Les clarifications et les classifications relatives aux violences

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Violences : les clarifications , les classifications

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Parmi les ouvrages qui nous ont inspiré pour ces deux premiers développements :

-Pour sortir de la violence, Jacques Sémelin, les éditions ouvrières, 1983.
– Entretien dans « Alternatives non-violentes », Johan Galtung , n°34,1979.
– Agressivité et combativité, Denise Van Caneghem, puf, 1978.
-Violence et pouvoir, François Stirn, Hatier, 1978.
-La non-violence, François Vaillant, cerf ,1991.
-Stratégie de l’action non-violente, Jean-Marie Muller, Seuil, 1981.

-et bien sûr la remarquable revue « Alternatives non-violentes »,en particulier le numéro 38 sur les « violences banales »(septembre 1980).

 

 
Les violences : introduction générale

« La violence c’est le négatif de la tendresse. » André Gorz.

 

Dans cette introduction nous partirons de noms synonymes de violences massives et terrifiantes (1), puis de l’explosion du mot dans le langage courant(2), enfin de son étymologie, sa sémantique, sa mythologie et sa cosmogonie(3).Il sera alors temps de proposer une analyse qui se voudra globale, critique et créatrice(4).

 

1-Des violences massives et terrifiantes

Hiroshima, Auschwitz, le Goulag, la guerre du Vietnam et celle du Congo(RDC), les génocides du Cambodge et du Rwanda : voilà quelques unes des souffrances les plus gigantesques de la seconde moitié du XXème siècle. Le XXIème s’est ouvert sur les attentats de New York et sur de multiples drames qui continuent, celui de la faim, celui de l’absence d’eau potable et d’assainissement, celui d’un enfant sur deux, en 2010 dans le monde, « en situation de détresse et/ou de danger » … et d’autres violences massives et terrifiantes … A cela s’ajoute la course aux armements, porteuse d’un pouvoir de destruction qui peut signifier la fin de l’humanité et d’une grande partie du vivant et qui est synonyme, ce que l’on passe presque toujours sous silence, de sommes gigantesques englouties et enlevées à des besoins criants, forme de violence massive, terrifiante et permanente depuis 1945 .                                                                                page2
2- Une explosion de l’utilisation du mot violence

Ce terme a de plus en plus envahi le vocabulaire d’une partie des mondes médiatiques, des mondes politiques et d’un nombre de personnes plus ou moins important selon les lieux et les périodes, cela dans la vie quotidienne. C’est ainsi devenu un mot fourre-tout, on parle de la violence de la guerre, de massacres ethniques, du terrorisme, d’une injustice, d’un régime politique, de la course aux armements, d’une manifestation, d’une révolte, d’une répression, d’un crime, d’une bagarre, d’un vol, d’un forcené et, aussi, de la violence d’une tempête, d’un tremblement de terre, d’une inondation, d’un accident, d’une chute, d’une maladie, d’une gifle, d’une fessée, d’une parole, d’un fantasme, d’un rêve, d’une déclaration, d’un silence, d’un regard, d’une absence, d’un souvenir, d’un bruit, d’un reportage, d’un film, d’un livre, d’une lumière…
En arrivant à qualifier de violent un peu tout et n’importe quoi, on se demande alors si pourrait être qualifié de violent …tout ce qui est synonyme d’une certaine souffrance ou tout ce qui nous déplait ? Mais n’y a-t-il pas des degrés dans la violence ? Ne suis-je pas, moi-même, tantôt victime, tantôt témoin, tantôt acteur de telle ou telle violence ? Ne faut-il pas distinguer les violences personnelles et les violences collectives ? Ont-elles des points communs, des différences, des oppositions ?
A ce simple niveau on constate qu’il est beaucoup plus proche des réalités de parler « des » violences et non pas de « la » violence.

 

3- Etymologie, sémantique, mythologie, cosmogonie et violences

Du point de vue de l’étymologie les linguistes nous apprennent que le mot violence vient du grec « bia » qui signifie la force vitale, la force.
Le mot violence vient ensuite du latin « vis » qui signifie la force physique en action, d’où d’écoulent « violentia » désignant un caractère emporté, indomptable et aussi « violentus », désignant une force violente, on parle par exemple de la force du vent. A partir du XVIème siècle le mot signifie abus de la force, on fait violence à quelqu’un. Ainsi violence, viol, violer, violation viennent du latin « violare » qui signifie porter atteinte, attaquer, agresser…

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Du point de vue de la sémantique il y a donc dans le mot violence « viol » ce qui renvoie à différents sens : un rapport sexuel imposé à une personne sans son consentement, une action consistant à violer quelque chose (une loi, un secret…), le fait de forcer une pensée (viol de conscience)… Les mots de cette famille vont ainsi dans le sens d’une atteinte portée à quelqu’un, à quelque chose, il y a une transgression, une agression.

Du point de vue de la mythologie, pour les grecs « Bia » est la divinité de la Force, de la Vaillance, de la Violence. C’est elle, écrit Eschyle, qui a aidé à enchainer Prométhée. Bia accompagne le dieu des dieux, Zeus, lui-même dieu de l’univers, dieu souvent violent, brutal, porteur de la foudre.
Le géant Pallas est le père de Bia. Un des fleuves des enfers, Styx, est la mère de Bia. Sa sœur se nomme Niké, la Victoire, ses frères s’appellent Zélos, l’Ardeur, et Cratos, la Puissance.
La violence existe également dans une partie de la mythologie grecque. Parmi de très nombreux exemples celui d’Oedipe qui se rend involontairement coupable du meurtre de son père et du mariage avec sa mère, laquelle ensuite se pend, Œdipe qui se crève les yeux pour ne pas voir ses crimes et termine une vie errante guidée par sa fille Antigone. Violence qui existe de même dans une partie de la mythologie romaine. Parmi de très nombreux exemples celui de la naissance d’une civilisation, pour qu’elle apparaisse l’un des deux fondateurs doit mourir, Romulus tue Rémus pour que naisse Rome.
Du point de vue de la cosmogonie, nombreux sont les récits des différentes civilisations relatives aux origines du monde, récits liés en partie à différentes formes de violence. Il s’agit souvent de conflits entre forces opposées, entre ordre et désordre, entre lumières et ténèbres, se déchainent également des luttes entre des dieux, entre des héros.
Et cela… jusqu’aux cosmogonies scientifiques contemporaines : la théorie du Big Bang, proposée à partir de 1922 et établie en 1965, n’est-elle pas symbolique de la description d’une violence incommensurable? Au début il n’y avait rien, ni espace, ni temps, ni matière, ni énergie. Arrive alors -venue d’où?- une boule de feu plus petite qu’un atome, immensément chaude, dont « l’explosion » produit …l’univers.
Comment continuer notre réflexion, quelle démarche proposer?
4- Quelle démarche proposer ?
Cette démarche peut nous faire entrer dans les complexités des violences cela avec un objectif : essayer de mieux en comprendre les manifestations, donc préparer les analyses des causes, essayer de penser et de construire des contre-logiques, des moyens pour lutter contre ces violences.
Nous nous attacherons au départ à clarifier la notion de violence (I), ensuite nous ferons le point sur les classifications des violences (II). Dans les développements qui suivront nous pourrons alors essayer de synthétiser leurs contenus (III) ,enfin de comprendre les analyses des causes des violences et de souligner aussi des alternatives existantes et d’autres possibles (IV).

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I -Violences et clarifications
Pour ce travail de clarification nous distinguerons la notion de violences d’autres notions proches (A), puis nous essaierons de repérer des éléments relatifs au contenu de cette notion de violences (B).
A- Violences et clarifications avec d’autres notions proches

 

Peut-être comprendrons-nous mieux les violences et la non-violence en liens avec les conflits (2) en analysant d’abord des notions proches(1) ?

 

1-Confrontation, conflit, agressivité, combativité et violences
a ) La confrontation
Quel est son contenu ? Les relations entre personnes, entre collectivités sont faites, pour une part plus ou moins importante, de confrontations, c’est-à-dire de mises en présence et de comparaisons. On confronte des valeurs, des besoins, des intérêts, des pouvoirs, des idées, des textes, cela à travers des individus et des collectivités. Qu’est-ce qu’une confrontation positive ? Cette confrontation suppose l’affirmation de soi, en tant que personne ou que collectivité, et aussi un respect à travers un certain dialogue. « Il n’y a pas deux personnes qui ne s’entendent pas, il y a seulement deux personnes qui n’ont pas discuté »dit un proverbe africain. Mais qu’est-ce donc qu’une confrontation négative ? Lorsque la confrontation débouche sur un sentiment de concurrence ou de non reconnaissance ou de mépris, alors une situation peut devenir conflictuelle. Les concurrences, les non reconnaissances et les mépris étant omniprésents dans nos sociétés productivistes, les conflits sont, eux aussi, omniprésents.
b ) Le conflit
Quelle est la place du conflit ? Certains pensent que le conflit est une des « lois de la vie », « le libre jeu du conflit c’est l’antidote de la guerre, la guerre c’est la loi de la mort » écrivait Odette Thibault (« Non à la guerre disent-elles », éditions Chronique sociale,1982). La guerre d’une certaine façon c’est le refus du conflit, on pense que, pour supprimer le conflit, il faut supprimer celui que je déclare être mon ennemi. La place du conflit est donc essentielle dans les relations entre personnes et collectivités. Mais le conflit peut-il être facteur de changement ? Dans le conflit l’autre (une personne, une collectivité), si on le perçoit comme tel et si on l’accepte comme tel, pose souvent une ou des questions de plus. La maitrise des peurs personnelles et/ou collectives est ici très importante. C’est à travers le conflit que va se jouer une certaine transformation personnelle et/ou collective.Quels sont donc les mauvais moyens de règlement des conflits ? Le plus souvent on ne sait pas régler nos conflits. Soit on utilise la violence d’oppression en imposant sa loi, soit on accepte la violence de soumission en renonçant à ce que l’on juge être essentiel. Quel serait le moyen le plus porteur pour régler un conflit ? Lanza del Vasto (« Technique de la non-violence », Denoël, 1971 ; Gallimard, 1988) écrivait « Face au conflit cinq attitudes sont possibles : la neutralité, la bagarre, la fuite, la capitulation, la non-violence.»En ce sens l’attitude la plus porteuse serait celle d’une résolution non-violente des conflits (voir par exemple l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits(IRNC).Ne faudrait-il pas arriver à ce que toutes les parties au conflit trouvent, ensemble, dans la confrontation et dans le respect des personnes, des solutions justes ?
c ) L’agressivité, la combativité

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Existe-t-il une différence entre les deux ? Jacques Sémelin écrit (dans l’ouvrage souvent cité ici : « Pour sortir de la violence », les éditions ouvrières, 1983) « Le langage courant réserve deux sens bien distincts au mot agressivité : une agressivité-affirmation de soi, synonyme de vitalité, d’énergie, de force et pas nécessairement de violence; et une agressivité-animosité synonyme d’antipathie, de malveillance, d’irrespect, de cruauté, voire de haine. » Denise Van Caneghem exprime aussi cette différence (« Agressivité et combativité », puf, 1978) : « Nous proposons d’appeler combativité l’ensemble des combats adaptatifs pour l’individu et son espèce. La combativité est tout ce qui témoigne d’une parole circulante ou en gestation, liée à l’amour de la vie. La combativité est un moyen au service des « besoins fondamentaux » (faim, sexualité…) dont dépend la survie de l’espèce. Je réserve le mot agressivité à toutes les formes de destructivité liées à l’amour de la mort et qui, objectivement, accroissent la solitude, la peur de l’autre et de soi. L’agressivité apparaît comme un sous-produit, un déchet d’une combativité coupée de ses inhibiteurs, de ses freins naturels et surtout de toute possibilité de ritualisation. L’agressivité est une fin en soi évoluant vers la destructivité. » Bref : ne pourrions-nous pas affirmer qu’ il s’agit de maitriser son agressivité-animosité et de la transformer en combativité, synonyme de vitalité ?

 

2-Violences, non-violence et règlement des conflits

 

a ) Violences et règlement des conflits
Comment la violence se rattache-t-elle au règlement des conflits ? On peut penser qu’un conflit non géré ou un conflit mal géré peut donner lieu à des affrontements violents. C’est la violence d’oppression ou la violence de soumission. Autrement dit, et c’est une définition classique des non-violents, la violence est un dérèglement du conflit. Jean-Marie Muller écrit (« Stratégie de l’action non-violente »,Seuil, 1981) « La violence enraye le fonctionnement du conflit et ne lui permet pas de remplir sa fonction qui est d’établir la justice entre les adversaires. (…) Le conflit risque alors de ne plus être le moyen de rechercher une solution juste mais l’élimination de l’adversaire.»

 

b ) Non-violence et règlement des conflits

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Quelles sont les forces du règlement non-violent ? Il en existe au moins deux : la force de la justice et, moins connue, la valorisation de l’objet du conflit.
La force de la justice doit inspirer un compromis, c’est-à-dire une avancée tenant compte de l’essentiel des positions en présence et faisant appel à l’imagination, une synthèse porteuse entre les parties au conflit. La compromission doit être refusée, elle peut-être « enceinte » d’une violence. Schématiquement on peut dire qu’il faut alors refuser l’injustice et choisir l’affrontement non-violent.
La valorisation de l’objet du conflit est primordiale, en quoi consiste-elle ? Jacques Sémelin l’explique ainsi « Dans la non-violence il y a une décontamination mimétique du conflit de personnes pour tenter de limiter celui-ci à la question du partage ou de la possession de l’objet. Cette valorisation de l’objet du conflit est une façon de se le réapproprier et d’agir de façon non-violente pour sa résolution. »

 

 

B-Violences et clarifications d’éléments contenus dans cette notion

 

La violence n’a-t-elle pas quelque chose à voir avec la force, la contrainte ?(1) N’est-elle pas liée à l’ordre, au désordre ? Pour qui, pour quoi, et à travers quels moyens ?(2).

 

1- Force, emploi de moyens exerçant une contrainte et violences

 

a ) Force et violences

 

La violence est-elle liée à toute force ou seulement à une force ayant atteint un certain degré ? Mais à partir de quand y-a-t-il un excès de la force ?
N’y aurait-il pas violence lorsque des acteurs (personnes et/ou collectivités), à des degrés variables, par la force, portent atteinte à d’autres acteurs, sur les plans physique, moral, matériel ou culturel ?

 

b ) Contrainte et violences

 

Ainsi, comme l’écrit François Stirn (Violence et pouvoir, Hatier, 1978) « La violence consiste dans un emploi de la force pour contraindre l’autre, nier son autonomie, ou son intégrité physique, ou même parfois sa vie. (…) Elle peut donc être définie par l’emploi de moyens portant atteinte à la liberté ou à l’existence d’individus ou de groupes (…). »
Les violences évoquent la force mais aussi l’ordre, le désordre et les moyens qui y sont liés.

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2- Ordre, désordre et violences

 

a ) Ordre établi, refus de cet ordre

 

Les violences peuvent avoir ici deux aspects : les unes sont synonymes de tel ou tel ordre établi que l’on construit et/ou que l’on défend, les autres sont synonymes de refus face à cet ordre établi, ordre que l’on combat.

 

b ) Le contenu d’un ordre

 

Un ordre peut se juger sur son contenu, c’est à dire sur les libertés, les égalités, la paix, la protection de l’environnement. Ainsi, par exemple sur le seul plan des libertés, un ordre établi peut être porteur de libertés ou d’oppressions, le refus de cet ordre peut donc aller selon les cas contre la liberté ou contre l’oppression.

 

c ) Les moyens de refus ou de défense d’un ordre et les violences

 

Si l’on refuse un ordre injuste une question qui se pose est celle des moyens que l’on veut employer pour le remettre en cause, s’agit-il de moyens non-violents (non-coopération) ou de moyens légaux (élections…) ou de luttes armées ?
Si l’on veut défendre un ordre juste la même question se pose par rapport à la nature des moyens employés.

Telles sont ces quelques clarifications. Quelles sont donc les classifications des violences ?

 

 

II- Violences et classifications
L’intérêt de classer les violences est double : d’une part il s’agit de prendre en compte la diversité des violences, de cerner l’ensemble des classifications donc de ne pas laisser échapper des catégories de violences, d’autre part on peut avoir indirectement une idée de certaines causes et donc d’alternatives.
Une classification pourrait avoir  pour qualités la clarté, la cohérence, la globalité , un caractère opérationnel, autrement dit une certaine utilité sur le terrain en pensant à des alternatives.
Nous partirons d’un panorama des classifications existantes (A), nous mettrons ensuite en avant une classification(B).
A- Violences et classifications existantes
Passons rapidement sur un critère qui ne résiste pas à l’analyse (1), pour énumérer ensuite des classifications simples à souligner(2), pour évoquer enfin des classifications liées à des critères qui se veulent plus élaborés(3).
1-Une classification des violences fondée sur un critère contestable
a ) Quelle est cette classification ?

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Elle consiste à distinguer la légalité qui, par nature, serait pacifique et l’illégalité qui, par nature, serait violente. On affirme que la légalité est synonyme d’absence de violence et que l’illégalité est synonyme de violence.

 

b) Pourquoi cette classification ne résiste-t-elle pas à l’analyse ?

 

Cette façon de raisonner est assez courante, elle repose pourtant sur une erreur, pourquoi ? Certes existent de nombreuses lois définissant et sanctionnant des violences mais la légalité elle-même peut être porteuse de violences, par exemple une loi injuste, c’est la violence de l’injustice.
2-Les classifications des violences fondées sur des critères relativement simples
Ces classifications sont nombreuses, elles ont leurs interdépendances et leurs recoupements.
a ) Une classification fondée sur les domaines des activités humaines
On distingue ainsi les violences politiques (répressions des opposants), militaires (opérations aériennes, navales, terrestres), sociales (discriminations), économiques (discriminations, exploitations sous diverses formes…)culturelles (répressions, sanctions financières)…Cette classification utile ne rend cependant pas compte des interdépendances entre ces domaines d’activités et ne distingue pas les violences personnelles et collectives.

 

b ) Une classification fondée sur les formes de violences
On distingue ainsi les violences physiques (meurtres, attentats, viols, sévices, tortures …) psychologiques (torture par isolement, harcèlement moral, chantage affectif, embrigadement…).Les violences, dans des proportions variables, sont la plupart du temps physiques et psychologiques, les interactions entre les deux sont nombreuses.

 

c ) Une classification fondée sur les acteurs des violences
On distingue alors les violences entre des personnes, entre des communautés, entre des Etats, entre un Etat et une guérilla, les violences de réseaux terroristes, celles de firmes multinationales…
Cette classification est intéressante, en particulier dans les processus de règlement des conflits.

 

d ) Une classification fondée sur les niveaux de destruction

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On distingue alors les violences selon le nombre de victimes, selon aussi l’importance des destructions matérielles (infrastructures, entreprises…) et environnementales (eaux, sols, air, faune, flore…)
Une classification basée sur l’ampleur du conflit est essentielle.

 

e ) Les violences de destruction, de répression, de persécution

 

Jacques Sommet (« L’Acte de mémoire, 50 ans après la déportation », éditions ouvrières,1995)écrivait :

« Il y a trois niveaux de violence : les violences de destruction telles qu’elles apparaissent dans toutes les guerres, les violences de répression telles que celles d’un Etat totalitaire, les violences de persécution qui sont des violences sans fin puisque même la soumission de la victime n’y met pas de terme. »
Sur un aspect certes essentiel la classification reste cependant partielle.
f ) Une classification fondée sur les effets dans le temps sur les victimes

 

On distingue les violences selon leurs effets personnels et/ou collectifs à court terme, à moyen terme, à long terme, cela sur les êtres humains, sur la nature, sur les biens.
C’est une classification qui a son intérêt quant à la prise en compte nécessaire des dommages dans le temps mais c’est une classification qui n’est pas assez globale.
g ) Une classification fondée sur les niveaux géographiques

 

Cette classification est assez globale et opérationnelle. Elle consiste à distinguer les violences locales, régionales, nationales, continentales, internationales. Elle correspond d’ailleurs aux ordres juridiques c’est-à-dire à l’état du droit dans un lieu donné.
Elle est cependant toute relative dans la mesure où beaucoup de violences sont interdépendantes géographiquement. D’autre part la classification ne donne pas une idée de la diversité des violences.

 

h ) Une classification fondée sur les violences naturelles et les violences humaines

 

On distingue les violences qui sont celles des forces de la nature (inondations, tempêtes, incendies, tsunamis, tremblements de terre…) et les violences qui ont pour origine les êtres humains (dans différents domaines, entre différents acteurs, à différents niveaux géographiques, avec des effets très variables).
En fait cette distinction est en partie arbitraire car les violences naturelles peuvent avoir aussi, pour une part variable, des causes humaines, par exemple des inondations. Même certains tremblements de terre peuvent avoir pour origine des activités humaines (des méthodes d’exploitation du gaz de schiste).
D’autre part la catégorie « violences humaines » est beaucoup trop large.
Retournons-nous donc vers des classifications qui se veulent plus élaborées.

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3-Les classifications des violences fondées sur des critères plus élaborés
a ) Une classification fondée sur les violences visibles et les violences cachées
Les violences visibles sont des violences plus ou moins spectaculaires, souvent médiatisées.
Les violences cachées sont celles qui l’on peut découvrir dans des statistiques, dans des habitudes, dans un ordre établi, on va les trouver en interprétant des chiffres, en soulignant les effets de certaines habitudes, en découvrant le contenu de diverses dominations.
La distinction est intéressante mais relative, ainsi certaines guerres (violences visibles) sont recouvertes d’un linceul de silence, ainsi des statistiques (violences cachées) peuvent être illustrées par des reportages mettant en avant de multiples témoignages et souffrances sur le terrain.

 

b) Une classification fondée sur les violences directes et les violences structurelles
Elle consiste à distinguer les violences physiques que l’on peut constater, violences faites aux victimes et les violences produites par des structures économiques, politiques, sociales, culturelles.
Jacques Sémelin (ouvrage cité en exergue de l’introduction) écrit « Il conviendrait au moins de distinguer la violence directe, celle du sang et des morts, et la violence structurelle, contenue dans les situations d’oppression et de misère que Johan Galtung nomme « la violence structurelle. » Il n’y a pas que les armes qui tuent : un système économique injuste, responsable par exemple de la faim dans le monde, est aussi dévastateur que des centaines de bombes. »
Ainsi, dans la pensée de Galtung (politologue norvégien, fondateur de l’irénologie , science de la paix)(voir par exemple Entretien dans « Alternatives non-violentes » n°34,1979), l’absence de violence directe correspond à la « paix négative. » Pour aller dans le sens d’une « paix positive » il faut remettre en cause les violences structurelles.

 

c ) Une classification fondée sur les rapports entre dominants et dominés

 

On distingue les violences institutionnelles, celles des structures économiques injustes et des structures politiques oppressives, les violences insurrectionnelles des opprimés, des sans-droits qui réagissent, les violences répressives qui répondent aux précédentes.
Cette classification est opérationnelle pour comprendre le déroulement de certaines violences alors que, dans le langage courant ou dans les médias, on présente souvent ces violences comme équivalentes. Cette classification reste cependant partielle, elle laisse de côté de nombreuses violences.

 

d ) Une classification fondée sur la puissance collective ou non des violences

 

On distingue alors les violences collectives, liées à un « enracinement » collectif, ainsi les guerres, et les violences personnelles, liées à un « enracinement » personnel, ainsi un harcèlement moral.
La question qui se pose est de savoir quels liens existent entre les deux, on raisonne alors sur les analyses des causes des violences.

 

e ) Une classification fondée sur les violences volontaires et involontaires.

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Dans les violences l’élément intentionnel est essentiel.
Ainsi dans l’horreur du génocide est prise en compte la volonté de détruire. Ainsi dans l’homicide on distingue entre l’homicide volontaire et l’homicide involontaire (par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement).
Même si ce critère n’est pas assez global pour fonder l’ensemble d’une classification, il est évident qu’on devra le prendre en compte dans un ensemble de critères.

 

f ) Une classification fondée sur l’ampleur du conflit

 

Selon Johan Galtung existent quatre grands types de conflits. Le micro-conflit est un conflit au niveau intra-personnel ou interpersonnel. Le méso-conflit est un conflit intra sociétal (intra groupes, inter groupes). Le macro-conflit est celui qui se situe à l’échelle nationale et internationale, celle des Etats. Le méga-conflit est celui des relations entre les continents, des relations entre les civilisations et des relations entre ces deux ensembles.
Si la classification est relativement claire, elle laisse de côté nombre de violences et ne précise pas assez la diversité des violences.

 

g) Une classification fondée sur les grandes violences et les violences dites « banales »

 

C’est probablement une des classifications les plus intéressantes.
On distingue ainsi les grandes violences massives telles que les guerres, et les
autres violences qu’il ne faut pas banaliser mais qui sont souvent présentées comme telles, moins visibles, incorporées à la quotidienneté, telles que des humiliations.
Relativement globale et opérationnelle, cette classification ne couvre pourtant pas l’ensemble des violences. N’y-a-t-il pas d’autres types de violences qui ne se situent dans aucun de ces deux regroupements ? En complétant avec un troisième regroupement cette dernière classification et en la renforçant avec d’autres critères complémentaires, ne pourrait-on pas arriver à une proposition plus porteuse ?
B-Violences et classification proposée

 

 

 

Nous envisagerons les caractères de cette classification (1) et son contenu(2).

 

1- Les caractères de la classification proposée relative aux violences

 

Quels sont les critères de ce choix ? Quels sont les regroupements proposés ? Quelles sont les forces de cette classification ?

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a ) Quels sont les critères sur lesquels repose la classification proposée ?

 

Nous avons choisi essentiellement trois éléments sur lesquels repose cette classification: l’ampleur générale du processus , les moyens employés, les effets des violences.
Un quatrième élément apparait ici ou là à l’intérieur de chaque regroupement : le caractère volontaire ou non de la violence.
Par exemple dans les grandes violences il y a des exceptions, ainsi certaines violences liées à des catastrophes écologiques peuvent avoir des causes non volontaires. Existent aussi des analyses opposées par rapport à l’aspect volontaire de telle ou telle violence : la faim est-elle une violence involontaire ou un massacre organisé ?
Par exemple dans les atteintes à la personne humaine il y a des homicides volontaires et d’autres involontaires, certaines affaires montrent qu’il est parfois difficile d’établir la vérité.
Par exemple dans les violences dites « banales» le caractère volontaire peut-être clair à travers une conscience  de vouloir faire du mal, de porter atteinte à la dignité humaine mais, dans d’autres situations, ainsi dans des « douces violences », la conscience de cette forme d’atteinte peut ne pas exister.

D’autres éléments apparaitront à titre secondaire : ainsi les responsabilités personnelles et collectives, cela au sens moral mais aussi juridique, par exemple la responsabilité des personnes morales par rapport aux atteintes à la personne humaine, ainsi aussi certains éléments des autres classifications qu’elles soient simples ou plus élaborées.
b ) Quels sont les trois grands regroupements de cette classification ?
-Les grandes violences, massives, terrifiantes, porteuses de mort :

Elles sont massives dans les victimes atteintes, cet aspect collectif est omniprésent.
Elles sont terrifiantes dans les moyens employés synonymes d’horreur.
Elles sont dramatiques et horribles dans leurs effets porteurs de morts et de terribles souffrances.

 

-Les atteintes à la personne humaine, aux biens, à la paix publique, à l’environnement :

Elles sont interpersonnelles, Elles sont terrifiantes ou sous formes de violences variables dans les moyens employés.
Elles sont dramatiques, à divers degrés, dans les effets porteurs de morts et de souffrances variables.

 

-Les autres violences qui ne doivent pas être banalisées :

Elles sont fréquentes.
Elles sont incorporées à des modes de fonctionnement et on ne les perçoit pas toujours comme des formes de violences.
Elles sont souvent porteuses de souffrances et ne doivent pas être banalisées.

 

c )Quelles sont les forces de cette classification ?

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Elle est globale, c’est-à-dire qu’elle prend en compte l’ensemble des violences, à ce titre c’est une classification rare. Par exemple elle n’oublie pas les violences économiques, écologiques, elle n’oublie pas non plus la course aux armements qui n’apparait pratiquement jamais dans les classifications.

Elle est cohérente puisque l’on passe des grandes violences  à des violences moins massives pour arriver à des violences que l’on pense parfois banales mais qui ne le sont pas.

Elle a une troisième force : un certain caractère opérationnel par rapport aux manifestations des violences mais, également, par rapport à leurs causes et à leurs alternatives.

 

2- Le contenu de la classification proposée relative aux violences
a)Les grandes violences : massives, terrifiantes, porteuses de nombreuses morts et de grandes souffrances

 

 

Pour établir cette énumération des grandes violences nous combinerons des types proches de grandes violences (guerres, massacres, épurations de masse), des aspects où le droit les qualifie (crimes internationaux), des aspects plus politiques (régimes politiques, terrorismes) des domaines de grandes violences (scientifique et industriel, économique, social, culturel, écologique).

Nous les regroupons sous  dix formes :

– Les guerres, les massacres, les épurations de masse,
– Les crimes internationaux, (crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crime de génocide, crime d’agression),
– Les crimes contre l’ environnement ,
– Les régimes totalitaires et les camps de l’horreur,
-Les régimes autoritaires,
– Les terrorismes,
– La course aux armements,
– Les grandes violences économiques et sociales,
– Les grandes violences culturelles,
– Les grandes violences écologiques.

 

b) Les atteintes aux personnes , aux biens, à la paix publique, à l’environnement
Le document utilisé sera celui très significatif d’un Etat, la France, définissant des crimes et délits, nous ferons ainsi à travers le code pénal un récapitulatif des atteintes portées aux personnes, aux biens, à la paix publique, puis à travers le code de l’environnement des atteintes portées à celui-ci. Ces atteintes ne sont-elles pas autant de formes de violence ?
Nous les regroupons sous  onze formes :
-Les crimes contre l’humanité,
– Les atteintes à la vie de la personne,
– Les atteintes à l’intégrité physique ou psychique de la personne,
– La mise en danger de la personne,
– Les atteintes aux libertés de la personne,
– Les atteintes à la dignité de la personne humaine,
– Les atteintes à la personnalité ,
– Les atteintes aux mineurs et à la famille,
-Les atteintes contre les biens,
– Les crimes et délits contre la nation, l’Etat, la paix publique, la confiance publique, autres crimes et délits,
-Les atteintes à l’environnement.
c ) Les autres violences à ne pas banaliser

 

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Jacques Sémelin écrit « Il y a aussi les violences « banales » dont nous sommes les témoins, les victimes… ou les acteurs. » Cette violence est plus ou moins intégrée à une partie de nos modes de vie, il arrive que nous n’en ayons pas conscience, contrairement aux violences spectaculaires.

Nous les regroupons sous leurs dix formes :
– Les discriminations,
– Les violations des différences,
-Les violences d’oppressions,
-L’instrumentalisation des rapports humains,
– La marchandisation de rapports humains,
-Les effets de l’accélération du système international,
-Les harcèlements dans la vie quotidienne,
– Les violences médiatiques,
– Les douces violences,
-Les violences des casseurs d’horizons.
Remarques terminales
1- Au cours de cette réflexion nous avons constaté que les clarifications de la notion de violences faisaient intervenir de nombreuses notions et réalités proches, parmi elles celle de conflit et une des approches les plus porteuses nous semble être celle de la violence qui serait un dérèglement du conflit.

 

2- Les classifications des violences sont nombreuses, qu’elles soient simples ou qu’elles se veuillent plus élaborées. Une des difficultés est d’arriver à une classification globale qui puisse saisir l’ensemble des violences et qui ait aussi une certaine cohérence. Nous avons proposé trois regroupements : les grandes violences (dix formes), les violences contre les personnes, les biens, la paix publique et l’environnement (onze formes), les autres violences à ne pas banaliser (dix formes).
3- A partir de la classification proposée nous arrivons à la question des contenus des violences (III).

 

 JML