Je ne crois pas à l’âge.

 

Tous les vieux
portent
dans les yeux
un enfant,
et les enfants
parfois
nous observent
comme des vieillards profonds.

 

Mesurerons-nous
la vie
en mètres ou kilomètres
ou mois ?
Et depuis que tu nais ?
Et tout ce que
tu dois parcourir
jusqu’à ce que
comme les autres
au lieu de marcher dessus
nous reposions sous la terre ?

 

De l’homme de la femme
qui ont assumé
actions, bonté, force,
colère, amour, tendresse,
de ceux qui véritablement
vivants
se sont épanouis
et dans leur nature ont mûri,
n’approchons pas, nous,
la mesure
du temps
qui peut-être
est autre chose, une couche
de minerai, un oiseau
planétaire, une fleur,
autre chose peut-être,
mais pas une mesure.

 

Temps, métal
ou oiseau, fleur
au long pétiole,
étale-toi au long
des hommes,
fleuris-les
et lave-les
d’une
eau
ouverte
ou d’un soleil caché.
Je te proclame
chemin
et non linceul,
escalier
pur
à marches
d’air,
costume sincèrement
remis à neuf
pour de longitudinaux
printemps.

 

Maintenant,
temps, je t’enroule,
je te dépose dans ma
boîte sylvestre
et je m’en vais pêcher
avec ta longue ligne
les poissons de l’aurore !

 

 

Pablo Neruda

Troisième livre des Odes
Ode à l’âge,
Gallimard, 1978

(Commentaire de l’auteur du site :

Merveille des merveilles ! )

mai 11, 2014 Poèmes

Ils n’avaient pas le mot « non » dans leur langue

 

Les habitants d’un pays étaient soumis en esclavage pour ne pas savoir prononcer une seule syllabe  : Non.

 

(Plutarque, cité par Montaigne, histoire inspirant peut-être Etienne de la Boétie (De la servitude volontaire, 1576)… et Edwy Plenel (Dire non, éditions Don Quichotte,2014)

 

Acte de résistance

« Un homme, lors de la Deuxième Guerre mondiale, en Italie, un jour s’est plié en deux. Impossible de le remettre droit, de jour comme de nuit, aucune force n’en est venue à bout. Impossible de le faire incorporer à la guerre ou maintenir en détention. Il est resté plié en deux pendant plusieurs années. Devenu symbole de la résistance ,il a été fusillé.
Il avait inventé cette attitude corporelle silencieuse qui était sa façon de parler juste. Plié, par refus de plier et pour montrer que l’homme  était déjà plié sous le joug du fascisme. Aujourd’hui on parle encore de la façon singulière d’avoir dit non à la guerre. »

 

(Marie-Magdeleine Lessana (Pour une « paix-attitude », in  » éclats de paix », de Alain Mingan, éditions du chêne,2004).

 

avril 23, 2014 Contes

Liste de poèmes bien- aimés  (ci-dessous par écrit et en audio) :

Je crois en l’homme- Lucien Jacques-   ( malgré  tout ( !!) croire en l’homme)

Il faudra bien mille ans – Marie-Claude Betbeder (  pour  soutenir des luttes et leurs espoirs )

Ce n’est pas vrai que tout amour décline- Eugène Guillevic (l’amour de l’autre au milieu des autres)

J’étais allé, mendiant de porte en porte,- Rabindranah Tagore  (donner…)

Je ne crois pas à l’âge- Pablo Neruda ( sur le temps)

J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d’or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j’admirais quel était ce Roi de tous les rois!

Mes espoirs s’exaltèrent et je pensais : c’en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais prêt dans l’attente d’aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.

Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : « Qu’as-tu à me donner ? »

Ah ! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J’étais confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.

Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : « Que n’ai-je eu le coeur de te donner mon tout ! »    

 

 Rabindranath Tagore,L’Offrande lyrique,1913,traduction de l’anglais(Inde) par André Gide,Collection Blanche,Gallimard,1914.

L’Offrande lyrique,suivi de La Corbeille de fruits,1ère parution 1963,traduit de l’anglais(Inde) par Hélène Du Pasquier et André Gide,Collection Poésie,Gallimard,1971.

(Commentaire de l’auteur du site:le don magnifiquement partagé par l’une des plus belles expressions universelles,celle des poèmes de Tagore.)

 

Du souffle dans ce que l’on fait.

Un enseignant demande à trois étudiants. «Que faites-vous ? »

 Le premier lui dit « je travaille un cours»,

 le second  lui dit «je travaille un des cours de ma formation »,

 le troisième lui  répondit «c’est un des cours de ma formation qui contribue peut-être aussi à m’interroger  sur ma  future profession, sur la société dans laquelle je vis et sur celle que je voudrais contribuer à construire.

( conte proposé par l’auteur de ce site.)

 Résister aux casseurs d’horizons !

 On  pourrait ajouter aux personnes rencontrées par le Petit Prince de Saint Exupéry… un casseur d’horizons :

« Qu’est-ce que vous faites ? » demanda le Petit Prince,

 « Dès que je vois des ailes qui poussent je les rogne, je les casse, je les coupe. »

 « Vous aimez çà ? » demanda  le  Petit Prince d’un air effrayé,

 « Oh oui j’aime çà, je n’en décolle plus ! » répondit le rogneur d’ailes.

 « Moi, dit le Petit Prince, j’aime l’horizon. J’aime marcher doucement vers une fontaine. » 

 

   (Conte proposé par l’auteur de ce site avec ce commentaire:

Ainsi  la pente la plus forte c’est  celle qui nous amène à ne pas marcher vers des fontaines, c’est celle de la résignation devant les rapports de forces  alors que ceux-ci peuvent changer, alors qu’à chaque instant, le réel contient plus de possibles que l’on ne croit. Manquer de souffle, être étouffé(e) par l’impératif du réalisme,  laisser la place à des sortes d’experts de rétrécissements d’horizons, et  finalement de ne pas être à la hauteur des défis.

Simone de Beauvoir écrivait: « Il est peu de vertus plus tristes que la résignation. Elle transforme en fantasmes, en rêveries contingentes, des projets qui s’étaient d’abord constitués comme volonté et comme liberté. » Jean-Paul Sartre écrivait de même: »L’important n’est pas ce qu’on fait de nous mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous. »)

 

 

 

février 16, 2014 Contes

Imagination

Un homme légua dix-sept chameaux à ses trois fils. Il avait légué la moitié à l’aîné, le tiers au cadet et le neuvième au plus jeune. Les trois fils entreprirent de diviser leur héritage mais ne purent trouver une solution. Dix-sept n’étant divisible ni par deux, ni par trois, ni par neuf les fils finirent par consulter une vieille femme connue pour sa sagesse. Après avoir réfléchi elle dit: « Voyez ce qui se passe si vous prenez mon chameau ».
Les fils se retrouvèrent alors avec dix-huit chameaux. L’aîné prit sa moitié, neuf. Le cadet prit son tiers, six. Le plus jeune prit son neuvième: deux. Il restait un chameau qu’ils rendirent à la vieille femme.
(William Ury)

février 16, 2014 Contes

Amour.

 Un mandarin était amoureux d’une courtisane. Elle lui dit «  je serais à vous lorsque vous aurez passé cent nuits sous ma fenêtre à m’attendre, assis sur un tabouret. »

 A la 99ème nuit le mandarin prit son tabouret  sous le bras et s’en alla.

(Histoire racontée par le philosophe Roland Barthes)

  (Commentaire de l’auteur du site : peur de décevoir, ou d’être déçu,ou volonté de ne pas se soumettre,ou refus de rencontrer une femme autoritaire, ou une autre femme entrevue partie devant lui et qu’il se met à suivre, ou  peur d’attraper froid ,ou mal aux fesses,ou s’est dit qu’il n’avait pas éteint la lumière chez lui  ou … ?)

 

 Amour encore et toujours.

« J’ai écrit ton nom sur le tronc d’un arbre mort,

 ton nom était si beau que l’arbre a refleuri. »

  (Geneviève Imbo)

 

  Amour de ses enfants.

 Un khalife  fit venir un sage, il lui demande « tu as de nombreux enfants : lequel  préfères-tu ? » Le sage répondit :

 « celui de mes enfants que je préfère c’est le plus jeune jusqu’à ce qu’il grandisse,

 c’est celui qui est malade jusqu’à ce qu’il soit  guéri,

 celui qui est triste jusqu’à ce qu’il soit joyeux,

celui qui est loin jusqu’à ce qu’il revienne,

 celui qui est éprouvé jusqu’à ce qu’il ne le soit plus,

celui qui ne pense pas assez aux autres jusqu’à ce qu’il y pense. »

 ( conte  entendu   et  reconstitué par l’auteur de ce site).

 

 

octobre 27, 2013 Contes

Fraternité.

Sur un chemin  je croise  une petite fille qui porte sur le dos son tout jeune frère. Je lui dis « tu  en as un lourd fardeau ! ».Elle s’arrête, me regarde et me répond « çà n’est pas un fardeau, Monsieur, c’est mon frère !! ».

Depuis ce jour, quand la peine des hommes m’accable et que le courage commence à partir, je me dis «çà n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère ».

 (  conte  proposé par l’Association Acat)

Fraternité  encore et encore.

 Un maître demande à ses élèves « Quand est-ce que la nuit prend fin et quand est-ce que le jour commence ? »

Des enfants répondent : « quand on reconnait un chat et  un chien, un vieux et un jeune, un  gros arbre et un petit arbre… »

Oui, dit le maitre, mais on peut ajouter que «  l’on sait que la nuit prend fin et que le jour commence lorsque l’on reconnait en chaque visage celui d’un frère ou d’une sœur, avant cela le jour ne s’est pas encore levé ».  

(conte écrit par Bernard Durel )

 Fraternité encore et toujours 

(Conte reconstruit par l’auteur de ce site à partir du précédent et  partagé parfois dans les  amphis)(conte mis aussi en exergue de mon ouvrage de « Relations internationales »,éditions Ellipses)..

Un enseignant demande un jour à ses étudiants « Quand peut-on dire que la nuit s’achève et que le jour se lève ? »

Quatre étudiants répondent tour à tour : « lorsqu’on y voit plus clair autour de soi et en soi, lorsqu’on a diplômes, métier, argent, et surtout santé, amour, amitié, lorsque dans la rosée du matin on cueille le souffle du monde, lorsque les enfants  souffrent moins et que toutes les personnes et les animaux  seront réunis au paradis s’il existe. » « Oui, dit l’enseignant, mais encore ? »

 Une petite voix se risque : «  je crois que la nuit s’achève et que le jour se lève lorsque l’on distingue un être humain d’un arbre, un arbre d’un canon, un canon d’une charrue, une charrue d’un morceau de pain. » « Oui, dit l’enseignant, mais essayez d’aller plus loin. »

 Quatre étudiants répondent tour à tour : « Le jour se lève quand on ne distingue plus l’arbre malade de celui qui va bien parce que tous respirent, lorsqu’on ne distingue plus un canon d’une charrue parce que tous les canons ont été transformés en charrues, lorsqu’on ne distingue plus les pauvres des riches parce que tous ont assez de pain, lorsqu’on ne distingue plus ceux qui commandent de ceux qui sont commandés parce que tous décident. »

Ainsi, dit l’enseignant, « se connaitre, être, avoir, aimer, moins souffrir, construire un monde écologique, pacifique,  juste et démocratique, tout cela et bien des choses encore font que la nuit s’achève et que le jour se lève.

 Peut-être pourrait-on ajouter que la nuit s’achève et que le jour se lève lorsque l’on peut voir dans le visage de chaque être humain celui d’un frère et d’une sœur. Alors la nuit s’achève, l’aube apparait, une aube d’humanité. »

 

 

octobre 27, 2013 Contes

Solidarités mystérieuses (Des personnes disparues ou un dieu ou Dieu  ou… ?)

Au soir de sa vie un homme se retourne et voit ses pas sur le sable, ils sont entourés d’autres pas, quelquefois  nombreux, mais de temps en temps il  constate que ses pas sont seuls sur la plage de sa vie.

 Il se dit tristement  «  j’étais seul, personne n’était là pour m’accompagner. » Il entend alors une voix qui lui dit « va voir tes pas !».

 Il approche et découvre que, lorsqu’ils étaient seuls, les pas étaient plus profonds. Il entend alors la voix lui dire : « tu ne le savais pas mais j’étais là et je te portais ».

Il pleura d’émotion et de reconnaissance.

(Histoire qui viendrait du Brésil , reprise sous différentes formes, et reconstruite  ici. )

 Solidarité.

 Un anthropologue propose un jeu aux enfants d’une tribu sud-africaine. Il met un panier de fruits près d’un arbre et leur dit : « le premier qui arrive gagne tous les fruits ! »

Au signal les enfants s’élancent en même temps en criant « ubuntu ! »et en se donnant la main, puis ils s’assoient ensemble autour de la récompense.

Ils expliquent à l’anthropologue « ubuntu, çà veut dire : je suis parce que nous sommes ».   (anonyme dans une revue écologique alternative du  département du Lot)

 

 

octobre 27, 2013 Contes

Humanité.

Un empereur demande à de nombreux savants de lui écrire l’histoire de l’humanité.

 Au bout de dix années ils reviennent avec dix volumes, « c’est trop long » dit l’empereur »,

 au bout d’un an ils reviennent avec un gros volume, « c’est trop long » dit l’empereur,

 au bout d’un mois ils reviennent avec une page, « c’est trop long » dit l’empereur.

 Au bout d’une heure  ils donnent à l’empereur une petite feuille. « Merci »  dit l’empereur.

 Il était écrit : « l’homme nait, aime, souffre, lutte et meurt ».

( conte reconstitué par l’auteur de ce site.)

 

octobre 27, 2013 Contes

 

Courage.

Un fermier voulait condamner son puits. Son chat(ou son âne, au choix) étant tombé dedans, il décide aussi de s’en débarrasser.

 Avec son voisin ils commencent à boucher le puits, le chat miaule à chaque pelletée  de terre puis il se tait.

Les deux hommes se penchent et voient que le chat se secouait à chaque pelletée, arrivant assez haut il bondit et partit cahin-caha.

Ainsi dans nos vies des évènements peuvent  nous «  tomber sur le dos »,  le courage nous attend.

( conte anonyme entendu à la radio  et reconstitué, voir aussi Internet).

Courage encore. 

 « Lorsque la désobéissance civile contre des injustices insupportables m’a mené en prison, plusieurs philosophes me rendirent visite.

 Ils me demandèrent « Mais pourquoi êtes-vous en prison ? »

Je leur répondis : « Pourquoi n’y êtes- vous pas ? »

(Henry David Thoreau, non-violent inspiré par Etienne de la Boétie)

La  capacité, si possible, de changer parfois de perspective.

« Un maitre ordonne à son disciple de donner de l’argent à toute personne qui l’insulterait.

 Au bout de trois ans le maitre lui dit « pars à  Athènes apprendre la sagesse. » Le disciple arrive et rencontre le sage assis à la porte de la ville, il  insultait ceux qui sortaient et entraient. Il insulte le disciple qui éclate de rire. « Pourquoi ris-tu alors que je t’insulte ? »

 « Parce que, dit le disciple, pendant trois ans je payais pour me faire insulter et toi, maintenant, tu me donnes çà pour rien ».

Le sage lui dit : « tu peux entrer dans la ville, tu es plein de sagesse. »

 (Histoire racontée par le Dalai-Lama)

 

 

octobre 27, 2013 Contes

Blessures et joies.

 Deux amis marchent dans le désert, ils se disputent, l’un donne une  gifle  à l’autre qui écrit alors sur le sable : « mon ami m’a donné une gifle».

Une oasis leur permet de se baigner, l’un sauve l’autre qui allait se noyer, celui-ci écrit sur la pierre « mon ami m’a sauvé. »

 « Pourquoi as-tu fait ainsi ? » lui demande celui qui l’avait giflé puis sauvé.

 L’ami répondit : «Ne faudrait-il pas écrire nos blessures sur le sable ? Les vents du pardon et le temps les effaceront  peut-être.

 Ne faudrait-il pas graver nos joies sur la pierre ? Les vents de l’oubli  ne pourront  peut-être pas  les effacer. »

( voir Internet, les deux amis et le désert, auteur inconnu, histoire réécrite par l’auteur du site.)

 

 

octobre 27, 2013 Contes

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