Les causes de la dégradation mondiale de l’environnement

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II- Les causes de la dégradation mondiale de l’environnement 

Adoptons la  démarche suivie pour les manifestations de la dégradation : partons d’une vision globale (A), poursuivons par une liste indicative des causes (B), terminons cette démarche en nous demandant s’il existe un facteur aggravant  de ces causes(C).

A- Une cause globale : le système productiviste

1) Les logiques du système productiviste

N’y a-t-il pas au moins  onze logiques profondes qui définissent le productivisme ?

a) La recherche du profit est synonyme de fructification des patrimoines financiers avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques.

 b) L’efficacité économique est synonyme  du  moment où, cessant d’être au  service de la satisfaction de véritables besoins, la recherche d’efficacité devient sa propre finalité.

 c) Le culte de la croissance est synonyme du « toujours plus », de course aux quantités, de mise en avant de critères économiques supérieurs aux critères sanitaires,  environnementaux, sociaux, culturels, de surexploitation des ressources naturelles, de fuite en avant dans une techno science qui a tendance, ici et là, à s’auto reproduire et à dépasser les êtres humains.

d)  La course aux quantités est synonyme d’une surexploitation des ressources naturelles, de surproductions, de créations de pseudos besoins alors que des besoins vitaux ne sont pas satisfaits pour la  grande majorité des habitants de notre planète.

e) La conquête ou la défense des parts de marchés est synonyme d’un  libre-échange tout-puissant qui repose sur des affrontements directs, des absorptions des faibles par les forts, des guerres des prix, des efforts de productivité  qui  poussent  à de nouvelles conquêtes de marchés.

f)  La domination sur la nature  fait de celle-ci un objet au service des êtres humains, ses ressources sont  souvent exploitées comme si elles étaient inépuisables, de toutes  façons certains pensent  que  l’homme est capable de se substituer peu à peu à la nature à travers une artificialisation totalisante, il commence à se dire même capable, après l’avoir réchauffée, de « mettre  la Terre à l’ombre » par de gigantesques projets  technologiques (géo-ingénierie).

g) La marchandisation du monde est  synonyme de  transformation, rapide et tentaculaire, de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités  transformées en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché, d’éléments du vivant (animaux, végétaux) décimés, et d’éléments de l’environnement qui sont entrés dans le marché (eaux, sols, air…).Dans ce système « tout vaut tant », tout est plus ou moins à vendre ou à acheter.

h) La priorité du court terme est synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaboration de politiques à long terme qui soit ne sont pas pensées en termes de sociétés humainement viables, soit  ne sont pas mises en œuvre et disparaissent dans les urgences fautes de moyens et de volontés.

i) L’accélération n’est pas spécifique au productivisme mais elle y est omniprésente  à travers, par exemple, une techno science en mouvement perpétuel, une circulation rapide des capitaux, des marchandises, des services, des informations, des personnes, une accélération qui a  de multiples effets sur les sociétés et les personnes.

k) L’expropriation des élu(e)s et des citoyen(ne)s n’a-t-elle pas tendance, ici ou là, à apparaître ou à se développer ? Ainsi les marchés financiers n’entraînent-ils pas une expropriation du politique par le financier ? La primauté du libre-échange et la puissance des firmes géantes n’entraînent-elles pas une expropriation du social par l’économique ? La compétition n’entraîne-t-elle pas une expropriation de la solidarité par l’individualisme ? La vitesse n’est-elle pas un facteur de répartition des richesses et des pouvoirs qui défavorise ou rejette des organismes et des individus plus lents ?

h)Enfin ,onzième logique, la compétition, elle alimente les dix logiques précédentes et elle est alimentée par ces logiques.Nous sommes entrés dans la révolution scientifique, il faut être novateur, notre droit à l’existence est  fonction de notre rentabilité ( !! )« Etre ou ne pas être compétitif » nous dit le système, si vous n’êtes pas compétitif – pays, région, ville, entreprise, université, personne…- vous êtes dans les perdants, vous êtes morts. «  Chacun invoque la compétitivité de l’autre pour soumettre sa propre société aux exigences systématiques de la machine économique. » écrivait magnifiquement André Gorz.  «  La logique de la compétitivité  est élevée au rang d’impératif naturel de la société » écrit aussi Riccardo Petrella qui dénonce « l’Evangile de la compétitivité ». La compétition est un discours-vérité qui a de très nombreux fidèles  sur terre, ils sont envahis par cette obsession. On est entré dans le grand marché, il faut donc libéraliser, dérèglementer, privatiser, peu importe le sens du « vivre ensemble » et celui du « bien commun ». La compétition est  considérée comme sacrée, elle nous protège, il n’y a plus d’autres critères d’appréciation que la performance, la compétitivité, la rentabilité.

 

 

 

2) Le système productiviste destructeur de l’environnement

a) Le système productiviste est hostile à l’environnement, pourquoi ? Parce  qu’il représente une forme d’expulsion de la nature : d’abord l’homme se veut maitre et possesseur de la nature qui est à son service, ensuite les richesses naturelles sont considérées comme plus ou moins inépuisables, enfin même si la nature est détruite on  pense qu’il est possible de la restaurer.

 On peut même, pensent certains, la recréer pour une large part artificiellement, certains ajouteront : la recréer dans sa totalité. (Totalité,totalisant,totalitaire…)

b) Les défenseurs du système productiviste reconnaissent que l’écologie existe mais ils la considèrent comme devant être au service de l’efficacité économique. Le développement durable est interprété comme étant du développement qui doit durer. On peut le  teinter d’un verdissement de l’économie, mais celui-ci ne doit en rien ralentir la bonne marche des affaires.

 

B-  Une liste indicative impressionnante des causes

Nous distinguerons les causes dominantes(1) puis les causes importantes(2).

1) Les causes dominantes

 Elles sont certainement au nombre de deux. En premier lieu la surconsommation d’une minorité des habitants de la planète (de l’ordre de 1,5 à 2 milliards ( ?  ) sur 7,1milliards  d’habitants ). Les économies des pays développés, et déjà  en partie de pays émergents, sont  dévoreuses d’énergie, de matières premières et produisent d’énormes quantités de déchets et de polluants. Les modes de production, de consommation, de transports n’ont pas été à ce jour remis en cause massivement et radicalement.Le seul exemple des Etats-Unis est criant: ils représentent 20% des émissions de CO2 depuis 1850, leur population est de l’ordre aujourd’hui de 4% de la population mondiale.

En second lieu l’explosion de la population mondiale. Chaque jour un accroissement de la population mondiale de l’ordre de 224.000 personnes représente une empreinte écologique importante  si l’on en reste au productivisme, mais c’est une chance pour l’humanité et pour le vivant si l’on change radicalement cette empreinte écologique par une société écologiquement viable et aussi par un ralentissement de l’explosion démographique.

2) Les causes importantes

Elles semblent au moins au nombre de trois. En premier lieu la pauvreté d’une majorité des habitants de la planète : ainsi par exemple l’utilisation du bois de feu, moyen de survie pour beaucoup de personnes.

En second lieu l’industrialisation  des pays émergents et de pays en développement, qui se fait souvent dans la trajectoire productiviste des pays développés,  les mégalopoles sont le plus souvent  méga polluantes, et  les plus pauvres   souffrent le plus par exemple  des pollutions des eaux.

En troisième lieu les guerres. Depuis 1945 il y a eu  plus de cinq cents conflits armés (civils et inter étatiques), l’environnement  lui aussi en a été victime. (voir article de l’auteur de ce site « Conflits armés et atteintes à l’environnement »,voir aussi  JM Lavieille, «  Droit de la guerre, droit de l’environnement », colloque OMIJ Limoges, 15 et 16 décembre 2008. Actes du colloque, Les droits de l’homme face à la guerre, sous la direction de J.P. Marguénaud et de H. Pauliat, Dalloz, 2009). Les armements sont destructeurs du vivant  dans leur fabrication, cela par une main mise sur des ressources naturelles et dans leur utilisation, cela par les êtres humains et la nature assassinés et blessés.

A tout cela ne s’ajoute-t-il pas un facteur aggravant et , on pourrait même dire, terrifiant ?

 

C-   Un facteur aggravant et terrifiant  

1)  Un facteur aggravant et terrifiant : l’accélération du système international.

 Elle se manifeste de multiples façons : une techno-science omniprésente et toujours en mouvement, un règne de la marchandise toujours à renouveler, une circulation rapide de capitaux, de produits, de services, d’informations qui font de la planète une sorte de « grand village », les déplacements nombreux et rapides des êtres humains, l’explosion démographique mondiale, l’urbanisation accélérée du monde, les discours sur la compétition, personnelle et collective, économique, culturelle, militaire, la prise de conscience d’une fragilité écologique de la planète provoquée par des activités humaines productivistes… Le fait que le productivisme soit devenu comme une sorte de camion fou se comprend particulièrement bien à travers la dégradation et la protection de l’environnement. ( voir sur ce site article « L’accélération du système international », à la rubrique « Dans quel monde vivons-nous ?)

2) L’accélération, une machine infernale par rapport à l’environnement

Pourquoi ? Parce que quatre mécanismes semblent  terrifiants .

 Le mécanisme général : le système international s’accélère, on vient d’en énumérer quelques manifestations.

Second mécanisme : Les réformes et  les remises en cause pour protéger  l’environnement sont souvent lentes : complexité des rapports de force et des négociations, retards dans les engagements, obstacles dans les applications, inertie des systèmes économiques et techniques, sans oublier la lenteur de l’évolution des écosystèmes.

 Troisième mécanisme : l’aggravation des problèmes, des menaces et des drames fait que l’on agit pour une part dans l’urgence, l’urgence tend à occuper une place importante.

 Dernier mécanisme : s’il est nécessaire de soulager des souffrances immédiates,   il est aussi non moins nécessaire de lutter contre leurs causes par des politiques à long terme, ce qui  demande du temps,

 …or  le système s’accélère. Autrement dit : il n’est pas sûr que les générations futures aient beaucoup de temps devant elles pour mettre en œuvre des contre-mécanismes nombreux, radicaux et massifs.

  

Remarques terminales 

1) Le sens de l’abîme.

 

Certains d’entre nous, beaucoup peut-être, se retrouveront dans cette pensée très connue d’Antonio Gramsci : « Il faut avoir à la fois le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. »

 

 Oui, probablement, mais l’optimisme de la volonté il en faut beaucoup, non seulement parce qu’il réduit à la cuisson mais, surtout parce que le pessimisme de l’intelligence a une réserve redoutable.

 Il trouve de quoi s’alimenter dans l’accélération de ce système productiviste autodestructeur qui a quelque chose d’incontrôlable, un système, diraient même certains, devenu fou et dont nous ne serions plus que les fous d’un fou.Face à cela il faut avoir ce que l’on peut appeler « le sens de l’abime ».

 Il faut du temps, même si des événements tels que des crises ou de grandes crises peuvent accélérer des prises de conscience, des réformes, voire des remises en cause de théories et de pratiques, il faut du temps pour que des idées , des moyens , portés par des volontés aux différents niveaux géographiques, à travers des rapports de forces, voient le jour, grandissent et deviennent de véritables contre-logiques, contre-mécanismes pour construire des sociétés viables.

 

Et on peut avoir l’impression profonde de se trouver souvent, d’une part, devant la construction difficile de digues fragiles de la protection de l’environnement et de la lutte contre les catastrophes écologiques et, d’autre  part, devant l’arrivée, sans cesse renouvelée, de puissants fleuves de  la dégradation de l’environnement et de catastrophes écologiques passées, présentes et vraisemblablement surtout à venir.

 

2)  Le souffle d’une espérance possible.

Pablo Neruda fait dire à tous les peuples qui sombrent dans les drames, à tous les peuples martyrs de notre Terre, dans un cri  de douleur terrible et d’espoir fou«Aucune agonie ne nous fera mourir! » Voilà donc ces moments où il peut ne plus y avoir d’espoir et où,si on en trouve la force,il faut commencer à espérer.Ces moments existent entre autres au coeur des catastrophes écologiques.

Voilà des survivants,une personne,une famille, la population d’un Etat, d’une ville,d’une région qui trouvent des forces au delà de leurs forces et qui arrivent à se remettre debout.

Lorsque, dans nos vies personnelles et/ou collectives, existent la grisaille, les brouillards, les ombres, l’obscurité ou les ténèbres de certains instants présents, ne pouvons-nous pas essayer, autant que faire se peut ( ?!…), de les  resituer  dans  la perspective de l’espérance de l’humanité ? Difficile à exprimer, mais encore plus difficile à  vivre…et, pourtant, ce peut être une  force possible que  celle d’entrer dans cette espérance de l’humanité.

La dégradation de l’environnement est massive,multiforme, rapide. Ses logiques,dans le sillage de l’autodestruction du système productiviste, sont terricides et humanicides.

Pour voir le jour des contre-logiques attendent une véritable « métamorphose de l’humanité ». Face aux récessions des volontés comment faire naitre les déterminations personnelles et collectives?

 

 

JML