Les moyens de la protection mondiale de l’environnement

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IV- Les moyens de la protection mondiale de l’environnement  

Il faut d’abord souligner la nécessité vitale de l’ampleur des moyens et des acteurs  de  la protection(A). Il faut ensuite parcourir la panoplie des moyens de la protection, moyens actuels et à créer (B ). Enfin nous terminerons en insistant sur des séries  de moyens dans deux domaines vitaux, l’eau et les changements climatiques (C).

 

A- La nécessité vitale de l’ampleur des moyens et des acteurs de la protection de l’environnement

 

1) L’ampleur des moyens

On doit distinguer l’essentiel et l’important.

   1-Si les stratégies collectives (locales, nationales, continentales, internationales) sont essentielles, il ne faut pas sous-estimer des remises en cause personnelles qui peuvent devenir plus ou moins importantes si elles se multiplient. Le covoiturage et l’économie collaborative(l’usage qui  pré domine sur la propriété) sont deux bons exemples.

   2-Si l’ampleur des moyens financiers reste essentielle, il ne faut pas sous-estimer l’ampleur des moyens scientifiques, technologiques, juridiques,  institutionnels, éducatifs…qui peuvent être  plus ou moins importants mais qui sont eux-mêmes accompagnés de moyens financiers.

  3-Si les politiques à long terme sont essentielles il faut aussi répondre aux urgences.

  4-Si les réformes profondes et les remises en cause radicales du productivisme restent essentielles il ne faut pas sous-estimer les réformes partielles ou un peu plus globales…qui peuvent être plus ou moins importantes.

 

2)  L’ampleur des acteurs

On connait la liste indicative des acteurs : Etats, organisations internationales et régionales, organisations non gouvernementales, collectivités territoriales, entreprises, firmes multinationales, réseaux scientifiques, générations présentes, peuples, personnes…

Les absences de remises en cause ou les remises en cause de l’empreinte écologique d’une personne ne sont pas celles d’une ville, d’une firme géante ou d’un Etat.

   1-Il y a donc, en particulier selon les acteurs, des dégradations et des protections secondaires, importantes, ou massives.Il est évident que serait essentiel le  fait,  par exemple, que les Etat-Unis et la Chine remettent en cause massivement leurs émissions de gaz à effet de serre qui étaient en 2012  de presque 50% du total mondial,c’est dire le poids de ces deux acteurs.

   2-Il est essentiel de distinguer l’importance des stratégies selon leurs étendues locales, nationales, continentales, internationales ,et bien sûr de créer des liens entre ces niveaux géographiques qui sont aussi des ordres juridiques.

 

   3-D’autre part plus on est au cœur du productivisme, à travers la techno science et le marché mondial, plus la remise en cause va être essentielle dans les contre-mécanismes.

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B- Une énumération indicative  des moyens de protection de l’environnement

Il est primordial de ne pas confondre des moyens secondaires et d’autres qui peuvent peser lourd dans la protection et de ne pas oublier de distinguer des moyens en vigueur et d’autres souhaitables voire vitaux.

Il est primordial également d’avoir une vue globale, une méthode pour y arriver est d’énumérer des moyens à partir de critères différents, quatre critères sont proposés ici.

Nous partirons de moyens d’amont en aval de la dégradation et de la protection, ces principes qui vont encadrer le droit(1), nous retrouverons ces moyens ensuite dans différentes modalités juridiques(2), puis nous les découvrirons  par domaines d’activités(3), enfin dans des alternatives qu’ils peuvent constituer(4).

1 ) Des moyens de protection sous la forme de principes d’amont en aval

 a) L’appel aux principes comme moyens de protection.

 C’est le droit international de l’environnement(DIE)  qui comprend à ce jour le plus grand nombre de principes. A ce jour, début 2014, on peut considérer que les principes de DIE approchent la trentaine. C’est dans ce vivier juridique que les Etats vont souvent puiser.

La gestation d’un principe est le produit de sources profondes. Un principe peut être le produit, dans des proportions variables, de problèmes de drames et de menaces écologiques, du développement de la techno science, de divers intérêts économiques, de rapports entre les Etats (par exemple du Nord et du Sud), de pressions d’ONG, de réactions des citoyen(ne)s, de données scientifiques, de travaux d’experts, d’articles et d’ouvrages, et bien sûr de négociations diplomatiques…

D’un point de vue général quelle définition en donner ? Un principe c’est, selon les cas, une cause première, une proposition admise comme base de raisonnement, une règle générale qui guide la conduite, une règle élémentaire d’une science, d’un art, d’une technique. Du point de vue du droit, en simplifiant on peut dire qu’il s’agit  d’une règle juridique générale formulée dans un texte de droit positif c’est-à-dire en vigueur.

 Ces principes  sont consacrés dans des déclarations juridiquement non contraignantes et dans des conventions juridiquement contraignantes pour les Etats parties. On retrouve certains  principes dans des textes régionaux ( traités, règlements, directives par exemple pour l’Union européenne) et aussi  dans des textes nationaux, ainsi dans des constitutions (en France par exemple depuis 2005 avec une Charte de l’environnement à valeur constitutionnelle qui comporte un préambule et dix articles), dans des lois …

Ces principes sont rattachés à des concepts qui sont beaucoup plus vastes. Ils inspirent, orientent le DIE, alors que les principes l’enracinent, l’encadrent. A ce jour il y a trois concepts : le développement durable, omniprésent, à géométrie variable, auquel se rattachent de nombreux principes énumérés surtout dans la Déclaration de Rio de 1992, puis un concept qui donne sens et qui est au cœur du DIE, l’intérêt commun de l’humanité, auquel se rattache par exemple le principe de précaution. Un troisième concept contribue à décoloniser la pensée productiviste, il s’agit de la détermination de limites au cœur des activités humaines, auquel se rattache par exemple le principe de réduction et d’élimination des modes de production et de consommation non viables (  un des rares principes radicaux  de la Déclaration de Rio de 1992,c’est le principe 8.)

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b) L’énumération des principes de protection dans une classification opérationnelle.

Nous avons proposé dans nos ouvrages de DIE cette nouvelle classification des principes d’amont en aval et aussi dans l’ensemble de la protection. Même si elle est relative (par exemple un principe situé en aval peut avoir des effets en amont et réciproquement) cette classification nous semble la plus opérationnelle pour les acteurs.

 Ajoutons enfin que ces principes sont essentiels dans la mesure où l’on s’en empare, c’est-à-dire où les négociateurs, les parlements, les exécutifs les consacrent dans des textes, et dans la mesure où on les applique, dans des rôles différents interviennent ainsi administrations, juges (nationaux, régionaux, internationaux), ONG, citoyen(ne)s…

Quels sont à ce jour (janvier 2014) ces principes, moyens de protection de l’environnement ?

Les principes de DIE ayant vocation à se situer dans l’ensemble de la protection:

 

1. Le droit à l’environnement

2. L’obligation ou le devoir pour tous les États de conserver l’environnement

3. La souveraineté des États sur leurs ressources naturelles

4. Le principe de coopération

5. Le principe de l’intégration de l’environnement au développement

6. L’obligation des États de résoudre pacifiquement leurs différends environnementaux

7. Le principe des responsabilités communes mais différenciées des États

8. L’interdépendance entre la paix, le développement et la protection de l’environnement

9. Le principe de non régression (en gestation).

Les principes de DIE ayant vocation à se situer  en amont de la protection :

 1. La réduction et l’élimination des modes de production et de consommation non viables

2. Le principe de méthodes de production propres

3. Une gestion écologiquement rationnelle

4. L’utilisation équitable d’une ressource partagée

5. Le devoir de tout État d’éviter les dommages causés à l’environnement au-delà des frontières nationales

6. Le principe de prévention et la surveillance de l’environnement

7. Le principe de prévention et l’évaluation des activités (études d’impacts) pouvant avoir des effets nocifs sur l’environnement

8. L’information et la consultation préalables

9. Le principe de précaution.

Les principes de DIE ayant vocation à se situer en aval  de la protection de l’environnement: 

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1. La notification immédiate des situations critiques

2. La coopération trans frontière en cas d’accident industriel

3. Le devoir d’assistance écologique

4. La non-discrimination et l’égalité de traitement des victimes des pollutions trans frontières

5. La responsabilité pour dommages causés à l’environnement

6. La remise en état de l’environnement

7. Le principe pollueur-payeur

8. Le respect des droits des déplacés environnementaux (en gestation).

 

2)  Des moyens  de protection selon des dispositifs   juridiques

 

   a) A titre prospectif : conclusions de nouvelles conventions et de nouveaux protocoles

De façon globale pour ce qui est du droit international de l’environnement les moyens sont clairs : renforcer son application, rendre plus opérationnels ses principes, dégager de nouveaux moyens financiers et institutionnels,  conclure de nouvelles conventions

     1-Ainsi des conventions créant des institutions : une Organisation mondiale de l’environnement, une Organisation mondiale des déplacés environnementaux, une Organisation mondiale d’assistance écologique,

     2-Ainsi des conventions mondiales de protection : convention de protection  des  sols, convention de protection  des forêts, convention  contre les pollutions telluriques …

     3-Ainsi de nouveaux protocoles, en particulier de réductions massives et radicales  des gaz à effet de serre.

 

  b) Une liste indicative de  modalités juridiques de protection des espèces et des espaces

Du point de vue de la protection des espèces : listes d’espèces protégées, interdictions de production, de détention, de transport, d’importation, d’exportation, de ramassage, de récolte et de capture de certaines espèces aux niveaux national, régional, international.

 On trouve aussi des méthodes partielles de protection, ainsi des périodes et des moyens relatifs à la chasse et à la pêche…

Voilà des méthodes de protection qui se veulent plus globales, ainsi le contingentement, les habitats et les zones protégées, la protection des écosystèmes.On crée aussi des zones protégées qui comportent plusieurs objectifs dont la flore et de la faune sauvages, entreprise qui a consisté à établir un réseau européen d’espaces protégés « Natura 2000 ».

(Sur le droit de l’animal voir la remarquable  Revue semestrielle de droit animalier(RSDA),publiée depuis 2009,sous la direction de Jean-Pierre Marguénaud et Florence Burgat, Jacques Leroy, la RSDA est en ligne sur internet.)

 

Du point de vue de la protection des espaces : la protection des habitats naturels amène à prévoir des  espaces protégés dans lesquels les propriétaires privés comme publics doivent respecter des interdictions ou des contrôles de certaines activités, de certains travaux, et aussi des restrictions à la circulation.

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 Certains espaces protégés ont des régimes juridiques souples, ainsi en France les espaces naturels sensibles des départements ou les parcs naturels régionaux.

 D’autres espaces protégés ont une protection beaucoup plus rigoureuse, il s’agit des parcs nationaux, des réserves naturelles, des biotopes, de certaines forêts.

 c) Des moyens  prospectifs de protection des espèces et des espaces

Trois éléments prospectifs peuvent être mis en avant.

   1- L’importance des méthodes combinées, partielles et globales. Si l’on veut véritablement protéger la faune sauvage ne faut-il pas associer des méthodes partielles et des méthodes globales ? Par exemple si l’on veut éviter l’effondrement de stocks de poissons ne faut-il pas à la fois protéger les zones où les poissons vont se reproduire, créer des zones interdites à la pêche, interdire la pêche des grands fonds et les filets dérivants, prohiber la pêche des espèces en voie d’extinction ? Ne faut-il pas aussi, parallèlement, organiser divers types de reconversions d’une partie des industries de pêche ?

   2- Le recours aux espèces protégées et aux espaces protégés. On ne peut pas enrayer et arrêter le déclin de la diversité biologique sans recourir aux espèces et aux espaces protégés.  Cela signifie qu’il faut développer massivement  le nombre d’aires protégées, elles sont plus de 100.000 et couvrent environ 11,5% des terres de la planète. Certes elles ont été multipliées par 4 depuis 1970, mais leur surface totale représente en 2012 seulement la superficie des Etats-Unis et du Canada. L’effort de création  est donc gigantesque.

 Il faut également protéger les milieux  oubliés, par exemple les écosystèmes marins profonds et aussi les milieux négligés (lacs, mers intérieures, déserts…).

 Cela signifie aussi qu’il faut respecter des objectifs internationaux qui avaient voulu placer en  2012 au moins 10% des écosystèmes marins en aires marines protégées, on en est loin. En 2000 il y avait 4600 aires marines qui couvraient 0,6% de la surface des océans, on était seulement à 0,8% en 2009, le rythme des créations des aires marines protégées doit s’accélérer, elles doivent devenir massives.

 Cela signifie enfin construire des réseaux de réserves, les aires protégées peuvent être reliées par des « couloirs écologiques »,  par exemple celui créé en Amérique Centrale en 1997.

 

   3-Vers une « réconciliation » entre les êtres humains et la nature ?

Le recours aux espèces et aux espaces protégés est nécessaire mais il ne peut à lui seul enrayer et arrêter le déclin de la diversité biologique. Depuis quelques années des scientifiques, de plus en plus nombreux pensent que la conservation de la nature doit être intégrée à l’aménagement du territoire. On retrouve ici un des grands principes de la Déclaration de Rio de 1992, le principe d’intégration. Il s’agit d’intégrer les variables économiques, sociales et culturelles à la protection de l’environnement.

On peut aussi y ajouter la nécessité d’un ralentissement de l’explosion démographique, explosion qui participe aux pressions sur l’environnement.

 

d) Les autre moyens juridiques de protection de l’environnement

Du point de vue des pollutions  il existe un droit de contrôle et de prévention des pollutions sectorielles, pour l’air, l’eau, les produits chimiques, les déchets radioactifs, les déchets domestiques et industriels, les produits phytosanitaires, les pesticides, les organismes génétiquement modifiés, le bruit.

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Du point de vue des installations classées pour la protection de l’environnement les activités les plus polluantes sont soumises à partir du degré de pollution soit à un régime d’autorisation préalable soit de simple déclaration, une liste (nomenclature) est tenue à jour.

Du point de vue des risques technologiques majeurs existe un droit des risques, ainsi par exemple dans l’Union européenne à partir de la directive Seveso renforcée en France depuis une loi de juillet 2003 après la catastrophe de Toulouse (usine AZF, 2001)

Existe également un droit des paysages par exemple à travers la Convention de Florence de 2000 dans le cadre du Conseil de l’Europe,

 Existe un droit de protection des sites par exemple dans le cadre de l’Unesco,

 Existe un droit de l’environnement urbain à travers par exemple des Agendas 21 locaux, un urbanisme influencé par la protection de l’environnement,

 Existe un droit rural pris entre, d’une part, une agriculture intensive, une utilisation massive des pesticides, une déforestation, des pollutions de cours d’eau, des sols bétonnés et, d’autre part, des espaces protégés, une agriculture biologique…

Existe aussi un droit qui tend à préserver le patrimoine historique et culturel.

 Existe enfin un droit de l’environnement côtier, ces espaces naturels fragiles vont vers des régimes de gestion intégrée tant du point de vue des espaces que des politiques et des acteurs. ( sur l’ensemble des moyens juridiques voir Michel Prieur, Droit de l’environnement, Précis Dalloz, 6ème édition, 2011.)

 

3)  Des moyens de protection selon  différents domaines

 

   1-Parmi les moyens scientifiques, de façon générale il faut poser la question des pouvoirs et des  limites de la techno science. De façon particulière par exemple mettre en œuvre le partage des connaissances Nord-Sud, organiser des expertises contradictoires.

En termes prospectifs un moyen radical serait  de conclure une convention  d’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive comme étant contraires à l’intérêt commun  de l’humanité et contraires  à la protection du vivant.

  2-Parmi les moyens technologiques les technologies propres d’amont en aval,

  3-Parmi les moyens économiques la réduction  et la suppression des moyens de production, de consommation et de transports écologiquement non viables,

  4-Parmi les moyens financiers les écotaxes les plus justes  possibles,en particulier sur les énergies fossiles,

  5-Parmi les moyens politiques les volontés d’élaborer des politiques à long terme,

  6-Parmi les moyens institutionnels les créations d’une Organisation mondiale de l’environnement,  d’une Agence mondiale d’assistance pour faire face aux catastrophes écologiques, d’une Organisation mondiale des déplacés environnementaux,

  7-Parmi les moyens éducatifs l’éducation à l’environnement de la maternelle à l’université…

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4 ) Des  moyens de protection selon des alternatives possibles

Une énumération  globale et récente d’ONG nous l’avons trouvée dans l’appel d’octobre 2013 ci-dessous.

Quatre vingt dix organisations  dans le cadre d’Alternatiba, (en octobre 2013,à Bayonne), ont dressé une liste indicative d’alternatives écologiques et anti productivistes .Cet appel du 29 août 2013  s’intitule « Ensemble construisons un monde meilleur en relevant le défi climatique »:

« Loin des fausses solutions-injustes dangereuses et inefficaces-prônées par certains (géo-ingénierie,OGM, agro-carburants, marchés carbone,mécanismes de compensation,nucléaire etc…),des milliers d’alternatives aux causes du changement climatique sont en effet mises en pratique tous les jours par des millions d’individus,d’organisations,de collectivités locales dans les domaines les plus divers. »

On casse ce que l’on disait ou pensait être des fatalités,on lance des laboratoires on imagine des solutions,on ouvre des chantiers,on rejoint des chantiers :

« Agriculture paysanne, consommation responsable, circuits courts, relocalisation de l’économie, partage du travail et des richesses, conversion sociale et écologique de la production, finance éthique, défense des biens communs(eau, terre, forêts),souveraineté alimentaire, solidarité et partage, réparation et recyclage, réduction des déchets, transports doux et mobilité soutenable, éco rénovation, lutte contre l’étalement urbain, lutte contre l’artificialisation des sols, aménagement du territoire soutenable, démarches de préservation du foncier agricole, défense de la biodiversité, sobriété et efficience énergétiques, énergies renouvelables, plans virage énergie climat, villes en transition, sensibilisation à l’environnement…etc. : les alternatives existent, elles ne demandent qu’à être renforcées, développées, multipliées ! « 

L’Appel se termine comme suit:

« Nous pouvons ainsi continuer à changer concrètement les choses chacun chacune à notre niveau, et également renforcer la dynamique, la prise de conscience, le rapport de force permettant d’avancer vers les bonnes prises de décisions tant au niveau local qu’au niveau global. »

 Ainsi ces prises de consciences et ces pratiques  tracent des chemins alternatifs qui se veulent porteurs de protection de l’environnement.

 

C-  Deux séries d’exemples de moyens de protection

Par quels moyens  faire face aux problèmes, menaces et drames environnementaux relatifs à l’eau et aux changements climatiques ?

 

1) Des moyens de lutte par rapport aux pénuries et aux pollutions de l’eau

a)  Des moyens généraux :

 les  luttes contre le réchauffement climatique, le  ralentissement de l’explosion démographique, la préservation des milieux  humides, les remises en cause  d’obstacles au cycle naturel de l’eau (urbanisation, bétonnage)…

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b)  Des moyens spécifiques :

 la création et le développement d’infrastructures d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) demande que les Etats y consacrent 1% de leur PNB…

Des politiques d’économie de la consommation, en particulier luttes contre les gaspillages, grande consommatrice l’agriculture pourrait être plus frugale, parmi les solutions : l’émergence d’un secteur agricole structuré par des coopératives et des associations d’usagers de l’eau. Une meilleure gestion de l’eau, le goutte à goutte, les remplacements des canalisations (perditions importantes)…

Des politiques d’organisation et de création de barrages (50.000 de plus de 15 mètres, 800.000 moins importants) cependant de nombreux impacts sur l’environnement)…

Des moyens techniques de développement des réserves : sondages des eaux souterraines, ravitaillement par cargos, transferts d’eau au niveau régional, dessalement de l’eau de mer, tuyaux flexibles posés au fond des océans, transports d’icebergs, réutilisation des eaux de pluie…

c)  Des moyens juridiques :

Le droit des luttes contre les pollutions des eaux douces (législations relatives aux eaux usées, aux ordures domestiques, aux pesticides, aux déchets industriels, aux déchets radioactifs…)

La prévention des conflits ou même des guerres de l’eau  par des accords de cours  d’eau ,  la « diplomatie de l’eau » doit voir le jour.

Le PNUD demande que la communauté internationale reconnaisse le droit fondamental de tout être humain de disposer d’au 20 litres d’eau potable par jour, eau gratuite pour les plus pauvres.

Il faudrait cesser de penser l’eau comme une ressource illimitée, limiter notre consommation, tous les usagers sont concernés (particuliers, industries, agriculture).

L’or bleu est l’enjeu d’une bataille planétaire, d’un côté la pente la plus forte, celle d’une marchandisation de l’eau (« pétrolisation »de l’eau), la loi du marché, de l’autre côté celle d’un « contrat mondial de l’eau », eau qui serait consacrée comme patrimoine commun de l’humanité, avec un accès pour tous à l’eau potable et à l’assainissement.

 Ainsi ne faut-il pas aller, à travers des rapports de forces, vers une convention mondiale de protection et de partage de l’eau ?

2)  Des moyens de lutte contre le réchauffement climatique

Il est clair qu’en décembre 2015 à la Conférence de Paris trois avancées sont vitales: des engagement de tous les pays,des réductions massives des émissions de GES,des promesses financières tenues par les pays industrialisés pour l’aide à l’adaptation au réchauffement.

De façon plus exhaustive qu’en est-il des moyens en amont et en aval pour lutter contre le réchauffement ?

a)  En amont :

Ce sont des moyens vitaux qui doivent devenir massifs:

Consommer  moins pour une partie des habitants de la planète,

brûler moins d’énergie,

économiser les ressources,

développer les énergies renouvelables (voir développement ci-dessous),

produire et consommer autrement,

se  déplacer autrement,

développer massivement des technologies propres,

recycler les déchets,

organiser une fiscalité écologique redistributive et juste, fondée surtout sur les écotaxes,

créer des fonds internationaux (taxes sur les énergies polluantes, sur les transactions financières),

remettre en cause des financements publics pour les énergies fossiles,

étendre et protéger le patrimoine commun de l’humanité…

Certains auteurs, certains citoyen(ne)s et mouvements sont favorables à une « décroissance »fondée, entre autres, sur une relocalisation des activités , sur une remise en cause des surconsommations …(voir Jean-Jacques Gouguet, Développement durable et décroissance, deux paradigmes incommensurables, in Mélanges en l’honneur de M. Prieur, 2007, Dalloz.)

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b) En amont, un moyen essentiel : les énergies renouvelables porteuses d’emplois

Selon le rapport 2014 de l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA)  fin 2013 il y avait près de 6,5 millions d’emplois au niveau mondial  dans l’éolien,le solaire,la biomasse,  l’hydroélectricité…

 

Ces emplois étaient  essentiellement en Chine(2,6 millions),au Brésil(0,89), aux Etats-Unis (0,62). En Europe  il y avait 1,24million d’emplois dont surtout 0,37 en Allemagne.Par ordre d’importance en nombre d’emplois dans le monde le photovoltaïque(2,3millions d’emplois)arrivait en tête fin 2013.

 

c) L’exemple d’une véritable  politique de l’Union européenne dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Parmi les moyens  à privilégier ceux d’objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre de – 55% en 2030 par rapport aux niveaux de 1990,une part des énergies renouvelables de 45% de la consommation d’énergie en 2030,une baisse de la consommation d’au moins 30% d’ici 2030.

De même une remise en cause des subventions  et des investissements accordés aux énergies fossiles,enfin la création d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne…

 

d) En aval

Ce sont des moyens essentiels qui deviendront vitaux si les luttes en amont globalement échouent. A leur tour ces moyens devront être massifs.

Une assistance écologique rapide, multiforme, massive organisée à tous les niveaux géographiques,

Des droits attribués aux déplacés environnementaux, ( voir par exemple: Présentation du projet de convention relative au statut international des déplacés environnementaux,  J.P. Marguénaud  J. Bétaille, J.M.Lavieille, revue européenne de droit de l’environnement, REDE n°4, 2008.). Ce projet  a été élaboré par des membres des équipes du CRIDEAU, du Centre de recherche sur les droits de la personne, et du CIDCE (avec M.Prieur.) , une vingtaine de personnes ont enrichi le texte.Voir site du CIDCE.

Des aides financières pour l’adaptation des pays du Sud.Cette aide, dérisoire à ce jour, ne s’attaque pas aux causes mais aux effets du réchauffement,elle est cependant absolument nécessaire,demain elle devra prendre une importance gigantesque,le seul exemple du financement des digues à consolider,à créer, va devenir criant d’année en année.

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e)  Enfin que penser d’une série de  moyens  particuliers gigantesques : des projets de géo ingénierie?

Quels moyens? Par exemple la séquestration de gaz à effet de serre,des ballons  de souffre, un miroir géant dans l’espace…) tout cela  pour « mettre la Terre à l’ombre ». Qu’en penser? Un « Oui mais à de multiples et draconiennes conditions » : 1-Que tous les projets soient démocratiques (décidés par l’ensemble des Etats), justes (à destination de tous les peuples du monde), pacifiques (que ces recherches ne soient pas utilisées à des fins militaires) et écologiques (une absence  d’effets collatéraux importants à court moyen et long termes). 2-Que ces projets ne désengagent pas financièrement et ne déresponsabilisent pas politiquement des politiques de réduction des gaz à effet de serre, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas conçus comme « le » remède miracle de la techno science mais comme une solution avec les autres solutions.

 Des projets de géo ingénierie  sont en route, comment faire en sorte, qu’ils ne soient pas  productivistes et scientistes ? Une fois de plus le droit risque d’arriver trop tard, ne pourrait-il pas  consacrer ces conditions dans une convention internationale ? Ou bien, plus modestement, déterminer et consacrer ces conditions pour un projet, par exemple la séquestration des gaz à effet de serre?

 f)  Au moins deux engagements concrets contribueraient à préparer de véritables avancées de la 21ème Conférence des Etats parties sur les changements climatiques(Paris,décembre 2015):

D’abord mettre en avant un objectif de réduction par rapport à 1990 des gaz à effet de serre d’au moins 55% d’ici 2030,et ne pas attendre 2020(entrée en vigueur du futur accord de 2015) pour aller dans ce sens.Les écotaxes sont un des moyens essentiels.

Un accord entre les Etats-Unis et la Chine (12-11-2014) est un tout petit pas en ce sens: pour les Etats-Unis l’annonce d’une réduction de 26 à 28%  des émissions de GES d’ici 2025 par rapport à 2005,pour la Chine un engagement sur un pic des émissions de GES fixé « autour de 2030 ».

Ensuite dégager des financements massifs pour l’adaptation aux changements climatiques fondés en particulier sur une véritable taxe sur les transactions financières.

 

Remarques terminales

 

 

1-Le passage d’un système international  anti écologique  à une communauté mondiale  écologique reposerait principalement sur les éléments suivants:

  

Remises en cause d’activités polluantes (réductions et suppressions des modes de production, de consommation, de transport écologiquement  non  viables)

Programmes massifs réalisant l’effectivité  du  droit à l’eau potable  et du droit à l’assainissement

Revitalisation des régions profondément dégradées (programmes massifs à tous les niveaux géographiques)

Transitions énergétiques (développement massif des énergies renouvelables, économies massives d’énergie, sortie rapide du nucléaire) 

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Conclusions de nouvelles conventions mondiales (convention créant une Organisation mondiale de l’environnement,convention  créant  une Organisation mondiale et régionale d’assistance écologique,convention sur les  droits des déplacés environnementaux, conventions de protection  des  sols, convention de protection  des forêts, convention  contre les pollutions telluriques …) et de nouveaux protocoles(en particulier de réductions massives et radicales  des gaz à effet de serre).

 

 

 

2) Comme le dieu Janus, le défi écologique a deux faces.

 

Le défi du temps : il  risque ne pas être très long pour ralentir et remettre en cause la dégradation mondiale de l’environnement, très probablement un cadran de l’humanité dont la plupart des voyants seront en alerte rouge  à partir de 2040, 2050.

Le défi de la radicalité : plus on attend pour créer des contre-mécanismes face au productivisme, plus ces contre-logiques devront être  radicales, c’est-à-dire se traduire par des remises en cause massives et plongeant jusqu’aux racines de la dégradation écologique.

3)  Que sera la prochaine conférence des Nations Unies sur l’environnement si elle voit le jour en 2022?

Elle sera difficilement celle où l’on décide que l’on décidera plus tard.Ce sera probablement soit celle de la descente vers des drames de l’irréversibilité écologique,soit celle du sursaut,précédé par d’autres,préparant une métamorphose de l’humanité.

 4)  Une fois de plus ne sommes-nous pas devant cette question:

  comment faire naitre les déterminations individuelles et collectives, de tous les acteurs aux différents niveaux géographiques, dans l’ensemble des activités,

  pour passer du productivisme au développement durable

 et du développement durable à une société écologiquement viable ?  

JML