Les analyses des causes des violences et les luttes contre ces causes

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IV-Les analyses des causes des violences et les luttes contre

ces causes

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Comment globalement les violences sont-elles évoquées dans les médias, dans la vie politique, dans le langage courant ?

Il est très fréquent que soient mises en avant les manifestations des violences,violences au sein du couple,au sein de la famille,violences urbaines,violences au travail,violences envers les femmes,envers les enfants,violences urbaines,violences sur les routes…
Il est moins fréquent que l’on souligne telle ou telle cause de telle ou telle violence,
Il est rare que l’on propose une vue de l’ensemble des analyses des causes des violences.
Il est encore plus rare que l’on y ajoute un ensemble de contre-mécanismes porteurs de paix. C’est ce que nous voudrions essayer de faire.

A priori, et sous réserve de vérification, il n’existe probablement pas une seule analyse qui serait susceptible d’expliquer toutes les formes de violences, ainsi par exemple celles d’un harcèlement, d’un crime, d’une agression armée, de la faim.

Nous partirons d’un grand nombre d’analyses, pourquoi ? Parce qu’il nous paraît important de recenser les pensées d’auteurs de nombreuses disciplines pour ne pas passer à côté d’une idée clef, d’une réalité importante.

Ce nombre d’analyses a ses limites. Nous aspirons non pas, bien sûr, à nous approcher de la totalité des analyses du passé et du présent, ni même à une exhaustivité mais à une certaine globalité, à une certaine représentativité en ces débuts de XXIème siècle.

Ce recensement suppose une méthodologie, laquelle ? D’abord un classement rigoureux et clair, ensuite une critique de chaque analyse en termes positifs et/ou négatifs, enfin ce recensement en appelle à une énumération des luttes contre ces causes, autrement dit des propositions de contre-mécanismes, d’alternatives.

Dès lors, si l’on veut dresser un panorama global des analyses existantes, peut-on proposer un critère qui aurait vocation à les distinguer ? Ne pourrions-nous pas ainsi réfléchir tour à tour aux analyses extra historiques (A) puis aux analyses historiques (B) ?

La cloison ne sera certainement pas étanche entre les deux séries d’analyses, d’abord des auteurs ont des pensées dont certains éléments se rattachent aux premières, d’autres aux secondes (Freud), ensuite des visions peuvent être interprétées de façons variables les situant hors de l’histoire ou dans l’histoire (Hegel), enfin au cours d’une vie, personnellement et/ou collectivement, nous pouvons être plus sensibles à une analyse étouffée par une grande fatalité ou, au contraire, montrant des marges de manœuvres importantes.
Pour chacun des deux développements nous adopterons une même démarche : comprendre les caractères communs des analyses de chacun de ces deux grands regroupements, autrement dit les justifier(1), nous ferons ensuite une synthèse des analyses les plus fréquentes aujourd’hui(2), puis des autres analyses pour chaque regroupement(3),enfin il s’agira de souligner les luttes contre les causes de ces violences toujours dans le cadre de « l’extra historique » puis de « l’historique. »(4)

A titre bibliographique rappelons simplement l’ouvrage remarquable de Jacques Sémelin « Pour sortir de la violence »(1983) et la revue trimestrielle, elle aussi remarquable, « Alternatives non-violentes ». Signalons enfin un petit ouvrage qui synthétise des analyses, »Violence et pouvoir » de François Stirn, éd.Hatier, 1978.

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A- Les analyses extra historiques des causes des violences et les luttes contre ces causes

 

 

1-Les caractères communs des analyses extra historiques des causes des violences
a) Ces analyses sont en dehors de l’histoire humaine, c’est à dire qu’elles ont des causes qui sont soit extérieures aux êtres humains (par exemple le cosmos), soit inhérentes aux êtres humains mais indépendamment des moments de l’histoire, des types de sociétés, des vies personnelles et collectives.

b) Dans ces analyses les violences en général et les guerres en particulier sont considérées comme des phénomènes immuables, indépassables. Elles ont toujours existé, elles existeront toujours. Le poids de la fatalité est ici très grand.

c) Ces analyses ont , de nos jours, une place beaucoup moins importante que les analyses historiques à l’exception de la théorie de la violence innée de la nature humaine, théorie à laquelle se rattachent certains auteurs mais aussi beaucoup de personnes qui, dans le langage courant , affirmeront facilement : « C’est comme çà, ce sera toujours comme çà ».

 

 

2-Les analyses extra historiques les plus fréquentes de nos jours : la violence innée de la nature humaine

 

 

 

Ne faut-il pas se situer par rapport à la conception que l’on peut avoir de la nature humaine ou au moins entrer dans la question ? Il y a très probablement au moins trois façons de la concevoir.
Certain(ne)s pensent qu’elle est mauvaise (agressivité innée). D’autres pensent qu’elle est bonne et que, par exemple comme le croyait Rousseau, c’est la société qui la change. D’autres pensent qu’elle peut tout être, la meilleure, la pire, ou l’entre deux, cela selon les conditions des sociétés dans lesquelles on se trouve et selon les volontés personnelles et collectives. Si l’on partage la première conception on est amené à dire que la violence est innée, « naturelle », qu’elle est inhérente à la nature humaine.
Le choix des analyses proposées ici s’est fait en mettant en avant une idée forte, celle-ci se rattache à un auteur dont elle peut être au centre de l’œuvre (Lorenz) ou un simple élément d’une pensée complexe (Freud). Il arrive aussi que l’idée ne soit pas symbolisée par un auteur mais que sa force soit réelle (par exemple les violences cosmiques).
Il s’agit enfin de synthèses très courtes soulignant l’essentiel du contenu d’une analyse et l’essentiel d’une critique possible de celle-ci.
a) L’homme méchant par nature. Thomas Hobbes , dans le Léviathan (1651), pense que l’état de nature est celui de « la guerre de tous contre tous », que l’homme est égoïste, calculateur, violent. Chacun s’efforce de détruire l’autre ou de le dominer. « L’homme est un loup pour l’homme », gouverné par le seul instinct de conservation il sera éternellement violent.
Seul le Souverain, dépositaire de l’Etat tout-puissant, le Léviathan, peut lui fermer sa bouche carnassière par la crainte du châtiment et la mise en oeuvre de sanctions. L’Etat tout-puissant va protéger les citoyens contre leur propre violence.
L’ouvrage sera utilisé comme une des justifications de l’Etat autoritaire (l’armée prend le pouvoir, ou le parti unique et le dictateur exercent leurs emprises sur le pays) et une des justifications de l’Etat totalitaire (un Etat autoritaire absolu : « Tout dans l’Etat, rien contre, rien en dehors. »)
La citation « l’homme est un loup pour l’homme » est passée dans le langage courant, elle est synonyme de fatalité. Nous verrons ce qu’en pensent les tenant(e)s des théories de l’agressivité acquise pour lesquels l’homme n’est pas méchant par nature.
b) La pulsion de mort. Sigmund Freud, dans « Malaise dans la civilisation »(1929) et dans une lettre à Einstein « Pourquoi la guerre ? »(1933), pense qu’existent la pulsion de vie(Eros) et la pulsion de mort(Thanatos).
Cette dernière est instinctive, elle vise à détruire. Mais cette pulsion de mort est aussi liée à une « désillusion historique », les progrès de la science et du commerce, contrairement à ce que certains croyaient, n’ont pas provoqué la fin des guerres.
Cependant les deux textes cités sont donc également un appel à un Eros maîtrisant Thanatos. La civilisation doit permettre que l’agressivité de chacun soit orientée vers des tâches constructives porteuses d’une certaine coopération. Dans cette conception la pulsion de mort peut être remise en cause.On est donc ici dans l’histoire, une civilisation peut devenir plus pacifique.
c) La fatalité biologique. Konrad Lorenz, zoologiste autrichien, qui étudiait les animaux en milieu naturel, dans « L’agression »(1969), affirme que la violence est inscrite dans nos gènes, que « la guerre est le résultat d’une fatalité biologique », elle est inéluctable.
Notre « agressivité naturelle », comme celle des autres animaux, nous amène à distribuer et à protéger des territoires.(Voir dans le même sens un anthropologue américain, Robert Ardrey, « Le territoire », (1967).)
Lorenz fait un amalgame conceptuel, un raisonnement par analogie, ne tenant pas compte d’une approche interdisciplinaire, il passe de l’escalade violente entre deux coqs, puis entre deux garçons, enfin entre deux Etats.
Face à l’empire des gênes on trouvera en fait la loi du milieu (voir ci-dessous B, 3° a), c’est à dire des théories sur l’agressivité acquise, et non pas l’agressivité innée comme le prétend Lorenz.
3- Les autres analyses extra-historiques des causes des violences

 

 

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Ces analyses se déploient tous azimuts avec cependant ce point commun très fort souligné dès le départ : ces causes sont inscrites dans une fatalité en dehors de l’histoire.

 

 

a) Des interventions de l’au-delà. Un auteur comme Joseph de Maistre, dans « Les Soirées de Saint-Pétersbourg » (1830), affirmait que la guerre avait pour cause la « volonté divine vengeresse », Dieu se venge de l’injustice que les hommes ont commise en oubliant que la vie est un don sacré . Ce dieu vengeur est ici loin d’un dieu d’amour auquel d’autres croient.

On trouve aussi, en particulier dans certaines religions, le Diable c’est à dire l’esprit personnifiant le mal, diable associé à trois figures : le Serpent de la Genèse, l’Ange révolté déchu puis précipité en enfer, et enfin Satan. Le Diable est considéré comme l’esprit personnifiant le mal, c’est lui qui divise, c’est lui qui détruit.

Cette idée de vengeance, ou de menace venue d’ailleurs, se retrouve aussi, par exemple, chez des personnes ou des groupes qui croient que des forces, extra terrestres, ou cachées sur notre planète, nous gouvernent, nous manipulent, nous poussent aux violences et en particulier aux guerres.
b) Les violences cosmiques. La source des violences en général et des guerres en particulier se trouve dans l’univers. Le cosmos est violent dans ses origines, avec le Big Bang initial, et dans son histoire, avec des chocs gigantesques entre galaxies, entre étoiles, ainsi des mondes meurent et naissent. L’homme est violent parce qu’il est à l’image de l’univers dans lequel il se trouve.
Ce raisonnement par analogie déduit d’une évolution astrophysique, incommensurable dans l’espace et le temps, une condition inéluctable pour l’humanité. Cependant l’humanité est liée à de multiples données qui ne sont pas seulement physiques, elle est limitée dans l’espace et le temps, deux réalités qui ne sont pas comparables.
Il y a cependant deux séries d’hypothèses scientifiques qui peuvent concerner les êtres humains. D’une part la disparition physique totale de la Terre qui entraînerait aussi celle de tout le vivant. Des astrophysiciens ont établi une dizaine de scénarios, par exemple sa disparition dans un trou noir. Ces hypothèses ont quelque chose d’extra historique dans la mesure où elles sont imprévisibles dans l’espace et le temps et dans la mesure où la fatalité de la disparition, à partir d’une cause extérieure à l’humanité, serait telle qu’aucun contre- mécanisme pour l’en empêcher ne serait possible.
D’autre part, seconde série d’hypothèses, la menace de la disparition d’une partie du vivant. Ainsi sont étudiées, par exemple, les trajectoires d’astéroïdes qui se rapprocheraient de la Terre et pourraient éventuellement la heurter. Ces hypothèses de violences extrêmes sous forme de catastrophes ont quelque chose d’historique pour au moins trois raisons. D’abord elles se sont déjà produites, en particulier il y a 360 et 65 millions d’années, ensuite on avance dans ces prévisions en soulignant même les jours ( !) des risques les plus grands de collision, enfin on peut les combattre, jusqu’à un certain degré bien sûr, degré au delà duquel l’humanité serait impuissante et dans la prévention et dans la réparation des effets apocalyptiques.
c) La lutte des contraires. Héraclite d’Ephèse, dans ses « fragments » (500 avant J.C) cités par divers auteurs (voir par exemple « Héraclite et la philosophie », Kostas Axelos,  éditions  de minuit, 1962), faisait du Feu le principe d’un univers en perpétuel devenir.
Contrairement à Parménide pour lequel « tout demeure », il pensait que « tout devient ». Le moteur de ce devenir c’est la lutte des contraires, « chaque réalité n’existe qu’en s’opposant à son contraire », ainsi le jour la nuit, la paix la guerre…Le conflit serait donc le père de toutes choses et la condition nécessaire du devenir.
Cette pensée a une force impressionnante. C’est elle qui a inspiré à la fois l’idéalisme et le matérialisme, deux courants de pensée opposés. L’idéalisme (Hegel) selon lequel au début il y a l’être qui ne se pensait pas et qui, pour se penser, se donne son contraire, la matière dont il triomphera enfin. Le matérialisme (Marx) selon lequel çà n’est pas l’esprit qui se donne son contraire, ce sont les hommes qui ont produit l’aliénation imposée par les dominants et l’histoire des hommes c’est celle des luttes de libération.
On voit donc que la lutte des contraires peut être interprétée extra historiquement ou, au contraire, historiquement. Dans cette dernière façon de concevoir le réel est-ce que ce ne sont des luttes de contraires -et lesquels ?- que l’on retrouve dans différentes violences ? Comment les dépasser ?
d) Le désir de l’autre, menace permanente et indépassable. Friedrich Hegel, dans « La raison dans l’histoire »(1830), montre la fécondité des contradictions, elles permettent le devenir de l’univers et celui de l’histoire humaine. Or l’histoire humaine est fondée sur la conscience vers la liberté, cette conscience est avant tout désir, c’est ce désir qui est source de violence, on cherche à nier l’autre pour ne pas être nié par lui. Une lutte violente s’engage pour être reconnu par l’autre, le désir de l’autre me menacera toujours . « Nous sommes condamnés à être violents», la violence et la guerre sont des moteurs indépassables de l’histoire.
Dans cette vision ne peut-on pas dire que tout a une histoire… sauf ce qui est au fondement de l’histoire ? En ce sens on a voulu ici inscrire cette pensée dans les analyses extra historiques, avec pour marque ce poids insurmontable de la fatalité.
Dans cette analyse on est également loin de l’altérité. Où sont les fraternités vécues, les solidarités passées, présentes et à venir ?

 

 

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4-Les luttes contre les analyses extra historiques des causes des violences
Ces luttes peuvent être conçues sous deux formes : d’abord elles correspondent à une façon globale de se situer de façon critique face à ces analyses, ensuite il s’agit de repérer ce qu’il peut y avoir comme causes éventuelles de violences et de lutter contre elles.
a) Une attitude globale : apprendre à se méfier de la fatalité, être ouvert(e)s à la prospective

 

 

a1) Ne faut-il pas apprendre à se méfier de la fatalité ? Nous ne sommes pas en dehors de l’histoire des êtres humains et du vivant. Nous en sommes partie prenante pendant notre vie et même après dans certains de ses effets. Autrement dit : il ne faut pas fuir nos responsabilités en pensant et en agissant comme si des éléments extra historiques agissaient à notre place et produisaient par exemple des violences.
Concrètement deux contre-mécanismes face à ses analyses s’appellent l’esprit de responsabilité et l’esprit critique. Plus concrètement encore ils doivent être présents dans l’éducation, de la maternelle à l’université, et dans l’ensemble des médias et des lieux de vie (familles, professions, institutions, associations, syndicats…).
a2) Ne faut-il pas apprendre à penser l’avenir en termes de prospective ?
En effet il y a au moins trois façons de penser l’avenir personnel et/ou collectif.
Penser l’avenir en se livrant, pieds cœur et esprit soumis, à une prophétie c’est à dire à un discours vérité dans lequel la fatalité est omniprésente.
Penser l’avenir en faisant plus ou moins confiance à des prévisions scientifiques qui affirment que, si différents éléments interviennent, l’avenir se présentera sous tels et tels aspects prévisibles.
Penser l’avenir en étant ouvert(e)s, en termes prospectifs, à une pluralité de possibles. L’avenir dans cette perspective est un mélange de nécessités, de hasards et de volontés, cela dans des proportions variables.
Pour mieux entrer dans cette prospective l’esprit d’imagination est important, l’imagination doit être favorisée de la maternelle à l’université. On la trouve aussi en particulier chez certains auteurs et dans des associations alternatives.
b) Que faire face à chaque analyse « extra historique » des violences ?

 

 

D’abord avoir cette attitude générale que l’on vient de souligner, c’est à dire construire ce refus de la fatalité en s’appuyant sur l’esprit critique, sur l’esprit de responsabilité et aussi s’ouvrir à la prospective en s’appuyant sur l’imagination.

Ensuite prendre en compte ce qui, dans chaque analyse, peut être facteur de violence.

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b1) Par rapport à ceux et celles qui croient à la nature humaine mauvaise, à la pulsion de mort, à la fatalité biologique de la violence : mettre en avant les analyses (ci-dessous) de l’agressivité acquise. On peut faire reculer des violences par la  socio culture.

 

b2) Par rapport à ceux et celles qui croient à des interventions de l’au-delà porteuses de violences : mettre en avant des interventions porteuses de paix en ce monde existant.

 

b3) Par rapport à la lutte des contraires : ne pas interpréter cette analyse comme une fatalité mais comme un appel aux levées de contradictions, aux volontés de synthèses, à l’élaboration de compromis, compromis qui sont des moyens non-violents favorisant des conciliations.

 

b4) Par rapport aux violences de notre univers : savoir que dans l’univers existent aussi du silence, des harmonies, des merveilles. Et qu’il est vrai que, si nous venions à être menacés par quelques astéroïdes, ce serait une occasion de mettre en commun des moyens de surveillance et des moyens de protection autant que faire se peut. C’est de toute façon une occasion de plus de réaliser la chance qu’est la vie sur Terre pour la transformer en chance de vivre sur Terre en faisant face aux défis communs qui, à ces exceptions près, ne sont pas dans l’espace. Pour le reste la science-fiction est là, et heureusement lorsqu’elle est bonne ou géniale.

 

b5) Par rapport à un désir de l’autre qui nous menacera toujours : c’est là une conception bien proche d’un « enfer » indéfiniment constitué par les autres. Sortir de cette fatalité c’est remettre en cause des compétitions, des concentrations d’avoirs de pouvoirs de savoirs, des jalousies, des haines, c’est mettre en avant les constructions de réconciliations, de solidarités, de partages, de coopérations, de mises en commun, de côtes à côtes face aux défis communs, c’est entrer en fraternités. C’est être parties prenantes de l’histoire de l’humanité.

 

 

B- Les analyses historiques des causes des violences et les luttes contre ces causes

 

 

 

Nous poserons les mêmes questions que dans le développement précédent : quels sont leurs caractères communs(1) ? Quelles sont les analyses historiques les plus fréquentes(2) ? Quelles sont les autres analyses historiques(3)? Quelles sont les luttes contre les causes historiques des violences(4) ?
1-Les caractères communs des analyses historiques des causes des violences

 

 

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On retrouve les trois éléments opposés ici à ceux des analyses extra historiques.

 

a) Ces analyses sont dans l’histoire humaine, c’est à dire qu’elles ont des causes qui sont liées aux périodes de l’histoire, aux types de sociétés, aux êtres humains. Les violences en général et les guerres en particulier sont des phénomènes variables selon les époques, les sociétés, les personnes.

 

 

b) Dans ces analyses les violences en général et les guerres en particulier sont considérées comme des phénomènes modifiables, dépassables . Certaines violences peuvent s’amplifier, d’autres apparaître, d’autres devenir plus rares ou disparaître. La fatalité n’existe pas, nous pouvons sortir de nombreuses violences (voire de la violence ?), nous pouvons « inventer la paix ».

 

 

c) Ces analyses ont de nos jours un poids beaucoup plus important que les analyses extra historiques. Les analyses économiques sont particulièrement présentes dans une société productiviste mondialisée. L’ensemble des analyses montre une variété plus grande que les précédentes ce qui appelle à de nombreuses luttes et, aussi, à des stratégies communes pour regrouper des forces.
2- Les analyses historiques les plus fréquentes des causes des violences : les analyses économiques.
Ces analyses sont les fruits de multiples disciplines, en particulier philosophiques, sociologiques, économiques. Rappelons que les économistes classiques (Adam Smith,« Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations »(1776), et David Ricardo « Des principes de l’économie politique et de l’impôt »(1817), pensent que la liberté du commerce conduit vers la paix universelle, la guerre n’est pas un phénomène économique, le marché et la croissance se situent dans « l’hypothèse normale de la paix. » Et pourtant les analyses économiques de la violence ont été et sont nombreuses.
a) La propriété. Jean-Jacques Rousseau, dans « Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes »(1758), pense que tous les malheurs viennent de la propriété. Le passage est célèbre : « Le premier qui ayant enclos un terrain s’avisa de dire « ceci est à moi » et trouva des gens assez simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, de misères et d’horreurs n’eut point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eut crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne ! »
Intuition de génie à l’heure où le patrimoine mondial de l’humanité a tant de mal à émerger face aux souverainetés étatiques, face à la dégradation écologique d’un productivisme prédateur, face à course en avant de générations présentes hypothéquant l’environnement qui conditionne la vie et la santé des générations futures .
b) La propriété privée des moyens de production, les antagonismes de classes, les nouveaux débouchés pour le capitalisme. Karl Marx, dans « Le capital »(1867), distingue, contrairement à Rousseau, plusieurs types de propriétés : la propriété permise par le travail indépendant, l’appropriation capitaliste de la propriété privée, et « la propriété socialiste enfin qui rétablit non la propriété privée du travailleur mais sa propriété individuelle fondée sur la possession commune de tous les moyens de production car ce qui est à tous est à chacun. »Marx pense que la propriété privée des moyens de production est une violence à l’origine de la plupart des autres violences. « L’appropriation capitaliste vient d’un vol, on a enlevé au travailleur le fruit de son travail. » Après l’appropriation des esclaves, des terres, voilà celle du capital , capital industriel, capital financier.
Pour Marx et Engels la guerre s’explique par des antagonismes économiques et par des manœuvres de diversion dans le cadre de la lutte des classes.
Depuis Marx la guerre est analysée par des marxistes comme permettant de créer de nouveaux débouchés. Le capitalisme, pour préserver ses taux de profit, établit des stratégies économiques, sociales, idéologiques, militaires, porteuses de multiples violences.
D’autres marxistes insistent sur le fait que la guerre va permettre de redonner force aux ressorts de l’exploitation capitaliste en faisant taire le refus de cette société productiviste, c’est l’union sacrée contre l’ennemi.

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c) La rareté liée à un manque de ressources et à une mauvaise répartition des richesses. Parmi les auteurs soutenant cette thèse on trouve des économistes, des sociologues mais aussi des philosophes, ainsi Jean-Paul Sartre, dans « Critique de la raison dialectique »(1967), pense que la rareté est un fondement premier de la violence, « la rareté quelque soit sa forme, domine toute la praxis. » Il n’y a pas assez de ressources pour les besoins, cette rareté a cassé la réciprocité des hommes au travail.
Mais nous ne sommes pas condamnés à la violence, l’histoire et les hommes peuvent la surmonter. Les ressources sont inégalement réparties, nous ne sommes pas soumis à la fatalité, la répartition des richesses est vitale.
Soulignons qu’aujourd’hui s’ajoute une manifestation de la rareté qui n’existait pas, elle est liée, bien sûr, à la dégradation mondiale de l’environnement.
Ajoutons aussi qu’il est nécessaire et possible de partager des avoirs, des pouvoirs, des savoirs. Ce partage se fait à travers des rapports de forces. Nous pensons que les dominants ne partagent que rarement d’eux-mêmes. Ils ne le font que si les dominés les y contraignent ou alors s’ils arrivent à avoir une conscience assez vive d’un intérêt général vital.

 

 

d) L’injustice, matrice de nombreuses violences. Des mouvements de libération, des représentants de pays et de peuples dominés, des ONG, des organisations internationales et régionales, des mouvements sociaux, les alter mondialistes, le mouvement des indignés, d’autres encore, ont dénoncé et dénoncent de multiples injustices criantes. Très nombreux ont été et sont également les auteurs, dans de multiples disciplines, qui ont critiqué les situations d’injustice aux différents niveaux géographiques, en particulier dans les « pays du tiers-monde » puis dans les « pays du Sud ».
Parmi eux citons Helder Camara, évêque brésilien connu pour ses luttes contre la pauvreté, qui, dans « La spiracle de la violence »(1975), affirmait que « les violences premières » sont la faim, la misère, l’absence d’accès à l’eau potable, « ce sont des injustices structurelles », des structures d’oppression.
Voilà ici une des idées, une des réalités les plus fortes qui saute aux yeux pourvu qu’on les ouvre : un nombre gigantesque de violences personnelles et collectives a pour terreau des injustices.
Si l’on veut une synthèse des inégalités mondiales porteuses de violences structurelles on peut se reporter au passage relatif à ces inégalités sur ce site à l’article précédent intitulé « les contenus des violences » ou aussi à la rubrique sur la justice à l’article intitulé « Les inégalités dans le monde », inégalités globales et particulières.
Le sens commun exprime d’ailleurs les liens entre inégalités et violences par exemple dans un sondage (rapporté dans Le Monde, du 1-12-2011,sondage Ipsos effectué les 18 et 19–11-2011, pour le Conseil économique, social et environnemental ),à la question « Parmi les propositions suivantes qu’est-ce qui selon vous menace le plus aujourd’hui la capacité de bien vivre ensemble en France ? » les réponses étaient les suivantes, avec un pourcentage supérieur à 100% puisque deux réponses étaient possibles : arrivait nettement en tête l’accroissement des inégalités sociales 43%, venaient ensuite la crise économique et financière »39%, les extrémismes religieux26%, l’individualisme25%, les extrémismespolitiques12%, le repli communautaire9%, le fossé entre les générations5%, ne se prononcent pas 3%).
Enfin, bien sûr, les idées et les pratiques non-violentes sont ici présentes : La Boétie, Thoreau, Gandhi et d’autres non-violents l’affirment : la force des injustices repose sur l’obéissance.
Une pensée de Amartya Sen (voir sur ce site les articles relatifs à la justice) résume bien un sentiment profond que l’on peut avoir : « Qu’est-ce qui devrait nous tenir éveillés la nuit ? Les tragédies que nous pouvons empêcher. Les injustices que nous pouvons réparer. »

 

 

e) La compétition économique. John Galbraith, économiste américain, dans « Le nouvel Etat industriel »(1967), montre en particulier que beaucoup de guerres ont été et sont liées au contrôle des matières premières, ainsi par exemple le pétrole. Ces guerres sont « des formes extrêmes de la concurrence industrielle ». Cet auteur dénonce la production de guerre comme étant « un gaspillage nécessaire qui permet la justification des dépenses d’armements et la poursuite de la course au profit ».
De façon plus globale le Club de Lisbonne, animé par Riccardo Petrella, dans « Les limites à la compétitivité »(2005), dénonce « l’évangile de la compétition », mais « la bonne nouvelle » n’existe que pour les gagnants, la machine à gagner devient de plus en plus une machine à exclure, elle est donc productrice de violences.
On retrouve cette opposition fondamentale entre ceux et celles ( de loin les plus nombreux avec une véritable « colonisation des esprits ») qui pensent que la compétition est naturelle, qu’elle est saine, bonne, nécessaire , et ceux et celles (moins nombreux, mais quelque chose de minoritaire n’est pas faux pour autant…c’est simplement minoritaire) qui pensent que la compétition est un produit de l’histoire, qu’il y a des compétitions liées aux périodes et aux sociétés, que les solidarités et les coopérations peuvent et doivent l’emporter face aux périls communs qui s’appellent la débâcle écologique, les armes de destruction massive, les inégalités criantes, la techno science et les marchés financiers non remis à leurs places .

Certains pensent qu’un des moyens partageux et écologiques de remettre en cause cette compétition est de donner de plus en plus d’importance à la valeur d’usage sur la valeur d’échange,de multiples pratiques vont dans ce sens : covoiturage,colocation…

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f) La conjugaison de facteurs économiques dans de nombreux conflits armés contemporains. Le plus souvent se conjuguent trois facteurs :
En premier lieu la pauvreté des populations qui les pousse à revendiquer l’amélioration de leurs conditions de vie, le pouvoir répond par des répressions et peut en arriver à installer la terreur les victimes recourent à la contre-violence pour se faire entendre, la guerre civile s’installe.
En second lieu le contrôle des matières premières peut être une cause profonde de l’apparition d’un conflit à travers les processus suivants : voilà un pays riche en matières premières ou en une matière première considérée comme essentielle par le productivisme (pétrole, uranium, or, ou diamant…) vitales écologiquement (eau) ,ce pays a une population pauvre, des groupes sociaux essaient de contrôler ces matières premières pour devenir plus puissants, une partie de la population pauvre peut aussi réagir, interviennent également des pays extérieurs qui ont pour objectif de garder ou de prendre le contrôle de ces matières premières.
En troisième lieu la course aux armements contribue à pousser aux guerres : des détentions et des livraisons d’armements aggravent des tensions , entravent des règlements pacifiques de différends, poussent à transformer le différend en conflit armé, et réciproquement les guerres poussent à la course aux armements.

 

 

 

3- Les autres analyses historiques des causes des violences

 

 

 

Ces théories sont nombreuses, essentielles, souvent complémentaires.
a) L’agressivité acquise. Il s’agit d’un ensemble de réponses aux analyses relatives à l’agressivité innée de la nature humaine, en particulier à la fatalité biologique. Les auteurs sont ici très nombreux, nous soulignerons simplement les analyses principales.

Mélanie Klein, psychanalyste britannique, pionnière de la psychanalyse des enfants, dans « Essai de psychanalyse »(1920), découvre chez le nourrisson l’existence de l’agressivité à travers « une imagination féroce, des fantasmes de toute-puissance et de dévoration ». Selon elle, la vie imaginaire du nourrisson est faite d’amour et de haine à l’égard de sa mère qui lui donne le sein et le lui refuse. Klein montre que les fantasmes destructeurs sont refoulés, que l’amour prend la place de la haine.

Margaret Mead, anthropologue américaine, dans « Mœurs et sexualité en Océanie »(1950), montre que, sur un même territoire, des civilisations voisines peuvent produire des conduites très différentes à travers un véritable « modelage de l’enfant ». Ainsi, par rapport à l’agressivité, des enfants qui auront été souvent proches des bras de quelqu’un seront moins agressifs que ceux d’autres tribus qui auront au départ une vie plus hostile.

Erich Fromm, psychanalyste américain d’origine allemande, dans « La passion de détruire »(1975), affirme qu’aucune donnée significative en psychologie animale, en neurophysiologie, en anthropologie, ne confirme une agressivité innée, montre que la destructivité n’est pas une pulsion instinctive, qu’elle n’a pas de racines biologiques mais qu’il s’agit d’une « passion liée à la socio culture. »

Simone de Beauvoir, dans «Le deuxième sexe »(1949), grand ouvrage contribuant à ouvrir des « chemins de la liberté », affirme en particulier que, généralement, si le garçon est plus agressif, cela tient au fait que, depuis son enfance, on lui a répété qu’il était courageux de se battre et on a fait comprendre à la fille qu’elle devait être tendre et soumise.

Henri Laborit, biologiste, dans « La nouvelle grille »(1974) et au congrès international de criminologie de Montréal en 1977, affirme que l’agressivité prédatrice fondée sur la faim est l’exception chez l’être humain, c’est l’agressivité de compétition qui est la plus fréquente, elle est le produit d’un apprentissage basé sur les concurrences, les hiérarchies, les soumissions. Même la défense du territoire et la propriété ne reposent pas sur des instincts innés ou sur des gènes, ce sont des comportements qui peuvent être transformés par la socio culture, ainsi on peut apprendre des répartitions équitables de territoires, de biens, de personnes.

Enfin « Le Manifeste de Séville »(1986) est un appel lancé dans le cadre de l’UNESCO. Il a été écrit par une vingtaine de personnalités scientifiques (psychanalystes, sociologues, politologues, éthologues, biologistes…) qui affirment d’abord que « les animaux ne font pas la guerre », contrairement aux êtres humains qui ont cependant une culture qu’ils peuvent faire évoluer dans le sens de la solidarité. Ces auteurs du Manifeste affirment ensuite « il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est un phénomène instinctif ou qui dépend de nos gênes même si les ceux-ci ont une certaine influence sur notre manière d’agir, mais c’est l’influence de la socio culture qui est déterminante.» Le Manifeste de Séville se termine en soulignant que « la guerre et la violence ne sont pas des fatalités biologiques »(…) « Nous pouvons inventer la paix . »

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b) La soumission à l’autorité. Ces analyses sont nombreuses, nous choisirons les principales en insistant sur le fait que cet élément est soit essentiel soit important dans les objections, les insoumissions, les révoltes, les révolutions…Un des exemples les plus gigantesques de ces dernières décennies est celui des révolutions des peuples de l’Est de 1989, exemple particulièrement réussi de non-violence massive, un autre exemple d’ampleur importante a été celui du printemps de peuples arabes de 2011.

Etienne de la Boétie, grand ami de Montaigne, dans « Le discours de la servitude volontaire »(1550), met en avant l’idée selon laquelle si l’on ne soutient plus les dictateurs leurs pouvoirs s’effondrent. « Si on ne donne rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits, ils ne sont plus rien, sinon que, comme la racine, n’ayant plus d’aliment, la branche devient sèche et morte. » Il faut donc retirer son appui au tyran : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez mais seulement que vous ne le souteniez plus et vous le verrez comme un grand colosse à qui se dérobe sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre. » Ainsi il y a bien sûr la capacité de violence des régimes autoritaires mais il y a aussi et surtout la capacité de soumission des opprimés qui sont prisonniers de leurs peurs. Cet auteur de ce grand ouvrage est l’un des inspirateurs des théories et des pratiques de la non-violence qui ont vu le jour par la suite.

Hannah Arendt, philosophe américaine d’origine allemande, auteur de « Les origines du totalitarisme » (1951), en commentant plus tard le procès d’un haut dirigeant nazi (Eichmann), réaffirme que le processus d’obéissance est fondamental dans le totalitarisme, même le haut-fonctionnaire est préoccupé d’obéir aux ordres, « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » diront de nombreux nazis pour leur défense.
Le procureur du Tribunal de Nuremberg répondra en disant magnifiquement et tragiquement : « Vient un moment où il faut désobéir aux ordres et obéir à sa conscience ».

Wilhem Reich, médecin, psychanalyste autrichien, dans « Psychologie du fascisme »(1933), affirme qu’il n’y a pas que les pouvoirs des dominants, les opprimés jouent aussi un rôle important dans leur soumission. Le fascisme nivelle les individus et réveille les liens affectifs familiaux dans une soumission au père autoritaire, le dictateur. Cet auteur dénonce en particulier l’éducation répressive du point de vue sexuel et, d’une façon générale, il en appelle à l’autonomie et à l’esprit critique dans l’éducation dès le plus jeune âge .

Gérard Mendel, psychanalyste, dans « Pour décoloniser l’enfant » (1977), affirme « qu’un enfant conditionné donnera vraisemblablement un adulte aliéné ». « Il se soumettra plus facilement aux Grands, au Père de la Nation, à l’Etat. » Mendel pense qu’obéir n’est pas forcément se soumettre.
Il faut distinguer, souligne-t-il, entre l’obéissance et la soumission à l’autorité. On peut obéir par consentement volontaire et éclairé. Dans la soumission passive à l’autorité c’est la volonté de l’autre que l’on exécute.

Stanley Milgram, psychosociologue américain, dans « La soumission à l’autorité »(1974), a étudié les effets de la punition sur l’apprentissage, l’expérience est d’ailleurs reconstituée dans le film « I comme Icare ».La punition consistait en décharges électriques administrées par des volontaires recrutés par petites annonces, décharges envoyées à des compères de Milgram. Cet auteur démontre que « 60% à 85% des personnes, en situation d’autorité, sont prêtes à torturer leurs semblables » !
Ce que l’expérience de laboratoire permet de prouver scientifiquement, l’histoire et en particulier les guerres se chargent de le montrer à travers d’horribles et multiples réalités. Plus on est intégré dans une structure plus on s’en dégage difficilement, L’obéissance peut ainsi être pourvoyeuse de violences. Il existe un double mécanisme : on s’en remet aux chefs donc on atténue son sentiment de culpabilité et on nie la souffrance de la victime, on dévalorise la victime que l’on peut même qualifier de « sous-homme. »
Face à des ordres criminels ou terriblement injustes on peut être amené à obéir aux chefs et à désobéir à sa conscience. C’est au sursaut de la conscience qu’il faut en appeler, dire non c’est alors vouloir rester humain.
c) Le mécanisme de transgression du sacré. Georges Bataille, dans « L’érotisme »(1957), pense que les interdits ont pour objectif d’éloigner les hommes des puissances sacrées, d’opérer une séparation entre le monde sacré, symbolisé par l’interdiction de l’inceste et du meurtre, et le monde profane, symbolisé par le travail. Ce sont les transgressions qui vont relier les hommes au sacré, ces transgressions s’appellent la fête, l’orgie, la guerre.
Roger Caillois, dans «L’Homme et le Sacré »(1938), qualifiera la guerre de « fête noire du monde moderne », elle va remplir le rôle que ne joue plus la fête, c’est un défoulement collectif, une sorte d’ agression sexuelle collective.
Mais si transgression et défoulement dans la guerre commencent quelquefois par « la fleur au fusil » l’une et l’autre basculent vite dans une somme de souffrances terrifiantes.

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d) Le désir mimétique et le mécanisme victimaire . René Girard, dans « De la violence à la divinité »(2007), qui réunit quatre de ses ouvrages, en particulier « La violence et le sacré » (1972), « Bouc émissaire »(1982), met en avant d’éclairants instruments d’analyse qui « ne sont pas des idées philosophiques, des concepts sociologiques. Ce sont des rapports humains très simples. » Il s’agit du « désir mimétique » et du « mécanisme victimaire. »
Le désir est copié sur un autre désir, il est « mimétique », il y a un sujet désirant, un autre sujet désirant à imiter, un objet désiré. Le ressort du conflit s’appelle la concurrence « rivalitaire », chacun désire ce que désire autrui. Apparaît ainsi les cycles des jalousies, des haines et des vengeances. Se laisser prendre par ces concurrences religieuses, nationales, idéologiques, voilà qui va multiplier les violences…L’escalade de la jalousie, l’escalade des « comparaisons venimeuses », celle aussi des représailles, accompagnent la mondialisation. Aujourd’hui la violence mimétique s’étend sur la planète, et, souvent au nom de la religion, elle s’exerce en particulier contre l’Occident qui a produit cette mondialisation.
Les sociétés dites primitives pensaient que les puissances divines qui nous donnent la vie peuvent aussi à tout moment la retirer. Le sacré a une double face : il est vénéré parce qu’il fait vivre, il fait peur parce qu’il tue. Il existe donc une violence fondatrice du sacré puisque ces puissances divines provoquent en nous des pulsions de vie et de destruction. Ainsi « la violence et le sacré sont inséparables.»
Les cultures archaïques ont ainsi cherché à domestiquer la violence en faisant appel au religieux, c’est le sacrifice qui va servir d’exutoire temporaire. Dès les sociétés primitives c’est pour se protéger des désirs de destruction qui rendent à tout moment possible la violence réciproque, œil pour œil, dent pour dent, que les hommes ont inventé « la violence unanime du sacrifice qui les réconcilie aux dépens d’une victime émissaire ».Le mécanisme a fonctionné contre des animaux, des personnes, des groupes, des peuples, des Etats. C’est le « tous contre un.» On veut arrêter la violence par la violence. Ce mécanisme a été mis en oeuvre de façon terrifiante à travers différentes périodes.
Loin de s’arrêter la violence a proliféré, le mécanisme est en train de se casser, parce que les transcendances ne sont plus ce qu’elles étaient, parce que nous commençons à comprendre que nous sommes les acteurs de violences à travers par exemple des injustices planétaires, parce que l’utilisation d’armes de destruction massive, sortes de formes de violences sacralisées, peuvent faire disparaître les ennemis mais aussi ceux qui les emploient.
René Girard pense qu’il faut rompre avec le sacrifice d’autrui quelle que soit la  cause avancée. Il faut rompre aussi avec le sacrifice de soi, désir de se sacraliser qui n’a rien à voir avec les risques que l’on peut prendre pour combattre une violence en donnant place à la vie.
e) Le consentement à la violence. Marc Crépon, dans « Le consentement meurtrier »(2012),pense que nous avons conscience des scandales de la faim, de la misère, des inégalités, nous savons aussi que des intérêts économiques, financiers, militaires, par exemple à travers les ventes d’armes, entretiennent des situations de violences. « « Le consentement » qui en résulte peut donc être tacite, négligent, oublieux, il est d’autant plus fort que les violences sont lointaines, il signifie déjà une forme de résignation à la violence.
Pour cet auteur les « voies de dégagement » s’appellent la révolte, la bonté, la critique, la honte.
Primo Levi dans « Si c’est un homme », témoignage poignant sur l’horreur des camps nazis, écrit : « Il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre jusqu’au bout parce que c’est la dernière : refuser notre consentement. »
Il est important de renvoyer ici à une autre analyse, celle des non violents qui en appellent à la résistance active, la non-violence est aussi un refus de la résignation et de l’indifférence.
f) La spirale du ressentiment et de la colère. Peter Sloterdijk , dans « Colère et temps » (2007),pense que la colère est une « force fondamentale dans l’écosystème des affects ».
Considéré comme « un penseur de l’impulsion » (voir les articles de Jean Birbaum en ce sens dans Le Monde du 23-11-2007) il affirme qu’ autrefois la colère des exclus et des humiliés trouvait des exutoires, ainsi l’Eglise chrétienne puis l’Internationale communiste constituaient de véritables « banques de la colère »,et selon l’auteur l’islamisme prend le relais.
En effet, affirme-t-il, d’une part il y a l’Occident qui a mondialisé la planète et qui fait l’objet de toutes les colères, d’autre part il y a des groupes qui exploitent la colère universelle accumulée, ces groupes n’offrant « qu’une mystique du combat, une religion du suicide. » .
Trois critiques peuvent être faites à cette analyse. D’abord la géopolitique du ressentiment peut expliquer une partie des violences (certaines guerres et certains terrorismes) mais n’épuise pas le champ immense d’autres formes de violences. Ensuite en amont de la colère on retrouve un facteur qui explique nombre de ressentiments, il s’agit des inégalités criantes et mortelles de notre monde. Enfin et surtout l’auteur affirme que « même si toutes les questions sociales étaient résolues, la dimension de l’orgueil et de l’ambition demeurerait », nous pensons au contraire que si nombre d’inégalités disparaissaient nombre de violences disparaîtraient aussi, et que l’orgueil serait presque asséché par une compétition qui se tarirait.

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g) La paranoïa et la dépression collectives. Franco Fornari, psychanalyste italien, dans « Psychanalyse de la situation atomique »(1972), rattache l’histoire collective à l’histoire individuelle.
Il peut arriver qu’une enfance amène soit à une position paranoïde, c’est à dire que le sujet veut se sauver en détruisant l’objet par lequel il se sent détruit, soit à une position dépressive, c’est à dire que le sujet veut sauver l’objet aimé au point de se sacrifier.
Fornari pense que la position paranoïde amène à déclarer la guerre et que la position dépressive amène à l’accepter.
L’auteur explique aussi que « l’on confie sa propre violence à l’Etat qui la capitalise pour la transformer en armes de terreur », les armes de destruction massive seraient donc un reflet de nos peurs d’un autre qui, à travers les propagandes, va être qualifié d’ennemi.
Un des points forts de cette analyse nous parait être la fabrication de l’image de l’ennemi.
h) Des idées dont certains usages peuvent être meurtriers. Marc Crépon, dans « Les Géographies de l’esprit »(1996) et dans « Le consentement meurtrier »(2012) (évoqué plus haut dans « le consentement à la violence ») interroge les identités et l’intolérance.
Ainsi mettre en avant les identités des peuples n’est-ce pas préparer des exclusions, des conflits, des guerres ? « Fracturer le genre humain » n’est-ce pas là une source profonde de violences possibles ?
« Il y a des idées qui finissent par tuer. La nation, la patrie, l’identité, la sécurité sont des concepts dont les usages peuvent s’avérer extrêmement meurtriers. »
L’auteur en appelle à la philosophie qui est de « remettre de la vigilance critique dans l’usage indu qui peut être fait de ces représentations.

Nous pensons, pour notre part, que l’on doit articuler les différents lieux de vie : le village,la ville,la région ce sont nos terroirs, le pays c’est notre patrie, le continent c’est notre matrie, la Terre c’est notre foyer d’humanité.Il faut que chaque lieu puisse vivre et respecte les autres,tout cela en se fondant sur des luttes pour la démocratie,la justice,l’écologie et la paix . Plus facile à dire qu’à faire !

i) La peur de la mort. Jacques Sémelin, dans « Pour sortir de la violence »(1983), avance une des analyses les plus profondes.
Au commencement de la violence, pense-t-il, il y a l’angoisse de mort. « Plutôt que de reconnaître que la mort fait partie de la vie nous préférons l’affronter sur celui que nous déclarons être notre ennemi. » On le tue, c’est la mort réelle, on refuse de le reconnaître, on le ramène au rang d’objet, on le méprise, c’est la mort symbolique.
Ainsi « la violence est une grande illusion de l’homme : en tuant l’ennemi il croit se sauver de la mort. » La guerre correspond à « Ta mort c’est ma vie », mais avec les armes de destruction massive elle signifie plutôt « Ta mort c’est ma mort » dans la mesure où ces armes peuvent faire disparaître tout le monde.
Il existe donc des liens entre peurs et violences, la peur de tel ou tel autre peut amener la violence, le déploiement de la violence peut amener la peur.
Ainsi essayer de « changer notre rapport à la mort c’est changer notre rapport à la paix, au pouvoir, à la violence ». Il faudrait arriver à une équation selon laquelle « Ta vie c’est ma vie.»
j) Le dérèglement du conflit. Mohandas Gandhi, dans « Tous les hommes sont frères », écrits publiés en 1969 longtemps après sa mort, et de nos jours par exemple Jean-Marie Muller, dans « Stratégie de l’action non-violente »(1972), François Vaillant dans « La non-violence »(1991), de même Jacques Sémelin cité ci- dessus, considèrent la violence comme correspondant à un dérèglement du conflit.
Un moyen de résolution du conflit n’était pas prévu, ou n’était pas adapté, ou n’a pas été utilisé ou a été mal utilisé.
On a eu affaire à une violence d’oppression par laquelle le plus fort a imposé sa loi et/ou à une violence de soumission par laquelle le plus faible à renoncé à quelque chose d’essentiel pour lui.
Au contraire la résolution non-violente du conflit va reposer sur au moins quatre éléments : trouver ensemble, dans le respect des personnes, dans la confrontation des idées, des solutions justes.

 

 

 

k) Des analyses démographiques, sociologiques, politiques des causes des violences.

Une analyse démographique est connue. C’est celle de Gaston Bouthoul qui, dans « La paix »(1960), dénonçait, parmi les causes de certaines guerres, la recherche d’un espace vital et la pression d’une surpopulation, la guerre permet alors de sacrifier un « excédent de jeunes ».La guerre, disait-il, est un « infanticide différé », le véritable désarmement doit être démographique.

Une analyse sociologique, elle aussi connue, consiste à affirmer que certaines guerres deviennent des éléments de contrôle de tout désaccord social jugé dangereux. Ces guerres vont assurer une certaine cohésion sociale, comment ? Par une « union sacrée » face à l’ennemi.

Une analyse politique est ici classique, on affirme que la possibilité permanente de recourir à la guerre est un fondement possible de la stabilité des gouvernements, la menace de la guerre contribue à l’acceptation par tous de l’autorité politique dans la mesure où elle constitue un moyen d’assurer la subordination des citoyens à l’Etat.

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l) Une tentative d’analyse globale de l’apparition de la guerre. Max Escalon de Fonton, historien, dans un article du journal Le Monde ( 7 février 1979), faisait l’analyse suivante : ce sont des causes climatiques, économiques et démographiques qui ont fait apparaître la guerre.
En effet des origines lointaines jusque vers 5000 avant notre ère, les êtres préhistoriques n’auraient pas connu la guerre, les chasseurs étaient paisibles, les tombes retrouvées n’ont pas de traces de conflits armés.
Ensuite la Terre se réchauffe passant de 6° vers 15000 à 11° vers 8000, l’herbe pousse vers 5000, des espèces herbivores se multiplient, on fait de petites récoltes, on les surveille, l’agriculture est inventée, les grottes sont abandonnées, des villages naissent, la propriété apparaît . Des réserves sont faites pour les mauvais jours, des récoltes sont parfois prises chez les voisins. Vers 4000 arrive une petite explosion démographique et, par la suite, on trouve des traces d’enfants et de femmes assassinées dans des tombes datant de 3000-2000 avant notre ère. Voilà donc une façon d’articuler ces trois séries de causes de l’apparition des conflits armés.
D’une façon générale et de façons plus précises comment lutter contre les causes historiques des violences ?

 

 

 

4- Les luttes contre les causes historiques des violences

 

 

 

 

Nous distinguerons d’abord les contre-mécanismes économiques, ils ont une grande place parce que le poids de la mondialisation économique et financière productiviste est gigantesque. Viennent ensuite les luttes contre les autres causes des violences. Enfin les moyens d’action pour passer de sociétés pour une part violentes à des sociétés pacifiques.
a) L’énumération des luttes contre les causes économiques des violences
a1) Face à la propriété : développer la notion et les pratiques de biens communs et celles de patrimoine commun de l’humanité.

 

 

a2) Face à la propriété privée des moyens de production : partager les avoirs et les pouvoirs,donner de plus en plus d’importance à la valeur d’usage par rapport à la valeur d’échange.

 

 

a3) Face à la rareté : répartir les richesses et faire un usage prudent des richesses naturelles.

 

 

a4) Face aux injustices : supprimer les inégalités les plus criantes. Cette violence structurelle est parmi les plus massives, il faut la remettre en cause par un partage équitable des fruits des sociétés locales, nationales, régionales et de la société internationale.

 

 

a5) Face aux compétitions : mettre en route et développer des solidarités ,des causes communes, des coopérations.Développer la valeur d’usage par rapport à la valeur d’échange.
b) L’énumération des luttes contre les autres causes historiques des violences

 

 

b1) Face à l’agressivité acquise : ne pas surestimer l’influence des gènes et transformer une socio culture compétitive et agressive en socio culture de coopérations ,de causes communes,de vivre ensemble, de fraternité.

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b2) Face à la soumission à l’autorité : apprendre l’esprit critique, construire son autonomie, construire une participation égale des citoyen(ne)s aux prises de décision dans leur pays.

 

 

b3) Face à un mécanisme de transgression du sacré : créer et développer des fêtes qui aient un sens, autant de moments de fraternité sous de multiples formes.

 

 

b4) Face au désir mimétique et au sacrifice du bouc émissaire : lutter contre les inégalités, refuser les slogans de haine, découvrir et faire découvrir  les responsabilités personnelles et collectives, promouvoir les chances et les bienfaits du « vivre ensemble ».

 

 

b5) Face au consentement à la violence : créer et développer des associations et des ONG porteuses d’éducation à la non-violence en particulier à la désobéissance civile devant des injustices,et porteuses d’actions de solidarités dans l’urgence et le long terme.

 

 

b6) Face à la spirale du ressentiment et de la colère : pour éviter que naissent les haines lutter contre les inégalités, respecter les différences, organiser les intégrations, rétablir des dialogues, faire en sorte que les circuits financiers de ces haines soient asséchés et que la coopération s’intensifie  en matière de renseignement et de justice,mettre en avant les bienfaits du « vivre ensemble » .

 

 

b7) Face à la paranoïa et à la dépression collectives : apprendre à apprivoiser et à respecter les différences, mettre en avant projets communs sous-régionaux, régionaux, intercontinentaux pacifiques, vastes et à long terme.

 

 

b8) Face à des idées dont l’usage peut être meurtrier : bien comprendre et faire comprendre de la maternelle à l’université, dans les médias, dans différentes administrations et entreprises que, pour chaque être humain, son village, sa ville, sa région c’est son terroir, son pays c’est sa patrie, son continent c’est sa matrie, la Terre c’est son foyer d’humanité. Ces différents territoires et lieux de vie doivent créer et développer des solidarités face aux périls communs et non s’affronter dans des conflits dérisoires et porteurs de souffrances.

 

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b9) Face à la peur de la mort : changer notre rapport à la mort, essayer de maîtriser nos craintes.
« Evoluer vers la maîtrise de nos craintes, la gestion pacifiée de nos conflits, la non-violence de nos actions.» écrit Jacques Sémelin.

 

 

b10) Face au dérèglement du conflit : prévoir et mettre en œuvre une résolution non violente des conflits de la maternelle à l’université, dans l’ensemble des lieux de vie (familles, professions, citoyenneté…) et dans les relations entre tous les niveaux géographiques. Cela signifie apprendre et mettre en œuvre des comportements dans lesquels les personnes,comme le disent les théories et les pratiques non-violentes, » se montrent assez fortes pour être reconnues par les autres et se montrent assez imaginatives pour inventer, avec les autres, des solutions justes à leurs problèmes ».

 

 

b11) Face aux causes démographiques, sociologiques, politiques : ralentir l’explosion démographique mondiale, avancer dans la résolution des conflits sociaux de façon pacifique, créer quand elle n’existe pas,  développer quand elle existe, la démocratie représentative et participative.

 

En termes de propositions plus structurées comment traduire, par de simples énumérations, ces réformes et ces remises en cause ?

 

 

 

c) Enumération de propositions de réformes et de remises en cause directement liées à une société pacifique
Elles pourraient être essentiellement les suivantes :
Pour contribuer à passer d’un système international pour une large part violent à une communauté mondiale pacifique :
Interdiction des recherches scientifiques sur les armes de destruction massive (déclarées contraires à l’intérêt commun de l’humanité.)
Mise en place d’une sécurité collective (fondée à titre principal sur des forces d’interposition envoyées à titre préventif et à titre exceptionnel sur des forces d’intervention internationalisées)
Remises en cause des ventes d’armes (restrictions, taxations, interdictions, reconversions), créations de ministères du désarmement.
Conclusions de nouveaux traités et protocoles de désarmement (armes de destruction massive en particulier nucléaires), application des traités qui existent déjà.
Mise en place d’une éducation à la paix (de la maternelle à l’université et dans de multiples lieux, fondée entre autres sur les apprentissages de règlement non violent des conflits.)
d) Enumération  de propositions de réformes et de remises en cause indirectement liées à une société pacifique

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Elles pourraient être principalement les suivantes :
Pour contribuer à passer d’un système international pour une large part autoritaire à une communauté mondiale démocratique :
Désarmement du pouvoir financier (taxations des transactions financières, impôt mondial sur les capitaux, suppressions des paradis fiscaux…)
Encadrement des firmes multinationales (respects de la santé, du social, de l’environnement, de la culture…)
Démocratisation des institutions internationales (réformes du Conseil de sécurité et de certaines institutions spécialisées des Nations Unies…place légitime des pays du Sud, promotion des ONG…)
Accès des femmes aux processus de décision (aux niveaux locaux, nationaux, continentaux, internationaux) et non-cumul généralisé des mandats des élu(e)s dans tous les Etats.
Créations d’organisations nouvelles (composées d’Etats, d’ONG, de collectivités territoriales …), rencontres institutionnalisées des organisations internationales, régionales et sous-régionales, développement de réseaux, de coordinations, de fronts communs d’ONG (par exemple celles allant dans le sens d’un ralentissement du système.)
Pour contribuer à passer d’un système international pour une large part injuste à une communauté mondiale juste :
Création d’un revenu universel d’existence (attribué à tout habitant de la Terre, revenu déconnecté du travail auquel s’ajouteront des revenus d’activités)
Annulation de la dette publique (celles des Etats, des collectivités territoriales, des organisations internationales…)
Priorités données au juste échange et au commerce équitable (le libre échange leur sera subordonné), développement de l‘économie sociale et solidaire, de l’économie collaborative…
Mise en place d’agricultures durables et autonomes (respect de l’environnement, statut international des matières agricoles, souveraineté alimentaire)
Créations et redistributions de fonds internationaux (taxes liées au désarmement du pouvoir financier et liées aux activités polluantes, redistribuées vers des besoins criants en santé, en protection sociale, en éducation, en environnement, en emplois…)
Pour contribuer à passer d’un système international pour une large part anti écologique à une communauté mondiale écologique :
Remises en cause d’activités polluantes (réductions et suppressions des modes de production, de consommation, de transport écologiquement non viables)
Programmes massifs d’accès à l’eau (effectivités du droit à l’eau potable et du droit à l’assainissement)
Revitalisation des régions profondément dégradées (programmes massifs à tous les niveaux géographiques)
Transitions énergétiques (développement massif des énergies renouvelables, économies massives d’énergie, sortie rapide du nucléaire)
Conclusions de nouvelles conventions mondiales (convention créant une Organisation mondiale de l’environnement, convention sur les droits des déplacés environnementaux, convention créant une Organisation mondiale et régionale d’assistance écologique, conventions de protection des sols, convention de protection des forêts, convention contre les pollutions telluriques …) et de nouveaux protocoles(en particulier de réductions massives et radicales des gaz à effet de serre).

 

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Remarques terminales
1-Une synthèse de la démarche suivie.
Nous avons d’abord voulu clarifier la notion de violences en la resituant dans un ensemble de notions qui lui sont proches, puis est venue l’ énumération des différentes classifications des violences en proposant une classification distinguant les grandes violences, les violences interpersonnelles, les violences dites banales.
Il s’agissait ensuite de faire la synthèse des contenus d’une trentaine de catégories de violences.
Enfin nous avons souligné les analyses des causes des violences, analyses extra historiques, analyses historiques, ce qui nous a conduit à énumérer les luttes principales contre les causes des violences, reprises pour terminer sous la forme de propositions de réformes et de remises en cause spécifiques ou plus générales contribuant à passer d’une société mondiale pour une large part violente à une communauté mondiale pour une large part pacifique.
2-Les violences militaires, économiques, sociales, écologiques, culturelles peuvent et doivent être remises en cause entre autres
-par un règlement pacifique des conflits, un désarmement massif,des alternatives de défense,
par de gigantesques luttes contre les inégalités, cela à tous les niveaux géographiques,
-par une société écologiquement viable,
-par une éducation massive aux droits de l’homme et à la paix.
3-La violence ne mérite pas seulement une condamnation, elle appelle une alternative : la non-violence.
Nous soulignerons ici l’un des écrits les plus éclairants, celui de Jacques de Bollardière, général devenu militant de la non-violence après avoir dénoncé la torture pendant la guerre d’Algérie et condamné ensuite les armes nucléaires.
« L’homme, dans ce monde de conflits et de tensions, n’a-t-il le choix qu’entre une passivité résignée, un lâche renoncement à l’exigence impérieuse de libération qui constitue son être ou la dégradation de son agressivité en une violence meurtrière qui détruit ce qu’il a d’humain en lui ?
La non-violence est une idée neuve qui perce une terre aride et pousse à travers les décombres des espoirs ruinés avec l’indomptable puissance de vie des jeunes plantes qui cherchent la lumière. Elle s’enracine dans l’espérance, se nourrit de la force de la justice. Son passé trop court et méprisé révèle l’efficacité des méthodes d’action qui mobilisent par delà la violence, le mépris et la haine. Dans ce monde bouleversé, elle reste compatible avec une vision humaine du destin des hommes et avec l’amour qui, inlassablement, s’offre à nous au plus secret de notre être. »
4- Il est tard mais encore temps. Einstein, devenu enfin pacifiste sur la fin de sa vie, avait bien résumé la situation : « Un seul monde ou aucun, s’unir ou périr. »
Martin Luther King, qui faisait « le rêve qu‘un jour la justice ruissellera comme l’eau », lançait aussi cet avertissement : « Il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous périrons ensemble comme des imbéciles.»