Les générations futures et nous

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Les générations futures et nous

 

             Nous entendons encore les pas de ceux et celles qui viennent de nous quitter, nous entendons déjà les pas de ceux et celles qui vont nous suivre.

 Est-ce que, face aux générations futures, trois questions au moins  ne nous sont pas posées ?

 

1) Que répondre à ceux  et celles qui expriment leur indifférence, leur mépris, ou leur manque de temps pour penser et agir aussi par rapport aux générations futures ?

 

 Ecoutons-les : « Après nous le déluge ! », « Je n’en ai rien à faire, occupons-nous des vivants ! », « Pourquoi épiloguer sur ce qui n’existe pas ? » « Elles devront faire face comme nous l’avons fait, c’est leur affaire. ». « Il y a ceux qui  doivent  s’occuper de leur fin de mois, il y a ceux qui ont le temps et le luxe  de  pouvoir s’occuper de la fin du monde!»

 Que répondre ?

Si vous ne vous intéressez pas aux générations futures demandez-vous si les générations passées  se sont intéressées à vous ? Est-ce qu’elles ont contribué à inspirer,  préparer, construire tel ou tel aspect de vos vies ? De quelles libérations, de quelles chances, ou  bien de quelles difficultés, de quelles  aliénations ont-elles été porteuses ? 

Si vous ne vous intéressez pas aux générations futures demandez-vous si les générations présentes s’intéressent à vous ? Est-ce qu’elles contribuent dans vos vies à des solidarités, des coopérations porteuses de fraternité, de bien-être ou, au contraire, à des compétitions, des fuites en avant, des formes de mépris  porteuses de difficultés, de souffrances ?

Si vous ne vous intéressez pas aux générations futures demandez-vous si les générations futures s’intéresseront   à vous ? Serez-vous encore, pour quelque temps puis de temps en temps, sur les lèvres et dans les cœurs des vivants? L’avenir de vos petits-enfants aura-t-il  dépendu en partie de vous, sous quelles formes ?

Oui : ne  pas faire aux générations futures ce que l’on ne voudrait pas qu’elles nous fassent. Devons-nous, voulons-nous, pouvons-nous faire en sorte qu’elles soient sujets de leurs propres vies et non objets des vies de générations qui n’auront pas su être aux rendez-vous de leurs responsabilités ? Ne fuyons pas  nos responsabilités personnelles et collectives !

2) Quels sont les liens entre les générations futures et l’espérance de l’humanité ?

 

L’espérance de l’humanité çà n’est pas une illusion vaporeuse,  çà n’est pas un lot de consolation distribué par les maitres aux esclaves, çà n’est pas le camouflage d’un gigantesque cimetière des rêves trahis et des espoirs déçus.

L’espérance de l’humanité ce sont les vies de ceux et celles qui nous ont précédés à travers ces témoins, connus et inconnus, luttant contre des forces de mort, contre  des mécanismes terricides et humanicides, c’est aussi ce patrimoine culturel qu’elles nous laissent avec l’immense bonheur de le découvrir et de le partager.

L’espérance de l’humanité ce sont les vies des générations présentesqui, si elles arrivent à mettre en œuvre des moyens démocratiques, justes, écologiques, pacifiques, porteront un projet d’humanité, alors, oui, il les portera à son tour.

L’espérance de l’humanité ce sont les vies de ceux et celles qui vont nous suivre et qui peuvent nous dire : notre confiance en vous nous la risquons encore et encore. Essayez donc, nous vous les prêtons, de construire  le monde aussi avec nos cœurs, nos esprits, nos yeux et laissez-nous la liberté de  construire ce que nous voudrons être.

 Dans le productivisme il est malheureusement logique  que le court terme l’emporte sur le long terme,et pourtant les deux sont interdépendants,ainsi par exemple des créations massives d’emplois dans l’environnement peuvent venir des luttes contre les changements climatiques,2015 a ainsi de multiples liens avec 2050.

3) Quel est notre souffle dans cette chaine des générations ?

 

Ne sommes-nous pas comme les maillons d’une gigantesque  chaine ? Générations présentes nous voilà responsables  de la  transmission du patrimoine commun de l’humanité. Cet immense héritage est à la fois un donné et un projet. Ce patrimoine commun  passe par nous, il devrait nous porter au-delà de nous-mêmes, mon  humanité sera d’autant plus vivante que la voilà partie prenante (« un sac pour recevoir ») et donnante («  un sac pour donner ») de la chaine des générations. L’humanité n’est pas une construction fumeuse, elle s’incarne à travers le temps, elle  peut  contribuer à nous transformer. Serons-nous indifférents, tièdes , somnolents ou voulons-nous devenir des veilleurs debout ?

Ainsi pour résister à l’intolérable et pour construire un monde démocratique, juste, écologique, pacifique, le souffle de ceux et celles qui nous ont précédés et celui de ceux et celles qui vont nous suivre peuvent contribuer à nous porter, mais c’est notre souffle, celui des vivants que l’on attend. Et c’est notre souffle qui nous attend.

Terminons par un vœu ou plutôt un cri : que nos remises en cause donnent plus de marges de manœuvres surtout aux générations qui viennent de naitre et qui naitront dans ces quelques décennies à venir : ne seront-elles pas aux avant-postes de tous les défis? Puissent-elles connaitre la fraternité, l’amitié, l’amour qui  qualifient la vie !

 

JML