit critique et la responsabilité, face à la fatalité la formation à l’autonomie, face à l’administration des peurs le respect des différences, face au fanatisme  la mise en œuvre de moyens conformes aux fins, respectueuses de l’humain et du vivant, que l’on met en avant.

Ensuite de façon plus spécifique dans l’éducation et dans l’enseignement. Un psychanalyste, Gérard Mendel (« Pour décoloniser l’enfant »,1977), affirmait qu’ « un enfant  conditionné donnera vraisemblablement un adulte aliéné ». Il se soumettrait plus facilement aux Grands, au Père de la Nation, à l’Etat. Cet auteur pensait aussi qu’obéir n’est pas forcément se soumettre. Il faut distinguer, disait-il, l’obéissance et la soumission à l’autorité. On peut obéir par consentement volontaire et éclairé. Dans la soumission passive à l’autorité c’est la volonté de l’autre que l’on exécute.

On peut penser que dans l’enseignement, avec des moyens adaptés aux différents âges, est essentiel le fait d’insister sur la formation à l’esprit critique. Ainsi par exemple on peut créer et développer des jeux montrant différentes inégalités, des cours de lecture critique des médias, des débats dans une classe… On peut également très tôt, ainsi que l’explique l’ouvrage d’un enseignant-chercheur, « Apprendre à résister » (Olivier Houdé, Apprendre à résister, éditions Le Pommier, 2014), « résister à ses propres automatismes pour activer l’esprit critique. »

 

 3-Les fondements éthiques, politiques et juridiques des résistances.

 

-Par rapport  aux fondements éthiques

 

D’abord soulignons le fait qu’une résistance peut être inspirée par la religion. Ainsi par exemple à travers l’histoire du christianisme les actes individuels et collectifs d’insoumission par rapport au service militaire et à la guerre sont présents au nom d’une objection de conscience, au nom de lois que l’on estime supérieures à celles des hommes. Une résistance peut être inspirée par l’esprit rationaliste, tel que celui de Nicolas de Condorcet, philosophe, mathématicien et homme politique des « Lumières », qui défend les droits de l’homme et de la femme-ce qu’il appelait en 1790 « l’admission des femmes au droit de cité »- et il s’oppose à l’esclavagisme. Condorcet était confiant dans « l’instruction générale » porteuse de progrès : «Plus un peuple est éclairé plus ses suffrages sont difficiles à surprendre (…) même sous la constitution la plus libre un peuple ignorant est esclave. » 

 

 Ensuite une résistance peut être aussi inspirée par l’éthique. Différente de la morale  qui est surplombante et qui juge, l’éthique  jaillit d’en bas et questionne, c’est la conscience déchirée, autonome, la conscience qui va s’incarner dans un acte. On peut parler de « désobéissance éthique », ainsi celle d’ « une résistance dans les services publics  dont les employés  refusent « en conscience »  de faire de l’usager un client et de se soumettre au « tout comptable », par exemple dans l’enseignement (Elisabeth Weissman, Enquête sur la résistance dans les services publics , Le Monde diplomatique, octobre 2010, p30)

 

Par rapport aux fondements politiques nous  soulignerons simplement deux idées  essentielles, l’une globale relative au productivisme, l’autre plus spécifique à la  résistance.

 

D’abord le premier fondement politique de la résistance est global.

 C’est l’adversaire et l’ennemi le plus gigantesque qui existe depuis environ cinq siècles : le système productiviste. Chacun, chacune, tous les acteurs, du plus petit au plus grand, sont concernés parce qu’il englobe tout. Dans ce système les responsabilités des uns et des autres sont infimes, faibles, moyennes, importantes ou écrasantes. Il profite à une minorité mondiale mais entraine l’humanité dans l’autodestruction.

Un système c’est la combinaison d’éléments qui forment un ensemble, système ici totalisant dans l’espace et dans le temps. Le productivisme a de nombreux points communs avec le capitalisme, le libéralisme et le néo libéralisme mais, à notre sens, il est encore plus vaste impliquant une critique de la techno science qui , loin  seulement de libérer les êtres humains, peut contribuer aussi à les fa            ire disparaitre.  

Historiquement  ce système  est né à la fin du Moyen Age, il s’est développé à travers la révolution industrielle du milieu du XVIIIème en Angleterre et du début du XIXème en France, enfin il est devenu omniprésent, omniscient, omnipotent au XXème et au début du XXIème. C’est lui qui fait que, en principe dans quelques décennies,  sauf remise en cause massive et radicale, nos descendants entreront dans une période  inconnue quant à l’avenir d’une grande partie du vivant.

 Ce système   n’est-il pas condamnable  des seuls faits, par exemple, qu’en 2014 un enfant sur deux dans le monde était en situation de détresse et /ou de danger (guerres, maladies, misère, catastrophes écologiques) et que les marchés financiers ont pris une grande partie de la place des conducteurs (Etats, entreprises) ? Ce système n’est-il pas condamné des seuls faits, par exemple, qu’en 2014 plus de 4 milliards de dollars sont consacrées chaque jour aux dépenses militaires mondiales et que des activités humaines entrainent un réchauffement climatique qui menace l’ensemble du vivant  de plus 3° à 6°C vers 2100 et de plus d’un mètre d’élévation du niveau des mers ? Système suicidaire qui ne réalise pas le bien commun et qui contribue aux confusions entre les fins (êtres humains plus ou moins ramenés aux rangs de moyens) et les moyens (marché mondial et techno science tendant à devenir des fins suprêmes.)

Les priorités profondes du productivisme, au nombre au moins d’une dizaine, s’appellent la recherche du profit,  la financiarisation, le culte de la croissance, la course aux quantités, la domination sur la nature, la marchandisation du monde, la priorité au court terme, l’expropriation d’élus et de citoyens, la compétition, l’accélération…

Face à la toute-puissance de ce système terricide et humanicide il faut résister, personnellement et collectivement , c’est-à-dire penser et mettre en œuvre des contre mécanismes pour lutter contre la confusion des fins et des moyens et construire des sociétés et une communauté mondiale à travers des moyens démocratiques, justes, pacifiques, écologiques.

 

Ensuite le  second fondement politique de la résistance  est spécifique. Il est symbolisé par  quatre ouvrages porteurs de quatre idées principales.

 Le premier ouvrage en 1550 est celui d’Etienne de la Boétie : « Discours de la servitude volontaire ». Cet auteur met en avant l’idée selon laquelle si on ne soutient plus les tyrans leurs pouvoirs s’effondrent. L’ami de Montaigne écrit « Si on ne leur donne rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits, ils ne sont plus rien, sinon que, comme la racine, n’ayant plus d’aliment, la branche devient sèche et morte. » Il faut donc retirer son appui au tyran : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez mais seulement que vous ne le souteniez plus et vous le verrez, comme un grand colosse à qui se dérobe sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre.» On peut donc affirmer qu’il y a certes la capacité de violence des régimes autoritaires et, de façon plus globale dirait-on aujourd’hui, les forces des dominants  financiers et économiques, mais il y a aussi et surtout  la  soumission des opprimés, des dominés qui sont prisonniers de différentes peurs en particulier celles des répressions. Cet auteur met en avant le principe de non-coopération qui est le socle de la désobéissance civile.

 Le second ouvrage est relatif à la désobéissance civile. Elle est théorisée par un américain, Henri David Thoreau, dont le texte est publié en 1849 : « Du devoir de désobéissance civile ».Il ne faut pas être complice de l’injustice que l’on condamne. L’homme juste affirme sa liberté et sa dignité par un acte d’insoumission qu’exige sa conscience, cette insoumission de l’individu face à l’Etat se manifeste en particulier par le refus de l’impôt servant à l’esclavage et  à la guerre. Ces deux œuvres, celles de La Boétie et de Thoreau, vont inspirer les théories et les pratiques de la non-violence qui ont vu le jour.

 Le troisième ouvrage est en réalité l’œuvre d’Hannah Arendt, philosophe américaine d’origine allemande, auteur en particulier en 1951 de « Les origines du totalitarisme » qui ,en commentant plus tard le procès d’un haut dirigeant nazi, réaffirme que le processus d’obéissance est fondamental dans le totalitarisme, même le haut fonctionnaire est préoccupé d’obéir aux ordres, « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » diront de nombreux nazis pour leur défense. Or  vient un moment où l’on doit désobéir aux ordres pour obéir à sa conscience.

 Un quatrième  ouvrage important  est en 1974 celui d’un psychosociologue américain, Stanley Milgram ,  « La soumission à l’autorité », dans lequel il étudie les effets de la punition sur l’apprentissage, punition qui consistait en décharges électriques administrées par des volontaires recrutés par petites annonces, décharges envoyées à des compères de Milgram. Cet auteur démontre que, selon  diverses variables des expériences, 60 à 80% des personnes, en situation d’autorité, sont prêtes à torturer leurs semblables ! Ce que l’expérience de laboratoire permet de prouver scientifiquement, l’histoire, en particulier celle des guerres, se charge d’en témoigner. Plus on est intégré dans une structure plus on s’en dégage difficilement, on obéit aux ordres des chefs même contre sa conscience. L’obéissance peut  ainsi être pourvoyeuse de violence. Il existe alors un double mécanisme : on s’en remet aux chefs, donc on atténue son sentiment de culpabilité, et on nie la souffrance de la victime  en la dévalorisant, allant même jusqu’à la qualifier de « sous-homme. »

 

Par rapport aux fondements juridiques nous en soulignerons quatre essentiels.

En  premier lieu c’est  le droit à l’insurrection. On le trouve consacré dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de  1793 à l’article 35 (voir sur ce sujet Droit cri-TIC, article de Geneviève Koubi) : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » C’est donc le peuple, de façon pacifique ou violente face à la répression, qui sanctionne  un coup d’Etat, une dérive autoritaire ou l’instauration d’une dictature…D’autre part notre constitution actuelle de 1958  dans le premier point de son  préambule « proclame solennellement son attachement aux droits de l’homme » tels qu’ils ont été définis dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,or celle-ci dans son article 2  dispose que : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Quelques constitutions d’autres pays consacrent elles aussi ce droit. D’autre part  au niveau international le point 3 du préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 considère qu’il est « essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit  pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. »

En second lieu voilà le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ne l’oublions pas : les résistances surtout face à la colonisation, mais aussi face  au régime raciste de l’apartheid, et parfois face aux occupations armées étrangères,  se sont fondées sur le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes consacré par l’article 1.2 de la Charte des Nations Unies de 1945, par la « Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux » de 1960 et  par l’article premier identique aux deux Pactes internationaux des droits de l’homme de 1966.

En troisième lieu c’est le devoir de désobéissance des fonctionnaires. En France l’article 28 de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, dispose que tout fonctionnaire  doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique. Ce devoir d’obéissance comprend cependant une exception, celle du devoir de désobéissance qui constitue une obligation « dans le cas où l’ordre  donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public » Avant et après cette loi les hautes juridictions  françaises sont allées dans ce sens :  en 1944 le Conseil d’Etat considère que le fonctionnaire  en question a commis une faute , il devait refuser l’ordre du maire de donner des allocations chômage à des personnes qui n’y avaient pas droit, la Cour de Cassation en 1997 considère que le haut fonctionnaire  Papon qui a apporté, à l’instigation des nazis, son concours  à la déportation de personnes, s’est rendu complice d’un crime contre l’humanité, en 2004 cette même Cour condamne tous les gendarmes  qui ont incendié une paillotte corse sur ordre du préfet.

En quatrième lieu on retrouve ce devoir de désobéissance chez les militaires ( Du devoir de soumission au devoir de désobéissance ?Le dilemme militaire, Céline  Bryon Portet, resmilitaris.net).Il y avait eu les désobéissances affreusement réprimées de 1914-18.Puis celle du  général de Gaulle, condamné à mort par sa double désobéissance, politique face au régime de Vichy et militaire face au maréchal Pétain. Il y eut aussi la guerre d’Algérie et par exemple-  quel exemple !- ce général, qui deviendra militant de la non-violence, Jacques  de  Bollardière,  qui dénoncera en 1957 l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie et sera sanctionné.(J. de Bollardière, compagnon de toutes les libérations, Editions Non-violence Actualité).  Alors que l’obéissance est un des piliers de l’institution militaire c’est en 1966 qu’un nouveau Règlement de discipline générale introduit la notion d’ordre illégal, confirmée par le Statut général des militaires de 1972 puis celui de 2005, le décret  de 2005 affirme que « le subordonné ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal. » Ainsi l’exécution d’un ivoirien, auteur de crimes, faite par un adjudant  affirmant avoir obéi à un général. Cette évolution était en germe dans le Statut du Tribunal  Militaire International de Nuremberg ,  article 8 : «Le fait que l’accusé a agi conformément aux instructions de son gouvernement ou d’un supérieur hiérarchique ne le dégagera pas de sa responsabilité mais pourra être considéré comme un motif de diminution de la peine, si le Tribunal décide que la justice l’exige. » Ensuite en s’appuyant sur des jugements du  Tribunal pénal international  pour l’ex Yougoslavie des auteurs, dont la procureure de ce tribunal, Carla Del Ponte,  soulignent qu’existe cette évolution selon laquelle « les militaires ne peuvent plus être  considérés comme de simples exécutants. »

Tels sont les définitions et les fondements des résistances. Qu’en est-il de leurs formes et de leurs moyens ?

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE –  LES FORMES ET LES MOYENS DES RESISTANCES

 

 

 

 

 

A-LES FORMES DES RESISTANCES

 

 

Nous distinguerons les résistances célèbres et celles anonymes, les résistances personnelles et celles  collectives, les résistances modérées et celles radicales, les résistances en amont et celles en aval, les résistances selon leurs  lieux et leurs domaines, les résistances selon leurs adversaires.

 

1-Les résistant(e)s  célèbres et  ceux et celles anonymes.

 

-On  peut distinguer des résistants qui sont entrés  dans l’histoire  et qui deviennent très connus dans leur pays et bien au-delà. On évoque ces personnalités et ces faits de résistance dans l’enseignement, dans les institutions, dans l’art, et aujourd’hui aussi dans les médias.

Chacun aurait sa propre énumération indicative, vous modifieriez et complèteriez celle qui suit.

 Des figures de résistance dans notre histoire française : Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Bayard, Olympe de Gouges, Gambetta, Jaurès, Clémenceau, De Gaulle, Jean Moulin et tant d’autres.Sont entrés au Panthéon en mai 2015 quatre résistants : Geneviève de Gaulle-Anthonioz,Pierre Brossolette,Germaine Tillion et Jean Zay. Et dans l’histoire d’autres pays : Spartacus, Rosa Luxembourg, Gandhi, Che Guevara, Churchill, Mandela, moins connus au Guatemala Rigoberta Menchu, en Birmanie Aung Sans un Kyi , en Chine Liu Xiaobo, au Pakistan Iqhal Masih, adolescent assassiné pour ses luttes contre l’esclavage. Viennent aussi les non- violents : Socrate, Etienne de la Boétie , Henri David Thoreau, Gandhi, Luther King, Sakharov, le Dalaï Lama, Luthuli , Esquivel .  Et puis, trop rapidement, des poètes Aragon, Breton, Desnos, Neruda, des chanteurs Brassens, Ferré, Ferrat, Joan Baez, des scientifiques Darwin, Galilée, des artistes Picasso avec « Guernica », Charlie Chaplin avec « le dictateur »,des éditeurs comme François Maspero,des journalistes résistants assassinés, comme Anna Politkovskaia, ou emprisonnés, agressés dans différents pays…Si l’on multiplie aujourd’hui les deux cents Etats par 2 à 20 ( ? ) personnalités selon divers degrés de célébrité on arrive approximativement  de 400 à 4000 résistants  plus ou moins « cités » dans l’histoire des territoires de notre Terre. Le chiffre est  arbitraire dans la mesure où les territoires ont varié aux différentes époques, le nombre d’habitants des Etats  est très différent, la célébrité depuis 1945 n’est plus comparable à celle qui précédait les mondes médiatiques et où aux périodes lointaines les traces de résistances  peuvent avoir disparu.

Nous mettons bien sûr les personnages historiques de ce que l’on pourrait appeler « les forces de mort » en dehors des résistances lesquelles sont liées aux forces de vie. Car après tout, si l’on prend à l’extrême les trois régimes totalitaires,  Hitler pouvait dire qu’il « résistait » à l’impureté de la race aryenne , Staline aux  traitres opposants, Pol pot aux khmers ayant un capital intellectuel ou matériel, en fait cette idée est intolérable insupportable monstrueuse, il s’agissait de formes de destruction de l’idée d’humanité qui est un des contraires absolus des résistances pour la vie.

-D’autre part n’oublions pas  la célébrité   de certains lieux  de résistance, témoins souvent d’une bataille : les Thermopyles, en 480 avant notre ère, qui oppose en ce lieu stratégique 1000 grecs à 200 000 perses, moins connu Uxellodunum, dans notre Quercy et dans notre Lot, en 51 avant notre ère, dernier lieu de résistance de Gaulois aux Romains.

-Et puis il y a les immenses foules des anonymes, des inconnus, des ignorés, des cachés, des obscurs. Les générations passées représentaient de l’ordre de 100 milliards de personnes, les  générations présentes 7,5 milliards,  les futures … l’avenir le dira. Il est clair que c’est une grande majorité  des êtres humains , de nos jours surtout au Sud de la planète, qui s’est trouvée en résistances, à un moment ou à un autre, à travers les atteintes aux libertés, les souffrances de la guerre, les inégalités criantes, la misère, les maladies, les catastrophes écologiques…

Et, là aussi, dans ces immenses foules on ne peut pas confondre les victimes et les bourreaux, les génocidaires et les victimes, les tortionnaires et les torturés,  les dominants et les dominés.

 

2- Les résistances individuelles et celles collectives.

 

– Existent des résistances  solitaires, celle symboliquement d’Antigone, et pourtant c’est d’elle que l’on se réclame parfois. Socrate était un résistant solitaire, objecteur de conscience mais, après sa mort, des disciples s’en réclamaient. Henri David Thoreau part vivre en solitaire dans la forêt mais ses théories ont de nombreux disciples non-violents et écologistes. Et puis, bien sûr, les solitudes de beaucoup de personnes à travers les temps qui résistèrent et résistent dans le désert, sans l’aide des autres  hommes ou si peu et avec un ciel qui, pensent-ils parfois ou  souvent , ne répond plus ou  ne répond pas.

-Existent également des résistances qui commencent dans la solitude ou avec un petit nombre de personnes et qui continuent collectivement, quelquefois massivement, elles sont nombreuses. Pensons à de grandes ONG lancées par quelques personnes ayant une volonté de fer, ainsi Amnesty international,  Greenpeace, Les Amis de la Terre, pensons en particulier à Attac qui a fait une percée foudroyante dans nombre de pays. Pensons à un site d’information indépendant comme Mediapart qui en mars 2017 avait 130 000 inscrits. Il y a également d’immenses  foules qui entrent en résistance, ainsi par exemple  en 1930 celles qui font une haie d’honneur à Gandhi et à ses compagnons, pendant un mois sur 380 km. Le Mahatma (la Grande Ame) s’avance au bord de l’océan indien et recueille un peu de sel, il encourage par ce geste ses compatriotes à violer le monopole d’Etat des anglais sur le sel et à commencer à arracher l’indépendance de l’Inde. Avant et après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre1989 moment où, dira Gorbatchev lui-même, « l’histoire est sortie de ses gonds », dans les pays de l’Est en 1980 un syndicat libre en Pologne, Solidarnosc, jusqu’aux immenses foules dans les rues, sur les places et des grèves générales dans des pays de l’Est, sont un élément essentiel de ces révolutions. Celles du « printemps arabe » auront aussi de telles foules, l’injonction du « dégage ! », qui vise les dictateurs, vient de la Tunisie francophone, elle est lancée par des manifestants dans nombre de pays. Ainsi voient le jour dans différents Etats des foules de révoltés,  d’indignés, de nuit debout, d’insoumis…

 

 3-Les résistances modérées et celles radicales.

 

-Globalement, que ce soit au niveau personnel ou collectif, il y a trois théories er pratiques essentielles. Les uns se prononcent pour le système qui existe c’est-à-dire le développement productiviste,  quitte même à en accentuer des caractères tels que ceux de la compétitivité et de l’irresponsabilité, ils ne « résistent pas » à un système qui leur est profitable. D’autres se prononcent pour le développement durable c’est-à-dire prenant en compte des éléments sociaux et environnementaux, ils résistent modérément à tel ou tel aspect du productivisme. Enfin d’autres se prononcent pour une société humainement  viable  c’est-à-dire pour une mondialisation solidaire et responsable, ils pensent et mettent en œuvre des résistances plus ou moins radicales.

-Des résistances sont plus ou moins  modérées par rapport à une situation donnée, c’est-à-dire que les critiques, les actions, les propositions vont dans le sens de modifications secondaires  et de réformes. On fait ces choix liés par exemple à la vision d’un changement  réformiste, de rapports de forces, de stratégies. On pense parfois qu’une lézarde en amènera d’autres qui finiront un jour par abattre l’édifice.

-Des résistances sont plus ou moins radicales par rapport à une situation donnée ou une situation plus globale, c’est-à-dire que l’on veut remonter vers l’amont, vers des causes et ne pas seulement  avaliser, gérer. Les critiques, les actions, les propositions vont dans le sens de remises en cause, de réformes profondes, de ruptures. On fait ces choix liés par exemple à la vision de changements révolutionnaires, de contestation radicale d’un système capitaliste ou productiviste, d’injustices inacceptables…

Dans la pratique, par exemple celle de la protection de l’environnement,  on constate, ce qui est d’une logique impressionnante, que plus l’on  repousse des ruptures nécessaires, plus les remises en cause devront devenir radicales et massives.

-Le mouvement altermondialiste est un des exemples les plus vastes d’une variété de mouvements sociaux qui vont des modérés jusqu’aux radicaux. Composé d’ONG, de syndicats, de mouvements citoyens, sans se transformer en parti politique, l’ensemble des éléments du  mouvement essaie de devenir des levains réformistes et radicaux dans les pâtes des lieux où ils se trouvent.

4-Les résistances en amont et en aval.

Cette distinction est  proche de la précédente, les résistances en amont sont le plus souvent radicales, les résistances en aval ont souvent quelque chose de plus modéré. Mais la distinction entre l’amont et l’aval est relativement opérationnelle pour l’ensemble des acteurs. -Prenons l’exemple de la protection de l’environnement.

Tous les acteurs locaux nationaux internationaux sont concernés par l’amont et l’aval de cette protection, les mouvements sociaux se tournent surtout vers  l’amont.

 Les partis politiques, lorsqu’ils ont un programme environnemental, ont le plus souvent quelques  projets en amont et quelques projets en aval. En ce sens « voter c’est aussi résister » contre ceux qui par exemple n’ont pas de projets environnementaux ou qui, irresponsables, embrassent totalement le productivisme.

 Les Etats travaillent surtout en aval, mais remonter en amont de la protection est possible et arrive ici et là sous la pression entre autres des catastrophes (la « pédagogie de la catastrophe » est loin d’être toujours présente, ainsi les militants antinucléaires luttent pour essayer d’avancer),du mimétisme d’Etats plus engagés et de textes protecteurs pouvant être adoptés par une organisation régionale. Dans ces trois séries de situations les groupes de pression, les lobbies agissent pour protéger leurs intérêts. Les mouvements sociaux doivent souvent leur faire face, le travail de journalistes démontant des mécanismes anti-environnementaux est remarquable.

 -On peut examiner pour chaque acteur ses présences et ses absences en amont et en aval, par exemple par rapport aux  principes  de protection de l’environnement.

Il y a les principes qui se situent en amont de la dégradation, ceux qui se situent au moment de la situation critique et de la catastrophe, et ceux qui se situent sur l’ensemble des problèmes, menaces et drames environnementaux.

Les principes qui ont vocation à se situer en amont de la protection s’appellent : la réduction et l’élimination des modes de production de consommation et de transports écologiquement non viables, le principe de méthodes de production propre, une gestion écologiquement rationnelle, le principe de sobriété et d’usage prudent des ressources naturelles, l’utilisation équitable d’une ressource partagée, le devoir de tout Etat d’éviter  les dommages causés à l’environnement au-delà des frontières nationales, le principe de prévention et la surveillance de l’environnement, le principe de prévention et l’évaluation des activités(études d’impacts) pouvant avoir des effets nocifs sur l’environnement, l’information et la consultation préalables, le principe de précaution, l’internalisation  des coûts écologiques (c’est-à-dire la responsabilité élargie du producteur) ,le respect des rythmes de l’humanité et de la nature opposés à l’accélération du système productiviste , la prise en compte du long terme opposée à la dictature du court terme…

Les principes qui ont vocation à se situer en aval de la protection : la notification immédiate des situations critiques, la coopération transfrontière en cas d’accident industriel, le devoir d’assistance écologique, la non-discrimination et l’égalité de traitement des victimes des pollutions transfrontières, la responsabilité pour dommages causés à l’environnement, la remise en état de l’environnement (prévu en particulier par le Traité d’interdiction des armes nucléaires de 2017 quant aux essais nucléaires passés !), le principe pollueur-payeur, le respect des droits des déplacés environnementaux…

Les principes ayant vocation à se situer dans l’ensemble de la protection : le droit à l’environnement, l’obligation ou le devoir pour tous les Etats de conserver l’environnement, la souveraineté des Etats sur leurs ressources naturelles, le principe de biens communs appartenant à l’humanité qui devrait se développer, le principe de l’intégration de l’environnement au développement, l’obligation des Etats de résoudre pacifiquement leurs différends internationaux, le principe des responsabilités communes et différenciées des Etats(auquel les pays du Sud tiennent tant), l’interdépendance entre la paix le développement et la protection de l’environnement, le principe de non régression les acquis environnementaux essentiels (qui doit être consolidé encore) …( sur ces principes voir JM Lavieille, Droit international de l’environnement, Ellipses,3ème édition 2010,voir aussi 4ème Edition début 2018 en collaboration avec C.Lebris et H Delzangles).

 

5-Les résistances selon les lieux et les domaines d’activités

 

-Par rapport aux lieux il est opérationnel de distinguer les résistances selon les territoires où elles se situent. Ainsi les résistances dans nos villages, nos villes, nos régions sont celles de nos terroirs, les résistances dans nos pays sont celles de nos patries, les résistances sur nos continents sont celles de nos « matries »,  les résistances sur notre Terre sont celles de notre « foyer d’humanité. » ( voir  JMLavieille, « D’où suis-je ? » in Mélanges en l’honneur de JM Breton, 2017).

 Mais exprimé ainsi  on a l’impression que l’ensemble baignerait dans une certaine harmonie. En réalité il y a trois façons de concevoir les rapports théoriques et pratiques entre ces territoires qui ont des conséquences sur les résistances.

 Certains conçoivent ces rapports en termes exclusifs, seules comptent par exemple des résistances nationales, on se ferme sur son territoire. D’autres conçoivent ces rapports en termes de hiérarchie (qui renvoient d’ailleurs à des ordres juridiques), par exemple les résistances locales doivent être conformes aux résistances nationales. D’autres, fort heureusement, conçoivent ces rapports en termes complémentaires, les résistances locales, nationales, continentales, internationales doivent se soutenir, se critiquer et s’enrichir les unes les autres. Chaque territoire où se vivent des résistances doit arriver à respecter quelques grands principes qui s’appellent dignité des êtres humains, solidarité entre les êtres humains, principes de responsabilité, de précaution…Sur ces thèmes et d’autres voir la remarquable plate-forme qui devrait être étudiée dans toutes les universités du monde et dans de nombreux autres lieux : « Pour un monde responsable et solidaire. Bâtir ensemble l’avenir de la planète. » (Texte  de la Fondation pour le progrès de l’homme, Le Monde diplomatique, avril1994, p.16 et 17).

 

-Par rapport aux domaines d’activités il apparait que les résistances peuvent se rencontrer dans l’ensemble des activités humaines, politiques, économiques, financières, sociales,  scientifiques, culturelles, environnementales…

Par contre les résistances dans certains domaines puissants arrivent tard ou n’arrivent pas. Elles arrivent tard par exemple dans le domaine bancaire ainsi à travers  l’épargne, comme la Nef, Les Cigales, tard dans les tentatives de taxations des transactions financières, tard  dans le domaine des recours juridiques contre les firmes multinationales.

 Elles ne sont pas encore arrivées en amont de l’amont d’un domaine tabou du désarmement : l’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive ( voir J.M Lavieille, J.Bétaille, D.Roets, S.Jolivet. Les recherches scientifiques sur les armes de destruction massive : des lacunes du droit positif à une criminalisation par le droit prospectif, in Droit, sciences et techniques : quelles responsabilités ? Editions LexisNexis, 2011). Pour les armes chimiques et les armes biologiques on interdit jusqu’à la mise au point mais on ne va pas au-delà, pour les armes nucléaires les essais en laboratoire restent permis, quant au traité d’interdiction des armes nucléaires de juillet 2017, aux négociations duquel les Etats possesseurs de ces armes n’ont pas participé, il est fait silence sur ces recherches qui continuent puisqu’en particulier le traité ne concerne pas le nucléaire civil et que la prolifération entre le nucléaire civil et  militaire est une réalité dénoncée  par des chercheurs (voir diverses publications de l’Observatoire des armements créé entre autres par Bruno Barillot et dirigé aujourd’hui par Patrice Bouveret.).

 

6- Les résistances selon  les adversaires.

On peut avancer trois variables pour y voir plus clair.

 

 –La première variable est relative au type d’adversaire et à sa place dans le système productiviste. Biens communs et humanité sont  des résistances porteuses, à moyen et long termes, contre de puissants adversaires.

 

Les adversaires peuvent être des acteurs locaux, nationaux, internationaux.

 Plus un acteur participe à de nombreuses et puissantes reproductions du productivisme  en matière d’atteintes à la démocratie, à la justice, à la paix, à l’écologie, plus il constituera un adversaire impressionnant.

-Mais n’oublions  pas qu’un acteur peut évoluer ou changer en allant vers le développement durable ou une société humainement viable, sous la pression des luttes et des pédagogies  des  catastrophes. Ainsi par exemple les puissants ne partagent pratiquement jamais d’eux-mêmes, ils ne le font que si des rapports de force les y contraignent ou, plus rarement, s’ils arrivent à avoir une prise de conscience d’intérêts communs.

-On peut également penser que la montée idéologique, économique  et juridique, trop lente, des « biens communs » va pouvoir contribuer à ce que des dominants se remettent en cause, ainsi des multinationales de l’eau  ou celles faisant main basse sur des forêts.  ( voir « Les biens communs environnementaux : quel(s) statut(s) juridiques(s) ? », Colloque du CRIDEAU de Limoges, éditions Pulim ,2017.)

– Quant à l’humanité son rôle peut être important en particulier par rapport aux Etats, elle dépasse le quadrillage étatique. Elle est entrée dans le droit international public par la porte du drame avec les crimes contre l’humanité. La justice pénale internationale a enfin vu le jour grâce à la pression d’ONG et de quelques Etats. Elle est entrée aussi par la porte de la possession puisqu’elle a un patrimoine, par exemple les fonds marins et leurs ressources.(voir Catherine Lebris, L’humanité saisie par le droit international public, LGDJ,2012). Pour consolider ce dernier les biens communs pourront être consacrés , le mouvement altermondialiste  est et sera un des acteurs qui pourra y contribuer.

 Il faut d’ailleurs que l’humanité ait, aussi, enfin sa « Déclaration universelle des droits de l’humanité.»(voir par exemple sur le blog Mediapart les articles de JM Lavieille).Des ONG et des Etats  ont  d’ailleurs un rôle à jouer pour que l’ONU discute du projet de texte que la France a donné au Secrétaire général des Nations Unies en 2015.

 

-La seconde variable est relative au caractère précis ou diffus  de cette résistance.

 

Dans les premières situations il s’agit d’une personne ou de plusieurs identifiées , ou bien d’un problème d’une menace ou d’un drame  précis.

Dans les secondes situations il s’agit de forces  plus ou moins anonymes ou de systèmes plus ou moins vastes, bien entendu le productivisme dont chacune des logiques profondes, par exemple la marchandisation de la planète, constitue des systèmes.

Mais les distinctions dans les pratiques de résistances ne sont toujours aussi tranchées. Dans une résistance on peut dénoncer une pratique injuste ou polluante d’une firme multinationale sans la personnaliser  ou, au contraire, parce qu’on le pense plus juste et plus efficace, en dénonçant et ses pratiques et ses dirigeants.

Lorsque l’on dénonce un système, par exemple le gigantesque productivisme, le plus important est de dénoncer ses mécanismes et les différentes responsabilités qui les produisent. On peut critiquer des fonctions sans obligatoirement nommer des personnes, sauf encore une fois si l’on pense que la justice et /ou l’efficacité l’exigent.

On constate souvent que, par exemple quant aux  dénonciations des injustices dans le monde, on met en avant une panoplie de critères de répartitions des richesses (planète, continents, pays, générations, personnes…)

Des penseurs à travers le  temps ont souvent dénoncé des systèmes. On retient parfois de chacun d’eux une résistance particulière alors que leur pensée est riche et complexe, cette résistance prend place dans l’ensemble de leur œuvre, elle en est un aspect et d’autres résistances existent chez ces auteurs.

Là aussi on pourrait proposer une énumération indicative de quelques penseurs, énumération  que vous pourriez modifier et compléter, par exemple : Platon contre les sophistes, Rousseau contre les Encyclopédistes, Nietzsche contre les professeurs, Victor Hugo contre les injustices, Voltaire contre le fanatisme religieux, Marx contre le capitalisme, Proudhon contre la propriété, Frantz Fanon contre la colonisation, Soljenitsyne  contre le goulag soviétique,  Herbert Marcuse contre l’homme unidimensionnel, Michel Foucault contre les mécanismes de pouvoir, Hannah Arendt Raymond Aron et Claude Lefort contre le totalitarisme, Jean Rostand contre la course aux armements nucléaires, Albert Camus contre toute compromission, Simone de Beauvoir contre la domination des hommes. Parmi les pourfendeurs du productivisme : François Partant, Ivan Illich, Jean Charbonneau, Jacques Ellul, Cornélius Castoriadis,  Hans Jonas,  Kostas Axelos, Théodore Monod,  René Dumont, Susan George, Serge Latouche, Edgar Morin…

 

 -La troisième variable est relative au qualificatif de ce que et/ou de ce qui se trouve en face : est-ce un adversaire ou un ennemi ? Nous proposons trois réflexions.

 

 D’abord une position  parmi d’autres peut être ici la suivante :

Dans la plupart des résistances c’est contre un adversaire que l’on lutte, il s’agit d’une personne, de personnes, d’une organisation, de mécanismes, de systèmes. On se retrouvera aussi dans ceux et celles qui disent que tel mécanisme, tel système est un ennemi.

Aujourd’hui il y a trois grandes formes d’adversaires : les haines faites de racismes et de xénophobies, les injustices criantes qui sont de formes de mépris de l’autre, enfin  le productivisme qui tend à ne plus avoir  de limites dans sa financiarisation et sa techno science.

 

Par contre en ce qui concerne les guerres on déclare donc qui est l’ennemi, les nazis  assassinaient leurs victimes et étaient combattus en tant qu’ennemis. Pourtant des résistants  et d’autres insistaient sur le fait que c’était le nazisme qui était combattu en tant que système inhumain.

On peut raisonner de même dans le terrorisme. On déclare la guerre à l’ennemi terroriste, ou on lutte contre ce système jugé inacceptable de l’emploi de moyens de terreur. La distinction est importante par rapport aux stratégies de lutte en particulier idéologiques, dans le second cas on insiste beaucoup plus sur des remises en cause en amont de mécanismes considérés comme producteurs  de terrorisme.

 

Ensuite originale et porteuse apparait  l’analyse de l’ennemi faite par les non-violents. Jacques Sémelin dans son remarquable ouvrage « Pour sortir de la violence », (Pour sortir de la violence, éditions ouvrières, 1983) écrit : « L’ennemi devient le dépositaire de la mort que nous avons projetée sur lui. Nous préférons l’affronter sur celui que nous déclarons notre ennemi. La violence est la grande illusion de l’homme : en tuant l’ennemi il croit se sauver de la mort. » Effectivement il faudrait passer de ce « ta mort c’est ma vie » à un « ta vie c’est ma vie », on en souvent loin  en particulier puisque les armes de destruction massive, risquant de tuer tout le monde, sont plutôt tournées vers un « ta mort c’est ma mort ».

 

Enfin par rapport aux ennemis nous voudrions exprimer une façon  de considérer ces situations.  L’Evangile de Saint Mathieu est radical :« Vous avez appris qu’il a été dit tu aimeras ton prochain et tu hairas ton ennemi .Eh bien moi je vous le dis : Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs. »

Passage difficile ou impossible à comprendre et à vivre quand les évènements ont été trop graves ou dramatiques. André Laudouze, dominicain engagé, écrivait ce passage  que certains trouveront lumineux : « Aimez vos ennemis non parce qu’ils sont vos frères mais pour qu’ils le deviennent. Aujourd’hui, déjà, en ce monde. » On connait pourtant les grandes difficultés  de la « Commission  vérité et réconciliation » qui a essayé, à partir de 1996, de faire la lumière sur les crimes  de l’apartheid et de recommander des poursuites judiciaires.

De ce point de vue, contrairement à ce que l’on pense souvent, et on est alors dans une incompréhension de la non-violence, celle-ci n’a pas pour objectif la recherche d’une réconciliation  à tout prix, c’est avant tout un moyen de lutter pour la justice la liberté la paix, et, ainsi que l’écrivent des auteurs non-violents, « on ne peut parler d’action non-violente qu’en situation de conflit. ». Lorsque Martin Luther King, en août 1963, après la marche contre les discriminations raciales, prononce son discours à Washington (« I have a dream ») c’est le cri de la justice d’abord : « (…)Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondements de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse (…) » et çà n’est qu’après cela que « un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens  esclaves et ceux d’anciens  propriétaires  pourront s’asseoir ensemble  à la table de la fraternité. »

 

 

B-LES MOYENS DES RESISTANCES

Nous partirons d’une vision globale et critique, celle des rapports entre les moyens et les fins pour arriver à une idée des moyens non-violents et  à un panorama de l’ensemble des moyens de résister.

 

1-Les rapports entre les fins et les moyens de résister.

 

Ces rapports posent deux séries de questions.

-Il s’agit de résister face aux confusions entre les moyens et les fins, autrement dit de remettre à leurs places les moyens c’est-à-dire la techno science et le marché mondial, de les mettre au service des êtres humains. Il faut aussi respecter les fins c’est-à-dire les êtres humains en personnes, en peuples et en humanité (générations passées à travers le patrimoine culturel, générations présentes et à venir.), l’Autre n’est pas un moyen, agir moralement c’est reconnaitre tout homme comme fin et de le traduire en acte.

-Il s’agit de résister en pensant et en mettant en œuvre des moyens conformes aux fins que l’on met en avant. Si l’on veut  la démocratie il faut des moyens démocratiques, si l’on veut la justice il faut des moyens justes, si l’on veut la paix il faut des moyens pacifiques, si l’on veut la protection de l’environnement il faut des moyens écologiques.

Face aux théories et aux pratiques dominantes voire écrasantes à travers l’histoire qui correspondent à la pensée de Machiavel « Qui veut la fin veut les moyens », il faut résister en se fondant sur cette pensée radicale et lumineuse de Gandhi : « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence. » ( voir « Tous les hommes sont frères », Folio essais, Gallimard). Autrement dit aucun moyen n’est neutre, si l’on veut lutter pour la paix on ne peut que résister avec des moyens pacifiques, la course aux armements est un des moyens opposés à la paix parce qu’elle ne fait qu’accroitre l’insécurité, les guerres, les injustices et la dégradation mondiale de l’environnement.

La fin ne justifie pas n’importe quel moyen. Dit autrement : la légitimité d’une cause n’implique pas la légitimité de tous les moyens pour la faire triompher. Ainsi il était oh combien légitime de lutter contre le nazisme mais il n’était pas légitime de lancer deux bombes  nucléaires pour y contribuer.

 

2-Les moyens non-violents des résistances.

 

– L’histoire de la non-violence, en partie méconnue, révèle l’efficacité de ces méthodes d’action qui, comme le disait Jacques de Bollardière , «  mobilisent par delà le mépris, la violence et la haine. »(Voir à ce sujet la revue opérationnelle « Non-violence Actualité », et la  remarquable revue « Alternatives non-violentes », directeur F Vaillant, ainsi que les travaux, eux aussi remarquables,  de l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits-IRNC, créé par F. Marchand , JM Muller, C Mellon, J Sémelin, C Delorme.)

-Ces moyens reposent sur un cadre non-violent c’est-à-dire un respect de la dignité  humaine, une exigence de justice, une combativité positive (et non une agressivité)  face au conflit. (J Sémelin, La non-violence expliquée à mes filles, Seuil, 2000.. Cette méthode de règlement des conflits refuse la violence d’oppression dans laquelle on impose sa loi, elle refuse la violence de soumission dans laquelle on renonce à ce que l’on pense être essentiel. On cherche ensemble, dans le respect des personnes et la confrontation, des solutions justes. (JM Muller, Lexique de la non-violence, ANV,1998). Jacques Sémelin insiste sur « trois principes majeurs : l’affirmation de l’identité du sujet résistant (…), la non coopération collective(…), la médiatisation du conflit c’est à dire susciter la constitution de « tiers » qui appuient sa cause. » (Jacques Sémelin, « Du combat non-violent » dans l’ouvrage « Résister. Le prix du refus », sous la direction de Gérald Cahen, éditions Autrement, Série Morales n°15,1994)

-La non-violence n’a pas le monopole de certains des moyens qui suivent, par exemple les grèves et les pétitions. Il peut même arriver que des forces de mort utilisent des moyens « non-violents », ainsi le boycott des magasins juifs par le régime nazi  était un détournement absolu de ce moyen qui dans la non-violence a pour objectifs la justice et la liberté.

 -Ces moyens, énumérés à titre indicatif, font partie des pratiques essentielles de l’action non-violente. Il s’agit , de façon non exhaustive, de la non-coopération, la  désobéissance civile (Alain Refalo, Les sources historiques de la désobéissance civile, colloque Lyon  2006), l’obstruction non-violente, l’objection de conscience, la grève de la faim, la grève, le sit in (s’asseoir sur la voie publique en particulier des places), le boycott, le refus de l’impôt sur les armements, les pétitions…(JM Muller, Stratégie de l’action non-violente, Seuil,1981).

Les non-violents ont  aussi des pratiques d’éducation à la paix, ainsi par exemple « Non-violence Actualité » et son Centre de ressources  pour la gestion non-violente des relations et des conflits, avec ses outils pédagogiques, ses jeux coopératifs, ses formations. Des expositions comme « Ni hérisson, ni paillasson » du Centre pour l’action non-violente ont été et sont porteuses pour des jeunes.( Voir aussi JM Muller, De la non-violence en éducation, UNESCO et IRNC, 2002), des pratiques d’interventions civiles de paix où des  volontaires, après une formation, ont été envoyés sur des zones de conflits, par exemple  au Kosovo, en Palestine, au Guatemala (formation ICP assurée par le Mouvement pour une alternative non violente, MAN).Les non-violents ont également pensé « La dissuasion civile : les principes et les méthodes de la résistance non-violente dans la stratégie française. » (C Mellon, JM Muller, J Sémelin, La dissuasion civile, éditions FEDN, 1985).

 

3-L’immense panoplie des moyens de résister.

 

Si l’on veut essayer d’être global (sans être exhaustif et heureusement puisque les alternatives se multiplient et ne peuvent être enfermées dans aucune liste qui se voudrait complète), et si l’on veut être critique et prospectif  on peut énumérer  ces  moyens  de résister à partir de six   grands regroupements. Dans les deux premiers regroupements nous raisonnerons sur l’ensemble des acteurs dont les mouvements sociaux (associations, syndicats, ONG…), dans les quatre autres regroupements  nous serons plus proches des mouvements sociaux. Nous terminerons en donnant trois exemples très différents de résistances peu connues.

 

 

 -D’abord des moyens par grands domaines pour l’ensemble des acteurs (locaux, nationaux, internationaux) dont les mouvements sociaux :

 

 La démocratie ? L’étendre et l’approfondir, la vivre à la base. La justice ? Désarmer le pouvoir financier, remettre en cause le  chantage à la dette, subordonner le libre-commerce néo libéral tout-puissant à des conditions sanitaires, sociales et environnementales, relocaliser  entre autres par des circuits cours et des monnaies complémentaires, donner priorité à la justice sociale et l’égalité réelle, créer des initiatives solidaires, L’écologie ? Réduire et éliminer   les modes de production, de consommation et de transport écologiquement non viables , engager une véritable transition écologique. La paix ? Aller vers un véritable désarmement et vers des alternatives de défense, construire une éducation aux droits de l’homme, à la paix, à la résolution non-violente des conflits, à l’environnement… (sur beaucoup de ces alternatives  et d’autres voir « Le petit manuel de la transition »publié par ATTAC,2016).

 

 -Ensuite voilà un tableau opérationnel de l’ensemble des acteurs dont les mouvements sociaux :

Qui sont ces acteurs ? Tous à tous les niveaux géographiques (locaux, nationaux, internationaux). Ils vont donc de la personne en passant par l’association, le syndicat, l’entreprise, la municipalité, la région, jusqu’à l’ONG, l’Etat, l’organisation internationale, la firme multinationale …

 

Si l’on part de ce que chaque acteur « produit »  dans le système mondial (à une toute petite échelle, à une plus grande et à une puissante) on peut faire le point en trois colonnes : les reproductions (par exemple les atteintes à l’environnement), « l’entre deux » fait  de reproductions et de ruptures (dans la protection de l’environnement), les ruptures (des remises en cause environnementales plus ou moins radicales).

 

Dans chaque colonne on peut prendre les quatre grands domaines d’activités humaines : démocratie, justice, paix, environnement. On a donc douze réalités à inscrire si l’on veut avoir une vue globale de l’acteur dans le système productiviste. On peut aussi s’en tenir à un  seul domaine en le développant.

 

Ce schéma fonctionne pour tous les acteurs. On se rend vite compte du nombre et surtout de l’ampleur des remises en cause à continuer ou à entreprendre. Chaque acteur a ainsi une sorte de carte que l’on peut rendre plus parlante en marquant quelques dates dans chaque colonne.

 

 

 

-Ensuite voici  des moyens plus ou moins radicaux pour contribuer à faire face au défi climatique : on en trouve une énumération remarquable dans un appel d’Alternatiba (villages des alternatives contre le réchauffement climatique), appel en 2013 :

 

 « Des alternatives existent, elles ne demandent qu’à être renforcées, développées, multipliées : agriculture paysanne, consommation  responsable, relocalisation de l’économie, partage du travail et des richesses, conversion  sociale et écologique  de la production, finance éthique, défense des biens communs(eau terre, forêt, souveraineté  alimentaire ,solidarité et partage, réparation et recyclage, réduction des déchets, transports doux et mobilité soutenable, éco rénovation, lutte contre l’étalement urbain, lutte contre l’artificialisation des sols, aménagement du territoire  soutenable, démarches de préservation du foncier agricole, sobriété et efficience énergétiques, défense de la biodiversité, énergies renouvelables ,plans virage énergie climat, villes en transition, sensibilisation à l’environnement etc… » (Appel du 23 août 2013 de 90 organisations dans le cadre d’Alternatiba,  « Ensemble construisons un monde meilleur en relevant le défi climatique.»)

D’autre part n’oublions pas que la force de récupération du système productiviste mondial est puissante. Lorsqu’une réforme ou une remise en cause peut l’intéresser financièrement, il est capable de la détourner en tout ou partie à son profit. Les mouvements et militants de l’économie sociale et solidaire, du commerce équitable le savent et font divers choix quant aux moyens pour garder le cap de la remise en cause. Autre exemple lui très massif : donner un prix à la nature pour la protéger aggrave souvent la marchandisation sans  protéger, l’enjeu est de détecter parmi l’ensemble des moyens lesquels seraient porteurs de protection et de justice (Jean-Marc Lavieille, La marchandisation de la nature, in Hommage à un printemps environnemental, Pulim, 2016).

 

-Ensuite voici des moyens opérationnels des mouvements sociaux :

 

Faire poids en se regroupant, de ce point de vue  Alternatiba , village des alternatives contre le réchauffement climatique, est un exemple porteur depuis 2013 de citoyens qui agissent là où ils vivent sans attendre tout d’en haut, ils créent une coordination européenne à partir de 2014.Comment avancer dans l’organisation des mouvements sociaux ?

 Continuer à mieux s’organiser au niveau international et continental à travers coordinations, contre-sommets,  forums, déclarations communes, manifestations,  universités continentales ou sous continentales, et en particulier multiplier et renforcer les « fronts communs » sur des objectifs précis, continuer à approfondir  et développer le mouvement altermondialiste.

 Se confronter plus systématiquement à l’ensemble des autres acteurs, en particulier en allant vers des statuts renforcés et nouveaux des ONG dans les organisations inter étatiques, et en créant ou en renforçant des mécanismes de contrôle des conventions internationales.

 Créer des « internationales » dans des domaines de ruptures   essentielles  du productivisme, par exemple une « internationale de la lenteur » coordonnant les ONG existant dan ce domaine et contribuant à en créer de nouvelles.

 

 

-Enfin  un rappel de moyens  pouvant être importants pour les mouvements sociaux :

Les  moyens médiatiques sont essentiels pour des résistances, les mouvements sociaux y sont implantés. Un exemple récent et massif remarquable est celui de l’élection de 2016 où aux Etats-Unis les réseaux sociaux ont permis de se rassembler rapidement et où la non- coopération de villes, d’Etats fédérés s’est exprimée à travers déclarations, manifestations, grèves. Dans certains pays(Espagne) des municipalités, emportées par des mouvements engagés, (voter est aussi un des moyens de résister par exemple face aux partis xénophobes)  mettent en ligne des budgets municipaux pour que des internautes en discutent.(Politis, « Les alternatives en marche », article sur les mouvements sociaux européens réunis à Toulouse en août 2017,n°1467)

 

Les moyens juridiques sont très importants dans les résistances. Les membres de l’ONG Urgenda ont obtenu qu’un tribunal par une décision de juin 2015 ordonne au gouvernement des Pays-Bas de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. L’association Sherpa engage des poursuites contre des firmes multinationales fondées sur la loi du 27 mars 2017 relative  le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre, loi liée  à la responsabilité sociétale des entreprises. Ce sont deux exemples parmi beaucoup d’autres.

 

Les moyens  artistiques sont bien présents dans nombre de résistances. Musiques, chants, pièces de théâtre, poèmes, dessins, peintures… L’humour, transformé depuis longtemps en arme contre les dictatures, joue aussi son rôle dans des démocraties, par exemple contre des injustices et des atteintes aux libertés. Après des attentats, des expressions écrites sont présentes sur les lieux des drames. Quant aux concerts ils sont depuis longtemps des moments privilégiés pour exprimer des refus d’atteintes à la démocratie, à la justice, à la paix, à l’écologie, ils peuvent réunir de grandes foules qui communient à des  révoltes, des solidarités et des espoirs.

 

-Pour terminer trois exemples peu connus de résistances : celui d’un homme  face à la guerre, celui de victimes face à la colonisation, celui d’étudiants manifestant leurs solidarités, ce troisième exemple n’ayant pas bien sûr le caractère extrême des deux premiers. 

 

-« Un homme  lors de la Seconde guerre mondiale, en Italie, un jour s’est plié en deux. Impossible de le remettre droit, de jour comme de nuit, aucune force n’en est venue à bout. Impossible de le faire incorporer à la guerre ou maintenir en détention. Il est resté plié en deux pendant plusieurs années. Devenu symbole de la résistance il a été fusillé .Il avait inventé cette attitude corporelle silencieuse qui était sa façon de parler juste. Plié par refus de plier et pour montrer que l’homme était déjà plié sous le joug du fascisme. Aujourd’hui on parle encore de la façon singulière d’avoir dit non à la guerre.(Marie-Magdeleine  Lessana, Pour « une paix-attitude »,in « éclats de paix »,de Alain  Mingan, éditions du chêne,2004)

 

-« Devant la conquête et la colonisation de nombreux Mayas se suicidèrent prenant ainsi « le maquis de l’âme » dans une manifestation ultime de refus qui en laissait entrevoir bien d’autres. Les chefs mayas laissaient à leurs descendants ce message « Nous reviendrons ». (Michel Baccara cité dans « Mayas »,  Stéphane Ragot, Editions  Autrement ,  2002. )

 

-Sous forme de témoignage une résistance étudiante, à la fois dérisoire et pleine de force : en troisième année de droit, dans un amphi, à la fin d’un cours sur la protection internationale des droits de l’homme, longs applaudissements, debout, en hommage aux résistants résistantes dans le monde, devant le tableau sur lequel était écrit cette pensée de Pablo Neruda face aux dictateurs : « Ils pourront couper toutes les fleurs ils n’empêcheront jamais le printemps ! ».En master à la fin d’un cours de droit international de l’environnement, dans une salle, longs applaudissements, debout, devant le tableau sur lequel était écrit : « Vive et que vivent les générations futures ! ».

 

 

 

TROISIEME PARTIE-LES OBSTACLES ET LES LIMITES DES RESISTANCES

 

 

 A-LES OBSTACLES DES RESISTANCES

 

 

Trois séries d’obstacles se dressent souvent sur les chemins et les routes de résistances : la faiblesse des résistances, la puissance d’adversaires  et, terrifiante, l’accélération du système mondial. Ce sera l’occasion de schématiser les circuits des volontés dans un quatrième point, volontés qui sont au cœur des trois éléments précédents.

 

1-La faiblesse de certaines  résistances.

Des résistances modérées ou radicales ne voient pas le jour  ou sont faibles cela pour au moins quatre séries de raisons.

 

-D’abord, au niveau personnel et /ou collectif, l’indifférence est là. Elle prend différentes formes qui peuvent s’additionner : mauvaise ou sous-information, insouciance de la prévention, manque de vigilance, lâcheté et passivité devant des injustices, acceptation parfois aveugle du pouvoir et de l’argent, fuite en avant,  absence de courage… habitudes qu’on ne peut plus et ne veut plus faire bouger .« Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes » écrivait un pasteur protestant, Martin Niemoller , envoyé en camp de concentration,  Einstein lui-même soulignait que le monde est dangereux à vivre par ceux qui font le mal et par ceux qui regardent et laissent faire. Rainer Maria Rilke, dans son poème « Heure grave», demandait : « Qui meurt quelque part dans le monde, /Sans raison meurt dans le monde , /Me regarde. »

-Ensuite le sentiment d’impuissance, au niveau personnel et/ou collectif, autrement dit la difficulté d’agir, ce sentiment  est vécu de plusieurs façons : Le nombre d’acteurs favorables au productivisme peut décourager, les montagnes des habitudes personnelles et collectives trop difficiles à soulever, le fait que « le local » bouge parfois mais que « le global » semble immobile, enfin les interactions entre les atteintes sont très nombreuses, interactions dans chacun des grands domaines d’activités, par exemple pour l’environnement entre le réchauffement climatique et l’extinction des espèces, et interactions entre les domaines d’activités, par exemple entre les atteintes à l’environnement et la paix, entre les injustices(vive la justice climatique !) et l’environnement.

 

-Egalement  la faiblesse dans l’organisation. Nous n’y reviendrons pas  ayant déjà souligné, dans les développements relatifs aux moyens, les avancées nécessaires, en particulier au niveau international, pour les mouvements sociaux. Une des faiblesses à tous les niveaux géographiques est de ne pas  essayer encore et encore de rassembler des forces, par exemple autour de « fronts communs. »

 

-Enfin les « contraintes », elles sont souvent financières par manque de moyens et aussi juridiques dans la mesure où les marges de manœuvres sont liées aux possibilités que laissent les textes aux différents niveaux géographiques et qu’il n’est pas évident de les faire évoluer ou de les changer, que l’on soit une association dans un pays ou un Etat dans une organisation régionale, l’Union européenne par exemple. Ces contraintes peuvent être soit un alibi pour ne pas changer grand chose soit une réalité que l’on doit affronter. Un proverbe, au niveau personnel comme collectif, a une part de vérité : « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse. »

 

2- La puissance de certains  adversaires.

 

-Si l’on veut rappeler quels sont les dominants du système productiviste il s’agit des marchés financiers, des grandes banques et des banques centrales, des firmes multinationales, des complexes scientifico-militaro-industriels, des grands groupes médiatiques, des Etats du G8 et de quelques autres dont la Chine et l’Inde, de certaines organisations régionales (Union européenne, Mercosur et de quelques autres…),de certaines organisations internationales (OMC,FMI, Banque mondiale…) …sans oublier les dominations des hommes.

 

-Deux remarques pour relativiser cette puissance :

 D’une part il ne faut pas oublier que les logiques générales  du système mondial sont des logiques d’autodestruction,  ainsi d’une part certaines de ces puissances sont menacées par la compétition et tôt ou tard peuvent être absorbées, d’autre part  les catastrophes produites par ce système peuvent se multiplier et s’aggraver, en particulier les catastrophes écologiques (voir sous la direction de  JM Lavieille, J Bétaille, M Prieur, ,Les catastrophes écologiques et le droit : échecs du droit, appels au droit, éditions Bruylant, 2012.)

D’autre part il faut  entrer en résistance en pensant que chaque acteur ne constitue pas toujours un bloc  (même les hommes par rapport aux libérations des femmes).Il peut avoir des contradictions, des fissures, des fractures. Le problème est de les trouver,  d’agir dessus,  d’y appliquer des leviers pour soulever des montagnes. Combien de libérations de femmes ont été accomplies ainsi, combien de gouvernements sont fragilisés par des désaccords qui les traversent, combien de multinationales, lorsque certaines de leurs  pratiques sont dévoilées, traversent alors des périodes où des réformes voire des remises en cause peuvent voir le jour.

 

3-Un obstacle terrifiant et déstabilisant  face aux résistances : l’accélération du système mondial.

 

Oui,  terrifiant et déstabilisant  intellectuellement, affectivement, pratiquement, humainement.

Parmi les ouvrages à souligner : ceux de Paul  Virilio, l’un des plus grands penseurs de la vitesse dans nos sociétés,  voir par exemple « Vitesse et politique », (Galilée,1977), ou aussi Le Grand Accélérateur, Galilée,2010), Jean-Pierre Dupuy, « Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible devient certain. (Seuil,2002), Jean Chesneaux, « Habiter le temps »,(Bayard,1996), Harmut Rosa « Accélération », (La Découverte,2010), Nicole  Aubert, « Culte de l’urgence. La Société malade du temps. » ( Flammarion, 2013), Lamberto Maffei, « Hâte-toi lentement » (FYP, 2016)

-L’histoire de l’accélération  se déroule en quatre évènements majeurs : les deux accélérations celle de la techno science et celle du marché mondial, l’explosion démographique (avec un accroissement-les naissances moins les décès- de la population mondiale de 226.000 personnes chaque jour !), l’urbanisation vertigineuse (plus de la moitié des générations présentes aujourd’hui vivent dans les villes).

-Les causes de l’accélération s’appellent les logiques des fuites en avant du système productiviste, la généralisation du règne de la marchandise, la circulation rapide d’informations, de capitaux, de services, de produits et de personnes, l’arrivée des technologies de l’information et de la communication…

-Les manifestations  de l’accélération    se traduisent par une accélération des techniques, des rythmes de vie, par des accélérations sociales, culturelles, environnementales, politiques. L’urgence est devenue une catégorie centrale du politique, or moins on élabore de politiques à long terme plus on se trouve submergé par les urgences.

-L’exemple de  l’environnement par rapport à l’accélération frappe, violemment et de plein fouet, l’ensemble des résistances pour le protéger. Cette accélération fonctionne comme  une machine infernale à travers quatre mécanismes. Premier mécanisme : le système  mondial s’accélère. Deuxième mécanisme : les réformes  et les remises en cause pour protéger l’environnement sont souvent lentes (complexité des rapports de forces  et des négociations, retards dans les engagements, obstacles dans les applications, inertie de systèmes économiques , sans oublier la lenteur  de l’évolution des  écosystèmes).Troisième mécanisme : on agit pour une part dans l’urgence. Quatrième mécanisme : il faut aussi construire et mettre en œuvre  des politiques à long terme ce qui demande du temps…or le système s’accélère (premier mécanisme). Autrement dit : il n’est pas sûr que les générations futures aient beaucoup de temps devant elles pour penser et mettre en œuvre des contre-mécanismes nombreux, radicaux et massifs : c’est là une pensée « qui réveille la nuit » beaucoup de militants, âgés et moins âgés.

-Les effets de l’accélération sur les sociétés : elle porte atteinte à la démocratie, Paul Virilio  écrit   tragiquement : « Quand il n’y a plus  de temps à partager il n’y a plus de  démocratie possible. ». L’accélération  a aussi des effets sur le travail, sur les contrôles, elle augmente du poids de l’urgence au détriment du long terme, elle contribue au développement des inégalités, elle  a des effets sur l’argent- le temps c’est de l’argent et l’argent c’est du temps- elle a  des effets  sur les actualités, elle contribue à l’administration des peurs, enfin  compétition et accélération se tiennent embrassées.

-Les effets de l’accélération sur les personnes : les rencontres sont souvent plus rapides, le présent est comprimé,  compressé, existe également un certain effacement de la diversité des tâches, les rencontres  du virtuel  et du réel sont en situations d’accélération, le temps  « mange l’espace » écrit  Paul Virilio , il y aussi une augmentation du nombre d’actions par unité de temps et une réduction de chaque épisode de vie, enfin sont souvent présents un stress et une nervosité, sans oublier  une atteinte à la capacité de comprendre.

 

 

 –Les solutions face à l’accélération peuvent se ramener à trois regroupements (voir blog Lavieille, Mediapart, L’accélération du système mondial.) :

 

 La soumission à la catastrophe programmée, l’acceptation de cette « course à l’abime   qui emporte un monde impuissant » : dans ce type de « réponses » les résistances s’effacent. Mais rien n’empêche une personne ou une organisation d’agir tout en partageant cette vision.

 

 

Les tentatives d’adaptation : dans ces réponses les résistances se situent souvent en aval, elles peuvent avoir leur importance en agissant sur des effets, leurs limites sont de ne pas véritablement  remonter aux causes  des phénomènes. 

 

  Enfin troisième série de solutions : Les réponses volontaires se traduisent, elles, par des résistances petites et grandes, modérées ou radicales, elles peuvent venir de multiples acteurs. Avec quels objectifs et quels moyens ?

 

 Quels  objectifs ces résistances mettront-elles en avant face à l’accélération ? Au moins cinq  séries d’objectifs :

 Renouer avec des besoins fondamentaux  c’est-à-dire se « déprendre » et patienter.

Se « déprendre », Claude Lévi Strauss  nous y invite dans la dernière page de « Tristes Tropiques » (éditions Plon, collection Terre Humaine, 1955), autrement dit prendre de la distance, savoir « lâcher prise » (facile à dire  nous avons mille sollicitations), différencier l’urgent de l’important (critique de nos moyens de communication), oser des « moments de paresse », ralentir le rythme frénétique de nos vies (« Sois lent d’esprit » écrivait… Montaigne, « la hâte détruit la vie intérieure » disait Lanza del Vasto).

Trouver ou retrouver la patience : avoir le temps de mûrir est contraire au court  terme du productivisme, mais les temps humains et ceux du vivant sont-ils plus proches de ceux des marchés  financiers, ceux de la seconde ou de la nanoseconde ,ou bien sont-ils plus proches de ceux des saisons de la nature, comme tour à tour l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard ?

Fixer des limites au cœur des activités  humaines : précautions, préventions, réductions et suppressions des modes de production de consommation et de transports écologiquement non viables. Ce concept est   décolonisateur de la pensée productiviste.

Prendre en compte des théories et des pratiques de décroissance et de post-croissance à travers une économie  soutenable (s’éloignant du culte de la croissance, s’attaquant aux inégalités criantes à tous les niveaux géographiques, et désarmant le pouvoir financier ainsi que… la course aux armements), à travers le principe de modération de ceux et celles qui, pris dans la fuite en avant des gaspillages, seront amenés à remettre en cause leur consommation, leur mode de vie, à bruler moins d’énergie pour adopter des pratiques de frugalité, de simplicité. Essentielles sont aussi des relocalisations d’activités, des circuits courts, des richesses redistribuées. Essentielle également cette ennemi redoutable : la compétition, remise en cause par la consécration de biens communs (eau, forêts…), par des coopérations, des solidarités  , par l’appartenance   à notre commune humanité , par des périls communs qui devraient nous fraterniser.

Construire un temps libéré : Jacques Robin écrivait dans « Changer d’ère » (Seuil, 1989) «« Nous avons à enrichir le temps libéré pour qu’il ne soit ni temps vide, ni temps marchand  mais créativité  personnelle, convivialité  sociale et curiosité toujours en route. »  En ce sens on peut penser que diminuer la durée du temps de travail à partager est impératif non seulement comme moyen de lutter contre le chômage mais comme  un élément d’un équilibre de vie, en allant même plus loin, comme le propose par exemple André Gorz qui écrivait « Il convient de trouver un nouvel équilibre entre travail  rémunéré et activités productives non rémunérées. Quant au temps libre Paul Valéry écrivait magnifiquement : « Je déplore la disparition du temps libre. Nous perdons cette paix  essentielle des profondeurs de l’être, cette absence sans prix pendant laquelle les éléments les plus délicats de la vie se rafraichissent et se réconfortent, pendant laquelle  l’être en quelque sorte se lave du passé et du futur, des obligations suspendues et des attentes embusquées. Point  de pression mais une sorte de repos, une vacance  bienfaisante qui rend l’esprit  à sa propre liberté. »

Faire dialoguer passé présent et avenir : Jean Chesneaux  (« Habiter le temps », Bayard,1996)   se demande « Comment renouer un dialogue entre un  passé comme expérience, un présent comme agissant et un avenir comme horizon de responsabilité ? » Le temps citoyen doit affirmer sa « capacité  autonome » face au temps de l’Etat, du marché et, nous ajouterons, de la techno science.

 Quels moyens penser et  mettre en œuvre face à l’accélération ? A titre indicatif :

Des mouvements de ralentissement de la vie quotidienne, donc de décélérations dans des domaines de plus en plus  nombreux : villes, alimentation, éducation « lentes »…

Des moyens de réintégrer le temps :un respect des droits des générations futures, un respect du patrimoine culturel des  générations passées, une prise en compte des « droits du temps humain » ( il faudrait une « Charte mondiale » disait Jean Chesneaux), des déplacements repensés dans l’urbanisation, une désacralisation de la vitesse, la  création  d’une fédération mondiale d’ONG qui serait une sorte d’ « internationale de la lenteur ». De ce dernier point de vue il s’agirait en particulier de coordonner les ONG existantes et de contribuer à en créer de nouvelles.

Plus que jamais devant cet obstacle surhumain la pensée d’Antonio Gramsci doit être présente dans les actes et les espoirs des résistances : « Il faut avoir à la fois le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. »

Le pessimisme de l’intelligence permet d’avoir les yeux, les esprits et les cœurs ouverts sur des logiques profondes terricides et humanicides.

L’optimisme de la volonté permet d’avoir les mains,  les esprits et les cœurs à l’ouvrage.

Avec nos forces et nos faiblesses, personnelles et collectives, ne faut-il pas  faire en sorte que pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté marchent côte à côte, s’interpellent, se complètent, s’inclinent l’un vers l’autre et qu’ils deviennent des couples de combats ?

 

 

4-La complexité des mécanismes des volontés.

On évoque très souvent le manque de volontés en général et de volontés politiques en particulier.(voir blog Lavieille Mediapart, Les volontés politiques). Les situations sont très différentes entre la volonté d’une personne, d’un mouvement social, d’un Etat, d’une firme multinationale…Pourtant si l’on veut déterminer les grands circuits des volontés personnelles et collectives pendant leurs vies on se trouve devant trois séries de mécanismes et donc de contre-mécanismes. Ces contre-mécanismes sont souvent pensés, parfois en route et toujours à développer si possible et même en résistant à l’impossible.

Des volontés étouffées comment ?  Par  une éducation à la soumission et à la  compétition,   une administration des peurs,  des appels aux remèdes miracles,  une fuite en avant et une dictature du présent, des oppressions politiques, économiques, sociales, culturelles, environnementales,  un règlement violent des conflits.

Des volontés naissantes comment ? Par une éducation à la résistance, à l’esprit critique, à l’autonomie, à une éducation aux solidarités, à l’apprentissage des responsabilités, au respect des différences, à une présence dans les urgences et sur le long terme, à des libérations politiques économiques sociales culturelles environnementales, à un  règlement non-violent des conflits.

Des volontés dépassées comment ? Par la complexité et la technicité du système mondial, la complication des processus de décision, la rapidité du système, l’absence de moyens de résister ou leur caractère dérisoire, l’arrivée de catastrophes.

Des volontés résistantes comment ? Par l’apprivoisement de la complexité et la remise à sa place de la techno science, la prise en compte de l’ensemble des acteurs à travers des solutions imaginatives, l’élaboration de politiques à long terme, la capacité de proposition, des moyens conformes aux fins proclamées, une pédagogie des catastrophes quant à leurs causes et leurs effets.

Des volontés essoufflées comment ? Par la force de récupération du système, la survenance d’échecs personnels et collectifs, le sentiment de statu quo, l’érosion et l’épuisement des motivations.

 Des volontés à la recherche de nouveaux souffles comment ? Par des actions liées aux faiblesses et aux contradictions du système,  les leçons tirées des échecs personnels et collectifs,  la prise en compte des avancées locales et globales,  la recherche de motivations à renouveler ou à découvrir.

 

 B-LES LIMITES DES RESISTANCES

 

 

Des résistances ont des échecs : qu’est-ce que cela signifie ? Des résistances   ont  rendez-vous avec la mort, dans quelles circonstances ? Les résistances n’ont-elles pas des limites plus générales : qu’en penser ?

 

1-Les échecs de certaines résistances.

Les résistances personnelles et collectives rencontrent échecs et succès.

Marcel Proust disait « Il est peu de réussites faciles et d’échecs définitifs. »

-D’abord  et avant tout il est impératif de reconnaitre les échecs criants.

On ne peut pas se consoler faussement,  se fermer les yeux : comment, dans de multiples lieux et sous de multiples formes, ne pas parler d’échecs criants face à des injustices, à des régimes autoritaires, des guerres et des catastrophes écologiques provoquées par l’homme ? Les migrants morts en Méditerranée sont un échec criant et pour l’Union européenne  et pour ses Etats membres et pour beaucoup d’autres acteurs.

 

 

          -Ensuite peut-être pourrait-on proposer une forme de définition de l’échec d’une  résistance?

Au niveau personnel et au niveau collectif seraient essentiels des critères d’avancées démocratiques, justes, écologiques, pacifiques pour essayer d’apprécier des résistances.

 Si l’on voulait tenter une définition globale  on pourrait peut-être dire :

Constitueraient des forme d’ avancées des résistances qui auraient contribué à la construction  de sociétés démocratiques, justes, écologiques,  pacifiques, cela à tel ou tel niveau géographique, de façon partielle ou plus globale, modérée ou plus radicale.

Constitueraient  des formes d’échecs des résistances qui ne seraient pas arrivées à remettre en cause l’arrivée, le maintien ou l’aggravation  de l’inhumain,  c’est à dire de sociétés autoritaires, injustes, anti écologiques, violentes, cela à tel ou tel niveau géographique, de façon partielle ou plus globale, modérée ou plus radicale.

 

-Mais ces définitions ne doivent pas considérer les situations à jamais figées. En fait les luttes, on le sait, doivent continuer, la vie continue pour le meilleur, l’entre deux et le pire. Ainsi une victoire que l’on croyait acquise n’était que celle d’un moment, par exemple un régime sortait de l’autoritarisme mais y replongeait. Ainsi ce que l’on croyait être une défaite se transformait en victoire quelque temps après, la firme multinationale remettait en cause une production polluante.

 

         -Il y a aussi parfois des formes d’échecs compliquées :

Il arrive  que des situations  aient des échecs  compliqués pour au moins cinq raisons :

D’abord la perception que peuvent avoir des adversaires n’est pas obligatoirement la nôtre. Une brèche psychologique a pu être ouverte, un recours juridique peut  être perçu par eux comme un danger.

Ensuite  on peut essayer d’en tirer les leçons : l’épreuve nous fait ainsi prendre la mesure  de nos propres forces et l’échec ne supprime pas la valeur de l’effort entrepris.

D’autre part « la ligne » entre l’échec et le succès est parfois très « mince », un autre effort  peut nous amener par la suite  à la victoire d’une résistance.

Ensuite  dans l’échec d’une résistance une part de l’action  peut avoir réussi mais on ne le voit pas  encore. «(…) A chaque pas que l’on fait  on ne sait si on marche sur une semence ou un débris »(Alfred de Musset)…Ceci peut être vrai par exemple dans l’enseignement où des valeurs auront été partagées et ,au fil du temps, elles pourront avoir des effets heureux.

Enfin d’autres personnes et organisations pourront prendre la relève et trouver sur leurs routes des avancées de ceux et celles qui les précédaient. L’exemple du mur de Berlin est extraordinaire de ce point de vue puisque les coups de boutoirs sous diverses formes ont existé depuis sa construction jusqu’en 1989 soit près de trente ans.

 

-Existent-ils des échecs définitifs ?

 

 D’une part nous avons d’abord répondu que les morts liées aux atteintes aux libertés, aux égalités, aux solidarités ont quelque chose d’un échec définitif – les souffrances et les morts ont été et sont de cruelles réalités.Le flambeau de la relève peut constituer un espoir, on constate d’ailleurs que ce flambeau est parfois repris par des proches des victimes qui entrent en résistance si elles ne l’avaient pas fait avant.

 

 D’autre part existe la question de l’échec global final qui correspondrait à la  destruction de l’humanité. L’espoir serait définitivement mort pour les humains mais sans doute pas pour la totalité du vivant pour lequel on peut imaginer diverses hypothèses en particulier marines, sauf probablement dans quelques cas , par exemple si l’on s’orientait vers une planète de type de celle de Vénus(465°C) où la chaleur serait destructrice de tout le vivant. 

Le lendemain du lancement des bombes nucléaires en 1945 Jean-Paul Sartre écrit : « A la prochaine  guerre tout peut sauter. Cette fin absurde laisserait en suspens pour toujours les problèmes qui font depuis  dix mille ans nos soucis. Chaque matin  nous savons  désormais que nous pouvons être à la fin des temps. »

 

           2-Les résistances et la mort.

 

-Morts de résistants, d’associations, d’autres acteurs …mais des relèves peuvent suivre :

Des résistances peuvent rencontrer la mort dans trois séries de situations :  

Celles  des victimes  que trouvent ou accompagnent dans leurs derniers moments des résistants.

 Celles des répressions de résistants, par exemple des droits de l’homme, qui peuvent les conduire jusqu’à la mort.

 Celles enfin des décès de militants pour diverses raisons et de mort définitive de tel ou tel acteur, une association par exemple qui disparait soit en droit légalement dissoute, soit  dans les faits faute de combattants. Cela ne veut pas dire que des  associations plus ou moins proches  ne réapparaissent pas sous d’autres noms. Les flambeaux des personnes et d’autres acteurs sont souvent repris, des luttes continuent.

 

-Il est surhumain que dans des camps de la mort aient vu le jour des résistances.

« Même dans une situation limite l’Humanité est plus forte que l’inhumanité. » écrivait Hermann Langbein , résistant déporté autrichien.

Ainsi ont existé des résistances dans ces camps de l’horreur face aux nazis. Résistances physiques contre la faim, la soif, le froid, contre le travail terrible, contre les conditions sanitaires déplorables, résistances invisibles de solidarités jusqu’à la mort,  résistances culturelles , intellectuelles, religieuses, morales, résistances contre le terrorisme psychique ,résistances face à la hiérarchie des camps, résistances pour témoigner, résistances actives par une organisation clandestine, par des sabotages, des évasions et mêmes des révoltes. (Voir Langbein Hermann, La résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes1938-1945,Fayard,1981. Sur internet dossier remarquable   « Résister dans les camps nazis », plaquette de préparation du Concours départemental de la Résistance  et de la Déportation,2012)

 

 

3-Les limites des résistances

 

On est ici dans une contradiction que l’on peut assumer à une condition.

 

 D’un côté un certain nombre de luttes contre le productivisme se font au nom, entre autres, de la détermination de limites au cœur des activités humaines. Cela se traduit entre autres par les principes de précaution et de prévention. Jacques Ellul disait : « Qu’est-ce qu’une société qui ne se donne plus de limites ?

 

 D’un autre côté dans un certain nombre de résistances on lutte comme si l’on allait conquérir le ciel, avec la force des possibles et aussi celle des impossibles.

 

La contradiction peut être levée : tant mieux si l’on veut monter à l’assaut du ciel parce que l’optimisme il en faut beaucoup, il réduit à la cuisson, ne faut-il pas essayer de garder son enthousiasme, malgré des désillusions, en une sorte de « désillusion enthousiaste » ? 

 

 Mais cela doit se faire à une condition déjà énoncée :

 que l’on monte à l’assaut du ciel ou pas, que l’on veuille soulever des montagnes ou pas, que l’on « marche vivant dans son  rêve étoilé » ou pas   : les moyens mis en œuvre doivent être conformes aux finalités proclamées, des moyens  démocratiques, justes, pacifiques, écologiques.

 

Tel est cet ensemble de définitions et de fondements, de formes et de moyens, d’obstacles et de limites des résistances.

 

Nous aurions pu conclure sur les flammes des résistances mais, comme nous aimons aussi beaucoup le mot souffle, nous les associerons.

 

 

 

 

 

            Remarques terminales : flammes , souffles et résistances.

 

 

 

-De nombreux auteurs les évoquent, nous  en citerons  symboliquement quelques uns : un philosophe, un homme politique, un chef indien, un poète.

            Héraclite pour lequel feu est aux origines du monde « Tout se convertit en feu et le feu    

           se transforme en tout(…). »

Charles de Gaulle pour lequel « Quoiqu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas »

Seattle pour lequel « L’air est précieux à l’homme car tous partagent le même souffle : la bête, l’arbre, l’homme. »

René Char pour lequel « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière. »

 

           -Certes flammes et souffles peuvent être synonymes de mort :

Flammes de l’enfer,  armes d’horreur crachant des flammes, flammes destructrices  de personnes d’animaux de forêts de maisons de bâtiments…

Derniers souffles du monde, souffle qui passe, souffle que l’on perd, souffle qui s’éteint, souffles destructeurs des tempêtes et des ouragans…

 

-Mais flammes et souffles sont aussi synonymes de vie :

Flammes qui réchauffent, flammes des feux de camp, flammes sur nos bougies d’anniversaires, flammes dans nos cœurs, flammes dans nos nuits…

Nouveaux souffles du monde, chercher son souffle, retrouver son souffle, souffles de vie, souffles des ancêtres, souffles  des générations futures…

 

         -Les flammes et les souffles portent les résistances du vivant et sont portés par elles.

 

          Voilà, encore, les flammes et les souffles de ceux et celles qui  nous ont précédés.

 

          Voilà, déjà, les flammes et les souffles  de ceux et celles qui  vont nous suivre.

 

          Mais ce sont nos flammes et nos souffles que l’on attend 

          Et ce sont nos flammes et nos souffles qui nous attendent.

 

septembre 14, 2017 Articles, Sujets tous azimuts

LA FRATERNITE EST-ELLE TRANSGENERATIONNELLE

 

 

                    Intervention    faite  au colloque de Limoges sur la fraternité  ( 4 et 5 avril 2016),

                         organisé par le réseau  européen de recherches sur les droits de l’homme

              

 

 

En exergue une pensée d’Emile Zola : «( …) Le rêve final sera de ramener tous les peuples  à l’universelle fraternité, de  les  sauver tous le plus possible de la commune douleur, de les noyer tous dans une commune tendresse. » Une autre pensée, celle deJorge Bergoglio  « La fraternité éteint la guerre, toutes les formes de guerre. Le service est l’âme de cette fraternité qui construit la paix à laquelle aspire l’humanité. »

 

 Dans cette introduction une  conviction, un questionnement, une complexité.

Une conviction selon laquelle cette fraternité traversant les générations  n’est pas une illusion, autrement dit  une nébuleuse floue, une étoile inaccessible, un gadget pour idéaliste. Cette fraternité traversant les générations  n’est pas non plus une fuite, autrement dit  un refuge à l’abri du présent,  un mythe d’une communauté unanime, un lot de consolation distribué par les maitres aux esclaves.

  La fraternité transgénérationnelle  pose question : existe-elle et, si oui, est-elle  comme l’humanité, incarnée   à travers les temps et les lieux ?Est-elle un héritage,  un présent et une promesse ? Mais les  contraires de cettefraternité ne sont-ils pas  de terribles réalités ? Bernard Clavel écrivait « Je ne vois pas comment la fraternité peut se développer sous des cieux où la justice est faussée par la soif de richesse, l’appétit de gloire ou l’ivresse du pouvoir.»

Situations multiples, nous sommes bien, comme l’appelle Edgar Morin, dans « le défi de la complexité ». Ne faut-il pas essayer de rechercher le sens des ensembles ?

 Nous proposerons  ainsi deux  séries de réflexions. Dans une première partie   nous analyserons la fraternité transgénérationnelle au regard du politique. N’est-elle pas unevaleur pour le politique qu’elle peut contribuer à inspirer? Dans une seconde partie  nous analyserons la fraternité transgénérationnelle aux regards de l’éthique et du juridique. N’est-elle pas un devoir moral pour l’éthique qu’elle peut contribuer à  questionner ? N’est-elle pas un principe pour le juridique qu’elle peut contribuer à organiser?

 

 Ière partie Le  politique et  la fraternité transgénérationnelle.

 

Cette fraternité n’est pas hors sol, elle se situe depuis au moins le XVème siècle dans le système productiviste.Quel est le cadre et quels sont les domaines dans lesquels elle se manifeste ? Quels sont les obstacles qu’elle rencontre ?

 

1erpoint-Le politique,le cadre et les domaines de la  fraternité transgénérationnelle.

 

En premier lieu  le cadre généralconstitué par le  transgénérationnel lui-même.

 –Si l’on part de quelques données relatives aux générations : Les sens du motgénération sont nombreux : pour le démographe c’est la totalité des individus nés une même année, pour le généalogiste c’est l’ensemble des personnes classées selon une relation de filiation, pour le sociologue ce sont des personnes d’un âge proche qui ont des vécus historiques communs,  pour l’historien c’est la durée de renouvellement des personnes, ce sera le sens choisi ici. Par rapport à sa  durée une génération humaine correspond  au cycle de renouvellement d’une population adulte, soit environ 30 ans. Lenombre de générations (d’après nos calculs aussi  harassants qu’ incertains ) serait  de l’ordre de  6700 à 8000  sur  200.000 ans, date d’apparition de l’homo sapiens. Quant aux générations présentes elles sont au nombre de quatre. Les générations à venir seraient au minimum de zéro (le lendemain de l’horreur nucléaire d’Hiroshima Jean-Paul Sartre écrit « nous savons désormais que chaque jour peut-être la veille de la fin des temps »), ou de quatre d’ici 2100 (puisqu’existent quelques hypothèses scientifiques d’une humanité ne dépassant pas le siècle), ou alors d’un  nombre  indéterminé  de générations après 2100.

 –Que peut-on  dire ensuite du préfixe trans ? Il  signifie au-delà, il  exprime l’idée d’une traversée. L’inter générationnel est relatif aux générations différentes qui se rencontrent dans une même vie, le trans générationnel est relatif aux  générations qui se succèdent.L’inter et le trans générationnels existent  dans les transmissions familiales.C’est par exemple  le domaine de la psycho généalogie. La transmission intergénérationnelle est plus observable, puisque les quatre générations peuvent être  en contact, la transmission transgénérationnelle à distance, est plus floue, plus porteuse d’inconnues. Ces transmissions peuvent nous alourdir, celles par exemple de traumatismes, et/ou au contraire nous aider à grandir.  Le transgénérationnel existe aussi au regard de l’épigénétique, et de l’inné et de l’acquis. En démontrant que des facteurs environnementaux peuvent influencer l’expression des gènes, l’épigénétique a pour une part changé la façon dont les scientifiques comprennent l’héritage génétique. On  démontre ce qu’une anthropologue américaine, en 1950 dans « Mœurs et sexualité en Océanie », avait constaté : sur un même territoire les enfants  souvent proches des bras de quelqu’un seront moins agressifs que ceux d’autres tribus qui n’ont pas ces pratiques.

 

En second lieu quels sont les  domaines de la fraternité transgénérationnelle ?

 

Les fraternités ont, entre autres, pour noms solidarités, coopérations,  concordes, soutiens, compassions, dialogues, réconciliations,dignités… Les antifraternités  ont, entre autres, pour noms hostilités, fabrications de boucs émissaires, cruautés, racismes, fanatismes, haines… Une simple énumération de  manifestations des unes et des autres  nous montre un gigantesque  contenu .

 -D’abord en ce qui concerne les  générations passées : Par rapport à la démocratievoilà des antifraternités antidémocratiques extrêmes tels que les totalitarismes et les génocides porteurs encore aujourd’hui de  traumatismes personnels et collectifs. Voilà au contraire des fraternités  démocratiques qui ont été mises en œuvre, telles que des luttes pour le suffrage universel, pour des libérations des femmes dont bénéficient les générations présentes,  Par rapport à la justice voilàdes antifraternités  injustes : l’esclavage, la colonisation, le système mondial productiviste avec ses injustices criantes, voilàdesfraternités  justes : l’abolition de l’esclavage, la décolonisation, les luttes pour la construction d’un  système remettant en cause les injustices à tous les niveaux géographiques . Par rapport à la paix, voilà des antifraternités violentes, destructrices de patrimoines culturels , des fausses paix déjà enceintes d’une autre guerre , des théories et des pratiques en appelant aux peurs et aux haines , à la course aux armements, à une mondialisation injuste et irresponsable. Par rapport à la paix voilà des fraternités pacifiques à travers des patrimoines culturels qui invitent au vivre-ensemble, de véritables traités de paix ou  d’amitié porteurs de réconciliations, de cultures et de religions  ouvertes au dialogue,   de politiques tournées vers un mondialisation solidaire et responsable. Par rapport à  l’environnement voilà des anti fraternités destructrices de l’environnement : certaines  activités humaines depuis l’anthropocène, environ huit générations, entrainant des changements climatiques et un effondrement de la diversité biologique, voilà desfraternités protectrices de l’environnement : des luttes contre les changements climatiques, des luttes pour la sauvegarde  de la diversité biologique.

-En ce qui concerne les  générations futures : sont-elles impliquées par la fraternité transgénérationnelle ? Elles  peuvent être menacées  par certains effets incommensurablement longs du productivisme des générations présentes. Certains effets environnementaux et sanitaires (voire même financiers) ont tendance à être sans limites dans l’espace et le temps. On détruit la  liberté de choix des générations futures en lançant des mécanismes dont il n’est pas prouvé qu’elles  pourront les maitriser. On est loin d’indiens iroquois qui, par transmission orale depuis le XIIème siècle et par une Grande loi de paix de 1720, prenaient des décisions « en tenant compte du bien-être jusqu’à  la septième génération. » Théodore Monod disait «Il faut voir loin et clair ».  Mais alors que répondre à diverses formes d’indifférences par rapport aux générations futures ? Un humoriste se demandait : « Pourquoi faudrait-il que je me préoccupe des générations futures ? Ont-elles une seule fois fait quelque chose pour moi ? ».Que répondre ? Si vous ne vous intéressez pas aux générations futures demandez-vous si les générations passées  se sont intéressées à vous ? De quelles libérations, de quelles chances, et /ou  de quelles difficultés, de quelles  aliénations ont-elles été porteuses ?  Si vous ne vous intéressez pas aux générations futures demandez-vous si vous voudriez qu’elles vous transforment en objets et non en sujets de vos vies parce qu’elles n’auraient pas su être aux rendez-vous de leurs responsabilités et de leurs fraternités  personnelles et collectives…

 

 

2ndpoint Le politique et les obstacles de la fraternité transgénénérationnelle

 

En premier  lieu Le  court terme du productivisme constitue l’ obstacle essentiel .

 

 -La priorité du court terme est synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaborations de politiques à long terme. Pour paraphraser Montesquieu, toute génération qui a du pouvoir n’est-elle pas tentée d’en abuser ? Noyés dans des difficultés ou des drames du présent on ne peut anticiper. Le court terme est lié aussi à deux autres logiques du productivisme. D’une part la recherche du profit, synonyme de fructification rapide de patrimoines financiers avec des opérateurs qui ont des logiques spécifiques dans lesquelles la fraternité est absente. D’autre part la marchandisation du monde, synonyme de  transformation de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités et d’éléments de l’environnement transformés en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché et loin de la fraternité. 

 -Qu’en est-il du long terme dans la fraternité transgénérationnelle ? Il implique une acceptation de se situer dans le temps. Lorsque Hans Jonas écrit  « agis de telle sorte que tes actions soient compatibles avec la permanence d’une vie  authentiquement humaine sur terre »il y a bien l’idée que nos remises en cause présentes peuvent être porteuses d’une fraternité dont nous ne verrons pas les effets.La fraternité du long terme n’appelle-t-elle pas aussi à essayer de changer notre rapport à la mort ? L’idée  de consentir à quelque chose qui nous précède et qui va nous succéder n’est-ce pas une façon d’accepter sa propre finitude ?Est-ce que cette forme de fraternité ne nous invite pas à essayer de  changer également notre rapport à la  paix, au pouvoir, à la violence ? Nous ne disons pas aux générations futures « votre mort c’est notre vie. Ta mort  c’est ma vie » qui est le cri  de la guerre, mais nous leur disons « Votre vie c’est notre vie. Ta vie c’est ma vie. »

 

 En second lieu La fraternité transgénérationnelle doit faire face aussi à d’ autres obstacles importants .

 -L’obstacle de la compétition, loin de la coopération. « Etre ou ne pas être compétitif » nous dit le système mondial, si vous n’êtes pas compétitif (pays, région, ville, entreprise, université, personne) vous êtes dans les  perdants, vous êtes morts.  Riccardo Petrella écrit « La logique de la compétitivité  est élevée au rang d’impératif naturel de la société ».Autrement dit l’autre est perçu comme  concurrent, adversaire, ou ennemi, çà n’est pas un frère  et cela  qu’il soit vivant ou à venir. Mais alors, question importante, la compétition est-elle  naturelle (plus ou moins indépassable) ou est-elle un  produit de l’histoire(plus ou moins modifiable) ?Finalement ceux et celles qui pensent qu’elle est historique, qu’il y a des compétitions liées aux périodes et aux sociétés, que le productivisme pousse à une compétition omniprésente, affirment  que les solidarités, les coopérations, les biens communs, les « vivre ensemble », constitutifs des fraternités, peuvent  se développer ou voir le jour. La culture de compétition et d’agressivité ne doit-elle pas être remise en cause par une conscience pacifique, juste, écologique de la fraternité ?

 -Autre obstacle, celui de l’accélération. Quelle est sa réalité ? Elle  est omniprésente  dans le productivisme à travers, par exemple, une techno science en mouvement perpétuel, une circulation rapide des capitaux, marchandises, services, informations, personnes, accélération qui a  de multiples effets sur les sociétés et les individus. Quels sont ses effets sur la fraternité ? La fraternité , comme la démocratie, ne  demande-elle pas du temps ? Jean Chesneaux écrivait « Notre existence  se dissout dans un zapping permanent ; nos sociétés sur programmées sont bloquées dans l’immédiat ; notre devenir historique se brouille (…) ». Oui, dès lors  comment renouer, dans le respect de la durée, un dialogue entre le présent agissant, le passé comme expérience, l’avenir comme horizon de fraternités et de responsabilités ? Tel est ce regard porté sur cette valeur politique d’attention aux autres dans le temps  qu’est la fraternité transgénérationnelle.

 

 IIème partie-L’éthique,le juridique et la fraternité transgénérationnelle

 

 1er point L’éthique et la fraternité transgénérationnelle.

 

En premier  lieu  Quels sont  d’abord les  fondements éthiques de la fraternité transgénérationnelle ?

 

– C’est l’appartenance à la  famille humaine qui est le fondement éthique essentiel de la fraternité transgénérationnelle.Or la famille humaine est synonyme de plusieurs réalités qui ont des effets sur cette fraternité.

D’abord l’explosion démographique. Le nombre de personnes ayant vécu sur Terre serait de l’ordre de 100 milliards, il y avait sept milliards d’habitants en 2011,  il y aurait en principe en 2050 de l’ordre de 9 milliards, l’explosion ralentirait ensuite  puisqu’en 2100 il devrait y  avoir 10 à 11 milliards de terriens. Chaque jour 224000 personnes, en excédent de population, sont acteurs ou témoins des fraternités et de leurs contraires. Ainsi une question souvent abordée, en particulier par Claude Levi Strauss, est celle des rapports entre quantités et qualités, elle interpelle la fraternité. Par exemple n’est-il pas et ne sera-t-il pas plus difficile, et sous quelles formes, de fraterniser dans des mégapoles de plus en plus gigantesques?

La famille humaine est synonyme aussi d’unité et de diversités. Il s’agit de  rechercher l’unité de l’espèce humaine. « Un seul monde ou aucun, s’unir ou périr » disait Einstein. La fraternité transgénérationnelle ne fait-elle pas de nous des frères et des sœurs en humanité laquelle serait une forme de Mère ?  Il s’agit également de respecter les diversités. Nous sommes ici dans des pratiques quotidiennes de fraternités et d’anti fraternités transgénérationnelles. Ne pas éliminer les différences, ne pas les exacerber, ne pas les effacermais  les respecter. Loin des dominations, des ghettos, des assimilations, la fraternité correspond à un regard d’intégration, d’ouverture, elle reconnait des similitudes et des différences entre les personnes, les peuples, les générations.

La famille humaine est synonyme également de lieux  interdépendants où vont se vivre des fraternités dans le temps. Le vivre ensemble se déroule dans nos villages, nos villes, nos régions qui sont nos terroirs, dans nos pays qui sont nos patries, dans   nos continents qui sont nos matries , sur notre Terre qui est notre foyer de l’humanité. Ces territoires  nous aident à construire nos identités, à nous structurer. Mais ils ne doivent pas se refermer, devenir des  fractures de l’humain, des administrations de peurs de l’autre, des fabriques de l’ennemi. Ils doivent se découvrir, s’interpeller, se compléter, s’incliner les uns vers les autres. Voilà Montesquieu citoyen du  monde: « Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille mais qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et à l’Europe mais préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »Les lieux de vie, comme les générations, sont donc marqués par les interdépendances, n’est-ce pas  un devoir moral de les construire dans la fraternité ?

 -Après la famille humaine, quels sont les autres fondements éthiques de la fraternité transgénérationnelle ? Ne sommes-nous pas fraternisés par le commun,en particulier les périls  les fragilités et les projets  communs ?

Etre frères n’est-ce pas  se rassembler contre des périls communs. Ils s’appellent  et s’appelleront très certainement débâcle écologique, armes de destruction massive, inégalités criantes, toute-puissance de la techno science et des marchés financiers. C’est être frères contre les périls communs eux-mêmes, c’est l’attitude non violente fondée sur le respect des personnes et les dénonciations les remises en cause de mécanismes antifraternels. 

D’autre part ce sont aussi les douleurs de la vie(la fraternité de la douleur) qui peuvent nous relier en étant à l’écoute des fragilités, celles des autres et les nôtres. Vont dans ce sens des religions, des cultures, des œuvres d’art, qui nous disent «  çà n’est pas un fardeau que tu portes c’est ton frère. »  Enfants en détresse sur notre terre : un sur deux aujourd’hui et combien demain ?

 Et puis ne sommes-nous pas  aussi  fraternisés par les projets communs ? Etre frères c’est se rassembler à travers le temps pour préserver le bien commun et pour construire du commun c’est à dire relier, dans l’espace et dans le temps, le proche et le lointain ? Ces projets ne  sont-ils pas témoignages de fraternités d’espérance s’ils répondent aux urgences et s’ils construisent des politiques à long terme ?

 

 En second lieu Quelles sont les expressions éthiques de la fraternité transgénérationnelle ?

-Les acteurs aux responsabilités très variables sont nombreux : Etats, organisations internationales, collectivités territoriales, entreprises, ONG, peuples, personnes…et d’autres  acteurs à venir.

 Nous préférons insister ici sur les générations,  témoins de ce que sont ces fraternités transgénérationnelles. Ce sont les vies  de ceux et celles qui nous  ont précédés à travers ces témoins d’humanité luttant contre des forces de mort, c’est ce patrimoine culturel qu’ils nous laissent avec un grand bonheur de le découvrir, de le partager et de le transmettre. Ce sont les vies de ceux et celles  qui sont présents  aujourd’hui, ces générations vivantes qui, si elles arrivent à  penser et à mettre en œuvre des moyens fraternels porteront un projet d’humanité, alors, oui, il les portera à son tour. Ce sont les vies de ceux et celles qui vont nous suivre et qui peuvent nous dire : essayez, nous vous les prêtons, d’aimer le monde avec les cœurs et les esprits de ceux et celles qui vont arriver, et puis laissez-nous la liberté de devenir ce que nous voudrons être.

 

 -Quels  sont , au regard de l’éthique, les  moyens et les fins de cette fraternité transgénérationnelle ? D’un point de vue général on peut affirmer que la mondialisation productiviste  contribue à la confusion entre les fins et les moyens. Les fins, c’est-à-dire les acteurs humains en personnes, en peuples, et en humanité, sont plus ou moins ramenés aux rangs de moyens. Les moyens, c’est-à-dire surtout  la techno science et le marché, deviennent des fins suprêmes et tendent à occuper toute la place. La fraternité, au sens éthique, en appelle à  une cohérence entre les moyens et les fins. Les fins doivent être respectées, les moyens doivent être remis à leur place.  Dans une formule  radicale, restée à ce jour inégalée, Gandhi, dans cet ouvrage posthume « Tous les hommes sont frères », écrivait « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence». Cette cohérence signifie que si l’on veut construire des fraternités transgénérationnelles il faut des moyens fraternels, c’est-à-dire démocratiques, justes, écologiques et pacifiques.  Après l’éthique…

2ème point-Le juridique et la  fraternité transgénérationnelle

 

 En premier lieu quel est le contenu de ce qui serait un principe juridique ?

 

-La spécificité de ce principe repose probablement  sur  la non-discrimination transgénérationnelle, inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’humanité consacrée peut-être par les Nations Unies en décembre 2016. « Les générations présentes ne devraient entreprendre aucune activité ni prendre aucune mesure qui auraient pour effet de provoquer ou de perpétuer une forme de discrimination pour les générations futures », cela au sens bien sûr des Pactes internationaux des droits de l’homme de 1966, mais aussi au sens des droits-solidarités en particulier à la paix et à l’environnement.

Cette spécificité du principe repose ensuite sur la protection de l’environnement et de la santé. D’abord environnement et santé, y compris pour les générations futures, sont liés comme l’affirme la CIJ en 1997,ensuite comme l’exigent quelques conventions,« chaque génération humaine  a le devoir de faire en sorte que  le legs des ressources de la terre soit préservé et qu’il en soit fait usage avec prudence ». Enfin, plus globalement, l’impératif de la protection de  l’environnement repose sur la vie  de l’humanité et de l’ensemble du vivant, donc, comme l’affirmait Charles Gonthier,  « sur la fraternité dans ses dimensions universelle et temporelle. »

 –Non seulement ce principe a une certaine spécificité  mais  ses interdépendances existent avec d’autres principes qui , eux aussi, se transgénérationnalisent.Ainsi le principe des responsabilités des générations présentes envers les générations futures, consacré dans la Déclaration de l’UNESCO de 1997,le principe de  solidarité par exemple sous la forme de l’assistance écologique qui est un devoir de la communauté internationale consacré par la Déclaration de Rio de 1992 , le principe de non régression selon lequel la protection de l’environnement ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante ,  le principe de dignité de l’humanité qui implique la satisfaction des besoins fondamentaux ainsi que la protection des droits intangibles. A cela s’ajoute la proximité du principe de fraternité transgénérationnelle avec un concept  transgénérationnel  qui exige que des limites soient fixées aux activités humaines,(« Qu’est-ce qu’une société qui ne se donne plus de limites? » demandait Jacques Ellul), concept qui est à  base d’ autolimitation et de contrainte, concept sur lequel se greffent les principes de précaution, de sobriété, de coopération et d’autres à venir. Voilà pour le contenu,

 

Enfin en second lieu quelle est la mise en oeuvre de ce principe juridique ? On se situe beaucoup ici dans le droit prospectif.

 

 -Cette mise en œuvre doit se  traduire  pardes interdictions à consacrer et par des biens communs à protéger .  Quelles  interdictions ?Constitueraient des crimes écologiques contre les générations présentes et futures et contre le vivant,des mécanismes ayant des effets sanitaires et environnementaux sans limites dans l’espace et dans le temps,ainsi les recherches sur les armes de destruction massive, ainsi  l’enfouissement irréversible des déchets radioactifs. Quels biens communs à protéger ? Respecter la biosphère (maison commune de  l’humanité et du vivant) et le patrimoine commun de l’humanité, organiser un accès universel et effectif aux biens communs indispensables à la vie des personnes, des peuples, des générations présentes et futures.

– Evoquons à travers des fonctions essentielles,  une simple énumération de quelquesinstitutions,  existantes ou nouvelles, porteuses de fraternité transgénérationnelle. 

Fonctions de vigilance et d’anticipation, par exemple des gardiens et desConseils pour les générations futures,  des Assemblées législatives du long terme.

Fonctions de représentation, par exemplel’humanité aurait la personnalité juridique , l’Organisation mondiale de l’environnement pourrait la représenter .

Fonctionsde sanction ,par exemple de tribunaux nationaux(c’est le début d’un processus) condamnant des Etats à respecter leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre, le tribunal déjà créé en 2012  « des crimes contre la nature et contre le futur de l’humanité »,  la création un jour d’une Cour mondiale de l’environnement.

 

Remarques terminales

 

1/La fraternité est-elle transgénérationnelle ? Ethiquement  il faut qu’elle le soit, c’est un devoir moral, politiquement  il faut  lui donner sa place, c’est une valeur essentielle, juridiquement il faut la construire, c’est un principe porteur.

2/Englobantcet ensemble le voilà, l’esprit de fraternité,consacré par la DUDH, porté par « les êtres humains doués de raison et de conscience », il  doit souffler  sur notre terre  à travers les temps,  il peut  briser des solitudes, changer des destins, qualifier des vies. Il doit faire, de tous envers tous, des tisseurs  et des passeurs de fraternités.

3/Pour terminer un petit conte : un élève demandait « Quand peut-on être sûr que la nuit finit et que le jour commence ? »Le maitre répondit  «La nuit s’achève et le jour se lève lorsque l’on peut voir dans le visage de chaque être humain celui d’un frère et d’une sœur du présent, du passé et de l’avenir. Alors  l’aube apparait, une aube d’humanité. »

 

 

janvier 24, 2014 Démocratie Justice

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 La  démocratie

Introduction générale relative à la démocratie

« Démocratie…un mot qui dort encore… »  écrivait un  poète américain. (Walt Whitman, 1819-1892, Perspectives démocratiques, édit. Belin, 2011).

 

En prononçant ce mot de nombreuses  questions arrivent  au cœur et à l’esprit.

Comment remettre en cause un régime autoritaire porteur de nombreuses souffrances ?

Pourquoi, de façon modérée ou plus radicale, certain(e)s sont-ils sont-elles allergiques à l’idée démocratique ?

Les révolutions des peuples de l’Est en 1989, qui ont contribué à faire éclater le ciment du parti unique,  ne sont-elles pas symboliques de cette pensée selon laquelle « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » ?

Comment le « printemps arabe » de 2011 peut-il depuis surmonter les obstacles vers la démocratie ?

A quoi sert la démocratie si le peuple continue à s’enfoncer dans les difficultés ? La « désillusion démocratique » dans certains pays du Sud ne  fait-elle pas qualifier par certains la démocratie  de « cache-misère ? »  

Demain des remises en cause environnementales impliqueront-elles un pouvoir fort pour les imposer ? Ou bien  démocratie et écologie doivent-elles marcher ensemble ?

N’y a-t-il pas une crise de l’idée démocratique ?

 Réfléchir à la démocratie n’est-ce pas un exercice dérisoire dans la mesure où  elle ne ferait qu’avaliser ce que le marché et la techno science ont décidé ?

  Quels processus développer et créer pour avancer sur les chemins de la démocratie représentative et participative ?

 Nous partirons de ce que l’on peut qualifier de contraire absolu de la démocratie, le totalitarisme(I), pour faire ensuite une synthèse de conceptions de la démocratie(II),puis nous ferons le point sur l’état global de la démocratie dans le monde aujourd’hui(III),  nous nous demanderons par quels moyens on peut faire avancer la démocratie représentative et la démocratie participative(IV), enfin nous nous interrogerons sur la démocratie au niveau international (V).

 

 

  I-  Le contraire absolu de la démocratie : le totalitarisme

 Mettons en exergue une citation connue :

  « Si l’écho de leur voix faiblit nous périrons. »( citation attribuée à Paul Eluard

     évoquant   les déportés.)

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Proposons préalablement  quelques éléments bibliographiques :

Film documentaire, Nuit et brouillard, Alain Resnais, durée 32 minutes,1956

Film, Shoah, Claude Lanzmann, durée dix heures, 1985

 Si  c’est un homme, Primo Levi, Julliard 1987, ou Pocket, 2004

L’univers concentrationnaire, David Rousset, éditions de Minuit, 1981

Rue de la liberté. Dachau 1943-1945, Edmond Michelet, Seuil,1998

Auschwitz et après, Charlotte Delbo, éditions de Minuit, 3 volumes,1970,1971

La destruction des juifs d’Europe, Raul Hilberg, Gallimard, 3ème édit,3vol,2006

L’Allemagne nazie et les juifs, Saul Friedlander, 1ervol Seuil1997,2ndvol Seuil,2008

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 L’archipel du Goulag 1918-1956,Alexandre Soljénitsyne, Seuil,3 volumes,1974

La route de la Kolyma, Nicolas Werth, Belin,2012

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Film, Duch,le maitre des forges de l’enfer, de Rithy Panh,2011

Film, La déchirure, Roland Joffé,1984

Cambodge année zéro, François Ponchaud,1979

L’élimination, Rithy Panh, avec Christophe Bataille, Grasset,2012

 Introduction

 

Les totalitarismes du XXème siècle ont été le nazisme c’est-à-dire le régime politique ( « national-socialisme ») en Allemagne de 1933 à 1945,le stalinisme c’est-à-dire le régime politique( « Républiques socialistes soviétiques ») en Union soviétique de 1928 à 1953,et le régime politique au Cambodge de 1975 à 1979 (les khmers rouges et le « Kampuchéa démocratique »).

A cela il faut ajouter la période totalitaire sous la Chine de Mao, pendant « la Révolution culturelle » de 1966 à 1976, et la Corée du Nord de 1948 à nos jours dont le régime est souvent qualifié de totalitaire dans la mesure, entre autres, où existent des camps de détention de travail forcé.

 Un des points communs de ces régimes est le ciment totalitaire du parti unique dirigé par le dictateur.

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Comment se manifeste  cette forme la plus absolue de la dictature(A) ? Quelles en sont les causes et donc quelles peuvent être les luttes qui empêcheraient l’arrivée  d’un totalitarisme(B) ?

 

  A  Les manifestations du totalitarisme

Partons des analyses de deux grands auteurs(1), pour en arriver  ensuite  à l’évocation des camps de l’horreur(2).

  1-Les analyses des manifestations du totalitarisme par deux grands auteurs.

Pour Hannah Arendt, philosophe américaine d’origine allemande qui avait fui le nazisme, (« Les origines du totalitarisme », 1951), le totalitarisme est le résultat d’un ensemble d’éléments : une idéologie officielle couvrant tous les aspects de la vie individuelle et collective, une main mise sur tous les moyens d’information et de propagande, un isolement de l’individu, « isolé et désolé », par la destruction des anciennes structures(familles ,syndicats, associations, églises), un parti unique dirigé par le dictateur, une terreur dont la police politique est un instrument, une mobilisation de la population dès la petite enfance, enfin, horreur de l’horreur ,des camps de concentration. Donc réduire le totalitarisme au dictateur c’est faire une  analyse incomplète, le totalitarisme c’est un système composé d’un ensemble d’éléments parmi lesquels le dictateur et le parti unique  ont des  rôles essentiels.

Arendt met en avant la convergence entre le nazisme et le stalinisme.

Pour Raymond Aron, sociologue français, (« Démocratie et totalitarisme », 1965) le totalitarisme repose sur les éléments suivants : le monopole de l’activité politique par un parti, l’existence d’une idéologie monopolistique, le monopole des moyens de force et de persuasion détenus par ce parti, la subordination des activités à l’idéologie du parti, la terreur politique et idéologique, les camps de concentration.

Aron  en comparant les deux totalitarismes fait une différence : le nazisme est un « totalitarisme volontaire », l’homme « ne doit pas se donner pour but de ressembler à une bête de proie, il y réussit trop bien. » Par contre le stalinisme est un « totalitarisme involontaire », « qui veut faire l’ange fait la bête », les lendemains radieux annoncés étaient porteurs de présents massacreurs.

 

3Les manifestations les plus terrifiantes : les camps de l’horreur.

Les nazis éliminaient les juifs, les tziganes, les homosexuels et les handicapés, les staliniens éliminaient les opposants au régime communiste, les khmers rouges éliminaient tous ceux qui avaient un capital matériel et/ou intellectuel.

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Sous le nazisme  la décision de « la solution finale  » est prise le 20  janvier 1942 (pour certains historiens en décembre 1941).Dachau(l’ouverture de ce premier camp est annoncée par Himmler) fonctionnait depuis mars 1933, Auschwitz  dès juin 1940.Le système concentrationnaire comprenait en particulier  4 camps d’extermination immédiate (Treblinka, Belzec, Chelmno, Sobidor),2 camps d’extermination et de concentration(Auschwitz-Birkenau avec au moins 1, 1million de victimes, Madjanek), 14 camps de concentration ( Ravensbruck, Buchenwald, Mauthausen, Dachau… et aussi le seul en territoire français, Struthof).En marge des centrales concentrationnaires et de leurs commandos  il y avait les camps de transit ou d’internement qui dépendaient du système et deux camps de représailles pour prisonniers de guerre.

Les historiens , en particulier Raul Hilberg, estiment aujourd’hui  que les nazis ont exterminé 5,1 millions de juifs ( 3 millions dans les camps,800.000 dans les ghettos,1,3millions massacrés en dehors des camps) et d’autre part 250.000 tziganes,200.000 handicapés physiques et mentaux , 15000 homosexuels,  3,5 millions de prisonniers de guerre soviétiques et 1,1 million de déportés ne relevant pas des crimes précédents. Le Tribunal international de Nuremberg a estimé le nombre de victimes juives à 5,7millions et a employé le chiffre emblématique de 6 millions repris par la suite. L’extermination a été celle des deux tiers de la population juive d’Europe et du tiers du peuple juif dans son entier.

 

 

Sous le stalinisme la décision de création du Goulag  est du 7 avril 1930, 10 à 19  millions de personnes ont été envoyés dans ces camps de rééducation par le travail. Les bagnards (les zeks) du Goulag étaient affectés à des chantiers terrifiants, par exemple creuser la roche à mains nues dans la construction du canal de la mer Blanche. Le système concentrationnaire était gigantesque, il comprenait des centaines de camps et 17 camps principaux, parmi les pires les camps de Magadan, de Kolyma, le plus grand était le Bamlag. Ces camps étaient  synonymes   d’arbitraire, de misère, de mort.

 Le stalinisme dans son ensemble est responsable d’au moins 25 millions de victimes, à travers les camps, les purges, les famines organisées (celle terrifiante d’ Ukraine  en 1931-1932 qui fit 6 millions de victimes ! )

 

Sous les Khmers rougesdu 17 avril 1975 (  leur entrée dans Phnom Penh)au 7 janvier 1979 ( l’ arrivée des Vietnamiens au Cambodge), au nom d’une révolution radicale c’est, en fait, un génocide qui prend la forme d’un monde concentrationnaire, il s’installe dans le pays avec évacuations des villes, déportations, famines, oppressions, persécutions, disparitions,  centres de torture… Parmi ces derniers « S-21 », un  lycée de la capitale, où sont torturées et exécutées  plusieurs dizaines de milliers de victimes.

On considère que plus du quart de la population a été décimé, en trois ans, huit mois et vingt jours, soit plus de 2 millions de cambodgiens sur 7 millions.

Telles sont les manifestations de ces formes d’enfer que sont les totalitarismes.

Quelles en sont les causes ?

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 B  Les luttes contre les causes du totalitarisme

Certains affirment que cette  forme d’horreur a quelque chose d’impensable. C’est une façon de dire qu’il y a une limite à penser les causes de telles atteintes à l’humanité, de ces crimes contre l’humanité, de ces génocides.

Nous soulignerons les analyses des causes(1) puis nous évoquerons les luttes contre les causes du totalitarisme(2).

  1-L’évocation des analyses des causes du totalitarisme

Ces analyses peuvent être exclusives les unes des autres mais il est beaucoup plus cohérent de les articuler les unes aux autres. L’arrivée d’un totalitarisme est un ensemble de mécanismes qui se mettent en marche, nous les soulignerons à travers le nazisme.

 

a) Une réaction de l’Etat,

 Une des définitions les plus terrifiante du totalitarisme a été donnée par Mussolini(discours à la Chambre des députés,26mai1927) « Tout dans l’Etat rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat ».Dans un autre discours(24mars 1924)il  affirmait déjà «Tout est dans l’Etat et rien  d’humain, rien de spirituel n’existe et n’a tant soit peu de valeur  en dehors de l’Etat( …)En dehors de l’Etat pas d’individu, pas de groupes(partis politiques, associations, syndicats, classes sociales…) »

Cette réaction de l’Etat se produit, selon certains auteurs, à la suite d’un effondrement des structures traditionnelles.

 Le totalitarisme, disait Hannah Arendt, a besoin « d’individus désolés », au sens de dépression collective. En 1924 le parti nazi avait 3% des voix, en 1928 il obtenait 2,6%, donc avant la crise de 1929 il était très minoritaire, or en septembre 1930 il est à 18,6%, en juillet 1932 il est à 37,3% des voix.

Individus « désolés » : la défaite de la Première Guerre mondiale et les lourdes indemnités imposées à l’Allemagne par le Traité de Versailles ( juin 1919), l’hyper inflation  qui ravage le pays, le chômage qui  explose avec la crise économique de 1929, il y a 6 millions de chômeurs en 1932, en juillet 1932 le parti nazi est donc à 37,3%.

 Hitler est nommé chancelier en janvier 1933, les partis de droite traditionnels et démocrates voyaient en lui un agitateur qui serait dépassé par l’exercice du pouvoir, or les nazis renversent la République de Weimar en six mois, c’est la dictature. D’autre part les partis de gauche, pourtant puissants, ont sous-estimé la possibilité pour les nazis d’arriver au pouvoir.

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 b) L’acharnement à l’unité : les dirigeants veulent fondre la société dans le Même,  ainsi pour les nazis  la race aryenne est supérieure aux autres, on doit la préserver de sa pureté.

Le totalitarisme, disait encore Hannah Arendt, a besoin « d’individus isolés », on les coupe de toutes leurs anciennes structures. On élimine les diversités qui ne sont pas conformes à cette unité totalitaire ou ne tendent pas vers elle.

 Hitler se sert de l’incendie criminel du Reichstag en février 1933 pour interdire le parti communiste. Le 23 mars 1933 Hitler obtient  les pleins pouvoirs de l’Assemblée du Reich (444 voix pour, 94 sociaux démocrates contre, en juin ce parti est interdit). Le 14 juillet le parti nazi devient parti unique, puis  à la place des syndicats est créé un Front du travail contrôlé par les nazis. Les opposants au régime  sont arrêtés, exécutés ou déportés. Handicapés mentaux et physiques,  homosexuels sont éliminés. Enfin les lois raciales de Nuremberg du 15 septembre 1935 « protègent le sang allemand » face aux « sous-hommes ».

 

c) Les idées totalitaires reposent sur l’élimination d’un bouc émissaire et sur l’annonce de lendemains radieux auxquels on doit parvenir par tous les moyens, y compris l’écrasement des faibles par les forts.

Ainsi les juifs sont rendus responsables de la défaite allemande  de la Première Guerre mondiale, suivie du Traité de Versailles imposant de lourdes conditions à l’Allemagne, et responsables aussi  de la crise de 1929.Les juifs qui n’ont pas pu immigrer sont  déportés et exterminés.

Les lendemains qui chantent sont promis par Hitler : le chômage disparaitra, la paix sera là. Les pleins pouvoirs donnés au dictateur sont présentés comme  un moyen d’y parvenir.

 

d) L’obéissance peut être pourvoyeuse de violence. Individus désolés, isolés, individus fanatisés.

Dans cette « mise au pas » l’individu veut avant tout se montrer digne de ce que l’autorité attend de lui, on s’identifie au fort, on nie la souffrance du faible. L’embrigadement des jeunes par le régime devient omniprésent, le totalitarisme fait tout pour  que le cerveau de l’enfant et de l’adolescent soit à son service. D’autre part des étudiants sont amenés à  brûler les livres interdits, ces autodafés ces brasiers sont organisés par le parti nazi.

Individus soumis… L’absence de véritables réactions collectives a contribué à rendre l’extermination des juifs possible. Certes il y a eu des dévouements individuels, certes il y a eu des actes de résistance, mais  « l’opinion publique » n’a pas massivement  bougé pour protéger les juifs.

 Des historiens affirment que début 1943 une majorité d’allemands était au courant des massacres, du côté des victimes la connaissance de « la solution finale » est connue par certains fin 1941, mais c’est l’impuissance de la plus grande partie des juifs et pour cause : juifs persécutés, affamés, affaiblis, même si des actes de résistance ont existé, résistance massive à Varsovie bien sûr, et résistance même dans l’enfer d’ Auschwitz  …)

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e) Des techniques, des sciences, des finances, des arts  vont être mis au service du régime.

Goebbels met en œuvre une propagande intensive à travers de grands rassemblements, le jour et la nuit, à travers aussi la radio qui est un instrument favori  d’Hitler dont la voix impressionnante est imprécatrice, vocifératrice, hystérique.

 De grands industriels et scientifiques mettent leurs productions et leurs recherches au service du Reich, en particulier armements et transports. Des médecins  participent à des expérimentations humaines terrifiantes. Des arts sont utilisés (musique, cinéma, photographie…) pour vanter les splendeurs du Reich, le sport lui aussi est mis à contribution. Des banquiers se mettent au service du Reich.

On est ainsi amené à se demander si, très  en amont, on peut empêcher la mise en route de ces mécanismes de mort ?

 

2 – L’évocation des luttes contre les causes du totalitarisme

 

Trois idées semblent essentielles.

a)La première idée est celle  de résister le plus tôt possible. Plus on attend pour résister, plus il est difficile de le faire.

 Des chemins de bonnes intentions sont pavés de renoncements  successifs, dit-on parfois, c’est une vérité.

 S’étalant sur des décennies, des années, la mise en oeuvre préventive des contre-mécanismes est essentielle.

 

 b) La seconde idée est celle de la mise en route de contre-mécanismes.

 Face à la réaction de l’Etat menacé, créer et développer des luttes pour les égalités. Les injustices sapent les fondements des démocraties.

 Face à l’acharnement à l’unité, respecter les différences.

Face à l’obéissance et la soumission, apprendre l’autonomie, l’esprit critique.

 Face aux idées d’élimination des boucs émissaires, apprendre le refus du discours vérité,  la primauté des droits de l’homme, le respect de la dignité humaine.

 Face à l’annonce de lendemains radieux établis par n’importe quels moyens, faire comprendre que, pour aller vers des sociétés démocratiques, il faut des moyens démocratiques.

 Enfin face à une techno science au service d’un tel régime, avoir une vue critique de certaines techniques, par exemple fixer des limites aux moyens de surveillance des citoyens.

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C)La dernière idée est celle des liens à créer et à développer entre les résistances internes et les soutiens extérieurs qui peuvent être de différentes sortes : diplomatiques, stratégiques, institutionnels, financiers, idéologiques, artistiques, éducatifs…

 Remarques terminales

 

Une citation terminale peut en appeler à la vigilance et  à l’action :

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »(Bertolt Brecht, dramaturge, metteur en scène,1898-1956).

Les veilleurs doivent se tenir debout et, le plus tôt possible, résister.

 

Après avoir évoqué ce contraire absolu de la démocratie nous avons déjà noté   a contrario des éléments de définitions possibles de ce que peut être la démocratie.

 

JML

 

janvier 13, 2014 Démocratie Justice

II-  La  démocratie et ses conceptions

 

Définir la démocratie est aussi primordial que définir la paix, la justice,  l’environnement. Ces quatre notions, réalités et projets devraient marcher côte à côte, se soutenir, s’interpeller, se compléter, s’incliner les unes vers les autres.

Ce qu’il y a de plus important dans l’analyse de la démocratie  c’est probablement de comprendre les défis qu’elle rencontre pour essayer d’y répondre, c’est peut-être aussi de contribuer à  découvrir un élément peu pris en compte et qui pourtant contribuerait à une conception plus porteuse.

 

Partons de sa vocation universelle(A) pour parcourir ensuite des conceptions existantes (B) enfin  essayons d’avancer   une conception  de la démocratie en insistant  en particulier  sur un point très peu évoqué (C).

 

 

A-La vocation universelle de la démocratie 

 

Les arguments ont été nombreux, ils existent encore ici et là, il faut les dénoncer (1), d’autre part il est nécessaire d’insister sur le fait que tous les pays ont vocation à vivre en démocratie (2).

 

1-Beaucoup de personnes et de peuples  étaient, par nature, exclus  de la démocratie

janvier 13, 2014 Démocratie Justice

 

III- La démocratie: son état dans le monde et ses défis

 

   De 1945 à nos jours, pendant presque soixante dix ans il y a eu deux séries de mouvements : certes des avancées démocratiques(A), mais aussi  des piétinements et des régressions de la démocratie(B), enfin quels sont les défis principaux rencontrés par  la démocratie aujourd’hui (C)?

    A  Des avancées démocratiques

Des avancées essentielles ont vu le jour(1) et la démocratie électorale a progressé (2).

    1-Des évènements démocratiques majeurs.

Ces sept dernières décennies la démocratisation de la vie politique a été celle d’avancées majeures, décisives, gigantesques.

Ont vu le jour de nombreuses indépendances puisque la décolonisation a été massive de 1945 à 1975.

 Ensuite le système concentrationnaire soviétique du Goulag disparait à l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985, la Déclaration des droits et libertés de l’individu en 1991 marque symboliquement la fin du Goulag.

Puis ont été successivement emportées des dictatures en Europe, en Amérique latine et certains régimes autoritaires en Asie et en Afrique.

 D’autre part le régime raciste de l’apartheid a disparu en Afrique de Sud en 1994.

Les révolutions des peuples de l’Est en 1989 ont fait imploser les régimes politiques fondés sur le parti unique, le ciment totalitaire de ce parti unique a volé en éclats en particulier dans l’empire soviétique qui a implosé en quinze Etats, de même dans l’ensemble des pays de l’Est.

A partir de 2011 « le Printemps  arabe » a remis en cause des dictatures et rencontre des obstacles sur les routes de la démocratie.

 Les forums des « altermondialistes » à partir de 2001 (en particulier à Porto Alegre) et les manifestations des « indignés »à partir de 2011 (en particulier en Espagne) ne témoignent-ils pas de la crise du système international, d’une vitalité de contestation, d’une capacité de proposition ?

Enfin les panoplies institutionnelles et juridiques pour la protection des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, se sont multipliées à travers les différents rôles  de juridictions, d’ONG, de militant(e)s, de médias, de réseaux…

   2-La démocratie électorale a globalement progressé.

 Beaucoup de pays sont passés de régimes autoritaires, fondés sur le parti unique et/ou l’armée, à un système basé sur des élections libres.

 Celles-ci sont loin d’être évidentes à  travers des périodes de transition. Pourtant il est  impressionnant  d’observer que des oppositions arrivent, ici ou là, à revoir ou voir le jour et à s’organiser.

Il est  encourageant de voir les électeurs venir ainsi en masse voter en ces jours symboliques d’une liberté retrouvée ou découverte.  « Le droit de voter » et « le devoir électoral » sont alors vécus comme une chance à saisir par des jeunes, et vécus avec une grande émotion par des personnes âgées qui attendaient ce moment parfois depuis plusieurs décennies.

Mais s’il y a eu et s’il y a des avancées, il y a eu et il y a également des piétinements et des régressions de la démocratie.

  B- Des piétinements et des régressions de la démocratie.

Quelle est la situation globale(1) et quelles sont les difficultés particulières (2) ?

1-La situation globale  des régimes autoritaires

Une cinquantaine de pays sur près de 200 dans le monde, soit le quart des Etats, est toujours dépourvue de systèmes démocratiques.

 Si l’on raisonne en nombre d’habitants il y a déjà  1,4 habitant sur 7 dans le monde qui, avec la seule Chine(1,4), est en régime autoritaire fondé sur le parti unique (83 millions d’adhérents dans ce pays).

2-L’énumération des difficultés rencontrées par rapport à la démocratie

Des pays qui arrivent à des élections libres replongent parfois dans  la guerre ou la dictature.

De nouveaux régimes démocratiques restent fragiles avec une tradition souvent autoritaire de cercles dirigeants.

 Le choix des citoyen(ne)s est quelquefois détourné par le biais de manipulations médiatiques et du financement des campagnes électorales qui témoignent de la puissance de l’argent.

Les luttes contre l’opacité et pour la transparence de la vie politique sont difficiles.

La démocratie est souvent plongée dans une surmédiatisation qui peut mettre en avant le futile et l’émotionnel , au détriment de l’essentiel,de l’important,et de la réflexion,

 Les mondes médiatiques,dans des proportions certes  variables , ont tendance à  donner une part trop importante au “paraitre”,cela se fait au détriment de véritables problèmes drames et menaces, et au détriment de véritables débats contradictoires.(Voir plus globalement “Gouverner c’est paraitre” : réflexions sur la communication politique.”, Jean-Marie Cotteret, Puf, 1991)

Dans les processus électoraux il arrive que des  fraudes soient marginales mais quelquefois massives.

 Il arrive aussi que des résultats soient contestés, d’où des recours, voire parfois des violences, ou même des conflits armés.

 Dans la lutte contre le terrorisme, il arrive que des lois et des pratiques portent atteinte aux droits de l’homme, par exemple autour du « délit de faciès ».

Dans des élections il n’est pas rare que l’abstention soit élevée, elle témoigne, selon les personnes et les situations du pays,  soit d’un désintérêt soit d’une désillusion.

Dans un certain nombre de pays, même  démocratiques, il arrive qu’une partie de la population soit victime d’exclusions, de discriminations…

Quels sont  les plus grands défis rencontrés par la démocratie aujourd’hui ?

C- Quatre grands défis rencontrés par la démocratie en ces débuts de XXIème siècle

A ce jour ces défis peuvent probablement se ramener à quatre.Il faut, pour les souligner et pour mettre en avant aussi des contre-mécanismes, raisonner par rapport à l’ensemble des niveaux géographiques, démocraties locales,nationales,continentales,et aussi par rapport à la démocratie internationale(voir également sur “les avancées”  les deux dernières parties,4 et 5, de ces développements sur la démocratie.)

 1-Le premier défi est celui des injustices.

Elles sont matrices de la plupart des  violences. Des situations de misère et de chômage peuvent entrainer déceptions, colères, révoltes, désespoirs, elles peuvent « saper » les fondements des régimes démocratiques, on recherche alors parfois des boucs émissaires ce qui entraine de nouvelles violences.( Voir autre article,rubrique justice, “Luttes contre les injustices”).

2-Le second défi consiste à  se demander si les acteurs financiers et économiques dominants n’ont pas dessaisi, pour une large( ?) part, élu(e)s et citoyen(ne)s ?

Certains pensent que la mondialisation économique et financière ainsi que les complexes de la techno science ont « pris la place des conducteurs » qu’étaient en particulier les Etats dominants. Ainsi par exemple le discours  d’adieu du Président des Etats-Unis, Dwight D. Eisenhower le 17 janvier 1961, constitue un avertissement par rapport à l’un de ces complexes les plus puissants, le « complexe militaro-industriel » (il aurait pu dire « scientifico-militaro-industriel »). «Le risque potentiel d’une augmentation de ce  pouvoir mal placé existe et existera» prévient-il dans ce discours trop peu connu.

 D’un côté une techno science qui se veut sans limites, de l’autre une démocratie symbole de sociétés qui veulent se donner des limites, lesquelles se ramènent finalement au respect de la dignité humaine.

3-Le troisième défi est celui de la crise de la légitimité et de la confiance.

Que dit à ce sujet un historien qui a beaucoup écrit sur la démocratie, Pierre Rosanvallon?Aujourd’hui, la légitimité du politique s’est effondrée. La démocratie s’est réduite à un processus d’autorisation. Les élections donnent un permis de gouverner. Mais c’est un permis à points. On voit bien que cela ne fonctionne pas. La démocratie doit aussi se définir comme une façon permanente de négocier, discuter et argumenter avec la société.”

Dans cet entretien (voir journal Le Bien Public,4-1-2014) cet auteur poursuit ” le deuxième élément, encore plus important, est la destruction de la confiance. Une société dans laquelle il y a une perte de la connaissance d’autrui produit mécaniquement de la défiance, du rejet. Nous sommes à ce stade de la société, dans lequel l’érosion de la légitimité et de la confiance est lourde de violence potentielle. L’état de la société me semble préoccupant, et j’ai pensé qu’il fallait réagir.” Pour contribuer à lutter contre ces deux érosions cet auteur propose “de donner la parole aux invisibles”. (voir site raconterlavie.fr)

3-Enfin, quatrième défi, qui apparait de façon inquiétante, la démocratie a besoin de temps or le système productiviste s’accélère.

N’est-ce pas une autre forme d’atteinte à la démocratie ? :» Comment (re)trouver un temps  citoyen(ne), comment arriver à reconquérir le temps,  à  « habiter le temps », le passé comme expérience, le présent  comme action et l’avenir comme « horizon de responsabilité » ?

 (Voir sur ce site l’article intitulé « L’accélération du système international.», article dans lequel sont analysés des contre-mécanismes qui existent et d’autres qui devraient voir le jour.)

 Remarque terminale

On peut ainsi se demander à travers quels moyens avancer dans la démocratie représentative et participative ?

 

JML

janvier 13, 2014 Démocratie Justice

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  IV-  Quelques moyens allant dans le sens de la démocratie

 Introduction

« Nous continuons à prendre des vessies pour des lanternes et le système représentatif pour la démocratie. Ce n’est qu’un leurre puisqu’une classe de professionnels de la politique en profite pour confisquer la souveraineté du peuple. Ce tour de passe-passe sera rendu impossible par l’autogestion. »

Ce jugement de Jacques Julliard (« Contre la politique professionnelle », Seuil, 1977) n’en appelle-t-il pas à une dé professionnalisation de la politique à travers des moyens d’améliorer la démocratie représentative(A) et à une mise en route vers la démocratie participative(B) ?

 

  A  Améliorer la démocratie représentative

1-L’énumération indicative de moyens  spécifiques tendant à améliorer la représentativité du personnel politique :

 

Une plus grande ouverture de la politique aux femmes dans les institutions, les grandes écoles, les partis politiques, les grands corps de l’Etat…Quelles mesures ? Quotas pour des élections, parité, autres mesures…

Un rajeunissement de la classe politique : limites du nombre de mandats, mise en place du mandat unique, raccourcissements de mandats, pratiques de conseils municipaux de jeunes…

Une lutte contre les inégalités dans l’accès à la vie publique et dans les conditions d’exercice des mandats : droit à la formation, droit à la réintégration dans l’entreprise, harmonisation des indemnités, limites des indemnités que l’on peut percevoir…

Une « mixité sociale » dans les candidatures aux élections…

Une ouverture des cabinets ministériels à différents profils…

Enfin la  remise en cause, partielle ou radicale, du cumul des  mandats.Là aussi le droit comparé sera précieux.

 Mais l’argument principal de part et d’autre est simple : le cumul permet aux fonctions de se  renforcer, le cumul est une forme d’atteinte à la démocratie.

 Dans une perspective générale la démocratie en appelle aux partages des pouvoirs, des avoirs, des savoirs .Le choix est donc clair : c’est celui des remises en cause des cumuls.

2-L’énumération indicative de moyens  spécifiques tendant à améliorer le système électoral :

Ce sont les problèmes du financement des campagnes électorales et du patrimoine des élus (transparence avant et à la fin du mandat), certains pays les encadrent par des lois.

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Ce sont les lois électorales : avantages et inconvénients de chaque système, ainsi le système proportionnel est plus respectueux de la diversité d’opinions politiques du corps électoral, il peut cependant déboucher sur des alliances fragiles pour trouver des majorités. Certains proposent dans tel et tel pays, par exemple en France,  l’introduction de la proportionnelle dans le mode de scrutin législatif.

3-L’ énumération indicative de moyens généraux tendant à améliorer la représentativité du personnel politique :

Comment à travers les médias lutter contre « l’Etat spectacle », le « paraitre » (« Gouverner c’est paraitre ») et favoriser de véritables débats contradictoires ?

Que proposent les partis politiques quant aux contenus de leurs programmes ? Y a-t-il par exemple  des propositions différentes pour faire face  au chômage ?

 B Avancer dans la démocratie participative

1- Des obstacles à surmonter pour avancer dans la démocratie participative :

Problème démographique : comment créer une démocratie participative dans des pays très peuplés, dans de grandes villes ?

Problème politique : comment faire porter la concertation et le contrôle sur les choix fondamentaux  de société, par exemple les choix énergétiques ?

Problème technocratique : ne faut-il pas que les représentants politiques gardent le pouvoir de décision et ne recueillent des experts que des avis consultatifs ?

Problème social : comment faire durer une démocratie participative alors que le corps social bouge dans l’espace et dans le temps ?

Problème d’information : comment consacrer quand çà n’est pas le cas et élargir quand il existe le droit à l’information ? La Convention d’Aarhus de 1998 est un modèle dans le domaine de l’environnement. On peut souhaiter aussi la création d’une institution indépendante mettant à la disposition des citoyens les données des administrations, réfléchir davantage, à partir du droit comparé entre les Etats, sur les données non accessibles au public, par exemple relatives à la défense nationale.

2-Des moyens à mettre en œuvre pour avancer dans la démocratie participative :

Il faut ici développer le droit comparé en ce domaine, le référendum d’initiative citoyen(ne)s  est un exemple et pour les procédures et pour le contenu et pour la portée qui l’accompagne.

Les assemblées de citoyen(ne)s, les conférences de citoyens(ou conférences  de consensus), les forums de discussion, les panels de citoyen(ne)s, les conseils de quartier, les enquêtes publiques et d’autres moyens politiques et juridiques existent ou peuvent voir le jour, le droit comparé avec d’autres pays  sera précieux là aussi.

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Renforcer  la souveraineté directe du peuple n’est pas évident quant aux moyens, c’est pourtant nécessaire. Appliquer la démocratie participative à l’élaboration des lois, à l’application des politiques parait encore plus difficile qu’à la gestion des collectivités territoriales elle aussi pourtant primordiale.

 Remarque terminale

Ces analyses doivent être complétées par les dimensions internationales du système  qui ne sont pas sans contraintes aux autres niveaux géographiques.

 

 

JML

 

 

 

janvier 13, 2014 Démocratie Justice

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V  Le système international et les luttes pour la démocratie

Introduction

Une analyse des luttes internes pour la démocratie doit être liée à une analyse des luttes sur le plan international,nous avons déjà rencontré cette problématique en particulier par rapport à la vocation universelle de la démocratie.

Quelle est la situation? Comment peut-on essayer de la changer?

Le système international n’est-il pas pour une large part autoritaire (A) ?  Par quels moyens le démocratiser (B) ?

 

  A- Un système international  pour  une  large part autoritaire

 

     1-Les dominants du système international

   Les  dominants au « cœur » du système se nomment  marchés financiers, firmes géantes, grands groupes médiatiques, complexes de la techno science (civils et militaires).

Les dominants dans « l’armature » du système s’appellent G8, surtout Etats-Unis, grands pays émergents, quelques organisations internationales (FMI, BM, OMC) et quelques organisations régionales (UE, ALENA…) avec une domination des hommes dans ce système productiviste.

 

   2-Les conséquences de ces dominations

Les difficultés pour dégager des intérêts communs à long terme des acteurs humains sont grandes, pourquoi ?

 Parce que le système productiviste concentre des avoirs, des pouvoirs, des savoirs, et les intérêts des acteurs dominants peuvent ne pas être les mêmes que ceux des acteurs humains. Un seul exemple : la défense d’un pays est-elle construite à partir des intérêts des complexes scientifico-militaro-industriels ou des intérêts des populations ? Quels sont respectivement ces intérêts ?

Ainsi peut-on en appeler aux acteurs humains, en personnes, en peuples, en humanité, pour qu’ils reprennent possession de leurs avenirs. Le doivent-ils, le peuvent-ils, le veulent-ils ?

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  B- Quelques moyens pour contribuer à démocratiser le système international

 

1- Quelques moyens de démocratisation par rapport aux dominants du système international

Par rapport aux dominants essentiels du système productiviste :

Le désarmement du pouvoir financier, principalement par la création de taxes sur les transactions financières, par la suppression des paradis fiscaux,

La règlementation des firmes multinationales principalement par la création de normes sociales, sanitaires, environnementales, par la suppression des productions contraires à l’intérêt commun de l’humanité,

La mise hors d’atteinte de l’information face à l’emprise de grands groupes industriels et financiers,

La remise à sa place de la techno science par la réorientation des budgets vers des besoins vitaux, des partages des connaissances Nord-Sud , l’interdiction des recherches portant atteinte à l’intérêt commun de l’humanité.

Par rapport aux dominants importants du système productiviste :

Associer des pays pauvres du Sud aux clubs diplomatiques, par exemple au G20,

Démocratiser des institutions internationales, ainsi réformer profondément le Conseil de sécurité des Nations Unies, le FMI, la BM, l’OMC.

 

 2- Quelques autres moyens de démocratiser le système international

 

Par rapport à d’autres acteurs :

En ce qui concerne les organisations non gouvernementales(ONG) : créer et développer des  réseaux,   des forums, des conférences d’ONG, des coordinations, des fronts communs, une chambre des ONG aux Nations Unies,

En ce qui concerne les organisations internationales(OI) : créer des OI composées de représentants d’Etats, d’ONG, et d’autres acteurs (entreprises, collectivités territoriales….)

En ce qui concerne les organisations régionales : remédier au « déficit démocratique », par exemple dans l’Union européenne(UE) donner le pouvoir d’initiative au Parlement alors qu’il appartient à la Commission, c’est-à-dire à des fonctionnaires.

 

Par rapport aux liens entre les niveaux géographiques :

Créer un collège, consultatif dans des domaines vitaux, représentant toutes les régions du monde,

Chaque unité géographique (locale, nationale, continentale, internationale) ne devrait-elle pas respecter quelques principes essentiels ? Par exemple le respect de la dignité humaine, la responsabilité, le respect de la diversité, la prudence (précaution)…

Ne faut-il pas consacrer la représentation de l’humanité en lui donnant aussi les moyens institutionnels, juridiques  et financiers de défendre ses droits, son patrimoine ?

Enfin, à tous les niveaux géographiques,  développer l’accès des femmes aux processus de décision.

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Remarques terminales générales relatives à  la démocratie

 

1- Par rapport aux totalitarismes ne devrait-on  pas mettre  en place des programmes d’éducation aux droits de l’homme, de l’enseignement primaire jusqu’à  l’université, dans tous les pays du monde  avec une adaptation bien sûr aux différents âges et dans la durée et dans le contenu et dans la pédagogie, portant (entre autres bien sûr parce que les programmes relatifs aux droits de l’homme seront beaucoup plus vastes) directement et indirectement sur les manifestations, les causes et les luttes contre ces contraires absolus de la démocratie que sont les totalitarismes ?

 

2- Une conception que l’on peut avoir de la démocratie gagnerait à être non seulement  précise mais également très large. Un des critères d’une démocratie ne consiste-t-il pas à prendre en compte les générations futures ?  Cet  objectif et ces remises en cause ne seraient-ils pas porteurs aussi pour les générations présentes qui se donneraient ainsi des limites ?

 

3- Les défis principaux rencontrés par la démocratie, défis vitaux aux niveaux locaux, nationaux, continentaux, internationaux, ne sont-ils pas les suivants ?

 Désarmer le pouvoir financier,

 Remettre à leurs places le marché et la   techno science,

Construire la légitimité et la confiance,

Lutter contre les injustices,

Reconquérir le temps…

 

 

JML

 

 

 

 

janvier 11, 2014 Démocratie Justice

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LA DEGRADATION MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT

L’auteur de ce site avait fait une synthèse de la dégradation dans  l’introduction  des différentes éditions de son ouvrage de « Droit international de l’environnement »(Ellipses). Ce panorama de la situation fait ici l’objet de nombreux compléments  et mises à jour pour les visiteurs et visiteuses de ce site.

AVERTISSEMENT : La lecture de cet article sera, probablement,  intellectuellement plus ou moins déstabilisante  et affectivement plus ou moins éprouvante. On connait cette citation de René Char : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. »

L’article suivant, relatif à la protection mondiale de l’environnement, constitue d’autant plus un devoir pour l’auteur du site, certes de faire partager un certain souffle mais, avant tout, de mettre en avant  des contre-mécanismes  qui sont  soit en route soit à porter soit à penser, avec des volontés personnelles et collectives qui ont suivi, suivent et suivront…

 

  Introduction

Deux citations  symboliques

« Les catastrophistes sont ceux et celles qui ferment les yeux sur les causes des catastrophes et non ceux et celles qui essaient d’avertir, de critiquer et de proposer. »(François Partant)

« L’humanité se définit non seulement par ce qu’elle crée mais aussi par ce qu’elle décide de ne pas détruire. »(Edward Osborne Wilson)

1) Quelle analyse proposer ?

On ne peut pas, comme c’est souvent le cas, en rester à des analyses partielles, trop peu critiques, et sans propositions porteuses. La dégradation et  la protection mondiales de l’environnement sont des phénomènes tellement vitaux pour l’humanité et le vivant qu’il faut absolument essayer de les accompagner d’une analyse qui se veut plus que jamais globale, critique et créatrice.

Nous voici donc, les êtres humains, la faune et la flore, autrement dit le vivant, à l’intérieur de deux évènements majeurs : l’anthropocène et la sixième extinction des espèces.

2) L’anthropocène

 

a) L’anthropocène : Quelle définition et quel point de départ ?Ce terme n’est pas encore internationalement officialisé mais il est de plus en plus reconnu scientifiquement. Il a été inventé en 2002 par un chercheur (Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, 1995) qui affirme que nous avons changé d’ère géologique. Nous sommes entrés dans une ère dont l’homme est devenu « la force dominante ». Après la dernière  glaciation, les  dix mille années de l’ère holocène étaient à une  température stable et relativement chaude, elle a permis l’apparition de  l’agriculture et des civilisations.

 Cette nouvelle ère  dominée par l’homme a donc à peu près 165 ans, presque 215 ans  si on la fait commencer à la révolution industrielle (Angleterre fin XVIIIème, France début XIXème).

 

b) L’ère de l’anthropocène peut se ramener à trois éléments : à partir de 1850 c’est l’utilisation massive des énergies fossiles,  au XXème siècle  la population est  multipliée par quatre (en 1900 :1,6 milliard d’habitants, en 2000 : 6,1milliards) ( et fin 2013 : 7,165 milliards) et la consommation d’énergie  multipliée par 8,3 (en 1900 : 965 millions de tonnes équivalent pétrole(TEP) en 2000 : 8000 millions TEP) ( et en 2011 : 12274 millions de TEP).    

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c)  L’anthropocène a pour effets principaux  la perturbation de la machine climatique et une détérioration de l’équilibre de la biosphère c’est-à-dire du système planétaire comprenant l’ensemble des êtres vivants et des milieux dans lesquels ils vivent. En effet depuis que l’être humain existe les températures moyennes n’ont jamais dépassé les moyennes actuelles de plus de 1,6°C. Or depuis 1850 cet équilibre est rompu.

Claude Lorius, glaciologue, affirme que « l’homme est devenu une force qui modifie les caractères géologiques de la planète »(…) : «  D’abord, il altère l’atmosphère de la Terre, en raison des émissions de gaz à effet de serre, au premier plan desquelles figurent le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4). Ensuite, il bouscule l’hydrosphère : les eaux de la planète deviennent plus acides en raison du gaz carbonique et voient leur niveau augmenter du fait de la fonte des glaciers. Il agresse aussi la lithosphère, l’enveloppe rigide de la planète, en érodant les sols, creusant des mines ou épuisant les ressources naturelles. Enfin, il trouble la biosphère, les organismes vivants qui peuplent la Terre ; de nombreuses espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction. » (Claude Lorius ,Laurent Carpentier, Voyage dans l’Anthropocène, Actes Sud,2011). Voir aussi http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/01/14/

 

3) La sixième extinction des espèces         

 Nous savons aujourd’hui que l’Univers  a 13,8 milliards d’années, la Terre a 4,54 milliards d’années, la vie sur notre planète a 3,8 milliards d’années, les premiers organismes marins complexes voient le jour il y a 500 millions d’années.

a)  Se succèdent  cinq grandes extinctions des espèces. La première extinction date de 440 millions d’années : des glaciations suivies d’un réchauffement provoquent la disparition de 65% des espèces marines à la suite de grandes variations du niveau des océans. La seconde extinction date de 380 millions d’années : un refroidissement provoqué par la chute de météorites entraîne la disparition de 70% des espèces, surtout marines. La troisième extinction date de 250 millions d’années : il est probable que la chute d’un astéroïde a entraîné des coulées de lave et un effondrement de l’oxygène dans les océans, d’où la disparition de 90% de toutes les espèces. La vie sur Terre a failli disparaitre pour toujours. La quatrième extinction date de 200 millions d’années : des éruptions volcaniques provoquent un réchauffement entraînant la disparition de 65% des espèces. La cinquième extinction date de 65 millions d’années : elle a été  provoquée par la chute d’un astéroïde de 10km de diamètre, dans ce qui est aujourd’hui le Golfe du Mexique, chute suivie d’éruptions volcaniques, de tremblements de terre, et d’une élévation de la température de 7°C, d’un bombardement cosmique de météorites(fragments d’astéroïde),de tsunamis géants…ce qui a entraîné la disparition des grands animaux marins et terrestres, par exemple celle très connue des dinosaures  apparus sur Terre il y a 240 millions d’années.(Voir par exemple : notre-planete.info/environnement/biodiversite/extinctions_massives.php)

b) La sixième extinction des espèces a trois caractères : elle est récente, rapide et liée à l’être humain.

La 6ème extinction  est récente. Les hominidés voient le jour il y a 7millions d’années (Tumaï, crâne fossile retrouvé au Tchad en 2001), Lucy il y a 3,2  millions d’années (fossile complet retrouvé en Ethiopie en 1974). Le genre Homo a, au total, 2 millions d’années (Homo habilis, Homo erectus, Homo sapiens). Ce dernier, l’Homo sapiens, est là depuis 200.000 ans.

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 La sixième extinction est celle de l’Holocène, après la dernière glaciation il y a 10.000 ans, elle s’accélère depuis le début du XIXème et surtout depuis les années 1950.

 La 6ème extinction est rapide. On ne sait pas combien il y a  aujourd’hui d’espèces vivantes, le chiffre de 9 millions est le plus couramment avancé, souvent aussi le chiffre de 30 millions, en fait on trouve des estimations allant de 5 à 100 millions. On en a recensé 1,9 million (chiffre de 2012), dont 1 million d’espèces animales. Le rythme actuel d’extinction des espèces serait de 100 fois à 1000 fois  supérieur à ce qu’il était sur les 65 derniers millions d’années, le taux d’extinction moyen était alors d’une espèce par an sur un million d’espèces. Il y a de l’ordre de 26.300 disparitions d’espèces chaque année, à cette allure disparaitraient au total le quart des espèces d’ici 2050 et les deux tiers d’ici 2100.

La 6ème extinction est liée à l’homme, responsable et, comme le reste du vivant, aussi  victime . Les principaux facteurs de cette sixième extinction sont des  manifestations du productivisme parmi lesquelles : le réchauffement climatique, les pollutions sous de multiples formes, la fragmentation et la perte des habitats (forêts, zones humides…), le commerce international des espèces, l’introduction d’espèces invasives… L’explosion démographique participe, elle aussi, à cette érosion de la biodiversité. 

  N’étant pas là au cours  des extinctions précédentes, c’est la première fois que l’être humain se trouve à l’intérieur d’une extinction des espèces, il en est une victime et le principal responsable. Le 5ème rapport du GIEC, de septembre 2013, estime qu’il est « extrêmement probable » (probabilité de 95% ,le 4ème rapport de 2007 affirmait qu’elle était de 90%) que l’homme soit la cause principale du réchauffement climatique qui est donc  l’une des grandes causes de la 6ème extinction des espèces.

 

Déjà à ce stade n’a-t-on pas déjà le sentiment qu’il s’agit de véritables « fleuves » de la dégradation mondiale de l’environnement alors que l’on pourrait parler seulement des « ruisseaux » de la protection ? Qu’en est-il réellement ? Comment se manifeste cette dégradation (I) ? Quelles en sont les causes (II) ?

 

 

I -Les manifestations de la dégradation mondiale de l’environnement  

Partons d’une vision globale(A) pour souligner ensuite les phénomènes qui composent cette dégradation (B), pour nous demander enfin s’il n’y a pas des facteurs aggravants dans cette débâcle écologique (C).

 

A- Une situation globale alarmante

 Quelle est la  rapidité (1) et  quelle est l’ampleur(2) de la dégradation ? Quelles sont les perspectives de cette dégradation(3) ?

1) La rapidité de la dégradation

a) Le Programme des Nations Unies pour l’environnement(PNUE) dans son rapport GEO 2000 sur « l’avenir de l’environnement mondial » affirme : « Des efforts sont faits pour enrayer la dégradation de l’environnement  mais on admet également qu’ils sont trop peu nombreux et bien trop tardifs(…)Les améliorations et les progrès seront vraisemblablement réduits à néant par le rythme et l’ampleur de la croissance économique au niveau mondial, par l’aggravation générale de la pollution du milieu et par la dégradation accélérée des ressources renouvelables de la planète. » Les autres rapports, y compris le dernier GEO 5 en 2012, vont dans le même sens.

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b)  Le directeur de la division de la mise en œuvre des politiques d’environnement du PNUE avait bien résumé la situation (23 octobre 2000, préparation du programme pour le droit de l’environnement 2000-2010) : « Malgré les efforts constructifs déployés par la communauté internationale au cours des trente dernières années, l’environnement et la base des ressources naturelles qui entretenaient la vie sur Terre continuent à se détériorer à une cadence alarmante. »

Ainsi le qualificatif est clair : la rapidité de la dégradation est « alarmante ». C’est déjà beaucoup plus qu’inquiétant, çà n’est pas encore une rapidité terrifiante et irrésistible mais la pente la plus forte n’y conduirait-elle pas ?

2) L’ampleur de la dégradation

a) Globalement l’un des meilleurs moyens de montrer l’ampleur de la dégradation est de mettre en avant l’empreinte écologique. Ce poids de nos modes de vie sur l’environnement (production, consommation, déchets, transports…) est calculé en surfaces nécessaires pour ces modes de vie, c’est « l’hectare global », on peut ainsi calculer l’empreinte écologique par exemple d’un pays, d’une ville, d’une personne…

Cette empreinte écologique est marquée par de fortes inégalités. Le poids des modes de vie sur l’environnement, selon les Nations Unies, en 2005 représentait pour les pays du Nord 80% des ressources de la planète pour 20% de la population mondiale.

Selon le Living Planet Report(2009) en 2006 par continent quelle était l’empreinte écologique ? Amérique du Nord 9,4 hectares globaux par habitant, Union européenne 4,8, Amérique latine 2 hectares, Asie 1,3, Afrique 1,1 hectare.

 Par pays  en 2008 l’empreinte  va de 9,6 hectares pour les Emirats arabes unis, à 3,8 hectares pour la France, puis 1,8 hectare pour le Brésil, 2 pour la Chine et 1,9 pour l’Inde, arrivent à la fin de la liste des pays comme par exemple le Bangladesh 0,5, l’Afghanistan 0,1, donc entre les deux  pays extrêmes une différence de 100…

La question qui se pose peut-être ici la suivante : faut-il réduire les inégalités ou l’empreinte écologique ou proposer une synthèse ? C’est une question centrale que nous retrouverons par rapport à la protection de l’environnement (autre article sur ce site).

La planète met à notre disposition 2,1 hectares globaux par habitant, en 2012 nous utilisons 2,7 hectares globaux par habitant de la Terre. Notre empreinte écologique dépasse (depuis 1986 nous disent des chercheurs, donc depuis presque une trentaine d’années ) la capacité de régénération de la Terre. A cette allure et étant donnée l’ampleur de l’empreinte écologique « il faudrait plusieurs planètes Terre » pour ce type de développement productiviste. La Terre n’a donc plus la capacité de produire nos ressources et d’absorber nos déchets.

b) Les catastrophes écologiques constituent un second marqueur dramatique de l’ampleur de la dégradation.

La définition juridique, la plus large à ce jour, des catastrophes a été donnée par la Convention de Tampère (en Finlande), du 18 juin 1998, sur « la mise à disposition de ressources de télécommunications pour l’atténuation des effets des catastrophes et pour les opérations de secours en cas de catastrophe ». L’article 1.6 dispose : « On entend par catastrophe une grave perturbation du fonctionnement d’une société causant une menace réelle et généralisée à la vie ou à la santé humaine, aux biens ou à l’environnement, que la cause en soit un accident, un phénomène naturel ou une activité humaine et qu’il s’agisse d’un évènement soudain ou du résultat de processus complexes se déroulant sur une longue période. »

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Selon le PNUE dans la décennie 1980-90 les catastrophes écologiques touchaient en moyenne par an 147 millions de personnes, et provoquaient la mort chaque année en moyenne de 86.000 victimes. Dans la décennie 1990-2000 chaque année  211 millions de personnes touchées et 75.000 victimes. Selon la revue Sigma de la Swiss RE, dans la dernière décennie 2000-2010 ce nombre était,  en moyenne par an,  de 112.000 victimes. On peut aussi constater que la mortalité a augmenté de 60% entre les années 1980 et les années 2000. Sur la période 1994-2004 les catastrophes écologiques ont touché 2,8 milliards de personnes et tué plus de 800.000 personnes, avec en particulier le tsunami de décembre 2004,près de 300.000 victimes. Sur la période 1980 à 2012 il y a eu 2,5 millions de morts.

Le nombre des catastrophes écologiques aurait été multiplié par 3 de 1950 à 2000, statistique difficile à confirmer. En tous les cas de 2000 à 2010 ce nombre a beaucoup augmenté à cause des catastrophes liées aux changements climatiques qui représentent les deux tiers du total des catastrophes naturelles. En 2011, l’ONU a recensé 302 catastrophes écologiques.  Selon les conclusions d’une enquête (Institut de Potsdam pour la recherche climatique, mai 2012) il est très probable que le réchauffement climatique soit responsable du nombre croissant d’évènements météorologiques extrêmes au cours de la dernière décennie 2000-2010. 


D’autre part, selon la Banque mondiale, le coût économique  des catastrophes écologiques a été multiplié par 4 depuis 1980, il était chaque année en moyenne de 80 milliards de dollars, il est aujourd’hui de 200 milliards de dollars, soit entre 1980 et 2012 un coût total de 3800 milliards de dollars.Ce coût économique total a été en 2012 de 196 milliards de dollars, il est en baisse en 2013 avec 130 milliards de dollars.

En termes prospectifs le 5ème rapport du GIEC de septembre 2013 met en avant l’un des éléments suivants : si les gaz à effet de serre ne sont pas réduits de façon drastique, les phénomènes climatiques extrêmes seront  plus nombreux et plus intenses (vagues de chaleur, tornades,  ouragans, inondations…), autrement dit il faudra très probablement faire face à de multiples catastrophes de plus en plus importantes.

 

3) Des perspectives dramatiques (puis apocalyptiques à long terme ? )

Soulignons d’abord des perspectives très crédibles, évoquons ensuite des perspectives plus incertaines  sur  le  très long terme.

a) Le PNUE a élaboré (4 novembre 2004) différents scénarios, nous retiendrons les deux extrêmes. Dans le scénario du « tout libéral » la population mondiale atteindrait 9 milliards en 2050 et le PIB mondial  serait multiplié par 5, la situation écologique serait « très dégradée », l’environnement et la société évolueraient vers des « changements irréversibles ». Dans le scénario  « écologique » la population atteindrait 8 milliards en 2050, le PIB mondial serait multiplié par 3, la situation écologique serait « dégradée », des « changements irréversibles pourraient être encore évités.» Ainsi dans le premier scénario le pire est pratiquement sûr, dans le second il est repoussé pour un certain temps (lequel ?).

b) Le rapport sur «  l’avenir de l’environnement mondial » GEO 5  du PNUE, en 2012, affirme que « plusieurs seuils critiques aux niveaux mondial, régional et local sont sur le point d’être atteints ou ont été dépassés. »

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c) Deux études, cosignées chacune par une vingtaine de chercheurs de différentes disciplines, chercheurs travaillant dans une quinzaine d’institutions scientifiques (Revue Nature, 7juin 2012) tirent la sonnette d’alarme : «La biosphère est à la veille d’un basculement abrupte et irréversible »(…) ces études mettent en avant « l’imminence d’ici à quelques générations d’une transition brutale vers un état de la biosphère inconnu depuis l’émergence d’homo sapiens c’est-à-dire 200.000 ans. »

On l’a compris : les générations à venir  ne sont pas celles d’un futur plus ou moins lointain perdu dans les incertitudes des siècles ou des millénaires à venir.

 Les générations visées sont les « quelques  générations » (2, 3, 4, 5… ? ) qui viennent et qui plongeraient dans cette forme d’inconnu.

d) Dans le très long terme, autour de 2150, 2200( ?) on trouve des prospectives, pour une part incertaines, quelquefois particulièrement sombres avec des élévations de la température moyenne du globe entre 4 et 8 degrés voire plus, une fonte massive des glaces du Groenland ce qui entrainerait une montée du niveau des océans de l’ordre  de sept mètres, une  fonte  relativement importante de l’Antarctique, et  la disparition de la plus grande partie de la forêt amazonienne.

e) Un scientifique australien très connu déclarait : « Le destin de l’homme est déjà scellé, il est trop tard, dans moins de cent ans les sociétés humaines ne seront plus.»(Frank Fenner, The Australian ,16 juin 2010).Il n’était pas le premier à le dire ni les derniers ceux qui lui répondent que l’espoir restant est celui d’une « métamorphose de l’humanité » à travers des volontés massives de changements massifs.

  f) Quant aux perspectives incertaines à très long terme, comble de l’horreur, il s’agit de scientifiques  qui pensent que sont possibles une accélération de la fonte du sous-sol gelé sibérien libérant du dioxyde de carbone, et une accélération de la fonte des fonds marins de l’Arctique dont la couche de pergélisol sous-marin craquerait, libérant massivement du méthane, entrainant ainsi un emballement du réchauffement, et peut-être dans quelques siècles ou millénaires( ?) une planète qui commencerait à ressembler à celle de Vénus ,en route vers…près de 500°C.

B-  Des listes  impressionnantes de problèmes, de drames et de menaces environnementaux

Nous distinguerons les grandes tendances de la dégradation (1), les éléments de l’environnement à l’épreuve de la dégradation(2), enfin les données essentielles de trois grands drames (3).

1) La liste  des grandes tendances de la dégradation de l’environnement

Si l’on regroupe ces problèmes, ces menaces et ces drames environnementaux on peut dire que : la dégradation des sols s’étend, la déforestation continue, les déchets ne cessent d’augmenter, le nucléaire a engagé les générations présentes et futures, l’eau se raréfie et se dégrade, le milieu marin est souvent traité en poubelle, la couche d’ozone reste menacée, les gaz à effet de serre entrainent un réchauffement climatique, les espèces animales et végétales sont décimées.

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2)La liste indicative  de la dégradation des éléments de l’environnement

a) En ce qui concerne l’air : réchauffement climatique, phénomènes climatiques extrêmes, appauvrissement  de la couche d’ozone, retombées des pluies acides, pollutions chimiques diffuses et accidentelles, pollutions radioactives diffuses et accidentelles d’origine civile et militaire, pollutions urbaines, nuisances sonores, pollutions lumineuses, pollutions de l’espace orbital…

b) En ce qui concerne les eaux douces : absence d’accès à l’eau potable, absence d’assainissement, inondations, problèmes de quantité de réserves d’eau produisant des situations de stress hydrique et de pénuries d’eau,sécheresses de plus en plus terribles, jamais vues auparavant, dans des lieux de plus en plus nombreux de la planète, atteintes à la qualité de cours d’eau et de nappes phréatiques à partir de pollutions agricoles, industrielles, domestiques, assèchements et empoisonnements de nappes phréatiques, effets écologiques de certains barrages et de modifications de tracés de cours d’eau…

c) En ce qui concerne le milieu marin : pollutions venant des fleuves et des côtes (pollutions telluriques), pollution par immersion de déchets, de déchets dangereux, de déchets radioactifs, pollutions volontaires et accidentelles de navires et de plates-formes, pollutions à partir d’aéronefs jetant des déchets, dégradations des ressources marines et côtières, surexploitation et disparitions d’espèces marines, filets destructeurs de fonds marins, plaques  et mers de déchets dans le milieu marin…

 d) En ce qui concerne les sols : l’épiderme de la Terre est ici menacé, là malade à travers la désertification, les atteintes sont très nombreuses par surexploitation, surpâturage,  déboisement, par pesticides, nitrates, métaux lords, pluies acides, déchets mis en décharge, transports et stockages de déchets toxiques, atteintes par extensions des surfaces urbaines …

 e) En ce qui concerne les forêts : déforestation par surexploitation, par empiètements, feux de forêt, diminution de la variété d’espèces forestières, pollutions multiples, pluies acides, réchauffement climatique, certains  insectes ravageurs, certains champignons aussi…

 f) En ce qui concerne la flore, la faune, les paysages :

Appauvrissement de la diversité biologique, espèces de la faune et de la flore décimées et menacées d’extinction, marchandisation du vivant(voir article sur ce site), risques liés aux organismes génétiquement modifiés, artificialisation de la nature, prolifération de certaines espèces posant des problèmes écologiques, prolifération de certaines espèces posant des problèmes économiques et écologiques, régressions d’habitats naturels, urbanisation incontrôlée, destructions de paysages, destructions de cultures vivrières au profit de grandes monocultures…

g)  En ce qui concerne les êtres humains : ne soulignons ici que quelques effets importants de la dégradation environnementale. Les catastrophes écologiques (voir développement précédent) mais aussi : les pollutions de l’air, des sols, des eaux de surface et souterraines  et leurs effets sanitaires,  la sécurité alimentaire qui est de moins en moins assurée dans certaines régions, les contaminations des aliments par des pollutions chimiques, radioactives, par des additifs alimentaires, par la dioxine, par des farines animales…l’exposition de travailleurs et de populations à des substances dangereuses(drame de l’amiante)et d’une façon générale l’augmentation impressionnante du nombre de cancers d’origine environnementale…(voir par exemple Dominique Belpomme, Avant qu’il ne soit trop tard, Fayard,2007)

De façon plus globale au moins 40% des décès  (des auteurs donnent des chiffres beaucoup plus élevés, tout dépend en particulier de la conception restreinte ou plus large que l’on a de l’environnement) dans le monde résulteraient de facteurs environnementaux : tabac, pollutions chimiques, radioactives, pollutions dans des transports, des alimentations, des habitations, des lieux de travail, pollutions de l’air, des sols et des eaux…

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Des études prévisionnelles mettent en particulier en avant une explosion des cancers dans le monde  de 75% de  2012 à 2030 et de 95% dans les pays les plus pauvres, on passerait de 12,7millions de personnes atteintes en 2008 à 20,3millions en 2030, et on passerait de 7,6millions de morts par cancers en 2008 à 13,2millions en 2030.(The Lancet Oncology,juin2012,étude menée dans le cadre du Centre international de recherche sur le cancer(CIRC, Lyon),organisme lié à l’OMS.) L’étude souligne que certains cancers (côlon, rectum, sein, prostate) semblent associés au développement économique et au mode de vie.

Va aussi dans ce sens par exemple l’ouvrage d’un toxicologue (André Cicolella,Toxique planète,Seuil,2013) qui dénonce le “scandale invisible des maladies chroniques”, il montre la transmission d’un héritage toxique à destination des générations futures, il en appelle à de nouvelles politiques de santé mondiale qui prennent en compte une remise en cause des origines environnementales des “perturbateurs endocriniens”, il affirme que les maladies chroniques(cardiovasculaires,respiratoires,cancers,diabète…) peuvent reculer si nous repensons nos façons de vivre, de travailler,de consommer…  


 

3) Quelques données de base relatives à trois grands drames 

a)  L’extinction des espèces .Rappelons l’essentiel déjà souligné.On ne sait pas aujourd’hui combien il y a d’espèces vivantes, le chiffre de 9 millions est le plus couramment avancé, on trouve des estimations allant de 5 à 100 millions. On  a recensé 1,9 million espèces (chiffre de 2012).

 Le rythme actuel d’extinction des espèces est de 100 fois à mille fois supérieur à ce qu’il était sur les 65 derniers millions d’années (le taux d’extinction moyen était d’une espèce par an sur un million d’espèces). A cette allure disparaitraient le quart des espèces d’ici 2050 et les deux tiers d’ici 2100.

b) La rareté et la dégradation des eaux douces.

La réserve mondiale  d’eau disponible par habitant et par an en 1950 (2,5milliards d’habitants) était de 16.800m3, en 2005 (6,5milliards d’habitants) elle était de 7300m3, si tout continuait comme cela en 2025(8 milliards) elle serait de 4800m3.

Les personnes en situation de stress hydrique (moins de 1700m3 par habitant et par an) en 2008 étaient 1,5 milliard, en 2025 si rien ne change ce seraient 3 milliards sur 8 milliards d’habitants qui seraient touchés.Justice vous avez dit justice ? (Voir le très bon ouvrage de Bernard Drobenko, Le droit à l’eau : urgence humanitaire, éditions Johanet, 2ème édition, 2012.)

 

 Le drame du  nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable est de 2,4 milliards de personnes (le rapport de l’OMS de mai 2013 l’a donc  réévalué à la hausse).  Un des spécialistes de l’eau (Gérard Payen, De l’eau pour tous, éditions Armand Colin, 2013) affirme  que 3,6 milliards de personnes consomment de l’eau qui « n’est  pas sûre » et 1,8 milliard  de personnes consomment chaque jour « une eau dangereuse. »Chaque minute sept personnes meurent de maladies liées à l’eau insalubre, 10.080 chaque jour.

Le drame de l’absence de toilettes : le 19 novembre (journée internationale des toilettes) 2012 il  a été confirmé que 2,4 milliards de personnes (40%  de la population mondiale) n’ont pas de toilettes ou ont des toilettes insalubres. Ce droit à l’assainissement est capital, son absence d’effectivité provoque de multiples infections et entraine la mort de 7500 personnes par jour, dont 5000 enfants, et de 3,6 millions de décès chaque année, c’est un drame mondial sanitaire et environnemental.

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c) Le drame et la menace du réchauffement climatique.

Le 5ème rapport du 27 septembre 2013 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat(GIEC) confirme les alarmes contenues en particulier dans celui de 2007.

Il est « extrêmement probable »que l’homme soit responsable du réchauffement de la planète (une probabilité de 95%, en 2007 elle était de 90%.)

D’ici à la fin du siècle (2100) l’augmentation de la température moyenne de la Terre apparait  plus clairement : si l’on ne fait rien nous sommes  en route pour au moins +4,8°C, l’un des pires scénarios  du GIEC. (Ce serait alors un bouleversement équivalent (dans l’autre sens) à la dernière glaciation, par exemple avec 5°C en moins l’Europe du Nord était un gigantesque glacier…)

 Dans les autres cas la probabilité de dépasser 2°C  est de  50%, or le seuil de 2° dépassé a des conséquences imprévisibles.  La prévision la plus optimiste de +0,3°C est  pratiquement inaccessible.

Quant au niveau dela montée des océans : le rapport de 2013 est plus sombre que celui de 2007(18à59cm). D’ici la fin du siècle le GIEC affirme que la hausse serait de 26 à 82cm. Certaines études situent cette élévation entre 1 et 2 mètres.

 Selon le GIEC les phénomènes extrêmes devraient devenir plus fréquents et plus intenses,le seul exemple des sécheresses devient de plus en plus terrible dans des lieux de plus en plus nombreux de la planète,ainsi début 2014 en Californie,en Australie,au Nordeste du Brésil…

 

C-Des facteurs aggravants : les interactions

Les interactions compliquent énormément les manifestations de la dégradation, leurs causes et les actions pour la protection. Ces interactions existent entre les éléments de l’environnement (1),  entre les domaines d’activités (2), elles peuvent se développer entre deux crises majeures (3).

1) Des interactions entre des éléments de l’environnement

Depuis longtemps on sait que  les éléments de l’environnement sont interdépendants, que des pollutions peuvent passer d’un milieu dans un autre, peuvent traverser des frontières, on sait que des catastrophes  peuvent avoir des effets plus ou moins étendus.

Cependant on ne connait pas toujours la nature précise des interactions entre les phénomènes de dégradation de l’environnement. De plus en plus de scientifiques ont pensé que « les interactions entre les changements climatiques et d’autres problèmes d’environnement pourraient être lourdes de conséquences. »

 Ainsi des interactions entre les changements climatiques et le déplacement de courants océaniques, entre les changements climatiques et l’extinction des espèces, entre les changements climatiques et la couche d’ozone…

 

 

2) Des interactions entre des domaines d’activités

Ainsi par exemple les interactions entre la dégradation de l’environnement et les guerres qui sont destructrices de l’environnement, mais la réciproque est moins connue : une gestion injuste et anti écologique de l’environnement peut contribuer à des conflits voire à des conflits armés. L’environnement a besoin de la paix et la paix a besoin de l’environnement.

3) Des interactions entre deux grandes crises

a) La crise climatique et la crise énergétique, si elles se rencontraient, provoqueraient de multiples problèmes drames et menaces, par exemple de désorganisations amplifiées des sociétés.

Il est vrai aussi que l’on peut raisonner autrement et penser que cette rencontre pourrait provoquer et activer des remises en cause allant dans le sens de sociétés écologiquement viables. C’est ici ce que l’on appelle la pédagogie des catastrophes (voir l’article sur ce site : « Des idées, des moyens, des volontés face aux catastrophes écologiques. »

b) Cette rencontre se produirait très probablement si au moins cinq éléments étaient réunis : une consommation de pétrole augmentant en moyenne chaque année (par exemple de 1,6% selon l’estimation de l’Agence internationale de l’énergie) d’ici 2030 ; un pic de production de pétrole après 2015 puis un effondrement du pétrole vers 2040 (en 2050 le monde serait à 45 millions de barils produits par jour, autrement dit la moitié de la consommation en 2013) ; des énergies fossiles représentant toujours la plus grande part des ressources énergétiques mondiales (80à90%) à la même période ; l’absence de volontés politiques, économiques et financières mondiales pour développer massivement des énergies renouvelables ; enfin une absence de politiques  de réductions massives des consommations d’énergies d’abord dans les pays développés et  les pays émergents.

Deux éléments récents vont dans le sens de cette hypothèse.D’une part le rapport sur le charbon publié par l’AIE en décembre 2013: avec une croissance annuelle de 2,3% d’ici 2018,essentiellement du fait  de la Chine, le charbon dépassera le pétrole en pourcentage de l’énergie mondiale(en 2011 le pétrole représentait 31,4%, le charbon 28,9%). D’autre part, d’après une étude prospective de l’US Energy information administration (rapportée dans le journal Libération du 17-12-2013) les Etats-Unis en 2040 consommeraient plus de pétrole qu’en 1980.

Tel est le tableau de la débâcle écologique. Pourquoi en est-il ainsi ?

 

JML

janvier 1, 2014 Environnement

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II- Les causes de la dégradation mondiale de l’environnement 

Adoptons la  démarche suivie pour les manifestations de la dégradation : partons d’une vision globale (A), poursuivons par une liste indicative des causes (B), terminons cette démarche en nous demandant s’il existe un facteur aggravant  de ces causes(C).

A- Une cause globale : le système productiviste

1) Les logiques du système productiviste

N’y a-t-il pas au moins  dix logiques profondes qui définissent le productivisme ?

a) La recherche du profit est synonyme de fructification des patrimoines financiers avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques.

 b) L’efficacité économique est synonyme  du  moment où, cessant d’être au  service de la satisfaction de véritables besoins, la recherche d’efficacité devient sa propre finalité.

 c) Le culte de la croissance est synonyme du « toujours plus », de course aux quantités, de mise en avant de critères économiques supérieurs aux critères sanitaires,  environnementaux, sociaux, culturels, de surexploitation des ressources naturelles, de fuite en avant dans une techno science qui a tendance, ici et là, à s’auto reproduire et à dépasser les êtres humains.

d)  La course aux quantités est synonyme d’une surexploitation des ressources naturelles, de surproductions, de créations de pseudos besoins alors que des besoins vitaux ne sont pas satisfaits pour la  grande majorité des habitants de notre planète.

e) La conquête ou la défense des parts de marchés est synonyme d’un  libre-échange tout-puissant qui repose sur des affrontements directs, des absorptions des faibles par les forts, des guerres des prix, des efforts de productivité  qui  poussent  à de nouvelles conquêtes de marchés.

f)  La domination sur la nature  fait de celle-ci un objet au service des êtres humains, ses ressources sont  souvent exploitées comme si elles étaient inépuisables, de toutes  façons certains pensent  que  l’homme est capable de se substituer peu à peu à la nature à travers une artificialisation totalisante, il commence à se dire même capable, après l’avoir réchauffée, de « mettre  la Terre à l’ombre » par de gigantesques projets  technologiques (géo-ingénierie).

g) La marchandisation du monde est  synonyme de  transformation, rapide et tentaculaire, de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités  transformées en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché, d’éléments du vivant (animaux, végétaux) décimés, et d’éléments de l’environnement qui sont entrés dans le marché (eaux, sols, air…).Dans ce système « tout vaut tant », tout est plus ou moins à vendre ou à acheter.

h) La priorité du court terme est synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaboration de politiques à long terme qui soit ne sont pas pensées en termes de sociétés humainement viables, soit  ne sont pas mises en œuvre et disparaissent dans les urgences fautes de moyens et de volontés.

i) L’accélération n’est pas spécifique au productivisme mais elle y est omniprésente  à travers, par exemple, une techno science en mouvement perpétuel, une circulation rapide des capitaux, des marchandises, des services, des informations, des personnes, une accélération qui a  de multiples effets sur les sociétés et les personnes.

j) La compétition  est synonyme  d’ «  impératif naturel de nos sociétés », elle alimente les neuf  logiques précédentes et   elle est alimentée par ces logiques.

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2) Le système productiviste destructeur de l’environnement

a) Le système productiviste est hostile à l’environnement, pourquoi ? Parce  qu’il représente une forme d’expulsion de la nature : d’abord l’homme se veut maitre et possesseur de la nature qui est à son service, ensuite les richesses naturelles sont considérées comme plus ou moins inépuisables, enfin même si la nature est détruite on  pense qu’il est possible de la restaurer.

 On peut même, pensent certains, la recréer pour une large part artificiellement, certains ajouteront : la recréer dans sa totalité. (Totalité,totalisant,totalitaire…)

b) Les défenseurs du système productiviste reconnaissent que l’écologie existe mais ils la considèrent comme devant être au service de l’efficacité économique. Le développement durable est interprété comme étant du développement qui doit durer. On peut le  teinter d’un verdissement de l’économie, mais celui-ci ne doit en rien ralentir la bonne marche des affaires.

 

B-  Une liste indicative impressionnante des causes

Nous distinguerons les causes dominantes(1) puis les causes importantes(2).

1) Les causes dominantes

 Ellessemblent au nombre de deux. En premier lieu la surconsommation d’une minorité des habitants de la planète (de l’ordre de 1,5 à 2 milliards ( ?  ) sur 7,1milliards  d’habitants ). Les économies des pays développés, et déjà  en partie de pays émergents, sont  dévoreuses d’énergie, de matières premières et produisent d’énormes quantités de déchets et de polluants. Les modes de production, de consommation, de transports n’ont pas été à ce jour remis en cause massivement et radicalement.

En second lieu l’explosion de la population mondiale. Chaque jour un accroissement de la population mondiale de 224.000 personnes représente une empreinte écologique importante  si l’on en reste au productivisme, mais c’est une chance pour l’humanité et pour le vivant si l’on change radicalement cette empreinte écologique par une société écologiquement viable et aussi par un ralentissement de l’explosion démographique.

2) Les causes importantes

Elles semblent au moins au nombre de trois. En premier lieu la pauvreté d’une majorité des habitants de la planète : ainsi par exemple l’utilisation du bois de feu, moyen de survie pour beaucoup de personnes.

En second lieu l’industrialisation  des pays émergents et de pays en développement, qui se fait souvent dans la trajectoire productiviste des pays développés,  les mégalopoles sont le plus souvent  méga polluantes, et  les plus pauvres   souffrent le plus par exemple  des pollutions des eaux.

En troisième lieu les guerres. Depuis 1945 il y a eu  plus de cinq cents conflits armés (civils et inter étatiques), l’environnement  lui aussi en a été victime. (voir article de l’auteur de ce site ,  JM Lavieille, «  Droit de la guerre, droit de l’environnement », colloque OMIJ Limoges, 15 et 16 décembre 2008. Actes du colloque, Les droits de l’homme face à la guerre, sous la direction de J.P. Marguénaud et de H. Pauliat, Dalloz, 2009).


A tout cela ne s’ajoute-t-il pas un facteur aggravant et , on pourrait même dire, terrifiant ?

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C-   Un facteur aggravant et terrifiant  

1)  Un facteur aggravant et terrifiant : l’accélération du système international.

 Elle se manifeste de multiples façons : une techno-science omniprésente et toujours en mouvement, un règne de la marchandise toujours à renouveler, une circulation rapide de capitaux, de produits, de services, d’informations qui font de la planète une sorte de « grand village », les déplacements nombreux et rapides des êtres humains, l’explosion démographique mondiale, l’urbanisation accélérée du monde, les discours sur la compétition, personnelle et collective, économique, culturelle, militaire, la prise de conscience d’une fragilité écologique de la planète provoquée par des activités humaines productivistes… Le fait que le productivisme soit devenu comme une sorte de camion fou se comprend particulièrement bien à travers la dégradation et la protection de l’environnement. ( voir sur ce site article « L’accélération du système international », à la rubrique « Dans quel monde vivons-nous ?)

2) L’accélération, une machine infernale par rapport à l’environnement

Pourquoi ? Parce que quatre mécanismes semblent  terrifiants .

 Le mécanisme général : le système international s’accélère, on vient d’en énumérer quelques manifestations.

Second mécanisme : Les réformes et  les remises en cause pour protéger  l’environnement sont souvent lentes : complexité des rapports de force et des négociations, retards dans les engagements, obstacles dans les applications, inertie des systèmes économiques et techniques, sans oublier la lenteur de l’évolution des écosystèmes.

 Troisième mécanisme : l’aggravation des problèmes, des menaces et des drames fait que l’on agit pour une part dans l’urgence, l’urgence tend à occuper une place importante.

 Dernier mécanisme : s’il est nécessaire de soulager des souffrances immédiates,   il est aussi non moins nécessaire de lutter contre leurs causes par des politiques à long terme, ce qui  demande du temps,

 …or  le système s’accélère. Autrement dit : il n’est pas sûr que les générations futures aient beaucoup de temps devant elles pour mettre en œuvre des contre-mécanismes nombreux, radicaux et massifs.

  

Remarques terminales 

1) Le sens de l’abîme.

 

Certains d’entre nous, beaucoup peut-être, se retrouveront dans cette pensée très connue d’Antonio Gramsci : « Il faut avoir à la fois le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. »

 

 Oui, probablement, mais l’optimisme de la volonté il en faut beaucoup, non seulement parce qu’il réduit à la cuisson mais, surtout parce que le pessimisme de l’intelligence a une réserve redoutable.

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 Il trouve de quoi s’alimenter dans l’accélération de ce système productiviste autodestructeur

 qui a quelque chose d’incontrôlable, un système, diraient même certains, devenu fou et dont nous ne serions plus que les fous d’un fou.

 En effet, il faut du temps, même si des événements tels que des crises ou de grandes crises peuvent accélérer des prises de conscience, des réformes, voire des remises en cause de théories et de pratiques, il faut du temps pour que des idées , des moyens , portés par des volontés aux différents niveaux géographiques, à travers des rapports de forces, voient le jour, grandissent et deviennent de véritables contre-logiques, contre-mécanismes pour construire des sociétés viables.

 

Et on peut avoir l’impression profonde de se trouver souvent, d’une part, devant la construction difficile de digues fragiles de la protection de l’environnement et de la lutte contre les catastrophes écologiques et, d’autre  part, devant l’arrivée, sans cesse renouvelée, de puissants fleuves de  la dégradation de l’environnement et de catastrophes écologiques passées, présentes et vraisemblablement surtout à venir.

 

2)  Le souffle d’une espérance possible.

Pablo Neruda fait dire à tous les peuples qui sombrent dans les drames, à tous les peuples martyrs de notre Terre, dans un cri  de douleur terrible et d’espoir fou«Aucune agonie ne nous fera mourir!” Voilà donc ces moments où il peut ne plus y avoir d’espoir et où,si on en trouve la force,il faut commencer à espérer.Ces moments existent entre autres au coeur des catastrophes écologiques.

Voilà des survivants,une personne,une famille, la population d’un Etat, d’une ville,d’une région qui trouvent des forces au delà de leurs forces et qui arrivent à se remettre debout.

 Ainsi, quand elles existent, les ténèbres ou l’obscurité de l’instant peuvent aussi être replacées sur les chemins de l’espérance qui accompagne les êtres humains et que porte l’humanité.

La dégradation de l’environnement est massive,multiforme, rapide. Ses logiques,dans le sillage de l’autodestruction du système productiviste, sont terricides et humanicides.

Pour voir le jour des contre-logiques attendent une véritable “métamorphose de l’humanité”. Face aux récessions des volontés comment faire naitre les déterminations personnelles et collectives?

 

 

JML

 

 

 

       

 

janvier 1, 2014 Environnement

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LA PROTECTION MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT

 

  Introduction

 

Quel est l’enjeu de la protection mondiale de l’environnement ? Ni plus ni moins la survie de     l’humanité et de l’ensemble du vivant.

 

 Dans cette introduction nous poserons trois questions. Qu’entend-on par « protection ? »(1) Cette protection n’est-elle pas dérisoire ? (2)   Quelles sont les volontés des différents acteurs pour lui donner le jour ? (3)

 

1 ) Qu’entendre par « protection » de l’environnement ?


Du point de vue des déclarations essentielles de DIE : la Déclaration de Stockholm (juin 1972)

proclame dans son principe 1 : « L’homme a le devoir solennel de protéger et d’améliorer l’environnement pour les générations présentes et futures. » La Déclaration de Rio (juin 1992) proclame dans son principe 7 : « Les Etats doivent coopérer dans un esprit de partenariat mondial en vue de conserver, de protéger et de rétablir la santé et l’intégrité de l’écosystème terrestre. »

Du point de vue des conventions on peut souligner par exemple l’ artIcle 192 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (10-12-1982) selon lequel : « Les Etats ont  l’obligation de protéger et de préserver le milieu marin. »

 Nombreuses sont donc les formes de protection. Il s’agit d’améliorer, de conserver, de protéger, de rétablir. Le terme de  conservation est-il un des plus larges, comprenant à la fois la protection et l’amélioration ? Comment y voir plus clair dans cet ensemble ?

 

 En fait le DIE intervient à travers toute la panoplie des formes de protection d’amont en aval : précaution, prévention, conservation, amélioration, réparation, remise en état…

 

Et le DIE intervient à travers deux grands types de protection qui sont complémentaires : il existe d’une part des conventions de lutte contre les pollutions relatives à l’air, aux sols, aux forêts, au milieu marin, aux eaux douces… et, d’autre part, des conventions de conservation mondiale et régionale de la nature, de protection de la diversité biologique, de  protection du vivant.

 

 

 

2) Une  protection  dérisoire au regard du temps qui reste ?

 

  Les « fleuves » de « la dégradation mondiale de l’environnement »  (voir article précédent sur ce site) sont tels qu’on peut légitimement se demander si les « ruisseaux » de la protection n’ont pas quelque chose de dérisoire dans la mesure où les remises en cause  sont  trop tardives, trop peu nombreuses, trop peu radicales.

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Nous en appellerons aux moyens enfin mis au monde, massifs, radicaux. Ces deux derniers termes, souvent employés, ne relèvent pas d’une sorte de rite de réassurance ou de manifestation d’impuissance, mais d’une prise de conscience, d’une volonté, d’une stratégie de protection.

Intervient aussi un facteur non seulement aggravant mais terrifiant : l’accélération de la débâcle écologique laisse  probablement peu de temps pour éviter l’irréparable. Dans quelques dizaines d’années les générations à venir seront donc en première ligne. Les défis qu’elles vont rencontrer, les obstacles qu’elles devront surmonter seraient certainement moins terribles si, enfin, se mettait en route une « métamorphose » des quelques générations qui les auront précédées.

Il faut  donc contribuer à penser, projeter et soutenir des remises en cause vitales.

 

3) Des acteurs  loin d’être à la hauteur des enjeux ?

 

Ce serait plus qu’une erreur, ce serait un non-sens d’affirmer que rien n’est fait pour la protection de la planète, des acteurs agissent, mais sont-ils  à la hauteur des enjeux?

Les Etats, en particulier dans le cadre des conférences des Nations Unies sur l’environnement, avaient certes pris conscience que nous n’avons qu’une seule Terre,   ils consacraient alors le droit de l’homme à l’environnement (Conférence de Stockholm, juin 1972). Ils avaient  ensuite  adopté deux conventions (l’une sur la biodiversité, l’autre sur les changements climatiques), une Déclaration sur les principes du développement durable, un Agenda 21 pour le XXIème siècle, c’était là un certain  souffle de la Conférence de Rio, en juin 1992.

Mais à Johannesburg en juin 2002 et à Rio en juin 2012 (« Rio moins vingt » et non « plus vingt » ont dit certains commentaires par rapport à la Conférence de 1992), les deux conférences ont été celles de récessions des volontés politiques, juridiques et financières.

 Certes les conventions internationales et régionales mises en œuvre par les Etats contre les pollutions et pour la conservation de la nature sont nombreuses, mais par exemple les moyens d’application sont trop souvent dérisoires et des engagements financiers ne sont pas pris ou ne sont pas tenus, pour ne citer qu’un exemple : ceux de la Convention de 1994 de  lutte contre la désertification.

D’autre part le temps perdu pour décider, par exemple de la réduction des gaz à effet de serre, n’a-t-il pas quelque chose de pathétique ? « A l’auberge de la décision les gens dorment bien » dit un proverbe. La Convention sur les changements climatiques est de 1992, le Protocole de Kyoto est de 1997, son entrée en vigueur date de 2005, l’accord de l’après Kyoto se fera en 2015 à Paris, son entrée en vigueur devrait voir le jour en 2020.Il aura donc fallu presque 30 ans entre la convention et un accord engageant tous les Etats (le Protocole de Kyoto n’engageait que certains Etats dans les réductions de gaz à effet de serre), cela sans compter tout le temps perdu avant la Convention de 1992 depuis pratiquement la découverte de l’effet de serre en 1895 et des premières mesures systématiques de CO2 en 1957 (voir « Incertitude juridique, incertitude scientifique et droit des changements climatiques »,article de JML , éditions PULIM, 2000 n°3).

Quant aux organisations internationales et régionales elles font sans doute ce qu’elles peuvent dans le cadre de leurs compétences d’attribution, mais leurs moyens en général et leurs budgets en particulier sont révélateurs de leurs faiblesses.

Pour ce qui est des organisations non gouvernementales  certes elles ont développé leurs capacités de dénonciations et de propositions mais, là aussi, leurs moyens devraient être moins faibles par rapport aux enjeux et leurs liens internationaux devraient être beaucoup mieux organisés  et plus  opérationnels.

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On pourrait passer ainsi en revue d’autres acteurs (collectivités territoriales, entreprises, personnes…) et  faire les mêmes constatations à travers des analyses plus poussées des forces et des faiblesses de chaque acteur, en allant jusqu’aux individus, à travers des responsabilités très variables.

Dès lors une question essentielle se pose, elle saute aux yeux pourvu qu’on les ouvre : comment, à tous les niveaux géographiques, à partir de tous les acteurs, à travers le plus grand nombre possible d’activités, construire des logiques nombreuses, radicales, massives, d’une protection mondiale de l’environnement?

 

 Ne faut-il pas faire  apparaitre des choix vitaux, concrets en évoquant un recensement global de ce  qui existe par rapport aux  fondements puis aux moyens de cette protection ?  Ne faut-il pas  faire de même, en termes prospectifs, en évoquant  des alternatives  tant pour les fondements que pour les moyens de la protection ?

Nous nous demanderons donc d’abord sur quels fondements reposent et devraient reposer la protection mondiale de l’environnement (I) ?  Ensuite nous nous  demanderons quels moyens sont mis et devraient être mis en œuvre pour la protection mondiale de l’environnement (II) ?

 

I- Les fondements de la protection mondiale de l’environnement

La protection est portée par de nombreux courants (A), elle se construit à travers des rapports de forces (B), elle  dépend de choix vitaux (C).

Nous utiliserons souvent le mot « radical », il sera pris au sens de réforme profonde, de remise en cause. On veut remonter aux causes profondes des phénomènes, prendre des mécanismes à la racine, mettre en œuvre des contre-mécanismes, des contre-logiques, changer des éléments d’un système, puis peu à peu ce système lui-même, le productivisme.

 

A- Une protection portée par de multiples courants

Que peut nous montrer un recensement, certes non exhaustif mais significatif, de ces courants, quelles conclusions en tirer (1) ? Les deux courants majeurs  et opposés relatifs à la nature n’appellent-ils pas une synthèse  qui contribuerait à cette  protection (2) ?

 

1) Des théories et des pratiques environnementales au Nord et au Sud de la planète : des diversités  à  étendre  et à radicaliser

 

 a) Dans des pays du Nord il y a eu, de 1945 à nos jours, au moins une dizaine de courants, d’ampleur variable, liés à la protection de l’environnement, s’exprimant  par de nombreux écrits et de nombreuses actions à travers des partis politiques, des associations, des mouvements de citoyens et de nombreux auteurs…

Des usagers de la nature qui s’organisent pour dénoncer diverses pollutions et atteintes à la nature,

 

 Des adeptes des modes de vie « naturels » relatifs par exemple à l’alimentation,à la santé,au naturisme.

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Des consommateurs modifiant des comportements, consommateurs qui sont conscients de risques sanitaires de certains produits alimentaires, ces personnes, ces associations cherchent des aliments qui ne contiennent pas de produits chimiques,et aussi des aliments non transformés.Ces consommateurs font plus confiance aux “produits bio”,aux produits fermiers,ils regardent la provenance,la liste des ingrédients,ils cherchent à respecter les cycles saisonniers. De même des consommateurs investissent le domaine économique par le commerce équitable,l’économie sociale et solidaire,l’épargne solidaire,les monnaies solidaires au service de la protection de l’environnement.

Des conservationnistes, favorables aux aires protégées, aux sanctuaires, inspirés entre autres par Henry David Thoreau (Walden  ou la vie dans les bois, 1854),

Des militants de l’écologie profonde, défenseurs de la valeur intrinsèque des êtres vivants, inspirés en particulier par Arne Naess (Vers l’écologie profonde, collection Domaine sauvage, 2009),

Des partisans du développement durable qui veulent « répondre aux besoins de développement et d’environnement des générations présentes sans compromettre ceux des générations futures » (ainsi les quarante chapitres d’Agenda 21, voir par exemple ce document sur le site agora21.org),

 Des militant(e)s de l’écologie politique anti productivistes qui mettent en avant, de façon modérée ou plus radicale, des sociétés écologiquement viables, (voir l’excellente revue « Ecologie et politique », avec en particulier les écrits de Jean-Paul Deléage.)

Des écologistes luttant aussi pour la démocratie sous des régimes autoritaires, c’était le cas dans les pays de l’Est avant les révolutions de 1989, où les luttes pour la transparence des informations n’étaient pas sans risques et répressions,

Des militant(e)s du ralentissement du système à travers des ONG agissant dans des activités de plus en plus nombreuses (voir sur ce site l’article sur « L’accélération du système international » à la rubrique « Dans quel monde vivons-nous? ») 

Des objecteurs de croissance qui militent pour une remise en cause de la surconsommation là où elle existe, pour une relocalisation d’activités, une réduction de l’empreinte écologique, une simplicité volontaire. ( Voir par exemple les écrits de Serge Latouche, de Paul Ariès…Voir aussi le journal « La Décroissance. »)

 

b) Dans les pays du Sud  les mouvements précédents existent peu ou prou. Ce que l’on veut souligner ici ce sont des séries de théories et de pratiques existantes  certes aussi dans les pays du  Nord mais  particulièrement présentes dans les pays du Sud.

Un premier courant, le plus important, dénonce  les  responsabilités du Nord, des pays développés. Il revendique le droit au développement, une aide pour s’adapter à la protection de l’environnement, il insiste parfois sur  une dette écologique des pays du Nord vis-à-vis du Sud, des pays en développement.

Un second courant, qui prend une certaine ampleur sous le coup de la dégradation de l’environnement au Sud, dénonce le productivisme du Nord et celui du Sud quand il existe, il en appelle à des remises en cause au Nord mais aussi au Sud.

Enfin on doit insister sur le fait que de  nombreux groupes de personnes, des minorités, des peuples autochtones (de l’ordre de 370 millions « habitants premiers » de certains territoires) luttent pour sauver des écosystèmes essentiels et en eux-mêmes et pour la vie ou la survie de ces personnes et de ces populations.

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c) Des conclusions à tirer de la diversité de ces courants. Ne peut-on pas penser qu’il faudrait prendre en  compte au moins  quatre conclusions ?

        1- Il faut laisser vivre et se développer  la diversité des théories et des pratiques de protection. Etant donné l’ampleur et la rapidité de la dégradation il y a de la place pour tous,pour les modérés et les radicaux, pour les luttes partielles et  celles plus globales.

        2-Il n’en reste pas moins, qu’il faut essayer de privilégier, les théories et les pratiques  radicales, partielles ou plus globales, par des volontés personnelles et collectives, à travers des moyens écologiques, justes, démocratiques et pacifiques.

        3-Il faut avoir conscience que les interdépendances, entre les lieux, les activités et les acteurs, existent et se multiplient  pour le pire mais, aussi, pour le meilleur. Elles peuvent à un moment donné remettre en cause, en tout ou partie, un mécanisme du productivisme.

 

        4-Un élément qui pourra peser dans certains rapports de forces consiste à créer et à renforcer les réseaux d’ONG  à tous les niveaux géographiques.

Afin  que la protection avance ne faut-il pas aller également vers une synthèse relative aux façons de se situer par rapport à la nature ?

 

2) Des conceptions différentes de la nature : un choix à faire, celui du patrimoine commun de l’humanité, à étendre, à radicaliser

Sur ces conceptions voir par exemple l’ouvrage de François Ost, La nature hors la loi. L’écologie à l’épreuve du droit, La Découverte, 1995.Voir aussi article de Serge Gutwirth, Trente ans de théorie du droit de l’environnement : concepts et opinions. Environnement et Société, 26, 2001, 5-17.

a) La conception  dominante  de la nature : l’anthropocentrisme

Quel est l’essentiel de cette conception ?  La nature est un objet au service des êtres humains. L’homme est tout-puissant par rapport au non-humain, il doit se comporter en « maitre et possesseur de la nature », l’homme exerce, par le droit de propriété, un pouvoir absolu sur la nature qui est un objet de droit.

Quelles sont les critiques  faites  à cette conception ? Certes des textes ont limité ce caractère absolu du droit de propriété sur la nature, mais peu à peu le marché a réduit  les éléments de l’environnement à des marchandises. La nature, au service des besoins et des intérêts de l’homme, est entrée dans la marchandisation du monde. (Voir sur ce site l’article relatif à « La marchandisation de la nature.»)

 

b) La conception résistante de la nature : l’éco centrisme

Ayant vu le jour dans des civilisations très anciennes, en particulier amérindiennes, cette conception recommence à se développer depuis quelques décennies jusqu’à ces dernières années, par exemple  un chapitre de la constitution de l’Equateur est consacré aux droits de la nature,une loi des droits de la Terre Mère a été adoptée en Bolivie en 2010.

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Quel est l’essentiel de cette conception ? La nature est un sujet, elle a une valeur intrinsèque, en elle-même, indépendamment de toute utilité pour les êtres humains. L’homme  fait partie d’un ensemble, le vivant. La nature est sujet de droit, elle doit être défendue.

Quelles sont les critiques faites à cette conception ? Quatre critiques existent. Cette conception empêche de faire la différence entre l’humain et le non humain, on ne peut pas savoir ce que la nature veut, à force d’étendre le droit à tout on le dévalorise, le retour à la nature a quelque chose de dangereux parce qu’on remet en cause l’homme.

 

C) Le choix d’une  conception d’une nature, patrimoine commun de l’humanité : l’anthropo-éco-centrisme

Cette synthèse ne doit pas être inconsistante, simpliste, elle doit dépasser la contradiction des deux visions précédentes pour contribuer à une véritable protection mondiale de l’environnement.

Quel est l’essentiel de cette conception ? La nature est un donné et un construit pour les êtres humains (anthropocentrisme) et pour elle-même (éco centrisme). La nature n’est pas objet ni sujet de droit, elle est projet de droit.

 Cette synthèse va prendre le « meilleur » de chaque ensemble de théories et de  pratiques en les transformant les unes par les autres.

De l’anthropocentrisme  on garde les humains et on remet en cause la marchandisation, la société du marché, pas seulement en la contrôlant mais en la remettant à sa place, en lui fixant des limites.

De l’éco centrisme on garde l’ensemble du vivant et on met de côté l’effacement de la différence entre l’humain et le non humain, cela en mettant en avant les responsabilités des êtres humains vis-à-vis de l’ensemble du vivant (humanité, faune, flore).

Ainsi le patrimoine commun de l’humanité(PCH) reposera sur un anthropo éco centrisme, sur le fait que, pour l’exprimer simplement, la Terre dépend  des êtres humains et que les êtres humains  dépendent de la Terre.

 1-Ce PCH doit être démocratique, juste, écologique et pacifique. Ce sera une gestion synonyme de partage entre pays, entre peuples, entre générations présentes et futures, sans oublier le respect du PCH créé par les générations passées. Ce patrimoine se transmet pour les générations futures, et pour le vivant (faune, flore).

 2-Ce PCH reposera sur une gestion synonyme de limites établies au nom des responsabilités des êtres humains et du respect des êtres vivants. (Voir Hans Jonas, Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique. (de 1979, paru en France en 1991, Flammarion.)

 3-Le PCH prend et prendra différentes formes, outre les quatre qui suivent on peut en imaginer et en construire d’autres, on devra les articuler les unes aux autres pour renforcer la protection générale. A long terme ce devrait être là un contre-mécanisme très important contre le productivisme, il n’aura ni des logiques d’intérêts nationaux, ni des logiques de primauté du profit et d’une fuite en avant autodestructrice.

Le PCH au sens propre est celui d’éléments qui  appartiennent  juridiquement  à l’humanité. Il s’agit des fonds marins (« la Zone ») (Convention sur le droit de la mer du 10-12-1982, article 136), de la Lune et des autres corps célestes (Accord du 5-12-1979, article 11), du génome humain (Déclaration du 11-11-1997, article 1er).

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Le PCH au sens large est celui d’éléments constitués par des espaces internationalisés qui doivent être  explorés et exploités dans l’intérêt de l’humanité. Il s’agit de l’espace extra atmosphérique (Traité du 27-1-1967, article 1er§1), de l’Antarctique (Traité du 1-12-1959, préambule).

Le PCH au sens plus large est celui d’éléments constitués par certains biens naturels et culturels ou mixtes, qui restent sous les souverainetés étatiques, mais qui nécessitent d’être protégés dans l’intérêt de l’humanité parce qu’ils présentent un intérêt exceptionnel.  (Conclue dans le cadre de l’UNESCO, c’est la Convention sur le patrimoine mondial, 16-11-1972).

On peut légitimement soutenir qu’il faudrait rajouter ici une quatrième série d’éléments :

Le PCH au sens très large comprendrait les ressources biologiques ,que les Etats ont certes le droit souverain d’exploiter (article 3 de la Convention sur la diversité biologique du 5-6-1992), mais les Etats seraient contrôlés (interdictions possibles) par une autorité internationale, gardienne de ce patrimoine naturel mondial, par exemple la future Organisation mondiale de l’environnement(OME),celle-ci interviendrait alors au nom de la nature et au nom des générations futures (protocole à la Convention sur la biodiversité, et compétence à prévoir pour l’OME).

 

Quelles sont les critiques faites à cette conception ? La critique est double : c’est celle des souverainetés étatiques qui verront dans cette entreprise une forme de dépossession, c’est celle du productivisme qui ne peut accepter de remettre en cause des logiques d’exploitation sans limites de la Terre.

 

Que penser de ces critiques ? Face aux souverainetés irréductibles, une solidarité mondiale doit avoir le droit du dernier mot. Face au productivisme, condamnable et condamné,  un système  viable pour l’ensemble du vivant(humain, et non humain) doit voir le jour.

Construire la protection se fait aussi à travers des rapports de forces, de multiples acteurs interviennent.

 

B- Une protection construite à travers des rapports de forces

Nous partirons de trois séries de situations, celles de la biodiversité et de l’eau(1), celle des changements climatiques(2). (Sur les dominations environnementales des puissants voir par exemple Hervé Kempf, « Comment les riches détruisent la planète », Seuil, 2007.)

 

1) Les exemples de la diversité biologique et de l’eau : des acteurs à privilégier, des alliances à construire et à renforcer

 a) Des rapports de force relatifs à la diversité biologique

Des biotechnologies porteuses de créations de nouveaux médicaments et cosmétiques représentent des marchés  de l’ordre probablement de plusieurs centaines de milliards de dollars, le chiffrage est cependant difficile. Les rapports de forces font intervenir des chercheurs, des laboratoires, des Etats, des populations locales, des ONG. Ils se situent juridiquement dans le cadre en particulier de l’application de la Convention sur la diversité biologique (5 juin 1992) et du Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques  et le partage juste et équitable découlant de leur utilisation (29 octobre 2010).

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Des laboratoires du Nord et leurs chercheurs vont identifier des plantes et aussi des animaux (insectes…) dans des pays du Sud. Ils déposent ensuite avec des firmes multinationales des brevets, par exemple sur les biomolécules.

De leurs côtés certains pays du Sud adoptent des législations nationales (plus d’une quarantaine a ce jour sur les 188 qui ont signé la Convention), législations qui sont censées protéger ces États fournisseurs face aux États utilisateurs et aux firmes multinationales. Certains Etats adoptent des positions radicales fondées sur la propriété totale des brevets. D’autre part des pays du Sud se regroupent depuis 2002 (Cancun) pour être en rapports de forces face aux pays du Nord et aux firmes multinationales (Pierre Lefevre, A qui appartient la biodiversité ? Alternatives économiques, n° 254, 1-2007.)

Pour leur part des populations locales agissent (manifestations, recours,…), il s’agit de prouver que telle ou telle firme n’est pas à l’origine de l’invention. Ce fut le cas dans un procès en 2005, une firme des Etats-Unis avait déposé en 1990 un brevet sur un arbre en Inde (l’arbre de Neem) qui avait des propriétés antiparasitaires, la bio piraterie fut démontrée.

Dans le cadre de ces rapports de forces des experts interviennent aussi, certains font valoir la nécessité de créer un certificat d’origine des ressources génétiques.

A tout cela il faut ajouter des organisations qui s’inscrivent à leurs façons dans ces rapports

de  forces : ainsi par exemple l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI),

l’ Office  européen des brevets, en France par exemple le Muséum d’histoire naturelle.

Ont aussi un poids important les alertes des scientifiques qui mettent leurs compétences au

service  de leur sauvegarde des espèces (par exemple la Conférence internationale, Biodiversité, sciences et gouvernance, Appel de Paris du 22.1.2005).

L’auteur de cet article et de ce site a un témoignage personnel à apporter sur ces rapports de forces. Son père, Roger Lavieille, fit sa thèse sur la stevia (Etude du Kaa Hê-é). Il  a démontré le premier son pouvoir sucrant 300 fois supérieur au sucre. Il a proposé à la Société internationale de chimie le nom de  stevioside. Avant cette thèse de 1932 des chercheurs allemands travaillaient sur ce pouvoir sucrant et avant eux un médecin du Paraguay et avant eux tous… des paraguayens qui avaient constaté le pouvoir sucré de cette plante. Quelques mois après sa thèse, mon père reçut une offre téléphonique d’une société japonaise qui lui proposait une collaboration.  Il avait refusé en disant «  La stevia appartient au Paraguay et au peuple paraguayen ». La stevia fait aujourd’hui l’objet de rapports de forces puissants avec de multiples intérêts.

Enfin comment ne pas insister sur le rôle remarquable de nombreuses ONG de conservation de la nature : UICN,WWF, Greenpeace, Conservation international, GRAIN, Pro-Natura International, Wildlife Conservation Society, Fauna Flora International, Friends of Nature, et aussi par exemple les Amis de la Terre, France Nature Environnement, la Ligue pour la protection des oiseaux, la Fondation pour la nature et pour l’homme, et tant et tant d’autres.

Parmi ces alliances à créer ou à renforcer pour la protection de la biodiversité on trouve celles entre des ONG, entre des ONG et des populations locales, entre des pays du Sud. Les coopérations entre les réseaux scientifiques, elles aussi, sont et seront essentielles.   

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b)  Des rapports de forces relatifs à l’eau

 

Les situations conflictuelles seront vraisemblablement de plus en plus nombreuses : conflits

 entre  utilisateurs de l’eau, conflits entre régions d’un même pays, conflits entre États. Il y

différentes  forces qui se retrouvent dans des lieux symboliques, parmi ceux-ci :

Le plus massif d’entre eux est  le Forum mondial de l’eau qui se tient tous les trois ans (le 1er en 1997 à Marrakech, le 5ème  en 2009 à Istanbul, le 6ème à Marseille en 2012). Ce  Forum regroupe de l’ordre de 25 000 participants, des chercheurs, des représentants d’ONG, des dirigeants d’entreprises privées, des fonctionnaires d’organisations internationales, des gestionnaires publics…Ce Forum est un espace de débats, un lieu d’exposition et de commerce, un instrument de négociations avec l’élaboration d’une déclaration ministérielle (juridiquement non contraignante).

Il y a ensuite d’autres lieux où se retrouvent les représentants de différentes forces : ainsi un Forum alternatif composé essentiellement d’ONG dans la mouvance altermondialiste qui se tient parallèlement au Forum mondial sur l’eau, ainsi  également le « groupe de Lisbonne », penseurs indépendants qui ont travaillé entre autres à un projet de « contrat mondial de l’eau » sous l’animation de Riccardo Petrella en 1998).

Le Forum de Davos s’est intéressé aussi à l’eau, en particulier en 2009 en mettant en avant

le rôle des entreprises. Le Forum rassemblait 1 600 dirigeants d’entreprises, 40 chefs d’Etat et de gouvernement et 300 chercheurs, universitaires et responsables d’ONG.

Le Conseil mondial de l’eau, créé en 1996, comprend plus de 300 membres répartis en cinq collèges (organisations internationales, autorités nationales, ONG, entreprises, monde de la recherche). C’est lui qui est à l’origine du Forum mondial. Ce Conseil est critiqué par les altermondialistes qui lui reprochent d’être dominé par les intérêts privés.

A cela il faudrait ajouter le partenariat mondial de l’eau (Stockholm 1966) mettant en avant

des relations plus étroites entre les gouvernements et les institutions internationales, le panel mondial pour le financement des infrastructures de l’eau (créé en 2000) qui regroupe essentiellement des institutions financières publiques et privées, des firmes internationales de l’eau…

Enfin les Nations Unies interviennent en tant que telles, par exemple en 2000 à travers les

Objectifs du Millénaire pour le développement, c’est à dire sur ce point la réduction de moitié du nombre de personnes sans accès à l’eau et à l’assainissement d’ici 2015, sans oublier par exemple le rapport de l’ONU sur les ressources en eau (mars 2009). Les Nations Unies interviennent aussi à travers leurs institutions spécialisées, ainsi le FMI, la BM souvent très proches des incitations à la privatisation de l’eau, et la FAO, l’OMS, l’UNESCO, qui  ont dans leurs programmes des éléments relatifs aux ressources en eau, le PNUE bien sûr qui relie l’eau et l’environnement.

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c) Ces rapports de forces se traduisent par des choix qui sont en particulier les suivants :

 

 Existe un choix majeur pour lequel le plus grand nombre possible d’acteurs doit s’engager : L’eau est-elle un bien commun de l’humanité ou un bien faisant partie de la marchandisation dumonde ?

Choisir de faire de l’eau un bien commun de l’humanité signifie qu’il faut clairement  consacrer le droit à l’eau et à l’assainissement et, pour le rendre effectif , il faut décider des engagements financiers et organiser des  programmations  financières  à tous les niveaux géographiques.

D’autres questions sont liées à ce choix majeur : Le droit à l’eau implique-t-il ou non l’obligation pour les pays développés et d’autres forces dominantes de participer massivement à cet accès à l’eau pour les pays en développement? Faut-il un droit d’accès à l’eau potable permettant aux plus pauvres une gratuité de tant de litres par jour ? Faut-il agir massivement pour économiser l’eau (en particulier dans l’agriculture) ou s’en remettre uniquement à une politique de progression de l’offre ? La ressource de l’eau doit-elle être gérée de façon collective aux différents niveaux géographiques ou gérée uniquement au niveau local, ou au contraire à un niveau étatique centralisé ? Faut-il créer quand elles n’existent pas, et renforcer quand elles existent, des lois sur l’eau pour préserver les écosystèmes et lutter contre les pollutions ou  faut-il ne pas agir en ce sens ? Faut-il créer et développer une participation du public en ce domaine ou y faire obstacle ? (Sur ces questions et sur d’autres voir Bernard Drobenko, « Le droit à l’eau : une urgence humanitaire, Johanet , 2ème édition, 2012.)

 

 

 2) L’exemple des changements climatiques : des alliances à penser et à construire

 

Dans ce domaine  existent des concentrations d’avoirs, de pouvoirs, de savoirs  qui sont nombreuses et puissantes. Or ne s’agit-il pas de partager, de coopérer, de « s’unir ou périr »    (Einstein) ?

 

 a) Les rapports de forces  sont bien présents entre les États.

 

 Ainsi ces rapports de forces existent entre les États du Nord et du Sud, entre les États du Nord et les pays émergents.

Chaque État est à resituer par rapport à la production des gaz à effet de serre(GES). Ainsi les Etats-Unis  en 2012 avec 315 millions d’habitants produisent 16% des émissions de CO2, la Chine avec 1,351 milliard d’habitants produit  28% du total mondial. Ces deux pays à eux seuls représentent donc 44% du total mondial.

Il y a aussi de grandes inégalités entre l’habitant moyen de chaque pays : Etats-Unis 20 tonnes de CO2, Union européenne 9 tonnes, Chine 2,7 tonnes, Inde 1,2 tonne…

Il y a d’autre part des relations Nord Sud conflictuelles. Les pays du Sud dénoncent la responsabilité historique (4/5) des pays du Nord dans les émissions de CO2. Des pays du Nord, surtout les Etats-Unis sous la précédente administration (Bush), dénoncent la responsabilité présente et surtout future des pays du Sud dans ces émissions, les pays du Sud passeraient (selon l’AIE) en 2030 à 50 % des GES alors qu’en 2004 ces émissions étaient de 43 %. Un des enjeux est bien sûr que tous les pays industrialisés et tous les pays émergents s’engagent vers un après Kyoto plus radical (Conférence de Paris, 2015), la Conférence de Copenhague (décembre 2009) était censée aller dans ce sens, ce fut un échec. Enfin dans ces rapports de force n’oublions pas les grands pays charbonniers, pétroliers, gaziers.

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D’autre part les pays les moins avancés, une soixantaine de pays les plus pauvres du monde,

demandent des aides financières et technologiques, et de façon plus globale les pays en développement font de même. Les pays directement  menacés par la montée des eaux,  en particulier 42 petits Etats insulaires, protestent contre l’insuffisance des politiques de réduction des GES.

Enfin l’Union européenne, favorable aux réductions des GES, s’est opposée aux Etats-Unis

 favorables à la domination du marché des GES.

 Le G8, club diplomatique lié au néo-libéralisme, détermine quelques grandes orientations allant dans le sens de ses intérêts. Le G20, qui prend désormais le relai du G8, dans lequel on trouve aussi les pays émergents, représente des intérêts plus compliqués mais allant aussi globalement dans le sens du productivisme. Ces deux lieux ne sont cependant pas à sous-estimer comme moyens de prise de conscience possible d’intérêts communs vitaux à long terme, ceux d’une planète écologiquement viable. L’écologie n’est plus considérée comme un luxe pour les pays émergents confrontés à leur tour à de terribles dégradations.

Parmi les alliances à privilégier pour aller vers des réductions massives de gaz à effet de serre : des accords bilatéraux  entre la  Chine et les Etats-Unis, des rapprochements de pays d’un même continent voire des engagements communs, enfin  des alliances  entre des pays du Nord des pays du Sud et des pays émergents.

 

 

 

 

 b) Les rapports de forces entre les États et d’autres acteurs, les rapports de forces entre ces autres acteurs.

 

Ainsi des ONG agissent pour le développement durable ou bien de façon plus radicale pour

une société écologiquement viable, par exemple a travers la décroissance.

 

Enfin il ne faut pas oublier le poids du réseau   scientifique international constitué par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat(GIEC).

 

Ainsi des milieux d’affaires agissent dans le cadre du libéralisme économique ou quelquefois d’un certain développement durable.

 Dans ces rapports de force on retrouve enfin des compagnies pétrolières, des groupes charbonniers et gaziers, des compagnies nucléaires.

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 Les  réseaux scientifiques, technologiques et financiers qui se constituent autour des énergies renouvelables sont appelés à avoir de plus en  plus de poids, c’est une source d’espoir.

 

Bref : n’est-ce pas à travers ces rapports de forces, sous les pressions inlassables des ONG et les avertissements répétés des scientifiques, que l’on devrait dégager ce qui serait l’intérêt commun de l’humanité ? Cela veut dire passer des intérêts privés, des intérêts nationaux à des intérêts communs des Etats et des peuples, pour arriver ensuite à cet intérêt prenant en compte les générations passées, présentes et futures.

 

Les acteurs locaux, nationaux, continentaux, internationaux sont donc devant des choix vitaux, lesquels ?

 

 

 

C- Une protection fondée sur un  choix vital et des choix essentiels

Ces choix vont être les produits des problèmes des drames et des menaces écologiques, des forces allant dans le sens du productivisme et des forces allant dans le sens de sociétés humainement viables.

Il existe certainement un choix global qui domine tous les autres, il est vital(1), existent ensuite des choix que l’on pourrait qualifier d’essentiels (2).

 

1-Le choix vital anti productiviste : la détermination de limites des activités humaines

 

Nombreux ont été les auteurs qui ont préparé ces chemins, parmi beaucoup d’autres : Claude Levi Strauss, Jacques Ellul, Ivan Illich, Guy Debord, Edgar Morin, Herbert Marcuse, Hans Jonas, André Gorz, Cornelius Castoriadis, François Partant, René Dumont, Théodore Monod, Jean Rostand, Serge Latouche…

Deux idées fortes, entre autres, sont présentes dans leurs écrits : d’une part  le système productiviste est lancé dans une course en avant autodestructrice, il faut donc être en rupture globale avec ce système, d’autre part une croissance illimitée surune planète limitée nous amène vers une gigantesque collision entre l’environnement et lesactivités humaines, il faut donc « retrouver le sens de la limite »(expression de l’introduction de l’ouvrage « Radicalité,20 penseurs vraiment critiques »collection Frankenstein,2013).

 

 

a)  Les logiques de la fuite en avant

Ces logiques s’appellent : la recherche effrénée du profit, la course à la marchandisation du

monde, la course à la mort sous la forme de certaines productions humanicides et terricides, la croissance sacro-sainte, la vitesse facteur de répartition de richesses et de pouvoirs, la dictature du court terme, le vertige de la puissance, la compétition élevée au rang d’impératif naturel de nos sociétés, l’accélération d’un système porteur d’une crise du temps.

Et puis, à travers une explosion démographique mondiale qui continue, cette fuite en avant

est aussi celle d’une machine à gagner fonctionnant comme une lame qui met d’un côté ceux et celles dont les besoins fondamentaux sont plus ou moins satisfaits et de l’autre ceux et celles, de très loin les plus nombreux, dont les besoins fondamentaux restent criants.

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b)  Les dénis, les mensonges et les silences accompagnant cette fuite en avant

Il n’est pas étonnant que cette fuite en avant s’accompagne de nombreux dénis personnels et collectifs de la réalité : on pense que la catastrophe ne se produira pas ou qu’on y échappera. (Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Le Seuil, 2002.)

 

 Il n’est pas étonnant non plus que cette fuite en avant s’accompagne de silences et de mensonges sur les effets, sur les causes de telle ou telle catastrophe écologique, ou même sur l’existence de certaines d’entre elles que l’on espère garder dans les secrets de la planète et qui peuvent constituer autant de bombes à retardement.

 

 

c)  Pour une pédagogie de compréhension et de dénonciation des impasses

Face à cette fuite en avant doivent exister des limites nécessaires, voila donc une pédagogie des impasses.

  Jacques Ellul demandait avec force : Qu’est-ce qu’une société qui ne se donne plus de limites ? Ivan Illich insistait sur le fait que la crise obligera l’homme à « choisir entre la croissance  indéfinie et l’acceptation de bornes  multidimensionnelles. » Cornelius Castoriadis en  appelait à  nous défaire des « fantasmes de l’expansion illimitée.» ( voir  C. Castoriadis, La Montée de l’insignifiance, les carrefours du labyrinthe (IV), Seuil, 1996 ;Voir également : J. Ellul, Le Bluff technologique, Hachette, 1988 ; A. Gorz, Écologica, Galilée, 2008 ;  S. Latouche, Survivre au développement, Mille et une nuits, 2004 ; E. Morin, Pour une politique de civilisation,  Arlea, 2002.)

 

d)  Les limites au sein des activités humaines : un concept   porteur de principes

Ce concept de limites ne se traduit-il pas par au moins quatre principes que l’on retrouve par exemple en droit international de l’environnement? (Voir notre ouvrage de DIE, éditions Ellipses,2010).

De façon plus globale on retrouve les trois premiers principes dans la remarquable “Plate-forme pour un monde responsable et solidaire”, publiée par le Monde diplomatique d’avril 1994, qui est à la fois “un état des lieux des dysfonctionnements de la planète et une mise en avant de principes d’action pour garantir un avenir digne au genre humain”,plate-forme portée par la Fondation pour le progrès de l’homme.

Le quatrième principe est en gestation, ce principe de non régression est porté en particulier par l’UICN,le vice-président de la commission juridique,Michel Prieur, est l’inspirateur de ce principe.

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 1-Le principe de précaution selon lequel les sociétés humaines ne doivent mettre en œuvre de nouveaux projets, produits et techniques, comportant des risques graves ou irréversibles, qu’une fois acquise la capacité de maitriser ou d’éliminer  ces risques pour le présent et le futur.

  2-Le principe de modération de ceux et celles qui, pris dans la fuite en avant des gaspillages, seront amenés à remettre en cause leur surconsommation, leur mode de vie, à bruler moins d’énergie, à maitriser leurs besoins pour adopter des pratiques de frugalité, de simplicité, de décroissance. Andre Gorz écrivait : «  Il est impossible d’éviter la catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les logiques qui y conduisent depuis cent cinquante ans. »

  3-Enfin leprincipe de sauvegarde : les sociétés humaines doivent aller vers des modes de production etde consommation sans prélèvements, sans déchets et sans rejets susceptibles de porter atteinte à l’environnement. D’où l’existence de ces luttes pour développer des technologies propres, des énergies renouvelables et pour consacrer des éléments de l’environnement, comme par exemple l’eau, comme biens publics mondiaux (BPM) ou comme  éléments du patrimoine commun de l’humanité(PCH).

   4-Sauvegarde signifie aussi que lorsqu’une avancée décisive, sur un point de protection importante, a été acquise, un verrou juridique doit être alors posé. Un exemple significatif est celui du Protocole de Madrid sur l’Antarctique (1991) qui interdit les recherches minérales pour cinquante ans. On ne doit pas revenir en arrière dans la protection.  C’est ce que l’on nomme le principe de non régression. La nécessité vitale de réduire les atteintes à l’environnement ne peut que contribuer à convaincre les législateurs, les juges et la société civile d’agir en vue de renforcer la protection des acquis environnementaux au moyen de la consécration de ce principe de non régression. ( Voir sous la direction de Michel Prieur et Gonzalo Sozzo, « La non régression en droit de l’environnement », Bruylant , 2012).

 

Avec ce choix vital  existent aussi les choix essentiels de la protection.

 

2- Les choix essentiels  de la protection  mondiale de l’environnement

Nous distinguerons le choix global et les autres choix essentiels.

a) Le choix essentiel global : universalité et environnement ,même combat

Selon le sens commun il est très fréquent d’entendre dire  que « si tous les chinois ont une voiture , écologiquement ce sera catastrophique », il est assez courant d’entendre répondre « pourquoi les chinois ne pourraient-ils pas se développer comme on a pu le faire ? »

Et, presque toujours, on s’arrête là, beaucoup de citoyen(ne)s et  d’élu(e)s ne continuent pas leur raisonnement. En fait ils n’ont pas conscience que le raisonnement tenu est partiel, ou  consciemment, ils ne veulent pas en avoir un autre.

 Si l’on tient à partager un raisonnement global, pour mieux entrer dans la question ou mieux choisir ou infirmer ou confirmer son choix, on pourrait alors raisonner ainsi :

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Soit on renonce à l’universalité et on affirme que si les pays en développement vont vers le même niveau de vie que celui des pays développés ce sera le chaos écologique pour tous.  En le disant ou sans le dire, avec regrets ou sans regrets, on justifie  on renforce des inégalités donc des violences structurelles. Cette attitude n’est-elle pas celle d’une violence d’oppression en  imposant sa loi ?

Soit on renonce à la protection de l’environnement et on affirme que les pays en développement ont le droit de se développer comme ils l’entendent. En le disant ou sans le dire, avec ou sans regrets, on justifie on renforce le productivisme et ses ravages environnementaux. Cette attitude n’est-elle pas celle d’une violence de soumission en faisant taire des valeurs que l’on pense importantes ?

Soit on met en avant à la fois l’universalité et la protection de l’environnement,  on affirme que tous les pays et tous les peuples ont droit au développement et en même temps on remet en cause au Nord de la planète mais aussi au Sud quand il existe le productivisme. Universalité et environnement, dans un même combat, doivent se tenir embrassés. Cette attitude n’est-elle pas porteuse d’une véritable paix, celle de la recherche ensemble de solutions justes et écologiques ?

 

 

b) Les autres  choix essentiels

Rappelons symboliquement ce choix essentiel « penser globalement agir localement » (formule de René Dubos en 1972 à la Conférence de Stockholm).Au moins sept choix ne peuvent-ils pas être considérés comme essentiels ?

1-Face au libre-échange tout puissant donner de plus en plus la priorité à la protection environnementale, sanitaire, sociale, culturelle, par exemple dans des dispositions spécifiques des traités de commerce, par exemple dans l’application stricte des limites posées par le droit international de l’environnement au commerce international des espèces  et de certaines substancesAu nom de quoi le commerce international serait-il supérieur à la santé et à l’environnement ?

2-Face à la société de marché  donner de plus en plus de place à une « économie plurielle » composée d’économie sociale et solidaire, de services publics, de juste échange, de dons, d’échanges de savoirs, de commerce équitable…

3-Face à une division internationale  du travail fondée sur des dominations, construire un échange international reposant sur une autonomie créatrice de chaque peuple…

4-Face au court terme omniprésent répondre aux urgences et construire le long terme…

5-Face à la domination sur la nature mettre en œuvre en particulier une protection du patrimoine mondial  de l’humanité…

6-Face à la compétition omniprésente construire des coopérations, des solidaritésNous voilà fraternisés par des périls communs,  ce sont des  côtes à côtes qui doivent voir le jour et se multiplier.

7-Face à cette coupure entre l’écologique et le social il faut tisser des liens entre l’écologique et le social, c’est ce qui est fait par exemple à travers l’expression et le mouvement « justice climatique », par exemple à travers des pratiques autour du « consommer moins, répartir mieux », le « consommer moins » vise les 20% des habitants de la planète qui consomment environ 80% des richesses mondiales, tisser ces liens entre l’écologique et le  social par exemple à travers des écotaxes levées avec justice, par exemple à travers des emplois qui devront devenir massifs, emplois liés à la protection de l’environnement : villes, villages, quartiers et constructions écologiques, isolations, matériaux écologiques, énergies renouvelables, modes de production, de consommation et de transports écologiques, remises en état de régions profondément dégradées, préservation du patrimoine mondial naturel et culturel, éducation à l’environnement de la maternelle à l’université…

Ces choix, et d’autres que vous ajouterez à cette liste, doivent s’accompagner de moyens qui iront en ce sens, ceux d’une société écologique, mais aussi démocratique, juste et pacifique. Quels moyens ?

JML

janvier 1, 2014 Environnement

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II- Les moyens de la protection mondiale de l’environnement  

Il faut d’abord souligner la nécessité vitale de l’ampleur des moyens et des acteurs  de  la protection(A). Il faut ensuite parcourir la panoplie des moyens de la protection, moyens actuels et à créer (B ). Enfin nous terminerons en insistant sur des séries  de moyens dans deux domaines vitaux, l’eau et les changements climatiques (C).

 

A- La nécessité vitale de l’ampleur des moyens et des acteurs de la protection de l’environnement

 

1) L’ampleur des moyens

On doit distinguer l’essentiel et l’important.

   1-Si les stratégies collectives (locales, nationales, continentales, internationales) sont essentielles, il ne faut pas sous-estimer des remises en cause personnelles qui peuvent devenir plus ou moins importantes si elles se multiplient.

   2-Si l’ampleur des moyens financiers reste essentielle, il ne faut pas sous-estimer l’ampleur des moyens scientifiques, technologiques, juridiques,  institutionnels, éducatifs…qui peuvent être  plus ou moins importants mais qui sont eux-mêmes accompagnés de moyens financiers.

  3-Si les politiques à long terme sont essentielles il faut aussi répondre aux urgences.

  4-Si les réformes profondes et les remises en cause radicales du productivisme restent essentielles il ne faut pas sous-estimer les réformes partielles ou un peu plus globales…qui peuvent être plus ou moins importantes.

 

2)  L’ampleur des acteurs

On connait la liste indicative des acteurs : Etats, organisations internationales et régionales, organisations non gouvernementales, collectivités territoriales, entreprises, firmes multinationales, réseaux scientifiques, générations présentes, peuples, personnes…

Les absences de remises en cause ou les remises en cause de l’empreinte écologique d’une personne ne sont pas celles d’une ville, d’une firme géante ou d’un Etat.

   1-Il y a donc, en particulier selon les acteurs, des dégradations et des protections secondaires, importantes, ou massives.

   2-Il est essentiel de distinguer l’importance des stratégies selon leurs étendues locales, nationales, continentales, internationales ,et bien sûr de créer des liens entre ces niveaux géographiques qui sont aussi des ordres juridiques.

 

   3-D’autre part plus on est au cœur du productivisme, à travers la techno science et le marché mondial, plus la remise en cause va être essentielle dans les contre-mécanismes.

 

B- Une énumération indicative  des moyens de protection de l’environnement

Il est primordial de ne pas confondre des moyens secondaires et d’autres qui peuvent peser lourd dans la protection et de ne pas oublier de distinguer des moyens en vigueur et d’autres souhaitables voire vitaux.

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Il est primordial également d’avoir une vue globale, une méthode pour y arriver est d’énumérer des moyens à partir de critères différents, quatre critères sont proposés ici.

Nous partirons de moyens d’amont en aval de la dégradation et de la protection, ces principes qui vont encadrer le droit(1), nous retrouverons ces moyens ensuite dans différentes modalités juridiques(2), puis nous les découvrirons  par domaines d’activités(3), enfin dans des alternatives qu’ils peuvent constituer(4).

1 ) Des moyens de protection sous la forme de principes d’amont en aval

 a) L’appel aux principes comme moyens de protection.

 C’est le droit international de l’environnement(DIE)  qui comprend à ce jour le plus grand nombre de principes. A ce jour, début 2014, on peut considérer que les principes de DIE approchent la trentaine. C’est dans ce vivier juridique que les Etats vont souvent puiser.

La gestation d’un principe est le produit de sources profondes. Un principe peut être le produit, dans des proportions variables, de problèmes de drames et de menaces écologiques, du développement de la techno science, de divers intérêts économiques, de rapports entre les Etats (par exemple du Nord et du Sud), de pressions d’ONG, de réactions des citoyen(ne)s, de données scientifiques, de travaux d’experts, d’articles et d’ouvrages, et bien sûr de négociations diplomatiques…

D’un point de vue général quelle définition en donner ? Un principe c’est, selon les cas, une cause première, une proposition admise comme base de raisonnement, une règle générale qui guide la conduite, une règle élémentaire d’une science, d’un art, d’une technique. Du point de vue du droit, en simplifiant on peut dire qu’il s’agit  d’une règle juridique générale formulée dans un texte de droit positif c’est-à-dire en vigueur.

 Ces principes  sont consacrés dans des déclarations juridiquement non contraignantes et dans des conventions juridiquement contraignantes pour les Etats parties. (Voir article sur ce site : « Le DIE est-il juridiquement contraignant ? »). On retrouve certains  principes dans des textes régionaux ( traités, règlements, directives par exemple pour l’Union européenne) et aussi  dans des textes nationaux, ainsi dans des constitutions (en France par exemple depuis 2005 avec une Charte de l’environnement à valeur constitutionnelle qui comporte un préambule et dix articles), dans des lois …

Ces principes sont rattachés à des concepts qui sont beaucoup plus vastes. Ils inspirent, orientent le DIE, alors que les principes l’enracinent, l’encadrent. A ce jour il y a trois concepts : le développement durable, omniprésent, à géométrie variable, auquel se rattachent de nombreux principes énumérés surtout dans la Déclaration de Rio de 1992, puis un concept qui donne sens et qui est au cœur du DIE, l’intérêt commun de l’humanité, auquel se rattache par exemple le principe de précaution. Un troisième concept contribue à décoloniser la pensée productiviste, il s’agit de la détermination de limites au cœur des activités humaines, auquel se rattache par exemple le principe de réduction et d’élimination des modes de production et de consommation non viables (  un des rares principes radicaux  de la Déclaration de Rio de 1992,c’est le principe 8.)

 

b) L’énumération des principes de protection dans une classification opérationnelle.

Nous avons proposé dans nos ouvrages de DIE cette nouvelle classification des principes d’amont en aval et aussi dans l’ensemble de la protection. Même si elle est relative (par exemple un principe situé en aval peut avoir des effets en amont et réciproquement) cette classification nous semble la plus opérationnelle pour les acteurs.

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 Ajoutons enfin que ces principes sont essentiels dans la mesure où l’on s’en empare, c’est-à-dire où les négociateurs, les parlements, les exécutifs les consacrent dans des textes, et dans la mesure où on les applique, dans des rôles différents interviennent ainsi administrations, juges (nationaux, régionaux, internationaux), ONG, citoyen(ne)s…

Quels sont à ce jour (janvier 2014) ces principes, moyens de protection de l’environnement ?

Les principes de DIE ayant vocation à se situer dans l’ensemble de la protection:

 

1. Le droit à l’environnement

2. L’obligation ou le devoir pour tous les États de conserver l’environnement

3. La souveraineté des États sur leurs ressources naturelles

4. Le principe de coopération

5. Le principe de l’intégration de l’environnement au développement

6. L’obligation des États de résoudre pacifiquement leurs différends environnementaux

7. Le principe des responsabilités communes mais différenciées des États

8. L’interdépendance entre la paix, le développement et la protection de l’environnement

9. Le principe de non régression (en gestation).

Les principes de DIE ayant vocation à se situer  en amont de la protection :

 1. La réduction et l’élimination des modes de production et de consommation non viables

2. Le principe de méthodes de production propres

3. Une gestion écologiquement rationnelle

4. L’utilisation équitable d’une ressource partagée

5. Le devoir de tout État d’éviter les dommages causés à l’environnement au-delà des frontières nationales

6. Le principe de prévention et la surveillance de l’environnement

7. Le principe de prévention et l’évaluation des activités (études d’impacts) pouvant avoir des effets nocifs sur l’environnement

8. L’information et la consultation préalables

9. Le principe de précaution.

Les principes de DIE ayant vocation à se situer en aval  de la protection de l’environnement:

1. La notification immédiate des situations critiques

2. La coopération trans frontière en cas d’accident industriel

3. Le devoir d’assistance écologique

4. La non-discrimination et l’égalité de traitement des victimes des pollutions trans frontières

5. La responsabilité pour dommages causés à l’environnement

6. La remise en état de l’environnement

7. Le principe pollueur-payeur

8. Le respect des droits des déplacés environnementaux (en gestation).

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2)  Des moyens  de protection selon des dispositifs   juridiques

 

   a) A titre prospectif : conclusions de nouvelles conventions et de nouveaux protocoles

De façon globale pour ce qui est du droit international de l’environnement les moyens sont clairs : renforcer son application, rendre plus opérationnels ses principes, dégager de nouveaux moyens financiers et institutionnels,  conclure de nouvelles conventions

     1-Ainsi des conventions créant des institutions : une Organisation mondiale de l’environnement, une Organisation mondiale des déplacés environnementaux, une Organisation mondiale d’assistance écologique,

     2-Ainsi des conventions mondiales de protection : convention de protection  des  sols, convention de protection  des forêts, convention  contre les pollutions telluriques …

     3-Ainsi de nouveaux protocoles, en particulier de réductions massives et radicales  des gaz à effet de serre.

 

  b) Une liste indicative de  modalités juridiques de protection des espèces et des espaces

Du point de vue de la protection des espèces : listes d’espèces protégées, interdictions de production, de détention, de transport, d’importation, d’exportation, de ramassage, de récolte et de capture de certaines espèces aux niveaux national, régional, international.

 On trouve aussi des méthodes partielles de protection, ainsi des périodes et des moyens relatifs à la chasse et à la pêche…

Voilà des méthodes de protection qui se veulent plus globales, ainsi le contingentement, les habitats et les zones protégées, la protection des écosystèmes.On crée aussi des zones protégées qui comportent plusieurs objectifs dont la flore et de la faune sauvages, entreprise qui a consisté à établir un réseau européen d’espaces protégés « Natura 2000 ».

(Sur le droit de l’animal voir la remarquable  Revue semestrielle de droit animalier(RSDA),publiée depuis 2009,sous la direction de Jean-Pierre Marguénaud et Florence Burgat, Jacques Leroy, la RSDA est en ligne sur internet.)

 

Du point de vue de la protection des espaces : la protection des habitats naturels amène à prévoir des  espaces protégés dans lesquels les propriétaires privés comme publics doivent respecter des interdictions ou des contrôles de certaines activités, de certains travaux, et aussi des restrictions à la circulation.

 Certains espaces protégés ont des régimes juridiques souples, ainsi en France les espaces naturels sensibles des départements ou les parcs naturels régionaux.

 D’autres espaces protégés ont une protection beaucoup plus rigoureuse, il s’agit des parcs nationaux, des réserves naturelles, des biotopes, de certaines forêts.

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 c) Des moyens  prospectifs de protection des espèces et des espaces

Trois éléments prospectifs peuvent être mis en avant.

   1- L’importance des méthodes combinées, partielles et globales. Si l’on veut véritablement protéger la faune sauvage ne faut-il pas associer des méthodes partielles et des méthodes globales ? Par exemple si l’on veut éviter l’effondrement de stocks de poissons ne faut-il pas à la fois protéger les zones où les poissons vont se reproduire, créer des zones interdites à la pêche, interdire la pêche des grands fonds et les filets dérivants, prohiber la pêche des espèces en voie d’extinction ? Ne faut-il pas aussi, parallèlement, organiser divers types de reconversions d’une partie des industries de pêche ?

   2- Le recours aux espèces protégées et aux espaces protégés. On ne peut pas enrayer et arrêter le déclin de la diversité biologique sans recourir aux espèces et aux espaces protégés.  Cela signifie qu’il faut développer massivement  le nombre d’aires protégées, elles sont plus de 100.000 et couvrent environ 11,5% des terres de la planète. Certes elles ont été multipliées par 4 depuis 1970, mais leur surface totale représente en 2012 seulement la superficie des Etats-Unis et du Canada. L’effort de création  est donc gigantesque.

 Il faut également protéger les milieux  oubliés, par exemple les écosystèmes marins profonds et aussi les milieux négligés (lacs, mers intérieures, déserts…).

 Cela signifie aussi qu’il faut respecter des objectifs internationaux qui avaient voulu placer en  2012 au moins 10% des écosystèmes marins en aires marines protégées, on en est loin. En 2000 il y avait 4600 aires marines qui couvraient 0,6% de la surface des océans, on était seulement à 0,8% en 2009, le rythme des créations des aires marines protégées doit s’accélérer, elles doivent devenir massives.

 Cela signifie enfin construire des réseaux de réserves, les aires protégées peuvent être reliées par des « couloirs écologiques »,  par exemple celui créé en Amérique Centrale en 1997.

 

   3-Vers une « réconciliation » entre les êtres humains et la nature ?

Le recours aux espèces et aux espaces protégés est nécessaire mais il ne peut à lui seul enrayer et arrêter le déclin de la diversité biologique. Depuis quelques années des scientifiques, de plus en plus nombreux pensent que la conservation de la nature doit être intégrée à l’aménagement du territoire. On retrouve ici un des grands principes de la Déclaration de Rio de 1992, le principe d’intégration. Il s’agit d’intégrer les variables économiques, sociales et culturelles à la protection de l’environnement.

On peut aussi y ajouter la nécessité d’un ralentissement de l’explosion démographique, explosion qui participe aux pressions sur l’environnement.

 

d) Les autre moyens juridiques de protection de l’environnement

Du point de vue des pollutions  il existe un droit de contrôle et de prévention des pollutions sectorielles, pour l’air, l’eau, les produits chimiques, les déchets radioactifs, les déchets domestiques et industriels, les produits phytosanitaires, les pesticides, les organismes génétiquement modifiés, le bruit.

Du point de vue des installations classées pour la protection de l’environnement les activités les plus polluantes sont soumises à partir du degré de pollution soit à un régime d’autorisation préalable soit de simple déclaration, une liste (nomenclature) est tenue à jour.

Du point de vue des risques technologiques majeurs existe un droit des risques, ainsi par exemple dans l’Union européenne à partir de la directive Seveso renforcée en France depuis une loi de juillet 2003 après la catastrophe de Toulouse (usine AZF, 2001)

Existe également un droit des paysages par exemple à travers la Convention de Florence de 2000 dans le cadre du Conseil de l’Europe,

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 Existe un droit de protection des sites par exemple dans le cadre de l’Unesco,

 Existe un droit de l’environnement urbain à travers par exemple des Agendas 21 locaux, un urbanisme influencé par la protection de l’environnement,

 Existe un droit rural pris entre, d’une part, une agriculture intensive, une utilisation massive des pesticides, une déforestation, des pollutions de cours d’eau, des sols bétonnés et, d’autre part, des espaces protégés, une agriculture biologique…

Existe aussi un droit qui tend à préserver le patrimoine historique et culturel.

 Existe enfin un droit de l’environnement côtier, ces espaces naturels fragiles vont vers des régimes de gestion intégrée tant du point de vue des espaces que des politiques et des acteurs. ( sur l’ensemble des moyens juridiques voir Michel Prieur, Droit de l’environnement, Précis Dalloz, 6ème édition, 2011.)

 

3)  Des moyens de protection selon  différents domaines

 

   1-Parmi les moyens scientifiques, de façon générale il faut poser la question des pouvoirs et des  limites de la techno science. De façon particulière par exemple mettre en œuvre le partage des connaissances Nord-Sud, organiser des expertises contradictoires.

En termes prospectifs un moyen radical serait  de conclure une convention  d’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive comme étant contraires à l’intérêt commun  de l’humanité et contraires  à la protection du vivant.

  2-Parmi les moyens technologiques les technologies propres d’amont en aval,

  3-Parmi les moyens économiques la réduction  et la suppression des moyens de production, de consommation et de transports écologiquement non viables,

  4-Parmi les moyens financiers les écotaxes les plus justes  possibles,

  5-Parmi les moyens politiques les volontés d’élaborer des politiques à long terme,

  6-Parmi les moyens institutionnels les créations d’une Organisation mondiale de l’environnement,  d’une Agence mondiale d’assistance pour faire face aux catastrophes écologiques, d’une Organisation mondiale des déplacés environnementaux,

  7-Parmi les moyens éducatifs l’éducation à l’environnement de la maternelle à l’université…

4 ) Des  moyens de protection selon des alternatives possibles

Une énumération  globale et récente d’ONG nous l’avons trouvée dans l’appel d’octobre 2013 ci-dessous.

Quatre vingt dix organisations  dans le cadre d’Alternatiba, (en octobre 2013,à Bayonne), ont dressé une liste indicative d’alternatives écologiques et anti productivistes .Cet appel du 29 août 2013  s’intitule « Ensemble construisons un monde meilleur en relevant le défi climatique »:

“Loin des fausses solutions-injustes dangereuses et inefficaces-prônées par certains (géo-ingénierie,OGM, agro-carburants, marchés carbone,mécanismes de compensation,nucléaire etc…),des milliers d’alternatives aux causes du changement climatique sont en effet mises en pratique tous les jours par des millions d’individus,d’organisations,de collectivités locales dans les domaines les plus divers.”

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On casse ce que l’on disait ou pensait être des fatalités,on lance des laboratoires on imagine des solutions,on ouvre des chantiers,on rejoint des chantiers :

“Agriculture paysanne, consommation responsable, circuits courts, relocalisation de l’économie, partage du travail et des richesses, conversion sociale et écologique de la production, finance éthique, défense des biens communs(eau, terre, forêts),souveraineté alimentaire, solidarité et partage, réparation et recyclage, réduction des déchets, transports doux et mobilité soutenable, éco rénovation, lutte contre l’étalement urbain, lutte contre l’artificialisation des sols, aménagement du territoire soutenable, démarches de préservation du foncier agricole, défense de la biodiversité, sobriété et efficience énergétiques, énergies renouvelables, plans virage énergie climat, villes en transition, sensibilisation à l’environnement…etc. : les alternatives existent, elles ne demandent qu’à être renforcées, développées, multipliées ! “

L’Appel se termine comme suit:

« Nous pouvons ainsi continuer à changer concrètement les choses chacun chacune à notre niveau, et également renforcer la dynamique, la prise de conscience, le rapport de force permettant d’avancer vers les bonnes prises de décisions tant au niveau local qu’au niveau global. »

 Ainsi ces prises de consciences et ces pratiques  tracent des chemins alternatifs qui se veulent porteurs de protection de l’environnement.

 

C-  Deux séries d’exemples de moyens de protection

Par quels moyens  faire face aux problèmes, menaces et drames environnementaux relatifs à l’eau et aux changements climatiques ?

 

1) Des moyens de lutte par rapport aux pénuries et aux pollutions de l’eau

Des moyens généraux :

 les  luttes contre le réchauffement climatique, le  ralentissement de l’explosion démographique, la préservation des milieux  humides, les remises en cause  d’obstacles au cycle naturel de l’eau (urbanisation, bétonnage)…

Des moyens spécifiques :

 la création et le développement d’infrastructures d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) demande que les Etats y consacrent 1% de leur PNB…

Des politiques d’économie de la consommation, en particulier luttes contre les gaspillages, grande consommatrice l’agriculture pourrait être plus frugale, parmi les solutions : l’émergence d’un secteur agricole structuré par des coopératives et des associations d’usagers de l’eau. Une meilleure gestion de l’eau, le goutte à goutte, les remplacements des canalisations (perditions importantes)…

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Des politiques d’organisation et de création de barrages (50.000 de plus de 15 mètres, 800.000 moins importants) cependant de nombreux impacts sur l’environnement)…

Des moyens techniques de développement des réserves : sondages des eaux souterraines, ravitaillement par cargos, transferts d’eau au niveau régional, dessalement de l’eau de mer, tuyaux flexibles posés au fond des océans, transports d’icebergs, réutilisation des eaux de pluie…

Des moyens juridiques :

Le droit des luttes contre les pollutions des eaux douces (législations relatives aux eaux usées, aux ordures domestiques, aux pesticides, aux déchets industriels, aux déchets radioactifs…)

La prévention des conflits ou même des guerres de l’eau  par des accords de cours  d’eau ,  la « diplomatie de l’eau » doit voir le jour.

Le PNUD demande que la communauté internationale reconnaisse le droit fondamental de tout être humain de disposer d’au 20 litres d’eau potable par jour, eau gratuite pour les plus pauvres.

Il faudrait cesser de penser l’eau comme une ressource illimitée, limiter notre consommation, tous les usagers sont concernés (particuliers, industries, agriculture).

L’or bleu est l’enjeu d’une bataille planétaire, d’un côté la pente la plus forte, celle d’une marchandisation de l’eau (« pétrolisation »de l’eau), la loi du marché, de l’autre côté celle d’un « contrat mondial de l’eau », eau qui serait consacrée comme patrimoine commun de l’humanité, avec un accès pour tous à l’eau potable et à l’assainissement.

 Ainsi ne faut-il pas aller, à travers des rapports de forces, vers une convention mondiale de protection et de partage de l’eau ?

2)  Des moyens de lutte contre le réchauffement climatique

En amont :

Ce sont des moyens vitaux qui doivent devenir massifs.

Consommer  moins pour une partie des habitants de la planète, brûler moins d’énergie, économiser les ressources, développer les énergies renouvelables, produire et consommer autrement, se  déplacer autrement, recycler les déchets, organiser une fiscalité protectrice de l’environnement, développer massivement des technologies propres,  créer des fonds internationaux (taxes sur les énergies polluantes, sur les transactions de change)…

Certains auteurs, certains citoyen(ne)s sont favorables à une « décroissance »fondée entre autres sur une relocalisation des activités et sur une remise en cause des surconsommations quand elles existent.(voir Jean-Jacques Gouguet, Développement durable et décroissance, deux paradigmes incommensurables, in Mélanges en l’honneur de M. Prieur, 2007, Dalloz.)

 

En aval :

Ce sont des moyens essentiels qui deviendront vitaux si les luttes en amont globalement échouent. A leur tour ces moyens devront être massifs.

Une assistance écologique rapide, multiforme, massive organisée à tous les niveaux géographiques, 

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Des droits attribués aux déplacés environnementaux, (voir sur ce site l’article sur « Le projet de convention internationale relative aux droits des déplacés environnementaux ».)

Des aides financières pour l’adaptation des pays du Sud,

Enfin que penser d’une série de  moyens  particuliers gigantesques : des projets de géo ingénierie (séquestration de gaz à effet de serre, ballons  de souffre, miroir géant dans l’espace…) pour « mettre la Terre à l’ombre » ?Oui mais à de multiples et draconiennes conditions : 1-Que tous les projets soient démocratiques (décidés par l’ensemble des Etats), justes (à destination de tous les peuples du monde), pacifiques (que ces recherches ne soient pas utilisées à des fins militaires) et écologiques (une absence  d’effets collatéraux importants à court moyen et long termes). 2-Que ces projets ne désengagent pas financièrement et ne déresponsabilisent pas politiquement des politiques de réduction des gaz à effet de serre, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas conçus comme « le » remède miracle de la techno science mais comme une solution avec les autres solutions.

 Des projets de géo ingénierie  sont en route, comment faire en sorte, qu’ils ne soient pas  productivistes et scientistes ? Une fois de plus le droit risque d’arriver trop tard, ne pourrait-il pas  consacrer ces conditions dans une convention internationale ? Ou bien, plus modestement, déterminer et consacrer ces conditions pour un projet, par exemple la séquestration des gaz à effet de serre?

 

 

Remarques terminales

 

 

1-Le passage d’un système international  anti écologique  à une communauté mondiale  écologique reposerait principalement sur les éléments suivants:

  

Remises en cause d’activités polluantes (réductions et suppressions des modes de production, de consommation, de transport écologiquement  non  viables)

Programmes massifs d’accès à l’eau (effectivités  du  droit à l’eau potable  et du droit à l’assainissement)

Revitalisation des régions profondément dégradées (programmes massifs à tous les niveaux géographiques)

Transitions énergétiques (développement massif des énergies renouvelables, économies massives d’énergie, sortie rapide du nucléaire)

Conclusions de nouvelles conventions mondiales (convention créant une Organisation mondiale de l’environnement,convention  créant  une Organisation mondiale et régionale d’assistance écologique,convention sur les  droits des déplacés environnementaux, conventions de protection  des  sols, convention de protection  des forêts, convention  contre les pollutions telluriques …) et de nouveaux protocoles(en particulier de réductions massives et radicales  des gaz à effet de serre).

 

 

 

2) Comme le dieu Janus, le défi écologique a deux faces. 

Le défi du temps : il  risque ne pas être très long pour ralentir et remettre en cause la dégradation mondiale de l’environnement, très probablement un cadran de l’humanité dont la plupart des voyants seront en alerte rouge  à partir de 2040, 2050.

Le défi de la radicalité : plus on attend pour créer des contre-mécanismes face au productivisme, plus ces contre-logiques devront être  radicales, c’est-à-dire se traduire par des remises en cause massives et plongeant jusqu’aux racines de la dégradation écologique.