Les souffles du monde ?

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AU  TRESOR

DES SOUFFLES

                                             

                                        

 

 

 

LES SOUFFLES DU MONDE ?

 

NOTRE SOUFFLE !

 

UN SOUFFLE…

 

 

 

 

 

 

 

Recueil de citations et de textes rassemblés par

                                                                               Jean-Marc Lavieille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                    SOMMAIRE                                                    

 

        Sommaire, cette page p :2

              Table des matières: voir  à la fin de chaque partie

        Avant-propos p :3

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 Première partie  LES SOUFFLES DU MONDE ?  p : 5

 

           I   QUELLES FORCES SOUFFLENT  DANS  LE MONDE? p : 5

 

        II   DERNIERS  SOUFFLES DU MONDE ? p : 40

 

       III   NOUVEAUX SOUFFLES DU MONDE ? p : 73

 

 

Seconde partie  NOTRE SOUFFLE !  p : 117

 

               I  CHERCHER SON SOUFFLE ! p : 117

 

                II  AVOIR ET/OU RETROUVER SON SOUFFLE ! p : 137

 

              III  NOS SOUFFLES DE VIE ! p : 175

 

 

Troisième partie UN SOUFFLE…p : 212

             I  SOUFFLE QUI PASSE …p : 212

 

            II  SOUFFLE QUI  S’ETEINT …p : 233

 

          III  AUTRE SOUFFLE…AILLEURS ?!…p : 252

 

            Dernier mot  p : 255

               Index p : 256

               Table des matières p :272

Avant-propos                                                                                                                                            

                        Ce livre voudrait répondre à deux objectifs :

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            I-  Un livre dans lequel sont rassemblés toutes sortes de textes:

 

·       Textes différents dans la forme:

 

·       Articles, chansons, citations, contes, essais, histoires, interviews, mots d’enfants, poésies, prières, proverbes, romans, théâtre, science-fiction, témoignages…

Ce regroupement est donc original puisqu’ existent des dictionnaires de citations, des recueils de textes dans une discipline (par exemple la philosophie) mais pourquoi ne pas essayer de rassembler des textes nous tenant à coeur et que nous rencontrons au long de nos vies?

 

·       Textes différents dans le contenu:

·        Questions et enjeux personnels et collectifs, activités sociales, politiques, culturelles,… acteurs aux différents niveaux géographiques, textes faisant intervenir intelligence, sensibilité, émotion… Textes qui mettent en avant des joies, des espoirs, des créations, des paroles pleines de vie mais qui essayent aussi de témoigner de tristesses, de désespoirs, de destructions, de souffrances et de luttes face à elles.

Est particulièrement mise en avant l’articulation entre les choix personnels et collectifs. Pourquoi ne pas trouver un ouvrage où des citations parlent de chacun de nous, des autres, du monde ?

 

·       Textes différents du point de vue de leurs auteurs:

·       Qu’ils soient illustres, connus, moins connus ou anonymes, qu’ils soient anciens ou contemporains, français ou étrangers, hommes femmes enfants, jeunes ou moins jeunes…

 

II-Un livre dans lequel on peut trouver petits et grands souffles:

 

·       Face au sentiment de fatalité:

·        Je sais ce qu’il faudrait faire mais je ne trouve pas l’énergie pour le faire… Ce livre peut aider à surmonter ce sentiment d’impuissance, il peut contribuer, modestement et à sa façon, à mobiliser des énergies.

 

·       A travers différents lieux et à différents moments de nos vies:

·       Ainsi à travers des enseignements, des actions militantes, des discussions en famille et avec des amis, à travers diverses rencontres, à travers des lettres, avant des décisions à prendre, avant des réunions, ou tout simplement pendant des moments de repos, pendant un voyage … nous pourrons puiser de temps à autre dans cette forme de vivier.

 

·       Ce livre pourra intervenir pour accompagner des joies, des souffrances, des espoirs, des doutes

·        Il peut être un compagnon fidèle de certaines de nos réflexions, de nos actions, de nos créations, de certains de nos projets aussi. Oui, il voudrait être une sorte de vivier intellectuel et affectif.

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Ajoutons à cela deux réflexions: l’une sur la structure du livre, l’autre sur les citations:

 

    – Structure du livre :

 

Bien entendu la répartition des citations et des textes est personnelle: elle témoigne d’une certaine vision du monde. Elle est aussi en partie arbitraire dans la mesure où une citation pourrait bien sûr, ici ou là, se trouver à l’intérieur d’autres thèmes.

 Nous avons pourtant pris pour principe de ne pas répéter une citation, sauf exceptions volontaires.

 D’autre part nous avons proposé quelques réflexions personnelles signées par les initiales, JML.

L’index peut aider aussi à la lecture de ce recueil.

 

    Les citations, les mots, les livres…

 

S’agit-il d’ « un rempart de brindilles… »  ( titre d’un poème de René Char ) ?

 

S’agit-il « de papillons: on en attrape quelques uns, on laisse échapper les autres » 

 

« Les mots qu’on a lus dans un petit livre de lumière et même sur une vieille affiche déchirée et même dans un vieux carnet trempé de pluie, ces mots vous rattrapent toujours. Ils se couchent dans le creux de l’oreille. Ils vous réveillent la nuit. Ils vous appuient sur le cœur. Ils vous consolent. Ils vous éclairent même quand il fait sombre. »

Françoise Lefèvre

‘‘Je suis – comme pas un – sensible à ces pauvres mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n’ai pas connus’’.

Louis Aragon

Un dernier mot avant l’embarquement sur le pont du « Au trésor des souffles »

– Vous avez entre les mains un travail construit pendant de nombreuses années. Vous connaissez certains textes, vous en découvrirez d’autres, il y en a beaucoup de merveilleux.

 A chaque début de cours, dans les  grands amphis ou les petites salles, j’ai écrit au tableau une ou deux citations pendant quarante et une années, beaucoup  d’étudiants  les recopiaient, en réclamaient d’autres, remerciaient par de petits mots, m’en proposaient après le cours.

-Ce recueil, que  j’avais tiré à compte d’auteur et donné, pour mes soixante ans en  2006, à mes familles et ami(e)s, je le remets à chacun chacune de vous,  lecteur lectrice de ce site.

 Vous le donner  de cette façon me donne l’impression que nous sommes un peu côte à côte accompagnés par ces citations et ces textes. C’est une chance, une joie, une force, que dis-je : un souffle !

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Merci, merci est un si doux refrain

Que je vous dirai merci jusqu’à demain matin…

 

 

Puisons dans le trésor des petits et des grands souffles !

                                   Et partageons-les !


 

 

 

 

         PREMIERE PARTIE

    LES SOUFFLES DU MONDE ?

 

 

  I QUELLES FORCES SOUFFLENT DANS LE MONDE ? p : 12

 II DERNIERS SOUFFLES DU MONDE ? p : 43

  III NOUVEAUX SOUFFLES DU MONDE ? p : 73

    I-    Quelles forces soufflent dans le Monde ?

 

                                                                        1 – Le Marché Mondial

                                                     Histoire    du   marché mondial

Après le marché des marchands des XVème et XVIème siècles, après celui des manufactures du XVIIème jusque vers 1850, celui des monopoles de 1850 à 1914, voilà depuis 1914 et surtout depuis 1945 le marché mondial avec ses piliers : les Etats, les organisations intergouvernementales, les firmes géantes, la techno science, les marchés financiers. Enfin, vivant ou survivant au milieu de tout cela, les acteurs humains : les personnes, les peuples, l’humanité.

JML

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                                                       Puissance  du marché mondial et de l’argent

Tout ce que le marché voit il le touche, tout ce qu’il touche il l’emballe, au marché tout est marchandise.

François Salvaing

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La quête sanglante du profit et du pouvoir, la dictature omniprésente de la marchandise…

Raoul Vaneigem

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La force prime le droit, et l’or prime la force.

Jean Rostand

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La société de consommation, qui consomme les gens, oblige les gens à consommer.

Eduardo Galeano

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Le marché mondial, puissance suprême, plane sur la terre tel le Destin antique et d’une main distribue aux hommes le bonheur et le malheur, fonde et mine les empires, fait naître et disparaître les peuples.

Jean Cardonnel

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En quête de rentabilité maximale, les masses de capitaux vont et viennent à la surface du monde. Ils sont comme la cargaison mal arrimée d’un bateau que ses mouvements menacent de couler.

Jean-Claude Guillebaud

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Il ne possédait pas l’or mais l’or le possédait.

La Fontaine

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L’argent est devenu l’entremetteur entre les besoins de la vie humaine et les objets de ces besoins, se posant aussi en entremetteur entre la vie de l’homme et l’existence des autres hommes. C’est le processus de la conversion de toutes choses en argent et de l’argent en toutes choses.

Jean Cardonnel

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Le bien remplace le lien

Marcel Mauss

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Tout vaut tant…

Entendu dans une réunion

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Tant qu’il y aura de l’argent il n’y en aura pas assez pour tout le monde

Graffiti

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Maître mot du marché mondial : la compétition

 

Habermas dit que « le système colonise le monde vécu ». Il n’y a plus d’autres critères d’appréciation que la performance, la compétitivité, la rentabilité…

André Gorz

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L’évangile de la compétitivité…La compétitivité a ses évangélistes, ses prêtres et bien entendu ses fidèles: l’opinion publique matraquée par ce discours (…). La « bonne nouvelle » de la compétitivité n’est bonne que pour une infime portion de la population mondiale. Seuls une poignée d’individus, de groupes ou de pays auront effectivement et légitimement accès à la table.

Riccardo Petrella

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La machine à gagner est une machine à exclure.

Albert Jacquart

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Pour les fauves l’attrait de la jungle c’est qu’elle n’a pas de loi.

René Jean Dupuy

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L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c’est ainsi qu’on grimpe dans la même posture que l’on rampe.

Jonathan Swift

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Chacun invoque la compétitivité de l’autre pour soumettre sa propre société aux exigences systématiques de la machine économique.

André Gorz

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Les tenants du libéralisme croient plus ou moins à la sacralisation de la compétition, les tenants du socialisme croient plus ou moins à la gestion de la compétition,les tenants du nationalisme croient plus ou moins à la nationalisation de la compétition.

Les tenants d’une société humainement viable voudraient remettre plus ou moins en cause la compétition… Ils pensent que c’est vital.

JML

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La compétition : être sans les autres, contre eux, au-dessus d’eux. La solidarité : être avec les autres et d’abord avec les plus faibles et les exclus.

JML

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La logique de la compétitivité a été élevée au rang d’impératif naturel de la société. La compétitivité fait perdre le sens du « vivre ensemble », le sens du « bien commun »

Riccardo Petrella

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Vitesse et marché mondial

La vitesse absolue est le contraire de la démocratie qui suppose d’aller vers les autres, de discuter, de prendre le temps de la réflexion et de partager la décision. Quand il n’y a plus de temps à partager il n’y a plus de démocratie possible.

Paul Virilio

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La vitesse est un facteur essentiel dans la répartition des richesses et du pouvoir. Le mode dominant de déplacement détermine à chaque époque une part de l’organisation de la société, depuis la Grèce antique où on disait que « ceux qui font marcher les navires gouvernent la cité », jusqu’aux dynasties ferroviaires de l’essor du capitalisme, en passant par la chevalerie qui est la base de la féodalité. Aujourd’hui le mode de déplacement principal est le transport électronique des informations et de l’action. Il s’agit de moins en moins de parcourir une distance mais de contrôler et d’agir à distance.

Paul Virilio

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Corruption et marché mondial

Contrairement à une idée répandue, la corruption internationale qui gangrène la vie publique ne sévit pas seulement dans les Républiques bananières et autres démocraties chancelantes aux antipodes de l’Europe. Elle ronge aussi l’Occident. Les complicités sont nombreuses, souvent insouciantes, tant certaines pratiques sont devenues habituelles. (…) Le mouvement s’accélère, car, avec l’internationalisation de l’économie, la corruption se répand. Et plus elle s’étend, moins elle devient supportable. Comme dans les travaux publics lorsque par le biais des appels d’offres internationaux des entreprises étrangères tentent de pénétrer dans le pré carré d’entreprises nationales. Comme dans l’agroalimentaire où la mondialisation favorise la multiplication des intermédiaires et l’arrivée d’organisations confinées dans la grande criminalité telles que la Mafia. Comme dans le traitement des déchets dont les pays les plus riches cherchent à se débarrasser en les exportant. La multiplication des subventions dont l’utilisation est insuffisamment contrôlée, devient un facteur aggravant.(…) Autre ferment de corruption: les compensations négociées dans le cadre de grands contrats internationaux par les pays acheteurs pour obtenir des débouchés à leurs productions nationales.

Gilles Bridier

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Le phénomène serait en passe de devenir un véritable cancer mondial. Entre autres causes, celle qu’avance l’économiste Alain Cotta : « le secteur des narcotiques dégage des profits colossaux qui trouvent dans la corruption de tous les pouvoirs leur réinvestissement de choix ». Un phénomène qui, de l’avis général, mine le jeu politique, ruine les citoyens, freine le développement. (…) La dérégulation des économies dans les années 80 s’est soldée par une dérégulation de la corruption. Une véritable fièvre de l’argent facile s’est emparée des élites de la planète.

Sandrine Tolotti

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De nombreuses instances ont pris conscience de la nécessité de s’attaquer à la corruption pour des raisons d’ordre moral mais aussi à cause de son coût économique. (…) D’autre part les pratiques de corruption minent la légitimité politique des institutions et diminuent l’efficacité de l’administration.

Gilles Bridier

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Limites du marché mondial

Le marché mondial, présenté comme le grand administrateur des affaires humaines, est impuissant devant les périls sociaux planétaires (nouvelle pauvreté, migrations-fuites, banlieues géantes, drogués etc.) lesquels sont autant de bombes à retardement dont les effets s’aggravent à mesure qu’ils sont différés.

Jean Chesneaux

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Nous souffrons de trois déséquilibres majeurs : entre le Nord et le Sud de la planète, entre les riches et les pauvres au sein de chaque société, entre les hommes et la nature. Ces trois déséquilibres reflètent une triple crise des relations et de l’échange : entre les sociétés, entre les hommes, entre les hommes et leur milieu de vie. Ces crises sont inséparables et ne peuvent être surmontées séparément.

Fondation pour le progrès de l’homme

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Dénonciations du marché mondial

Je dénonce la servitude née du monde industriel de production, le gigantisme des outils, le culte de la croissance indéfinie.

Ivan Illich

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« Etre c’est avoir » dit le système. Et le piège consiste en ce que celui qui a le plus désire le plus et que, tous comptes faits, les personnes finissent par appartenir aux choses et travailler à leurs ordres.

Eduardo Galeano

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Nous sommes maintenant au seuil d’une nouvelle époque de l’ère planétaire. Elle mondialise ce qui est et ce qui se produit, elle unifie – par la technique – le globe, elle précipite les hommes et les choses dans un devenir qui, pour tendre à l’universalité et à la globalité, n’en est pas moins errant et n’exclut pas la platitude.

Kostas Axelos

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La mondialisation c’est l’expropriation des producteurs désormais soumis à ce système sur lequel ils n’ont plus aucun contrôle, la domestication des consommateurs, de leurs goûts, de leurs habitudes, et la fragilisation résultant de l’instabilité des conditions à la fois techniques et commerciales désormais prèvalentes à l’échelle du monde.

Jean Chesneaux

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Dans tout l’univers de la civilisation industrielle la domination de l’homme sur l’homme croît en étendue et en efficacité.

Herbert Marcuse

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Ce qui fait peur à notre société c’est qu’elle n’est plus sociale, qu’elle n’est plus un réseau de relations, de négociations, de décisions entre des acteurs sociaux. La société devient foule, marché, tendance, de même que les entreprises sont redevenues des affaires.

Alain Touraine

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Le drogué c’est le monde pauvre, le « gros bonnet » c’est l’ensemble du capital transnational, le dealer c’est le groupe Banque Mondiale, FMI, GATT, et la drogue, le narcotique c’est la technologie chère.

La dépendance se mesure à l’endettement créé par la première injection de « grands travaux » et de la « révolution verte » dans les années 1950 – 60.

Philippe Paraire

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Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif ! (…) On ne peut plus vivre de frigidaires, de bilans, on ne peut plus vivre sans poésie, sans couleur ni amour. En travaillant pour les seuls biens matériels nous bâtissons notre prison. Nous nous enfermons solitaires avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille pour vivre.

Antoine de Saint-Exupéry

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Trop d’individus sont déterminés par les normes du bien-être imposées par la société, et s’efforcent d’augmenter leur standing matériel sans se demander quel prix ils doivent payer pour cela : la diminution de leurs capacités à développer de bonnes relations sociales et interpersonnelles dans leur foyer, au travail, pendant leurs loisirs.

S. Rubenowitz

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Ce n’est plus le capitalisme seul qui concentre en lui le mal de notre civilisation. Celui-ci est une hydre à plusieurs têtes : l’atomisation, l’anonymat, la marchandisation, la dégradation morale, le mal-être progressent de façon interdépendante et constituent ensemble ce mal.

Edgar Morin

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A l’Ouest le sacrifice de la justice au nom de la liberté sur l’autel de la déesse Productivité. A l’Est le sacrifice de la liberté au nom de la justice sur l’autel de la déesse Productivité. Au Sud nous pouvons encore nous demander si cette déesse mérite nos vies.

Eduardo Galeano (citation avant la chute du mur de Berlin, 1989)

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Etre ou ne pas être compétitif nous dit le marché mondial.

Etre ou ne pas être heureux nous dit la vie.

JML

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Marché mondial cherche compétition.

Humanité cherche futur…

JML

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Remises en cause du marché mondial

Les logiques de la mondialisation actuelle sont productivistes donc pour une large part, humanicides, injustes, autoritaires et terricides. A travers quels moyens mettre en oeuvre d’autres logiques allant dans le sens d’une société pacifique, juste, démocratique et écologique ?

JML

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Face à cette société devenue étrangère à elle-même, face à cette méga machine bureaucratique industrielle nous avons dans tous les pays deux types de rébellion. D’un côté, les gens culturellement armés pour assumer leur autonomie exigent la création et la protection contre le pouvoir de l’Etat et le pouvoir de l’argent, de nouveaux espaces de socialité autogérée et d’activités autodéterminées. De l’autre côté, nous avons la réaction régressive de ceux qui aimeraient retrouver la sécurité d’un ordre pré-moderne, stable, hiérarchisé, fortement intégrateur où dès sa naissance chacun a sa place assurée et assignée par son appartenance à sa nation ou à sa race…

On ne fera reculer cette extrême droite que si on y décerne la réaction pathologique à un vrai problème : celui d’un système social au fonctionnement incompréhensible, qui n’assure plus l’intégration, qui assujettit toutes les sphères d’activité et de la vie aux impératifs de compétitivité et aux réglementations administratives censées en atténuer les effets.

André Gorz

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Il s’agit de savoir si l’homme des pays riches entend accepter sans murmure l’existence confortable, contrôlée, artificielle, sans responsabilité et sans surprise que lui offre l’institution. Ou bien va-t-il sortir de son sommeil, réclamer son droit, reprendre la parole et en même temps le pouvoir de décider. Imposer des limites à cette glu de produits et de biens qui le submerge, rouvrir un espace social de rencontres et d’échanges, se souvenir qu’il a un passé, des voisins, des égaux. Car la convivialité ne se sépare pas de l’équité.

Ivan Illich

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Le faux débat entre moins de marché et plus d’Etat ou plus de marché et moins d’Etat ne laisse aux citoyens le choix qu’entre deux mécanismes de dépossession. L’issue à l’actuelle crise de société doit être cherchée dans à la fois moins de marché, moins d’Etat et plus d’échanges qui ne sont commandés ni par l’argent ni par l’administration mais fondés sur des réseaux d’aide mutuelle, de coopération volontaire, de solidarité auto-organisée.

André Gorz

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Les gens s’aperçoivent que l’objectif central de la vie humaine ne peut pas être de changer de voiture tous les trois ans plutôt que tous les six. Mais ils ne peuvent pas jusqu’ici trouver en eux-mêmes la ressource pour aller au-delà. Les significations imaginaires du capitalisme s’érodent sans que la société puisse en faire émerger d’autres. Il ne s’agit pas seulement de créer une nouvelle conception politique, il s’agit de mettre en cause tout un mode de vie et d’en concevoir un autre puisque, dans la société de consommation, règne des partis bureaucratiques, pouvoir de l’argent et des médias, superficialisation de la culture sont intimement liés et solidaires.

Cornélius Castoriadis

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2.                   Les Etats

Quelques conceptions de l’Etat

L’Etat c’est l’association politique librement formée par les participants au contrat social, la souveraineté de l’Etat c’est la volonté générale des co-contractants.

Jean-Jacques Rousseau

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L’Etat est. l’esprit en tant qu’il se réalise avec conscience dans la réalité… le Dieu réel, le terrestre divin.

Friedrich Hegel

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L’Etat dispose du monopole de l’usage légitime de la violence.

Max Weber

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L’Etat est un être de droit en qui se résume abstraitement la collectivité nationale.

Carré de Malberg

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L’Etat est la forme par laquelle les individus d’une classe dominante font valoir leurs intérêts communs.

Karl Marx

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L’Etat est un produit de la force, c’est la force des plus forts qui dominent la faiblesse des plus faibles. Ce n’est pas le droit qui crée l’Etat. L’Etat est un fait, rien qu’un fait.

Léon Duguit

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L’Etat c’est l’institution qui détient le pouvoir politique et au nom de qui ce pouvoir s’exerce.

Maurice Hauriou

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Si l’Etat est fort il nous écrase, s’il est faible nous périssons.

Paul Valéry

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Variété des Etats

Ainsi se superposent les nations qui ont les ressources et la technologie, celles qui ont la technologie sans les ressources, ou les ressources sans la technologie, enfin celles qui sont privées des unes et de l’autre.

René Jean Dupuy

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L’absolutisme étatique (une des logiques de l’horreur)

L’homme est un loup pour l’homme. Il doit donc renoncer à ses droits au profit d’un souverain absolu qui fait régner l’ordre : l’Etat.

Hobbes

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Il faut qu’il y ait une puissance coercitive pour contraindre les hommes à l’exécution de leurs pactes par la terreur de quelque punition plus grande que le bénéfice qu’ils attendent du fait de les rompre, une telle puissance il n’y en a point avant l’établissement d’un Etat.

Hobbes

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Tout dans l’Etat, rien en dehors de l’Etat, rien contre l’Etat.

C’est l’Etat fasciste défini par Mussolini

Critiques de l’Etat

L’Etat est un immense cimetière où viennent s’enterrer toutes les manifestations de la vie individuelle.

Bakounine

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L’Etat, débile Cyclope, enfant monstrueux de la force et du droit qui l’ont engendré de leurs contradictions.

Paul Valéry

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Etat ? Qu’est-ce cela ? Allons! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples. L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids… Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’Etat, je suis le Peuple ». (…) Elle veut tout vous donner si vous l’adorez la nouvelle idole. (…) Là où finit l’Etat, là seulement commence l’homme qui n’est pas superflu.

Nietzsche

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La Cité terrestre subit le quadrillage des souverainetés. La terre n’a qu’un peuple et le monde est peuplé d’étrangers.

René Jean Dupuy

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L’Etat représente la violence sous une forme intensifiée et organisée.

Gandhi

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Je n’hésite pas à dire que l’Etat c’est le mal mais un mal historiquement nécessaire, aussi nécessaire dans le passé que le sera tôt ou tard son extinction complète. (…) Il est né historiquement du mariage de la violence, du pillage, en un mot de la guerre et de la conquête.

Bakounine

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La prison n’est qu’une des techniques de pouvoir qui ont été nécessaires pour assurer le développement et le contrôle des forces productives. La discipline d’atelier, la discipline scolaire, la discipline militaire ont été des inventions techniques en liaison avec le développement des sociétés capitalistes et de l’Etat correspondant à celles-ci.

Michel Foucault

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Cet Etat mérite-t-il mon sacrifice ? Est-il doux, patient, aimable, humain, honnête? Est-il à la recherche du bonheur pour tous ? Je

ne pose pas ces questions pour y répondre moi-même. Je les pose pour que chacun y réponde en soi-même.

Jean Giono

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L’Etat se nourrit de la violence de la Nation. Même contenue elle dresse les hommes à l’exclusivisme voire à la xénophobie car l’Autre est concurrent. L’Etat est fondamentalement rival, il est fait pour gagner.

René Jean Dupuy

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Limites des Etats

La « forme Etat » s’est généralisée à la surface du globe, notamment avec la décolonisation. Mais l’Etat-nation a vu en même temps se dissoudre dans le marché mondial ce qui avait été le socle même de sa construction historique : le marché national. Les Etats du Nord ont perdu la maîtrise de leur champ économique propre et ceux du Sud ne l’ont jamais eue. Les uns et les autres sont démunis devant les contraintes et les pesanteurs de la mondialisation économique.

Jean Chesneaux

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Remises en cause de l’Etat

Le citoyen se sentant rejeté à l’extérieur de l’Etat le rejette et le traite comme une puissance étrangère qu’il utilise au mieux de ses intérêts.

Pierre Bourdieu

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Les classes tomberont aussi inévitablement qu’elles ont surgi autrefois. L’Etat tombera avec elles. La société qui réorganisera la production sur la base d’une association libre et égalitaire des producteurs reléguera toute la machine de l’Etat où sera désormais sa place : au musée des antiquités à côté du rouet et de la hache de bronze.

F. Engels

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C’est sur les Etats que doit peser la masse des consciences humaines.

Dominique Pire

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L’Etat ne peut ni s’abolir immédiatement comme le croyait Bakounine, ni se consolider pour l’éternité‚ comme le croyait Hegel. Il peut et il doit se subordonner à la société civile et disparaître en elle.

Henri Lefebvre

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L’alternative à la prise en charge par l’Etat, avec tout ce qu’elle comporte comme contrôles et classifications bureaucratiques, n’est pas la prise en charge par des entreprises privées mais la démonétarisation, la déprofessionnalisation que représente la prise en charge des gens par eux-mêmes, dans un cadre mutualiste ou coopératif auto-organisé.

André Gorz

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La politique

La vie de la cité (étymologie), l’art de gouverner (Platon), l’art d’une harmonie collective (Aristote). La politique c’est la lutte pour le pouvoir. Le mystère de l’obéissance est la plus grande force du pouvoir.

Bertrand de Jouvenel

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Pour les uns la politique est une lutte c’est à dire que le pouvoir permet aux individus et aux groupes qui le détiennent d’assurer leur domination sur la société, pour les autres la politique est une intégration c’est à dire un effort pour faire régner l’ordre et la justice. La politique est comme Janus le dieu à deux faces.

Maurice Duverger

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Est politique un groupe de domination dont les ordres sont exécutés, sur un territoire donné, par une organisation administrative qui dispose de la menace et du recours à la violence physique.

Max Weber

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La vie politique gravite autour d’enjeux déterminés dont le particularisme tient à l’existence du pouvoir (d’Etat). Leur poursuite obéit à des règles identifiables : juridiques, socio-culturelles ou simplement dictées par des logiques de situation. Enfin sur cette scène « organisée et organisatrice » opèrent des acteurs, dirigeants et militants, partis et groupes de pression, tous mus par l’ambition d’exercer ou d’influencer le pouvoir d’Etat.

Philippe Braud

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La politique fut d’abord l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde, on y adjoignit l’art de contraindre les gens à décider sur ce qu’ils n’entendent pas.

Paul Valéry

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Un système politique est n’importe quel ensemble constant de rapports humains qui impliquent dans une mesure significative des relations de pouvoir, de gouvernement ou d’autorité.

Robert Dahl

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Au sens restreint la politique vise les institutions étatiques, au sens plus large il s’agit des enjeux des règles et des acteurs politiques (partis, groupes de pression), au sens beaucoup plus large il s’agit de l’ensemble des relations humaines à l’occasion du pouvoir.

JML

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« Une démocratie sans politique » dit Paul Thibaud, « l’ère du vide » dit Gilles Lipovetski : Oui, la politique devient de plus en plus la gestion des conséquences, elle n’arrive plus à remonter en amont, à s’attaquer aux causes des situations, elle n’arrive plus à élaborer des projets à long terme. Elle gère, elle accompagne, elle suit la pente la plus forte du système. Réinventer la politique çà n’est pas seulement la rendre participative c’est aussi se demander ce qu’elle peut dire et faire par rapport au marché mondial et à la techno science.

JML

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Si la politique est en tout la politique n’est pas tout.

Emmanuel Mounier

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Les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde, les problèmes de tout le monde sont les problèmes politiques.

Sous-titre d’une collection     dirigée par Jacques Julliard

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Je ne m’occupe pas de politique. C’est comme si vous disiez je ne m’occupe pas de la vie.

Jules Renard

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Si vous ne vous occupez pas de la politique la politique s’occupera de vous

Montalembert

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Toute politique implique quelque idée de l’homme.

Paul Valéry

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Le pouvoir

Les recherches d’anthropologie nous aident à mieux comprendre la naissance du pouvoir politique. On est passé d’une classification rigide entre sociétés sans Etat et sociétés dont l’organisation dépend au contraire de son bon fonctionnement à une tentative de classification qui s’attarde surtout sur l’émergence progressive des formes de régulation sociale conduisant à une véritable différentiation du pouvoir politique.

Dans la mesure où il ne s’appuie pas sur une institution spécifique celui-ci peut s’exprimer à travers des liens de parenté, restant par là même diffus et ambigu et entretenant de ce fait des relations étroites avec les mythes, la religion et le rituel. Au contraire le pouvoir politique peut apparaître comme une organisation particulière, régie par des règles spécifiques dont le pouvoir réel, par ailleurs, sera tantôt immense, donnant ainsi naissance à un appareil bureaucratique rigide parvenant à dominer la société, tantôt très réduit en raison de la soumission aux normes du système social tout entier qui le contiennent et qui réussissent à empêcher les dirigeants politiques d’exercer, sauf circonstances exceptionnelles, un quelconque pouvoir réel.

Pierre Birnbaum

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La théorie politique se divise lorsqu’il s’agit d’énoncer les ressorts centraux de la régulation sociale. Selon le premier modèle explicatif il y a au principe de tout pouvoir politique une dose plus ou moins importante de croyance : croyance des individus dans la qualification des gouvernants, dans leur aptitude à gérer la chose publique ; croyance des individus dans la légitimité des ordres et des règles prescrits par les gouvernants. Cette interprétation s’emploie à penser dialectiquement le problème de l’ordre politique : tant au niveau des gouvernants qui dispensent des injonctions qu’au niveau des gouvernés qui les acceptent et les appliquent (cf. la théorie du pouvoir légitime de Max Weber). (…)

Selon le second modèle explicatif la contrainte exercée par l’autorité politique sur les individus et les groupes serait le ressort privilégié de l’ordre social. A des titres divers Platon, Machiavel ou Hobbes ont épilogué en ce sens.  A l’époque contemporaine le marxisme représente la principale expression d’une explication de la société fondée sur la notion de contrainte, même s’il a considérablement évolué dans l’appréciation du rôle exact joué par la violence étatique (Gramsci, Althusser).

Selon le troisième modèle explicatif le ressort principal du lien social ne résiderait ni dans la croyance ni dans la contrainte mais dans l’intérêt des individus à la préservation de leur vie et de leurs biens. C’est aux origines de la pensée politique moderne qu’il convient de rechercher la première formulation cohérente – dans les théories dites du contrat social (Locke, Rousseau). (…) La représentation utilitariste de la société n’est pas étrangère à la généralisation de l’échange marchand et à la modernisation du capitalisme. Elle annonce une théorie économique globale qui institue le marché comme régulateur central de la vie sociale et qui systématise ainsi le paradigme de l’intérêt.

Jean Baudouin

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Si la grande majorité des politologues s’accordent à reconnaître au champ politique une autonomie relative de fonctionnement ils diffèrent lorsqu’il s’agit de décrire le type de relation qui s’établit entre le stade politique et la « société civile ». Un modèle (dit élitiste) conclut à l’existence d’une élite spécifique ayant autorité sur la société civile. Ainsi au début du siècle Vilfredo Pareto, Gaetano Mosca et Roberto Michels qui s’intéressent au phénomène d’appropriation du pouvoir par une élite. (…) Ainsi en 1956 Wright Mills qui met en avant la conception élitaire de la démocratie américaine. (…) Ainsi Pierre Birnbaum qui étudie l’autoreproduction de la classe dirigeante française. (…)

Un autre modèle (dit pluraliste) décrit une pluralité d’élites à la fois associées et concurrentes dans l’exercice du pouvoir. Les tenants de cette thèse ne contestent pas le phénomène élitaire mais préfèrent le conjuguer au pluriel plutôt qu’au singulier. Il n’y aurait pas « une » élite mais « des » élites. Robert Dahl aux Etats-Unis (« évolution vers la polyarchie « ) et Raymond Aron en France (« concurrence des catégories dirigeantes ») sont particulièrement représentatifs de ce courant.

Jean Baudouin

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Le pouvoir peut se définir par la capacité que possède un individu ou un groupe d’individus de modifier la conduite d’autres individus ou de groupes d’individus dans le sens de celui ou ceux qui le détiennent, le désirent et d’éviter que sa conduite ou celle du groupe ne soit modifiée dans un sens contraire à ce qui est voulu.

                                                                                     R. H. Tawney

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Le pouvoir exprime l’aptitude d’une personne ou d’un groupe de personnes à imposer sa volonté à d’autres, nonobstant leur résistance, par des moyens de dissuasion, soit sous forme de retenues de récompenses jusqu’alors régulièrement accordées, soit sous forme de punition, dans la mesure où l’un ou l’autre de ces moyens constitue en effet une sanction négative.

Peter Blau

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Le pouvoir est la participation au processus décisionnel. (…) Le processus politique est l’élaboration, la distribution et l’exercice du pouvoir.

Harold Lasswell et Abraham Kaplan

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Le secret d’une autorité quelle qu’elle soit tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables.

Raoul Vaneigem

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Il n’y a pas le pouvoir, il y a l’abus de pouvoir, rien d’autre.

Henry de Montherlant

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3.                   Les organisations internationales :

Nations Unies

Le choix qui se pose aujourd’hui se situe entre la répression et la prévention. La répression n’a aucune chance de succès: les forces qui sont aujourd’hui en oeuvre vont continuer imperturbablement leur action. La « sécurité collective » ne jouera pas et les Casques bleus arriveront toujours trop tard. La prévention est la seule stratégie de sécurité qui aurait quelque chance de réussir.

Maurice Bertrand

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Union européenne

Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes.

Jean Monnet

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On n’aurait pas gagné grand chose si l’européocentrisme venait se substituer aux nationalismes blessés des vieilles nations impériales.

Pierre Bourdieu

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J’attends de l’Europe qu’elle comprenne que sans politique sociale et sans espace culturel elle ne sera pas.

François Mitterrand

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Aujourd’hui une course de vitesse est engagée en Europe entre les processus de dislocation et de désintégration et ceux d’association et d’intégration. L’Union européenne, qui est composée de quinze nations dont les rivalités ont longtemps divisé le continent, a choisi la voie de la coopération, montrant que l’on peut transcender les solidarités ethniques et religieuses. Sa vocation est de s’élargir en direction des anciens pays communistes et de tous les Etats qui ont accompli leur révolution démocratique.

Edgar Morin (citation d’avant mai 2004,date d’arrivée de ces pays dans l’UE)

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C’est mal connaître les hommes que de leur donner pour seule pâture ces sages additions qui font si pâle figure à côté des enthousiasmes et des folies. Une conscience européenne peut-elle se construire seulement sur des chiffres ?

Fernand Braudel

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Simple grand marché ou communauté de destin ? Le cours de l’Europe hésite entre l’impasse et l’exigeante ambition.

Edgard Morin

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Veut-on une Europe, super puissance économique, militaire, ou veut-on une Europe qui soit porteuse, à l’intérieur et à l’extérieur d’elle-même, de libertés, d’égalités, de solidarités ? Une Europe productiviste ou une Europe contribuant à construire une société démocratique, équitable, durable et pacifique ?

JML

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Organisations internationales en général

Une organisation internationale gouvernementale comprend cinq caractères: une base interétatique, une base volontariste, l’existence d’organes permanents, une autonomie, une fonction de coopération.

Michel Virally

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Les organisations internationales gouvernementales ont un double rôle : un rôle de maintien de statu quo dans les relations internationales (à travers la diffusion du modèle étatique et la légitimation des politiques étrangères des grandes puissances), un rôle aussi de changement dans les relations internationales ( à travers l’utilisation des Nations Unies par les pays du Sud pour légitimer leurs revendications).

Bien que les changements constatés soient indiscutables ils n’ont pas, semble-t-il, fondamentalement remis en question la structure du système international contemporain.

Philippe Braillard et Mohammad-Reza Djalili

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Organisations non gouvernementales

Les organisations non gouvernementales sont des groupements, des associations ou des mouvements sans but lucratif, créés librement par des particuliers et qui expriment une solidarité transnationale.

Daniel Colard

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Devant chaque organisation non gouvernementale on peut se poser une question essentielle : quelles sont ses parts de rupture et de reproduction par rapport à l’ordre dominant ? Autrement dit : fait-elle oui ou non avancer des libertés, des égalités, des solidarités ?

JML

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Les initiatives citoyennes – associations, organisations non gouvernementales, mouvements et réseaux de citoyens, membres de l’économie sociale et alternative – révèlent une remarquable capacité à relier les questions locales aux enjeux globaux. (…) Sans chercher à angéliser ce pôle de la société il constitue de fait aujourd’hui un espace de créativité et d’imaginaire politique sans équivalent.

Valérie Peugeot

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Probablement deux séries de conditions sont à remplir pour que les ONG contribuent mieux à impulser un autre avenir.

Du point de vue de leurs structures : mettre en œuvre ici ou là un fonctionnement plus démocratique, dialoguer et / ou se confronter à l’ensemble des autres acteurs, mieux s’organiser au niveau international et continental (coordinations, conférences, contre sommets, forums, fronts communs, manifestations…)

Du point de vue de leurs actions : développer et leur force de contestation et leur force de proposition, arriver à relier le « local » au « global » (« penser localement, agir globalement ») et, par dessus tout, proposer et contribuer à mettre en œuvre des moyens démocratiques, justes, écologiques, pacifiques.

JML

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4.                  Les complexes scientifico-technico-industriels

La techno science et sa puissance

L’envers de la technicisation c’est l’invasion de secteurs toujours plus amples de la vie quotidienne par la logique de la machine artificielle qui y introduit son organisation mécanique, spécialisée, chronométrée et substitue la relation anonyme aux communications de personne à personne. Elle tend à faire de la vie sociale une gigantesque machine automatique.

Edgar Morin

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Le système technicien pose deux questions:

La technique est-elle un moyen ou constitue-t-elle une fin en elle-même ?

Le progrès technique est-il un mythe ?

Jacques Ellul

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L’autonomie de la technique conduit à affirmer que tout ce qu’il est possible de découvrir le sera, et que tout ce qui a été découvert sera utilisé.

Jacques Ellul

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L’homme demain va pouvoir plus qu’il ne voulait ou plutôt il va pouvoir avant de savoir s’il eût voulu pouvoir.

Jean Rostand

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Il ne dépend plus de nous que tout dépende de nous.

Michel Serres

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La science a fait de nous des dieux avant que nous méritions d’être des hommes.

Jean Rostand

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Le système technicien englobe la totalité de l’espace de vie, il est une Mégamachine.

Serge Latouche

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Par rapport au problème de la neutralité des techniques il y a trois façons de voir les choses:

Certains pensent que les techniques sont neutres en elles-mêmes et autonomes par rapport aux faits sociaux. Ce qui compte c’est l’usage que l’on en fait, par exemple civil ou militaire. Ce sont les tenants du « tout technique ».

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D’autres pensent que les techniques ne sont pas neutres et qu’elles ne sont pas autonomes par rapport aux faits sociaux. Elles sont réduites à un aspect des contradictions sociales à un moment donné de l’histoire, elles traduisent une culture, un état de développement. Ce sont les tenants du « tout social ». D’autres, enfin, pensent qu’innovations techniques et transformations sociales sont liées. Les machines ne sont pas neutres, elles ne sont pas liées qu’à leur usage, mais elles ne sont pas qu’un appendice des rapports sociaux, elles ont leurs propres logiques. Les machines conditionnent pour une large part l’organisation de la production et elles sont liées aussi aux rapports sociaux.

                                                                                         JML

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Conte philosophique

Il était une fois une civilisation parvenue à une techno science extraordinaire : elle matérialisait la pensée. On pensait à un être… il était là, à une chose… elle était là, jusqu’au jour où certains pensèrent à des monstres qui finirent par avaler toute la civilisation.

JML

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Le Taylorisme avait pour objectif une lutte contre la flânerie de la main d’oeuvre en établissant des normes de travail, en séparant les tâches d’exécution et de conception. Le Fordisme avait pour objectif une lutte contre la flânerie des matériaux en incorporant du temps dans les machines, en parcellisant le travail d’exécution. L’automatisation a pour objectif une lutte contre la flânerie de l’information en incorporant du savoir dans les machines, en parcellisant le travail de conception et en recomposant le travail d’exécution.

Benjamin Coriat

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Il est essentiel d’essayer de négocier les changements technologiques, cela à trois niveaux : au niveau des technologies elles-mêmes en proposant des alternatives si on n’est pas d’accord, au niveau des conditions de leur implantation (rythme d’implantation, formation…), au niveau des conséquences de ces changements technologiques. Ce contrôle des technologies est un enjeu vital pour une société humainement viable.

JML

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Conte philosophique

Dans une nouvelle Arthur Clarke raconte l’histoire d’une communauté de moines tibétains vouée depuis des siècles à transcrire les neuf milliards de noms donnés à Dieu, au terme de quoi le monde sera accompli et prendra fin.  Epuisés par cette tâche fastidieuse, les moines font appel aux techniciens d’IBM dont les ordinateurs font le travail en quelques mois. Et les techniciens effarés, qui n’y croyaient guère, voient en redescendant dans la vallée les étoiles s’éteindre une à une. En épuisant toutes les possibilités ils ont déclenché le code de disparition automatique du monde.

« Crime parfait » donc sans témoin, sans mobile, sans cadavre, sans meurtrier. Jean Baudrillard reconstitue un tel crime, à la manière d’un Sherlok Holmes métaphysicien, fasciné par la splendeur du vide. La grande question philosophique était: « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Aujourd’hui, écrit Baudrillard, la véritable question serait: « Pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque  chose ? « .

Roland Jacquard

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L’exemple de la voiture

Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.

Roland Barthes

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 (…) « Je suis l’automobile, ce formidable outil. J’ai longtemps été au coeur de tous les fantasmes, j’ai su parfois me faire aimer, j’ai apprivoisé les hommes. » Mais qui domine l’autre dans cette aventure ? Les ingénieurs-économistes ou les citoyens-usagers ? Et pour quels effets sur l’aménagement du territoire et sur nos modes de vie ?

Jean-Pierre Orfeuil

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Le circuler se substitue à l’habiter. Dans la circulation automobile, les gens et les choses s’accumulent, se mêlent sans se rencontrer. C’est un cas surprenant de simultanéité sans échange, ce qui contribue aussi à dégrader la vie urbaine.

Henri Lefebvre

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La puissance automobile en chiffres ? Six cents millions d’unités (3/4 dans la zone des 24 pays de l’O.C.D.E. qui ne représentent que 16% de la population mondiale), six mille milliards de francs pour les véhicules (marché dominé par vingt entreprises qui représentent 92%), deux mille milliards de francs pour les routes dans les pays de l’ O.C.D.E., deux millions six cents mille emplois en France, un rôle massif dans les pollutions atmosphériques (mais aussi pétrolières maritimes internationales, ainsi que les atteintes à l’environnement liées à la fin de la vie des produits, sans oublier le bruit…), neuf mille morts par an en France et cent quatre-vingts mille blessés(dans le monde deux cent cinquante mille morts) (chiffres de 1994)

Jean-Pierre Orfeuil

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 (…)  Evidence , l’auto coûte de l’argent donc du temps. Le salarié moyen est possédé par sa bagnole. Le calcul classique d’Ivan Illich fait valoir que le coût total du kilomètre/engin (achat, amortissement, réparations…) est, en comptabilité temps, d’une heure de travail salarié pour une consommation de six kilomètres de voiture. Bref, la cadence d’un randonneur bien disposé.

Alain Véronese

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La circulation du tout automobile qui se développe depuis quarante ans a sacrifié bien souvent les transports collectifs au profit de la voiture. La nature a elle aussi été mise à contribution pour faire de plus en plus de routes et autoroutes. Mais aujourd’hui, crise économique et conscience écologique aidant, la toute puissance de la voiture est remise en cause.

Ina Ranson

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       Firmes multinationales

La grande entreprise multinationale moderne tend à s’affranchir, dans son organisation et sa gestion, des principes et des normes de l’Etat de droit démocratique : encadrement et surveillance des personnels portant atteinte aux libertés individuelles, opacité organisée des centres de décision rendant très difficile l’identification du pouvoir et de la propriété (qui possède le contrôle et sur quoi ?), centralisme bureaucratique, règlement privé des conflits et contentieux avec procédures et juridictions à la carte.

Christian de Brie

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La sphère des activités économiques et techno-scientifiques s’est développée et différenciée beaucoup plus rapidement que les autres en engendrant des appareils qui par leur dimension et leur complexité ne peuvent fonctionner que s’ils spécialisent, réglementent et standardisent les conduites des acteurs. Le milieu de vie et la vie des gens sont ainsi dominés par les impératifs d’une mégamachine  économico-technico-bureaucratique.

André Gorz

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 La richesse est fluide. Ce qui ne l’empêche pas de se concentrer. Les firmes multinationales produisent 25% du PIB mondial et contrôlent le tiers du commerce international. Leur part de marché devrait encore s’accroître durant les prochaines années. C’est ce que prévoit Fabrice Hatem dans un livre éclairant : « Les multinationales de l’an 2000 ». (…) La puissance de l’aimant asiatique sera le phénomène majeur du début des années 2000 dans l’orientation des flux de la richesse. (…)

Pierre Drouin

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Plutôt qu’un « impératif mondial » qui s’imposerait de l’extérieur au champ économique, on se trouve devant une situation de cohésion systémique dont les firmes multinationales sont les acteurs privilégiés et dont les « agrégats mondiaux » (cours des devises fortes, prix des matières premières, taux bancaires, marges commerciales) sont les principaux indicateurs. L’économie est donc devenue une fin en soi, un système auquel sont soumis tous les autres champs de la vie sociale.

Jean Chesneaux

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Complexes scientifico-militaro-industriels

La science a fait de nous des dieux avant que nous méritions d’être des hommes.

Jean Rostand

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Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

François Rabelais

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Une époque de barbarie commence, les sciences la serviront.

Nietzsche

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Par le drame d’Hiroshima la science se trouvait plus directement impliquée, plus profondément engagée dans le mal qu’elle ne l’avait jamais été au long de son histoire (…)

 Jusqu’à nouvel ordre et tant que nous n’aurons pas su établir une véritable paix, la science, le progrès, la civilisation technique restent en accusation.

Jean Rostand

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L’intégrisme de la technique a été ébauché avec la dissuasion nucléaire qui n’est qu’une foi nucléaire : on a inventé des systèmes d’armes qui sont des divinités protectrices et il faut les alimenter sans arrêt par l’économie des nations pour qu’elles nous protègent (…)

Il existe une possibilité de résistance c’est d’entrer dans l’intelligence de la technique et regarder Méduse en face c’est à dire la technique comme impérialisme, comme engin qui fonctionne seul, comme automatisme. Si, demain, non seulement quelques intellectuels mais la collectivité sont capables de regarder en face cette technologie totalitaire, alors il y a une espérance. Non pas pour revenir en arrière mais pour maîtriser le développement de la vitesse et ses conséquences.

Paul Virilio

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On commence par fabriquer des canons pour se défendre, puis on vend des armes pour pouvoir continuer à en fabriquer, on en arrive à fabriquer des guerres pour continuer à vendre des armes.

Dom Helder Camara

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Pour gagner mon pain

je fonds des canons qui tueront demain

si la guerre arrive

que voulez-vous faut bien qu’on vive !

Gaston Cavé

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Si vous ne faites pas attention à nos vies

nous ne faisons pas attention à vos lois,

Car vos lois protègent l’industrie atomique

elles ne protègent pas notre santé.

Pancarte dans une manifestation

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Complexes médiatiques

Il n’y a jamais eu autant de moyens de communication et il n’y a jamais eu autant de solitude (…) Un média c’est un projet pas un tuyau, c’est une idée de programme, une idée de public (…)

Dominique Wolton

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Sans presse libre nulle démocratie n’est possible. Quand elle est libre si l’information dérape et mystifie : quels sont les risques pour la démocratie ? Quels devoirs pour le citoyen ?

Ignacio Ramonet

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Voix multiples, un seul monde

Titre de l’un des programmes de l’UNESCO

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La vision du monde supposait une profondeur de champ.

Si le monde est écrasé, s’il est aplati il perd de sa profondeur de champ et l’homme perd sa profondeur d’action et de réflexion. C’est ça le règne de l’écran.

Paul Virilo

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La communication est un grand tout qui nous englobe, dans lequel nous sommes dilués. Le paradoxe est que le silence se loge dans le plus grand bruit qui soit.

Anne Cauquelin

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L’homme politique se transforme en « homo cathodicus », ses discours ont tendance à fonctionner sur le registre émotionnel et à se vider de leur sens. Gouverner c’est paraître.

Jean-Marie Cotteret

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La puissance des médias est concentrée au Nord. Le Sud est aux ordres du Nord pour l’information.

Rapport sur la communication dans le monde (UNESCO 1991)

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L’usage de la télévision tel qu’il est pratiqué en France a entraîné une dégradation civique supplémentaire. Elle devait populariser, démocratiser la vie politique. Elle a reproduit sur une échelle plus vaste les défauts de l’ancien système. Le théâtre politique est plus ouvert mais plus faussé, plus falsifié que jamais. Il est un théâtre de vedettes. (. . .) L’insistance de l’image et du son finit par agir indépendamment du contenu des paroles prononcées, à la manière des slogans publicitaires.

Pierre Mendès France

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Au bout du parcours le critère décisif servant à juger une politique devient la vertu de celui qui parle, attestée par son authenticité. Il en résulte une conception sentimentale de la politique aussi éphémère que les émotions qu’elle inspire.

André Gérard Slama

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 Parfois je pense que si je descendais les Champs-Elysées entre Claude Lévi-Strauss et Marguerite Yourcenar c’est moi qu’on saluerait et j’en ai honte.

Bernard Pivot

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Il se passe quelque chose d’étrange dans notre « société du spectacle ». Des voix s’élevaient partout pour mettre en garde contre la « déréalisation » du monde médiatisé (Paul Virilio), contre le « tautisme » (Lucien Sfez) où l’autisme et la tautologie risquent de se combiner, contre « le simulacre généralisé » (Jean Baudrillard), contre la « vidéo-vidéesse » (Régis Debray). Aujourd’hui ces voix sont couvertes par d’autres qui choisissent un registre tout à fait différent : celle de Michel Serres – « la légende des anges » – et celle de Pierre Levy : « l’intelligence collective ». Ce dernier est émerveillé par les fantastiques possibilités du « tout numérique » et la magie des espaces virtuels. Comme si notre monde désemparé, sans projet, voyait dans les « autoroutes de l’information » la voie royale vers une sortie de crise du sens. Fuite en avant ? Point d’ancrage pour une communauté de citoyens du monde ?

Pierre Drouin

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La catastrophe spécifique du multimédia et de l’informatique serait de rendre les hommes inutiles. C’est déjà bien parti. Il faut donc mettre en place une intelligence politique des phénomènes d’accélération dans tous les domaines. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de critiquer démocratiquement la négativité des nouvelles technologies.

Paul Virilio

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Ou bien nous continuons de dériver vers les réalités virtuelles du cyberespace, ou bien nous oeuvrons pour façonner une communauté mondiale exerçant un contrôle politique et juridique sur ceux qui rêvent de pareil avenir, qu’il s’agisse des stratèges de Washington, des pionniers de l’ère électronique ou des sorciers des finances.

Richard Falk

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L’abondance de l’information ne doit jamais se substituer à la liberté du jugement.

Marie-José Mondzaiss

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Complexes urbains

L’urbanisation n’a pas répondu à l’espoir d’une civilisation nouvelle. De nouveaux rapports de domination et de dépendance se sont multipliés. Le droit à la ville implique une conception révolutionnaire de la citoyenneté.

Henri Lefebvre

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Au Nord : la cité-banlieue, vitrine des ségrégations sociales.

Au Sud : des mégapoles disloquées.

Sous-titre de « Manière de voir » du Monde diplomatique

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Partout au Nord comme au Sud, des agglomérations tentaculaires bouleversent les équilibres écologiques, sociaux et économiques, drainent l’essentiel des richesses, accumulent des tensions entre une minorité de privilégiés et la masse grandissante des exclus, des tensions qu’un pouvoir rien moins que démocratique est impuissant à régler pacifiquement.

Ignacio Ramonet

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Ici les villes de grande solitude. Là-bas la planète des bidonvilles. Partout la ville, lieu de toutes les fractures.

Claude Liauzu

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Avec l’affaiblissement des pouvoirs et des missions de l’Etat-nation c’est au coeur des villes que se joue l’avenir de la démocratie comme mode de régulation pacifique des conflits entre citoyens partageant un projet commun de liberté, d’égalité et de fraternité. (…)

Cet avenir dépend tout autant de l’aptitude à restaurer ou à instaurer des procédures de concertation et d’arbitrage entre les citadins concernés que de la volonté d’imposer, sur les lieux de vie, la priorité des intérêts collectifs sur la logique de concurrence et de compétitivité sans finalité.

Christian de Brie

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5.                  Les acteurs humains

Les personnes :

  Appartenance au genre humain

 

Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.

Terence

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L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie, la fraternité n’en a pas

Lamartine

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Je ne suis ni Athénien, ni Grec mais un citoyen du monde.

Socrate

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Tout pays est mon pays, tout homme est mon frère.

Proverbe indien

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Je crois aux hommes

Solidaires dans l’aventure de l’existence

Je crois à l’amour

Qui brise la solitude, change les destins et

Qualifie la vie

Je crois à tous ces témoins d’humanité

Qui sont tournés vers l’avenir

Et qui luttent contre les forces de mort.(…)

Parents anonymes d’un livre : « Naissances en fêtes »

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Rabbi Pinchas demandait un jour à ses élèves à quel moment on pouvait être sûr que la nuit avait pris fin et que le jour avait commencé. « N’est-ce pas, dit l’un d’eux, lorsqu’on peut à distance reconnaître un chien et un mouton ? » Non, répondit le maître. « Est-ce quand on peut distinguer un palmier d’un figuier ? » demanda un autre. Non, répondit le maître. « Quand est-ce donc ? » demandèrent-ils. Le Rabbi répondit : « C’est quand tu peux regarder le visage d’un autre homme et y reconnaître celui de ta soeur ou de ton frère. Avant cela il fait encore nuit. »

Bernard Durel

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Sur un sentier raide et pierreux

J’ai rencontré une petite fille

Qui portait sur le dos son jeune frère.

« Mon enfant, lui ai-je dit,

tu portes un lourd fardeau. « 

 

Elle me regarde et dit :

« Ce n’est pas un fardeau,

Monsieur,

C’est mon frère. »

 

Le mot de cette enfant courageuse

S’est gravé dans mon cœur

 

Et quand la peine des hommes m’accable

Et que tout le courage me quitte,

Le mot de l’enfant me rappelle :

Ce n’est pas un fardeau que tu portes,

C’est ton frère…

Une association l’ACAT

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Personne ne se libère seul, personne ne libère personne, les hommes se libèrent ensemble.

Paulo Freire

Page 30

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 Nous sommes les enfants d’un monde dévasté, qui s’essaient à renaître dans un monde à créer. Apprendre à devenir humain est la seule radicalité…

Raoul Vaneigem

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Si je savais quelque chose qui me fut utile mais qui fut préjudiciable à ma famille je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fut utile à ma famille et qui ne le fut pas à ma patrie je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie qui fut préjudiciable à l’Europe et au genre humain je le regarderais comme un crime.

Montesquieu

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Nous avons beau monter sur des échasses on marche sur nos jambes. Et sur le trône le plus élevé du monde on n’est assis que sur son cul.

Montaigne

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Ne pas tant chercher à devenir quelqu’un qu’à faire quelque chose.

Expression entendue

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Qui connaît l’autre homme est intelligent, qui se connaît est éclairé.

Lao Zi

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L’homme n’est ni bon ni méchant, il naît avec des instincts et des aptitudes.

Balzac

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  Richesse des différences

 

 Il y a schématiquement quatre attitudes devant la différence : l’élimination, l’exacerbation, l’assimilation, le respect. Les deux premières peuvent donner lieu à des pratiques inhumaines, elles sont porteuses de haines, de peurs. La troisième consiste à gommer la différence, on accepte l’autre à condition que telle ou telle différence s’efface, que l’autre nous ressemble. Seule la quatrième attitude correspond à l’immense principe de non-discrimination : le respect des différences signifie que nous sommes égaux en dignité, en droits et que nous sommes différents. Egaux et différents.

JML

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Il faut se ressembler un peu pour se comprendre mais il faut être un peu différent pour s’aimer. Oui semblables et dissemblables. Ah ! Qu’étranger pourrait donc être un joli mot !

Paul Géraldy

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La vie est justement ce miracle, ce mouvement permanent et changeant qui ne reproduit jamais le même visage. Vivre ensemble est une aventure où l’amour, l’amitié est une belle rencontre avec ce qui n’est pas moi, avec ce qui est différent de moi et qui m’enrichit.

Tahar Ben Jelloun

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Ce n’est pas parce que nous avons le vaccin qu’ils ont la vérole.

John K. Galbraith

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Le regard d’ouverture perçoit similitude et différence. Il procède d’un universalisme qui, en tout homme, reconnaît ces deux dimensions.

René Jean Dupuy

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Imaginez un homme, tout juste vêtu d’une pagne, maigre à faire peur, le visage peinturluré de rouge et de bleu, s’accroupissant au coin d’une mairie parisienne et restant là des jours à grignoter quelques grains de millet, parfois chantonnant, le plus souvent immobile et muet. Il ne tend pas la main, il ne mendie pas. Gageons qu’il franchira vite le porche d’un hôpital psychiatrique. Cet homme je l’ai vu cent fois en Inde : les dévots s’accroupissent autour de lui, le contemplant longuement dans l’espoir de recevoir quelque émanation de sagesse.

Albert Béguin

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Toi, dit l’enfant blanc

A l’enfant noir,

Tu te fonds

Dans la nuit noire.

Toi, dit l’enfant jaune

A l’enfant blanc,

Tu te fonds

Dans l’aube blanche.

Toi, dit l’enfant rouge

A l’enfant jaune,

Tu te fonds

Dans le midi du jour.

Et toi, dit l’enfant noir

A l’enfant rouge,

Tu te fonds

Dans le cuivre du couchant.

Mais alors, mais alors,

Dirent les quatre enfants,

Nous sommes

Les heures vives

De la vie.

Yves Yaneck

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Qu’on soit blanc, jaune, noir, rouge on est des frères. Les mots qu’on dit, amour et paix, il faut les vivre.

Mathieu, 9 ans

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Ton Christ est juif,

Ta démocratie est grecque,

Tes chiffres sont arabes,

Ton écriture est latine,

Ta voiture est japonaise,

Ta pizza est italienne,

Ton couscous est algérien,

Ton café est brésilien,

Ta montre est suisse,

Ta chemise est indienne,

Ta radio est coréenne,

Tes vacances sont turques,

 ou marocaines,

Ton avion est américain,

Et …tu reproches à ton voisin d’être étranger ?

    Julos  Beaucarne

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 Dès l’aurore dis-toi d’avance : je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste.

Marc Aurèle

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On assiste à une sorte de fétichisation de la différence qui peut très bien mener à une autonomie verrouillée, à une autarcie, à cet individualisme dont on parle tant dans les sociétés occidentales. L’éloge de la différence a subi une dégradation du concept et peut même avoir aujourd’hui un sens très ambigu.

Jean Baudrillard

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Si tu diffères de moi, loin de me léser tu m’enrichis.

Antoine de Saint-Exupéry

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  Les Peuples

 

Etre unis c’est le bout du monde

Le coeur de l’homme s’agrandit

Le bout du monde se rapproche

Le coeur des peuples bat plus fort

Le coeur des peuples bat la terre (…)

Et la moisson sera parfaite

Notre travail est un défi

Jeté aux maîtres, aux frontières

Nous voulons travailler pour nous

Nous prendrons jour malgré la nuit (…)

Nous nous levons comme les blés

Et nous ensemençons l’amour.

Paul Eluard

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Les vents du peuple me portent

Les vents du peuple m’entraînent

Ils sèment mon cœur

Et propagent ma voix

Miguel Hernandez

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La nation comme le peuple sont des communautés humaines caractérisées par la participation à un même passé et par la volonté de se construire un futur. Dans le cas de la nation l’accent est mis sur l’origine commune.

Dans le cas du peuple il est mis sur la volonté d’un futur. La nation tend à se reproduire, en revanche le peuple tend au changement. C’est au peuple et non à la nation que l’on attribue le droit à la libre détermination de lui-même car on suppose que la nation est déjà déterminée. Face au droit de souveraineté dont la nation est titulaire, le peuple revendique le droit à la souveraineté.

                                                                                 José Echeverria

                                                                        —————————————-

Tout pouvoir vient du peuple

Mais où va-t-il ?

Oui, où diable peut-il aller ?

Il va pourtant quelque part

Bertolt Brecht

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Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

Article 1 alinéa 1 du Pacte international des droits civils et politiques. Article 1 alinéa 1 du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels

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Droits de l’homme et droits des peuples ne sauraient se contredire. La défense des uns exige celle des autres et inversement.

Edmond Jouve

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 Un peuple qui opprime d’autres peuples ne saurait être libre.

Karl Marx

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Vous dont les larmes ont l’amertume du sang des peuples poignardés.

Kateb Yacine

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Si je savais une chose utile à ma nation et qui fut ruineuse à une autre je ne la proposerais pas à mon prince parce que je suis homme avant d’être Français.

Montesquieu

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La liberté d’un peuple oriente tous les peuples

Paul Eluard

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Les Nations Unies ont mis en avant trois types de protection jugées prioritaires : les peuples dépendants soumis à une domination coloniale, à un régime raciste, ou à une occupation étrangère, encore cette dernière a-t-elle donné lieu à de nombreux silences ou inactions des Nations Unies.

                                                                                        JML

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Comment distinguer les peuples des minorités ? Des points de vue juridique et politique on peut dire qu’il y a celles qui aspirent à un statut de reconnaissance de différents droits (culturels etc.) ne mettant pas en cause l’intégrité territoriale de l’Etat où elles vivent, et qu’il y a celles dont les revendications menacent l’intégrité territoriale, soit par l’appel à l’indépendance soit par le rattachement à un autre Etat ; dans ces hypothèses ces minorités aspirent au statut de « peuple-Etat ».

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JML

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Tous les conflits qui voient s’affronter des nations, des ethnies ou des groupes religieux ne sont pas pour autant des conflits identitaires. Il y a conflit identitaire seulement lorsqu’un groupe est persuadé, à tort ou à raison, qu’il est menacé de disparaître soit sur le plan physique soit sur le plan politique.

François Thual

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L’humanité :

  Disparition de l’humanité ?

 

L’humanité se vivait comme infinie car elle était une abstraction. Les dangers qui la guettent (pollution, guerre…) lui révèlent à la fois son existence et sa mortalité.

René Jean Dupuy

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Le péril majeur pour l’humanité ne provient pas d’un régime, d’un parti, d’un groupe ou d’une classe. Il provient de l’humanité elle-même dans son ensemble qui se révèle être sa pire ennemie et celle du reste de la création. C’est de cela qu’il faut la convaincre si nous voulons la sauver.

Claude Lévi-Strauss

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La tragédie va-t-elle se poursuivre jusqu’à la fin des temps quitte à en précipiter la survenance ? Ou bien pour conjurer l’usure du monde les hommes parviendront-ils à se reconnaître en leur commune humanité?

René Jean Dupuy

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Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui.

Claude Lévi-Strauss

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  Humanité et être humain

 

Le vrai démocrate est celui qui, avec des moyens non-violents, défend sa liberté, celle de son pays et en fin de compte, celle de l’humanité toute entière.

Gandhi

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La Terre est ma patrie et l’Humanité ma famille.

Khalil Gibran

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Nous souffrons collectivement d’un manque d’ampleur, d’une absence d’horizon d’humanité.

Jean Cardonnel

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Il est plus facile d’avoir de la bonhomie que de l’humanité.

Jean Cardonnel

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C’est dans l’immense mouvement d’humanité par lequel nous donnons en masse son sens global à notre vie que nous rencontrons le sens qui se donne.

Jean Cardonnel

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Ne sommes-nous pas d’autant plus vivants que nous portons en nous un projet d’humanité et qu’il nous porte ?

JML

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La dignité de l’homme suppose à la fois qu’il soit vu dans sa particularité et perçu comme le miroir de l’humanité.

Kant

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  L’humanité et le droit

 

Sans doute le travail ébauché autour de la notion d’humanité, s’il n’est pas détourné par un juridisme réducteur, est-il de nature à nourrir utilement la catégorie du droit impératif général. Placée au centre du jus cogens (normes impératives de droit international général), l’humanité, non comme représentation (impossible) d’une totalité, mais comme garantie de la survie de tous, peut servir de référence adéquate.

Monique Chemillier- Gendreau

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Passer de l’homme aux groupes familial, régional, national, international résulte d’une progression quantitative. Accéder à l’Humanité‚ suppose un saut qualitatif. Dès lors qu’il est franchi, elle doit, elle-même, jouir de droits faute de quoi les hommes perdraient les leurs.

René Jean Dupuy

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    6-Le développement : Pour qui ? Lequel ?

Origines, étapes de la notion de développement

La notion de développement a au moins quatre origines : d’abord la colonisation qui contribue à ancrer dans l’esprit des dominants européens la conviction selon laquelle la croissance et le progrès n’ont pas de limites. Ensuite le marxisme et l’humanisme qui, l’un avec le sens de l’histoire, l’autre avec la croyance dans le développement économique libéral, conduisent à penser que le développement, en tant que tel, ne comporte ni incertitude ni danger. Enfin les Nations Unies qui, à travers les puissances victorieuses de la Seconde Guerre Mondiale, mettent en avant l’opposition pays développés pays sous-développés, opposition fondée sur des indicateurs économiques. A tout cela il faut, bien sûr, ajouter la technoscience et son idéologie du progrès selon laquelle inexorablement l’humanité va vers la totale satisfaction des besoins.

JML

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Depuis plus de cinquante ans la notion de développement est passée par quatre étapes : de 1945 à 1950 il s’agit de lutter contre le retard de la croissance, le sous-développement est, le plus souvent, conçu comme un phénomène naturel ou comme un retard du développement. De 1950 à 1955 il s’agit de lutter contre le blocage de la croissance, le sous-développement n’est pas un phénomène naturel c’est le produit d’une histoire, il n’est pas conjoncturel mais structurel, il faut remettre en cause les dominations et l’on arrivera à un développement harmonieux. De 1955 (Conférence de Bandoeng qui condamne le colonialisme) à 1968 le développement est perçu avant tout comme une exigence de libération politique, économique et culturelle. A partir de 1968 et jusqu’à nos jours la notion est entrée dans une crise profonde : les pays du Sud ne sont pas arrivés à remettre en cause l’ordre mondial, au Nord l’idéologie du développement a fait l’objet d’une certaine contestation (société de consommation, puis débâcle écologique, enfin explosion de l’exclusion et de la pauvreté). La notion de ‘‘développement durable’’ apparaît : espoir pour certains, impasse pour d’autres.

JML

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Radicalité de la crise

Le système international est entré dans la croissance d’une crise (et non pas une crise de croissance) probablement sans précédent : par l’ampleur des problèmes, des drames et des menaces, par l’ampleur de l’incertitude (Catastrophe finale ? Naissance d’une nouvelle humanité ? Hypothèse intermédiaire ?), par la recherche de fausses solutions (de type grand remède miracle), par l’accélération du système international (et ses conséquences négatives par rapport à la démocratie qui a besoin de temps et par rapport au long terme négligé). La crise du système international devient radicale dans la mesure où ces quatre séries de facteurs s’aggravent et où leur cumul rend les alternatives aussi urgentes que difficiles à mettre en oeuvre.

JML

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Au cœur de la crise : le productivisme

Le système international repose sur un productivisme compétitif, humanicide et terricide. On peut affirmer que les logiques du marché mondial sont infernales, pourquoi ? Parce que le marché mondial nous dépasse par sa complexité, sa technicité, sa rapidité, à cela s’ajoute une fatalité qui est le produit des trois facteurs précédents. Ces logiques sont infernales parce que ce marché mondial devient suicidaire par son insécurité, ses inégalités, sa fragilité, sa compétitivité. Surconsommation au Nord, explosion démographique au Sud, course aux armements et débâcle écologique qui se sont mondialisées : des logiques d’autodestruction sont en marche. Il est vital de changer de route.

JML

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Chaque jour trente cinq mille enfants de moins de cinq ans meurent de faim et de maladies. Un tel système international n’est-il pas condamné et condamnable ?

JML

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Interdépendances et développement

Il y a un lien, une dialectique, une triade : paix, développement, droits de l’homme. La paix sans laquelle le développement est impossible, le développement sans lequel les droits de l’homme sont illusoires, les droits de l’homme sans lesquels la paix est violence.

René Jean Dupuy

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La paix c’est un état où les droits de l’homme sont d’abord connus et ensuite respectés mais, réciproquement, c’est une chimère de croire que l’on peut respecter les droits de l’homme dans un monde où la guerre, c’est à dire la négation même de l’existence de l’homme, est affirmée tous les jours.

René Cassin

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La paix, le développement et la protection de l’environnement sont interdépendants et indissociables.

Principe 25 de la Déclaration sur l’Environnement et le Développement (Rio, 1992)

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Pour une société humainement viable

Un nouveau système international devrait être fondé sur une communauté mondiale démocratique, juste, pacifique et écologique. De nouvelles logiques devraient être synonymes de ruptures vitales par rapport au marché mondial, pourquoi ? Parce qu’il s’agit de maîtriser le marché mondial par rapport à sa complexité, sa technicité, sa rapidité, des doses de fatalité seront alors réduites. Ces nouvelles logiques iraient dans le sens du changement du marché mondial remettant en cause l’insécurité, les inégalités, la fragilité de ce système international et s’attaquant à la sacro-sainte compétitivité.

JML

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Quels peuvent être les fondements d’une société humainement viable ? Il s’agit de résister face à la confusion entre les moyens et les fins c’est à dire de bâtir une économie et une techno science au service des êtres humains et non l’inverse. Il s’agit de mettre en œuvre des moyens conformes aux fins que l’on propose, c’est à dire des moyens démocratiques, équitables, pacifiques, écologiques, prenant en compte le court, le moyen, mais aussi le long terme, et mettant en avant responsabilité, solidarité, autonomie.

JML

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Le développement a été successivement endogène, autocentré, socialiste, intègre, intégral, harmonieux, participatif, autonome et populaire, durable et maintenant humain et social (…) On a là un bel exemple de diplomatie verbale consistant à changer les mots quand on est impuissant à changer les choses.

Serge Latouche

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La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier des besoins mais à les limiter volontairement. C’est le seul moyen de connaître le vrai bonheur et nous rendre disponibles aux autres.

Gandhi

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Ce qui est requis est une nouvelle création imaginaire d’une importance sans pareille dans le passé, une création qui mettrait au centre de la vie humaine d’autres significations que l’expansion de la production et de la consommation, qui poserait des objectifs de vie différents pouvant être reconnus par les êtres humains comme valant la peine.

Cornélius Castoriadis

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Développement, croissance, développement durable, décroissance

J’en suis venu au développement à partir d’une critique de la croissance. Celle-ci n’est autre que l’augmentation du produit national. La question du développement est apparue lorsqu’il s’est avéré que la croissance matérielle débouchait sur le déchirement du tissu social et sur la dégradation de l’environnement. A l’opposé le développement respecte les valeurs humaines fondamentales et les mécanismes reproducteurs de la biosphère. C’est l’objectif à atteindre.

René Passet

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Le développement durable consiste à répondre aux besoins de développement et d’environnement des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.

Conférence de Rio,juin 1992

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Le développement durable repose sur trois piliers : le développement économique, le développement social, le développement de l’environnement.

Conférence de Johannesburg, juin 2002

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Le développement durable est un oxymore, c’est-à-dire une figure consistant à accoler un terme et son contraire. Le ‘‘développement’’ tel qu’il est conçu par ceux qui le revendiquent, est fondé sur une croissance économique qui est insoutenable pour la planète. Il y a incompatibilité radicale avec sa durabilité. Plutôt que ‘‘A bas le développement durable’’ je préfère dire :« Vive la décroissance conviviale ! »                                      

 Serge Latouche  

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Il faut aller vers un mode de vie radicalement nouveau. (…)

L’idée de base pourrait être : ‘‘Moins de biens, plus de liens !!’’

Paul Ariès

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Introduire l’idée de limite au cœur de l’activité humaine.

Jean-Paul Besset

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II.                     Derniers souffles du Monde ?

 

1.                  Moyens et fins terricides

Manifestations de la débâcle écologique

On s’afflige des effets mais on s’accommode des causes

Bossuet

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L’énumération indicative des problèmes, des drames et menaces liés à l’environnement est impressionnante.

En ce qui concerne l’air : pollutions de l’espace orbital, menaces de l’hiver nucléaire, atteintes à la couche d’ozone, réchauffement des climats (gaz à effet de serre : gaz carbonique etc.), drames des pluies acides (forêts tempérées, lacs…), accidents industriels, risques technologiques majeurs, drames et menaces d’accidents nucléaires, problèmes liés aux bruits.

En ce qui concerne l’eau : pollutions d’origine tellurique, drames et menaces liés aux immersions des déchets nucléaires, pollutions par accidents de navires, pollutions par exploitation de plates formes, surexploitation, épuisement des richesses océaniques, pollution des eaux douces, pollutions des zones humides (marais, marécages…), inondations, assèchement.

En ce qui concerne la terre : dégradation des sols, désertification, destruction des forêts tropicales, menaces sur les productions de céréales, pénurie de bois, pesticides, invasions d’espèces nuisibles (criquets…), déchets sur terre, déchets radioactifs (civils et militaires), exportations des déchets dangereux, urbanisation incontrôlée, atteintes dues aux guerres, nouvelles technologies et atteintes à l’environnement.

Enfin, en ce qui concerne la faune et la flore : dévastation des espèces animales et des espèces végétales…

JML

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Quand les bisons seront tous massacrés, les chevaux sauvages domptés,

Les coins secrets de la forêt chargés de l’odeur de beaucoup d’hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternis par des fils qui parlent…

Alors, où seront les fourrés ?

Disparus

Où sera l’Aigle ?

Disparu

Et cette disparition marquera la fin de la vie et le début de la survivance.

Chef Indien Seattle

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Ils ont coupé

le vieux pommier,

roi du verger

et en tronçons

l’ont débité…

De ces morceaux

ont fabriqué

une échelle pour monter

cueillir les pommes

du pommier.

Ont été bien déçus

car, de pommier,

il n’y en a plus !

Robert Gélis

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Tout ce qui arrive à la Terre arrive aux fils de la Terre.

Chef indien Seattle

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La nature peut vivre sans les hommes mais l’homme ne peut pas vivre sans la nature.

Un graffiti

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 Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras !

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;

Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,

Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?

Ronsard

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Beaucoup de conflits en ce siècle ont eu le pétrole comme enjeu, au siècle prochain on fera la guerre pour l’eau.

Ismaïl Serageldin

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 C’est fou ce que l’homme invente pour abîmer l’homme et comme tout ça se passe tranquillement.

Jacques Prévert

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Nous savons que l’Homme Blanc ne comprend pas nos mœurs.

Pour lui, une parcelle de terre ressemble à la suivante car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin.

La terre n’est pas sa sœur mais son ennemie et, lorsqu’il l’a conquise, épuisée, il va plus loin (…)

Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre, comme les moutons ou les perles brillantes.

Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

Chef indien Seattle

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Une trentaine de pays, totalisant un peu plus de 300 millions d’habitants, seront confrontés à une pénurie d’eau en l’an 2000, il ont moins de 1000 mètres cubes par habitant et par an. Une quarantaine de pays seront en situation marginale grave.

Rapport 1999 de la FAO

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Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier,

des journaux attirent annuellement l’attention des lecteurs

sur les dangers du déboisement des forêts…

Jacques Prévert

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Gens avec masque à oxygène, oiseaux qui toussent au lieu de chanter, arbres qui refusent de croître. Dans combien de temps apparaîtra ce conseil de santé publique: « il est recommandé de ne pas respirer » ?

Eduardo Galeano

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Ne tuez pas les rossignols, camarades, sinon qui chantera dans vos nuits d’été ?

Maïakovski

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Celui qui cueille une fleur dérange une étoile.

Francis Thomson

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Avec l’énergie perdue par les Etats-Unis dans les embouteillages il est possible de faire fonctionner l’économie du Japon.

Arno Penzias

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Vingt quatre pays sont d’ores et déjà en dessous du seuil de pénurie d’eau et, d’ici un quart de siècle, les régions en situation de « stress hydrique » pourraient concerner environ les deux tiers de la planète, selon l’organisation météorologique mondiale.

1997 – Jean-Paul Besset

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La crise climatique confronte l’humanité et ses civilisations à un défi redoutable : comment allons-nous vivre désormais avec un climat qui se retourne contre les hommes ?

Comment et dans quel sens allons-nous réagir, rapidement et radicalement si possible, sous peine, peut-être, de mettre en cause notre propre survie ?

Jean-Paul Besset

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Nous avons changé de planète, mais tous les réflexes lentement acquis depuis l’aube de l’humanité, toutes les organisations peu à peu mises au point pour parvenir à vivre ensemble, sont restées les mêmes et nous fourvoient. Lancez une pierre au milieu d’un lac, les vagues puissantes, s’atténuent en s’éloignant ; arrivées au rivage, elles ne sont plus qu’ondes insignifiantes. Le choc initial a été absorbé, sans conséquences pour les équilibres globaux. Le nageur du lac est à peine perturbé. Lancez la même pierre dans un bassin creusé dans le roc. Les ondes arrivant sur les bords sont d’une telle amplitude qu’elles sont réfléchies, reviennent vers le centre, interfèrent avec les autres, ajoutent leurs puissances, créent une tempête. Le nageur du bassin est submergé. La cause est la même, mais les « conditions aux limites » comme disent les mathématiciens, sont différentes ; le processus a un tout autre déroulement.

Albert Jacquard

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Le temps de la certitude a été synonyme de conquête, de toute-puissance, de maîtrise de l’être humain sur la nature. Puis est venu le temps du doute, Tchernobyl est une sorte de dernier avertissement, des dommages dépassent des seuils de réversibilité. Arrive donc le temps de la précaution : il faut apprendre à penser et agir à long terme, à éviter l’irréparable au nom des générations présentes et futures.

JML

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Une cause de la débâcle écologique : le productivisme

Fourastié nous parlait des « trente glorieuses » comme d’une réussite sans précédent dans l’histoire de l’humanité. En a-t-il évalué à l’échelle mondiale les inconvénients, le coût, le taux d’hypothèque sur le futur?

René Dumont

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Spéculateurs et entrepreneurs rendent la terre chauve et nue.

Henry David Thoreau

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La civilisation est la création indéfinie de besoins dont on n’a pas besoin.

Mark Twain

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Il faut un minimum de bien-être et de confort mais, passé cette limite, ce qui devait nous aider devient source de gêne.

Mahatma Gandhi

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Autre cause de la débâcle écologique : l’explosion démographique

Il n’est peut-être pas nécessaire d’aller chercher bien loin les causes des malaises mondiaux actuels. Il pourrait suffire de songer à la furieuse explosion démographique que connaît notre espèce. Ce fut un luxe insoupçonné pour l’humanité et une chance pour toutes les formes de la vie lorsque deux ou trois milliards seulement d’individus habitaient la planète.

Claude Lévi-Strauss

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 La fécondité excessive, liée à la misère, freine tout progrès.

René Dumont

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 Le droit des femmes à contrôler leurs modes de vie est le fondement de toute action liant la population, l’environnement et le développement. Nous rejetons et dénonçons toute forme de contrôle du corps de la femme par les gouvernements et les institutions internationales. Nous refusons et dénonçons la stérilisation forcée de la femme et la négation de son droit à un choix libre et conscient. Nous réaffirmons et appuyons la conquête, de la part des femmes qui représentent la moitié de la population mondiale, du pouvoir de décision sur leur choix de vie et exigeons la reconnaissance de leur droit de contrôler elles-mêmes leur fertilité et de planifier la taille de leurs familles.

Extrait des « traités » conclus entre ONG à Rio (Juin 1992)

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2.                  Moyens et fins injustes

Histoire des dominations

Le colon fait l’histoire et il sait qu’il la fait parce qu’il est ici le prolongement de la métropole. L’histoire qu’il écrit n’est donc pas l’histoire du pays dépouillé, mais l’histoire de sa nation, en ce qu’elle écume, viole, affame.

Frantz Fanon

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L’avenir est la seule propriété que les maîtres concèdent de bon gré aux esclaves.

Albert Camus

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Alors on vit s’avancer sur l’estrade une petite vieille femme de maintien craintif et qui paraissait se ratatiner dans ses pauvres vêtements.(…) Des manches de sa camisole rouge dépassaient deux longues mains à articulations noueuses. La poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines les avaient si bien encroûtées, écaillées, durcies qu’elles semblaient sales quoiqu’elles fussent rincées d’eau claire, et à force d’avoir servi elles restaient entrouvertes, comme pour présenter d’elles-mêmes l’humble témoignage de tant de souffrances subies.(…) Ainsi se tenait devant ces bourgeois épanouis ce demi-siècle de servitude.

Gustave Flaubert

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Ils s’octroyèrent

Fermes, fouets, esclaves,

Catéchisme, résidences,

Instruments de tortures, petits couvents, bordels,

Et appelèrent tout cela

Sainte culture occidentale.

Pablo Neruda

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Ils pourront couper toutes les fleurs

Mais jamais ils ne seront les maîtres du printemps

Pablo Neruda

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Pauvreté, exclusion, misère

Pour gouverner, il faut avoir

manteaux et rubans en sautoir.

Nous en tisons pour vous, grands de la terre,

Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre.

Aristide Bruant

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Ni les économies libérales ni les économies étatiques n’ont éliminé la pauvreté, bien au contraire. Le phénomène ne cesse de croître, paradoxe d’un monde qui pourtant vante « l’expansion », investit beaucoup dans la recherche, produit de plus en plus. Paradoxe apparent qui ne se dissipera pas aussi longtemps que ne sera pas imaginé un nouveau type de société.

Michel Beaud

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La planète se divise entre le monde de l’intégration et le monde de l’exclusion, on va vers un techno-apartheid mondial.

Riccardo Petrella

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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Le principe, c’est qu’il faut être avec les pauvres.

René Dumont

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Vous voulez les pauvres secourus moi je veux la misère supprimée.

Victor Hugo

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Inégalités

Je reviens du Nord de votre pays et j’ai calculé qu’il faudra trente sept ans de travail à un paysan pour gagner l’équivalent de l’indemnité de six mois qu’un parlementaire touche pour une session de l’Assemblée. Ça ne durera pas trente sept ans.

René Dumont au Président du Cameroun au début des années 1960

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La seule manière de vaincre la violence c’est d’aller à la racine du mal : la violence, mère de toutes les autres, c’est l’injustice.

Helder Camara

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Un bien durable ne peut pas venir du mensonge et de la violence.

Mahatma Gandhi

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Le pauvre cherche la nourriture, le riche cherche l’appétit.

Proverbe d’Inde

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 « La vie est quelque chose qui arrive quand on est occupé à faire autre chose » disait John Lennon. A notre époque, marquée par la confusion des moyens et des fins, on ne travaille pas pour vivre, on vit pour travailler. Les uns travaillent toujours plus parce qu’ils n’arrivent pas à satisfaire leurs besoins. Et d’autres travaillent toujours plus pour pouvoir gaspiller.

Eduardo Galeano.

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Les chiffres avouent mais ne se repentent pas. A la fin des fins la dignité humaine dépend du calcul des coûts et des bénéfices, le sacrifice des pauvres n’est rien d’autre que le « coût social » du Progrès.

Eduardo Galeano

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Les 358 personnes les plus riches de la planète ont des revenus équivalents à ceux des 2.5 milliards personnes les plus pauvres.

PNUD, 2000

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Ce qui me tourmente c’est un peu dans chaque homme Mozart assassiné.

Antoine de Saint-Exupéry

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Le 1/5ème le plus riche de la population mondiale dispose de 84,4% du PNB mondial, le 1/5e le plus pauvre : 1,4% !

PNUD, 2001

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Tiers-monde

Le tiers-monde reste la zone des tempêtes et de l’échange inégal.

Samir Amin

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L’offensive contre le tiers-mondisme veut briser les solidarités humaines qui font la vitalité d’une société, tout subordonner à de prétendues lois économiques, évacuer tout idéal qui oserait s’opposer au capitalisme.

Claude Julien

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Si la population du monde était réduite à un village de cent personnes cinquante d’entre elles seraient mal nourries, trente-trois n’auraient pas accès à l’eau potable, une seule aurait reçu une éducation supérieure.

Comparaison faite en 1997

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La cité terrestre compte plus de bidonvilles que de beaux quartiers.

René Jean Dupuy

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Chômage

Le chômage aujourd’hui est bien plus qu’une interruption de travail. Pour un nombre croissant de sans-emploi le chômage tire un trait sur la vie sociale, la vie familiale.

Nicole Penicaut

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Le travail quitte la société post-industrielle. L’informatisation généralisée de la société transforme la croissance quantitative des biens en une croissance qui détruit inexorablement le nombre des emplois.

Jacques Robin

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Le modèle de développement économique actuel conduit à la rupture de la cohésion sociale, à la violence et au désespoir. (…) Il nous faut donc concevoir une économie plurielle où, aux côtés du marché, la logique de l’intérêt collectif et les impératifs du développement durable soient reconnus et où puissent s’édifier des circuits inédits de distribution des richesses, des biens et des services. (…) Trois voies principales sont à explorer simultanément : faciliter une distribution sociale régulière du travail-emploi par la réduction de sa durée, reconnaître et développer l’économie solidaire, assurer à toutes les personnes les moyens d’accéder à une identité sociale reconnue.

Chômage : appel au débat Le Monde, 28 juin 1995

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La réduction du temps de travail, articulée sur la création du revenu universel d’existence, et la transition énergétique radicale,en liens avec les luttes contre le réchauffement climatique, ne sont-elles pas deux des pistes de l’avenir pour les créations d’emplois?

JML

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Autres injustices – faim

En cette troisième décennie du développement des millions d’hommes prisonniers ou menacés par la famine, des dizaines de millions sans eau potable, des centaines de millions mal -nourris, le désert qui gagne, la forêt qui recule. Et les fossés qui se creusent entre le foisonnement des productions et des réalisations à travers le monde – pour certains groupes humains la privation de l’essentiel, l’eau, le pain – entre la montée flamboyante de nos capacités technologiques et l’écrasement de tant d’hommes.

Michel Beaud

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Il y a barbarie chaque fois qu’il y a mépris de l’autre : le racisme, l’acceptation du chômage et des sans-abris sont des formes de barbarie.

Albert Jacquard

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Jamais autant qu’aujourd’hui la terre n’a produit de quoi nourrir les hommes. Mais jamais elle n’a compté autant d’affamés. Jamais les connaissances de l’homme sur sa propre nutrition n’ont été aussi étendues, jamais pourtant il n’a paru aussi impuissant à les appliquer, ni à rendre équitable, sur l’ensemble de la planète, l’accès à la nourriture.

Claire Brisset

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Jamais inondation ni tremblement de terre, jamais guerre n’a coûté la vie à 250.000 enfants en une semaine. Tel est pourtant le nombre des victimes chaque semaine de la malnutrition et de la famine. Il faut se mobiliser contre cette tragédie silencieuse.

James Grant ; UNICEF

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 Pourquoi me demander

si je suis d’Afrique

si je suis d’Amérique

si je suis d’Asie

si je suis d’Europe ?

Ouvre moi, mon frère !

 

J’ai frappé à ta porte

J’ai frappé à ton coeur

Pour avoir un bon lit

Pour avoir un bon feu

Pourquoi me repousser ?

Ouvre moi, mon frère !

René Philomphe

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L’intérêt

L’intérêt parle toutes sortes de langues et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéresser.

François de La Rochefoucauld

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Les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer.

François de La Rochefoucauld

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Quelqu’un disait d’un homme très personnel : il brûlerait votre maison pour se faire cuire deux oeufs.

Chamfort

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L’argent que tu as est ton esclave et toi tu es l’esclave de celui que tu n’as pas.

Proverbe du Liban

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Les hommes sont toujours sincères. Ils changent de sincérité, voilà tout.

Tristan Bernard

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Qui demande l’aumône rougit une fois, qui le refuse rougit deux fois.

Proverbe de Turquie

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Face à l’injustice

Aucun lieu sur terre ne peut espérer rester un îlot de prospérité dans un océan de misère.

Maurice Strong à la Conférence de Rio (1992)

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Nous vivons une époque qui subit de façon cumulée et condensée les résultats de l’effondrement, rampant ou éclatant de deux formes qu’a revêtues dans les temps modernes le projet d’émancipation, le projet d’autonomie sociale et individuelle: le libéralisme qui se trouve incarné dans la République capitaliste, et le socialisme monstrueusement défiguré par le totalitarisme communiste ou affadi et vidé de sa substance dans la social-démocratie.

Edgar Morin

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Soit les richesses vont vers les hommes, soit les hommes vont vers les richesses.

Alfred Sauvy

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Il y a deux sortes de lois : les justes et les injustes. Je suis le premier à appeler à l’obéissance aux lois justes. Nous avons l’obligation non seulement légale mais morale d’obéir aux lois justes, mais nous avons au même titre l’obligation morale de désobéir aux lois injustes. Je pense, avec Saint Augustin, que « une loi injuste n’est pas une loi du tout ». Toute loi qui dégrade la personne humaine est injuste.

Martin Luther King

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3.                  Moyens et fins autoritaires

Absence des droits de l’homme

Sans les droits de l’homme il n’y a que le gris des individus tous semblables sous le même uniforme ou le visage défiguré de ceux que l’on persécute…

Michel Simon

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Ecrire sur les droits de l’homme c’est être accompagné par le cortège invisible – ou visible jusqu’à l’insoutenable – de la souffrance humaine qui, depuis Abel jusqu’au dernier torturé, déporté, « disparu », exécuté ne cesse de crier vers les hommes et vers le ciel.

Michel Simon

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Quant ils sont venus

Chercher les communistes

Je n’ai rien dit

Je n’étais pas communiste

 

Quant ils sont venus

Chercher les syndicalistes

Je n’ai rien dit

Je n’étais pas syndicaliste

 

Quant ils sont venus

Chercher les juifs

Je n’ai rien dit

Je n’étais pas juif

 

Quant ils sont venus

Chercher les catholiques

Je n’ai rien dit

Je n’étais pas catholique

 

Puis ils sont venus me chercher

Il ne restait plus personne

Pour dire quelque chose

Louis Needermeyer

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Totalitarismes

 

Le totalitarisme a besoin de gens isolés et désolés, autrement dit : arrachés à toute appartenance et socialement destructurés.

Hannah Arendt

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A l’intérieur d’un Etat si vous n’entendez le bruit d’aucun conflit vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas.

Montesquieu

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« Route de la servitude » d’Hayek, « Homme unidimensionnel » de Marcuse : déceler les prémices du « totalitarisme doux » du monde moderne…

Roland Quillot

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Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde.

Bertolt Brecht

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O liberté tu brilles clair dans les cachots

Car, là, tu habites le coeur.

Byron

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L’air est lourd comme du plomb

       Je crie

         je crie

           je crie

            je crie

         Venez vite

       je vous invite

          à faire fondre

               du plomb.

Nazim Hikmet

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Torture

La torture est l’horrible contraire de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui la subit mais aussi celui qui l’inflige.

Entendu dans une réunion…

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Le geste tortionnaire est celui par lequel les êtres humains expriment le plus radicalement leur refus de la différence.

Guy Aurenche

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Haine, vengeance

La haine n’est qu’une défaite de l’imagination.

Graham Greene

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Quand la colère et la vengeance se marient, leur fille est la cruauté.

Proverbe de Russie

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L’intolérance pousse sur nos coquilles d’égoïsme.

Kulsi

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L’ambition et la vengeance ont toujours faim.

Proverbe danois

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Le plus souvent la bêtise est sœur de la méchanceté.

Sophocle

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Si la colère et la haine font croître l’irascibilité, la compassion et la douceur diminuent même celle qui existe.

Evagre le Pontique

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Racisme et luttes contre le racisme

Le racisme commence lorsqu’on cherche à donner des inégalités sociales une justification fondée sur la nature, accompagnée de références explicites à des éléments de survie biologique.

Christian Delacampagne

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Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son agression.

Albert Memmi

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Deux visions du racisme peuvent être distinguées. La vision universaliste consiste à réduire le racisme à un différentialisme, et conduit à le reconnaître selon un critère : la négation de l’unité du genre humain. La vision différentialiste consiste à réduire le racisme à un universalisme reconnaissable à un critère : la négation des spécificités culturelles, éthniques…ou la volonté d’éradiquer les identités groupables.

Pierre-André Taguieff

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Le combat contre le racisme procède à la fois du cœur et de la raison. Il consiste d’abord à reconnaître les autres comme « autres », avec leurs différences, avec leurs qualités, avec leurs défauts. Ne jamais admettre que certains hommes, parce qu’ils ne nous ressemblent pas, puissent être mis à l’écart.

Georges Jean

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 « Qu’est-ce que cela signifie apprivoiser ? ». « C’est une chose trop oubliée » dit le renard, « ça signifie : créer des liens ».

Antoine de Saint Exupéry

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J’ai fait un rêve. Je rêve qu’un jour sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens maîtres pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Martin Luther King

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Terrorisme

 (…) Le terrorisme est également un défi lancé au politique. Il est un refus de la lutte politique, une fuite en avant, souvent déconnectée de ses origines et coupée de la réalité sociale. Pourquoi et comment cette violence extrême a-t-elle pu germer et s’imposer à notre société ? S’agit-il d’un accident de l’histoire, lié à un état donné de développement des sociétés, à une situation de crise ou à la conjoncture internationale ? Ou bien peut-on concevoir le terrorisme comme une forme « installée » de la violence politique ? On ne peut s’empêcher, à cet égard, de faire un rapprochement avec les analyses du totalitarisme ou de cette autre forme de violence extrême qu’est le génocide, tous deux étapes ultimes d’un terrorisme d’Etat érigé en système. Ces questions sont fondamentales pour le citoyen qui veut comprendre et rester vigilant.

Anne Le Huerou

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La légitimité d’une cause n’implique pas la légitimité de tous les moyens pour la faire triompher.

Combat non-violent

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La stratégie de la terreur atomique n’est-elle pas aussi une stratégie terroriste ? Elle revient à exercer un chantage à la mort sur la vie de millions de victimes innocentes.

Jacques Semelin

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Face aux totalitarismes, face aux régimes autoritaires

Si l’écho de leurs voix faiblit nous périrons.

Paul Eluard (évoquant les déportés)

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Les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur.

Stendhal

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Nous avons compris une grande vérité, à savoir que ce n’est pas le fusil, ce ne sont pas les chars, ce n’est pas la bombe atomique qui engendre le pouvoir et le pouvoir ne repose pas sur eux. Le pouvoir naît de la docilité de l’homme, du fait qu’il accepte d’obéir.

Vladimir Boukovski

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Pour que l’on ne puisse pas abuser du pouvoir il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

Montesquieu

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4.           Moyens et fins humanicides

Souffrances de la guerre

Quand les riches se font la guerre ce sont les pauvres qui meurent.

Jean-Paul Sartre

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Les parfums ne font plus frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

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Il tomba en octobre 1918, par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu’à l’Ouest il n’y avait rien de nouveau.

Erich-Maria Remarque

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Guerre est le mot le plus triste qui sort de mes lèvres tremblantes. C’est le plus mauvais des oiseaux qui remplit les murs de sang et qui fait du monde un enfer.

Maida (à Skopje)

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Vous ne reverrez plus les monts, les bois, la terre

Beaux yeux de mes soldats qui n’aviez que vingt ans

Et qui êtes tombés en ce dernier printemps

Où plus que jamais douce apparut la lumière.

Emile Verhaeren

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Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder une ville assiégée que d’assassiner quelqu’un à coups de hache.

Dostoïevski

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Avec ses cinq doigts il chargea un obus

Qui explosa dans la culasse.

Avec ses quatre doigts il fit un salut

Non réglementaire.

Avec ses trois doigts il fit le V

De la victoire.

Avec un doigt il appuya sur la gâchette

D’un revolver et se coupa l’oreille.

Il levait l’autre bras pour se rendre mais

L’ennemi ne comprit pas.

Yvon Givert

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La guerre m’a pris dans ses bras rouges

Et m’a bercé

La guerre m’a vu de ses yeux rouges

Et m’a parlé.

Elle m’a dit « veux-tu t’étendre

Auprès de moi

Sur mon grand lit, mon lit de cendres

Mon lit bien froid ? »

Boris Vian

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Où ils font un désert ils disent qu’ils apportent la paix

Tacite

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Le ciel s’est déchiré

Les rues ont disparu

La nuit

La nuit tombe

Sur ces yeux brûlés et desséchés

Sur ces terres en feu

Donnez-moi de l’eau

Oh, donnez m’en

Je préfère mourir.

Tamikitarra (à Hiroshima)

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Peuples infortunés! Jamais consultés, toujours sacrifiés, acculés à des guerres, obligés à des crimes qu’ils n’ont jamais voulus.

Romain Rolland

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Guerre

L’éternel refrain de l’humanité : encore un petit massacre et tout ira pour le mieux…

Jean Rostand

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La guerre est le témoignage de notre imbécillité.

Montaigne

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 La guerre est un mal qui déshonore le genre humain.

Fénelon

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Toutes les guerres sont civiles car c’est toujours l’homme qui répand son propre sang, qui déchire ses propres entrailles.

Fénelon

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La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas.

Paul Valery

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Il n’y a pas deux morales, celle qui condamne le meurtre en temps de paix et celle qui le prescrit en temps de guerre.

Roger Martin du Gard

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L’ignoble visage de la guerre sait toujours se maquiller différemment.

Jean Rostand

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La victoire a beau grandir elle ne réussit pas à rattraper les morts.

Jules Romain

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On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu.

Jean Rostand

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Les hommes sont tous frères et ils s’entre-déchirent ; les bêtes farouches sont moins cruelles. Les lions ne font pas la guerre aux lions ; ils n’attaquent que les animaux d’espèce différente : l’homme, seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux sans raison ne firent jamais : la guerre.

Fénelon

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L’homme est le seul animal qui apprenne à ses jeunes à tuer ses semblables.

Théodore Monod

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De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s’égorger les uns les autres. Et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté ils ont inventé de belles règles qu’on appelle l’art militaire.

Jean de la Bruyère

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Nous n’irons plus au bois la colombe est blessée

Nous n’allons pas au bois nous allons la tuer.

Jacques Brel

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Ennemis

L’ennemi devient le dépositaire de la mort que nous avons projetée sur lui. Nous préférons l’affronter sur celui que nous déclarons être notre ennemi. La violence est la grande illusion de l’homme: en tuant l’ennemi il croit se sauver de la mort.

Jacques Semelin

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N’importe où, en quinze jours, une campagne de presse peut exciter une population incapable de jugement à un tel degré de folie que les hommes sont prêts à s’habiller en soldats pour tuer ou se faire tuer.

Albert Einstein

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La guerre est un processus paranoïde qui revient à cette équation : ta mort c’est ma vie. La conflagration atomique place les hommes devant une nouvelle équation : ta mort c’est ma mort. D’où la nécessité de trouver une équation totalement inédite : ta vie c’est ma vie.

Franco Fornari

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Ne vous alignez pas sur le comportement qu’ont vos ennemis. Inventez autre chose. Dans tout ennemi se cache un ami en puissance, ne vous acharnez pas sottement à rendre coup pour coup. Encaissez une grêle de coups, laissez les sans réponse, ce qui vous permettra au moment décisif, sur le terrain immense que vous aurez atteint en fuyant les espaces réduits, de porter le grand coup. Ce coup définitif ne tue pas l’ennemi. Il le laisse étourdi jusqu’à le transformer en un nouvel ami.

Jean Cardonnel

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Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs. (…)

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Vous avez appris qu’il a été dit : oeil pour oeil et dent pour dent. Eh bien ! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends lui encore l’autre. (…)

Evangile selon Saint-Mathieu

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Il suffit de se tenir au bord de la rivière pour voir passer les cadavres de ses ennemis. L’âge venu tout le monde peut en faire l’expérience.

Proverbe de France

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En opposant la haine à la haine on ne fait que la répandre en surface comme en profondeur.

Gandhi

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Haïr fatigue.

Jean Rostand

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Œil pour œil et le monde finira aveugle.

Gandhi

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D’un point de vue mondial la disparition de la bipolarité qui était politique, idéologique, militaire n’a pas simplifié les choses. Le diable n’est plus à l’Est, il est à l’intérieur des démocraties.

Brosnislaw Geremek

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Aimez vos ennemis non parce qu’ils sont vos frères mais pour qu’ils le deviennent. Aujourd’hui, déjà, dans ce monde.

André Laudouze

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La fabrication de l’image d’un nouvel ennemi a, entre autres, pour objectifs de renforcer un ordre interne et de justifier des dépenses d’armement.

JML

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Armes

Plus que tout autre le pouvoir de la mort est corrupteur. Celui qui prolonge son bras par une arme peut éprouver un sentiment de puissance qui l’amène bien souvent à se prendre pour un être supérieur.

Alain Gesmar

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 Fabriquer des armes c’est déjà faire des millions de victimes.

Courrier de l’UNESCO

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Se servir des armes pour maintenir la paix c’est comme se servir de son sexe comme moyen contraceptif.

Un graffiti

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Vers la fin d’un discours extrêmement important

Le grand homme d’Etat trébuchant

Sur un belle phrase creuse

Tombe dedans

Et désemparé la bouche grande ouverte

Haletant

Montre les dents

Et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements

Met à vif le nerf de la guerre

La délicate question d’argent.

Jacques Prévert

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Armes nucléaires

La puissance déchaînée de l’atome a tout changé, sauf nos modes de penser.

Albert Einstein

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Et quand tout le monde aura tué tout le monde les machines parleront des hommes machinalement comme les hommes parlaient des dieux.

Jacques Prévert

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Si les forces de frappe se multiplient on peut hélas prédire qu’il n’y aura plus personne pour les recevoir ni pour les envoyer.

Jean Rostand

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Dans la Rome Antique, le vieux Caton terminait toutes ses harangues par ces mots : « Et, en outre, je pense que Carthage doit être détruite. » Ainsi, tous, devrions-nous terminer tous nos discours: « Et, en outre, je pense que la Force de Frappe doit être détruite ».

Jean Rostand

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Accepter l’arme atomique c’est se rendre complice, par nonchalance ou passivité, du plus abominable forfait que l’homme ait jamais prémédité contre l’homme.

Jean Rostand

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Les armes nucléaires ne nous apportent rien d’autre que l’équilibre de la terreur et la terreur, même en équilibre, c’est encore de la terreur.

George Wald

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L’oeil était dans la bombe et regardait tout le monde.

Jacques Prévert

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 Regardez vos enfants jouer avant, avant que leur sang tourne, avant qu’ils brûlent à petit feu.

Vous avez peur qu’ils se mouillent les pieds, pauvres petits ! Vous avez peur qu’ils prennent froid, qu’ils manquent leurs examens ! Mais des plaies savantes que leur préparent les chipoteurs d’atomes vous n’avez nul souci, n’est-ce pas ?

Lanza del Vasto

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Mères des hommes et pères des bombes. Aux femmes la bambinette, aux hommes la bombinette.

Odette Thibault

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Les hommes d’Etat qui font expérimenter des armes atomiques et prévoient leur utilisation dans une guerre sont des criminels de guerre en puissance et des criminels de paix en acte.

Jean Rostand

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Veille de fin des temps

Equilibrer les terreurs c’est préparer la paix, non pas celle des vivants mais celle des tombeaux.

Jean Rostand

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La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. (…) Ce n’est plus une prière mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.

Albert Camus

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Quelles armes utiliseraient les hommes au cours de la troisième guerre mondiale? Je l’ignore, mais je sais que celles de la quatrième seront les massues.

Albert Einstein

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Les survivants envieront les morts.

Nikita Khroutchev

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A la prochaine guerre la Terre peut sauter. Cette fin absurde laisserait en suspens pour toujours des problèmes qui font depuis dix mille ans nos soucis. Chaque matin nous savons désormais que nous pouvons être à la veille de la fin des Temps.

(…) L’humanité toute entière si elle continue de vivre ce ne sera pas simplement parce qu’elle est née mais parce qu’elle aura décidé de prolonger sa vie.

Jean-Paul Sartre

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(Conte philosophique) Les voix du silence.

L’énergie atomique enchaînée s’est finalement déchaînée et a détruit toute vie humaine sur la planète. Seul un habitant d’un gratte-ciel de Chicago en a réchappé. Après avoir mangé et bu ce qu’il y avait dans son frigidaire, lu, vu et entendu sa bibliothèque idéale, son musée imaginaire et sa discothèque réelle, désespéré de ne pas se voir mourir, il décide de se supprimer et du haut du quarantième étage se jette dans le vide. Juste au moment où il passe devant l’appartement du premier étage, il entend sonner le téléphone.

Kostas Axelos

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Tous les espoirs sont permis à l’homme, même celui de disparaître.

Jean Rostand

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Face à la guerre

Ce que la guerre m’a apporté ? Le désir de ne plus la revoir. Un homme doit résister de toute son âme à la violence toujours prête à se déchaîner en chacun et à envahir toute la terre.

Jacques de Bollardière

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L’homme tardera-t-il à comprendre qu’il a mieux à faire sur son petit globe qu’à échanger des menaces et équilibrer des terreurs ?

Jean Rostand

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En dépit des chauvinismes et des fanatismes nous sommes tous fraternisés, solidarisés, depuis Hiroshima, par les périls communs.

Jean Rostand

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La guerre ne demande pas seulement une condamnation, elle exige une alternative.

Jean-Marie Muller

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S’armer signifie non pas apprendre à organiser la paix mais dire oui à la guerre et la préparer.

Albert Einstein

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 La puissance déchaînée de l’atome a tout changé sauf nos modes de pensée et nous glissons ainsi vers une catastrophe sans précédent. Une nouvelle façon de penser est essentielle si l’humanité doit survivre.

Albert Einstein

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Plus d’armes citoyens !

Rompez vos bataillons !

Chantons, chantons

Et que la Paix

Féconde nos sillons !

Marseillaise de la paix

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Destruction humaine de masse

Elle est le résultat d’une politique volontaire d’anéantissement d’une collectivité humaine par la mise en oeuvre de moyens techniques et organisationnels plus ou moins efficients selon les époques et les systèmes de civilisation.

Jacques Semelin

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L’ethnocide :

C’est la destruction délibérée d’une culture, le plus souvent dans le but d’exploiter économiquement et politiquement ses membres. Il conduit à la destruction physique partielle des membres de cette culture, il va souvent de pair avec des massacres.

Jacques Semelin

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Le massacre :

Il peut être commandé ou spontané, méthodique ou non mais, par définition, il est toujours limité. Sa finalité n’est pas de détruire le groupe-victime en tant que tel mais de créer en son sein un effet de terreur de nature à faciliter sa soumission ou à l’inciter à fuir un territoire donné. Le massacre est au service d’une stratégie de conquête ou de mise en esclavage de populations. On le retrouve dans toutes les formes de guerres : de la guerre antique à la guerre moderne, en passant par la guerre coloniale.

Jacques Semelin

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L’épuration de masse :

Si la finalité du massacre peut être aussi bien interne qu’externe, la technique de l’épuration est fortement liée à la gestion intérieure des peuples. Elle vise à consolider, renforcer, accroître le pouvoir de ceux qui la décident et qui, par là-même, révèlent le caractère tyrannique de leur régime. L’épuration de masse répond souvent à des critères idéologiques en s’abattant sur des groupes politiques, des catégories économiques ou des classes sociales particulières. La logique de l’épuration (sélection, regroupement, déportation) est proche de la logique du génocide même si elle n’a pas pour objet l’éradication des populations visées. Les chiffres des morts des grandes épurations de masse rivalisent avec ceux des grands génocides et parfois les dépassent.

Jacques Semelin

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Le génocide :

Celui-ci est toujours un ethnocide, un massacre, une épuration et en même temps il est plus que tous ces éléments réunis. Il a pour finalité la destruction totale du groupe-victime. La spécificité du génocide réside dans la volonté de détruire totalement une collectivité humaine définie en tant que telle.

Jacques Semelin

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Définitions juridiques du génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre :

La définition du génocide se réfère « aux actes criminels, commis en temps de guerre ou de paix, dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

Article 2, Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. 9/12/1948

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Les crimes contre l’humanité sont constitués par « l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation ou tout autre acte inhumain contre toutes populations civiles, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux lorsque ces actes ou ces persécutions sont commis à la suite d’un crime contre la paix ou d’un crime de guerre, ou en liaison avec ces crimes ».

Article 6, Tribunal militaire international de Nuremberg. 8 août 1945

Article 7 du Statut de la Cour pénale internationale
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Crimes contre l’humanité

1- Aux fins du présent statut on entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque :

a-    Meurtre ;

b-    Extermination ;

c-    Réduction en esclavage ;

d-    Déportation ou transfert forcé de population ;

e-    Emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ;

f-     Tortures ;

g-    Viols, esclavage sexuel, prostitution forcé, grossesse forcé ou toute autre forme de violence sexuel de gravité comparable ;

h-    Persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste au sens du paragraphe 3, ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ;

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i-      Disparitions forcées de personnes ;

j-     Crime d’apartheid ;

k-    Autres actes inhumains de caractère analogues causants intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale.

Statut de la Cour Pénale Internationale Article 7, paragraphe 1. 1998, entrée en vigueur en 2002.

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Les crimes de guerre sont « des infractions graves au droit international humanitaire applicable en cas de conflit armé ». Ces infractions graves sont celles qui comportent l’un ou l’autre des actes suivants, s’ils sont commis contre des personnes ou des biens protégés par les Conventions complétées par le Protocole : l’homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, la déportation, la détention illégale, le fait de contraindre une personne protégée à servir dans les forces armées de la Puissance ennemie, ou celui de la priver de son droit d’être jugée régulièrement et impartialement, la prise d’otages… De même lorsqu’ils entraînent la mort ou causent des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé : les attaques de la population civile, des biens civils. (…)

Article 50, Convention I du 12/08/1949, art. 61 Convention II, art. 130 Convention III, art. 147 Convention IV, art. 11 et 85 du Protocole I de 1977

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5.                  Violences

Manifestations des violences

Hiroshima, Auschwitz, le Goulag signent la tragédie de ce siècle. La violence moderne a atteint le seuil de la démesure. Certes les massacres de Gengis Khân ou d’Alexandre le Grand n’étaient pas de tendres épisodes de notre histoire universelle. Mais aujourd’hui le développement prodigieux des sciences et des techniques a multiplié par millions son pouvoir de destruction.

Jacques Semelin

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La violence a coutume d’engendrer la violence.

Eschyle

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Il conviendrait au moins de distinguer la violence directe, celle du sang et des morts, et la violence structurelle, contenue dans les situations d’oppression et de misère. Il n’y a pas que les armes qui tuent : un système économique injuste, responsable par exemple de la faim dans le monde est aussi dévastateur que des centaines de bombes. De même faut-il différencier la violence banale à laquelle on ne fait plus guère attention tellement elle est intégrée à notre mode de vie, et la violence-spectacle qui, à l’inverse attire le regard et la réprobation.

                                                                               Jacques Semelin

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Il y a trois niveaux de violence : les violences de destruction telles qu’elles apparaissent dans toutes les guerres, les violences de répression telles que celles d’un Etat totalitaire, les violences de persécution qui sont des violences sans fin puisque même la soumission de la victime n’y met pas de terme.

Jacques Sommet

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Il y a une violence destructrice comme la guerre ou le terrorisme et une violence de contrôle comme la violence institutionnelle des Etats ou le chantage à la mort universelle de la situation atomique.

Denise Van Caneghem

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Il y a les « grandes » violences : la guerre, l’exploitation du Sud etc. Il y a aussi les violences « banales » dont nous sommes les témoins, les victimes… ou les acteurs. La violence banale c’est l’instrumentalisation des rapports humains : on incorpore la violence technicienne par exemple par un « traitement mécanique » de l’autre. La violence banale c’est la violence d’oppression vécue au quotidien : humiliations de l’autre dans son travail, pression de l’Etat sur le citoyen, dévalorisation des femmes. La violence banale c’est l’absence de respect des différences : l’adulte qui voudrait que l’enfant lui ressemble à tout prix. (…)

Jacques Sémelin

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Définitions des violences

 

La violence c’est le négatif de la tendresse.

Michel Bosquet

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Le langage courant réserve deux sens bien distincts au mot agressivité : une agressivité-affirmation de soi, synonyme de vitalité, d’énergie, de force et pas nécessairement de violence; et une agressivité-animosité synonyme d’antipathie, de malveillance, d’irrespect, de cruauté, voire de haine.

Jacques Sémelin

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Nous proposons d’appeler combativité l’ensemble des combats adaptatifs pour l’individu et son espèce. La combativité est tout ce qui témoigne d’une parole circulante ou en gestation, liée à l’amour de la vie. La combativité est un moyen au service des besoins fondamentaux (faim, sexualité… ) dont dépend la survie de l’espèce.

Je réserve le mot agressivité à toutes les formes de destructivité liées à l’amour de la mort et qui, objectivement, accroissent la solitude, la peur de l’autre et de soi. L’agressivité apparaît comme un sous-produit, un déchet d’une combativité coupée de ses inhibiteurs, de ses freins naturels et surtout de toute possibilité de ritualisation. L’agressivité est une fin en soi évoluant vers la destructivité.

Denise Van Caneghem

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Il existe chez l’homme une agressivité bénigne de type adaptatif et une agressivité maligne orientée vers la destructivité. La première est au service de l’individu et de l’espèce ; elle est biologiquement adaptative et elle prend fin dès que la menace a cessé d’exister. La seconde est spécifique de l’espèce humaine et pratiquement inexistante chez la plupart des mammifères. Elle n’est pas phylogénétiquement programmée et n’est pas biologiquement adaptative.

Eric Fromm

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La violence apparaît comme une perversion de l’agressivité.

Jean-Marie Muller

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Etymologiquement le mot violence vient du latin « vis » (la force). (…) La violence consiste dans un emploi de la force pour contraindre l’autre, nier son autonomie, ou son intégrité physique, ou même parfois sa vie. (…) Elle peut donc être définie par l’emploi de moyens portant atteinte à la liberté ou à l’existence d’individus ou de groupes.(…) Elle a souvent été caractérisée comme rupture de l’ordre naturel, ces liens entre violence et désordre montrent que la violence peut être celle du Refus, et qu’elle peut être aussi celle de l’Ordre; certains expliquent la première par la seconde, d’autres la seconde par la première. Il faut sortir de ce cercle et tenter des explications de la violence.

François Stirn

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Ni l’agressivité, ni la lutte, ni la force ne peuvent être identifiées à la violence. Si l’agressivité et la force qui s’exercent dans la lutte permettent le règlement du conflit, la violence au contraire est un dérèglement du conflit. La violence enraye le fonctionnement du conflit et ne lui permet pas de remplir sa fonction qui est d’établir la justice entre les adversaires. (…) Le conflit risque alors de ne plus être le moyen de rechercher une solution juste mais l’élimination de l’adversaire.

Jean-Marie Muller

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La violence est aussi une méthode d’action qui paraît parfois nécessaire soit pour défendre l’ordre établi lorsqu’il garantit la liberté, soit pour combattre le désordre établi lorsqu’il maintient l’oppression. La violence en effet peut être employée au service de causes justes, mais elle n’en devient pas juste pour autant. (…) Mais parce qu’elle est aussi une méthode d’action sur laquelle se fondent des stratégies, la violence ne mérite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative.

Jean-Marie Muller

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Les analyses des causes des violences

Il n’existe pas aujourd’hui une et une seule théorie capable d’expliquer toutes les formes de violence. La violence a plusieurs visages engendrés par des processus très distincts. On ne peut pas expliquer avec les mêmes concepts la violence du criminel, la violence d’une foule en délire et la violence d’une agression militaire.

Jacques Sémelin

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Les analyses extra-historiques sont globalement moins importantes aujourd’hui, à l’exception de celle liée à la nature humaine mauvaise à laquelle se réfèrent beaucoup d’auteurs et aussi de personnes dans le langage courant. Les analyses historiques sont fréquentes aujourd’hui, en particulier celles économiques mais aussi celles liées à l’agressivité acquise.

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Il existe de nombreuses analyses de violences que l’on peut répartir ainsi :

– des analyses extra-historiques : la violence en général et la guerre en particulier sont des phénomènes indépassables, immuables, qui existeront aussi longtemps que l’être humain existera. Dans ces analyses le poids de la fatalité est généralement important.

Les violences sont fatalement des interventions de l’au-delà, ou des manifestations d’une réalité universelle et éternelle, ou des transgressions du sacré, ou des conséquences d’une nature humaine mauvaise.

– des analyses pouvant plus ou moins basculer dans des visions extra-historiques ou historiques : les violences représentent des sacrifices de boucs émissaires ou traduisent des positions paranoïdes collectives.

– des analyses historiques : elles mettent en avant le fait que les violences sont dépassables, modifiables, elles ont des causes historiques. Les violences sont des produits de l’agressivité acquise (peurs, concurrences, soumissions), ou de situations économiques (injustice, rareté), ou d’autres situations qui ont une histoire et que l’on peut plus ou moins modifier (causes démographiques, politiques etc…).

JML

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Dans les analyses extra-historiques la violence en général et la guerre en particulier n’ont pas d’histoire. Ce sont des phénomènes indépassables, qui existeront aussi longtemps que l’être humain. Pour certains les violences correspondent à des interventions de l’au-delà, par exemple pour Joseph de Maistre la guerre a pour cause la volonté divine. Pour d’autres la violence est à l’image du désordre cosmique, du chaos qui existera toujours, l’univers a des structures violentes. Pour d’autres la violence est liée à la lutte des contraires : vie et mort, paix et guerre, par exemple pour Héraclite chaque réalité n’existe qu’en s’opposant à son contraire, la violence a quelque chose de fertile, c’est elle qui produit le devenir. Pour d’autres encore la violence est liée à la condition humaine, celle-ci, dira par exemple Hegel, est fondée sur la conscience vers la liberté mais cette conscience signifie désir, c’est ce désir qui est source de violence puisque l’on veut être reconnu par l’autre. Pour d’autres, enfin, la violence correspond à une transgression du sacré, ainsi Georges Bataille qui explique que divers types de transgressions (la fête, la violence… ) vont relier les êtres humains au Sacré alors que les interdits (inceste, meurtre… ) les en écartent.

Enfin et surtout beaucoup d’auteurs et de personnes dans le langage courant mettent en avant des explications fondées sur la nature humaine : la violence est naturelle, elle repose sur des pulsions agressives, sur un instinct de mort. Chaque auteur resitue la violence dans sa propre pensée.

L’hypothèse d’une tendance naturelle à la destruction se retrouve chez Hobbes en passant par Freud pour arriver jusqu’à Lorenz (« De l’agression ») ou Ardrey (« Le territoire »). Ainsi par exemple la guerre serait, pour certains auteurs, le résultat d’une contrainte instinctive, d’une fatalité biologique. Cette idée selon laquelle la violence est indépassable puisque inscrite dans nos gênes contribue à la fatalité : ce sera toujours comme çà, on n’y peut rien.

D’autres analyses sont intermédiaires : elles peuvent être interprétées de façon extra historique ou historique. Pour certains la violence représente le sacrifice du bouc émissaire. Toute société reposerait sur un meurtre, sur un sacrifice : grâce au détournement de la violence de tous sur un seul il y aurait réconciliation aux dépens de l’être sacrifié. Dans « la violence et le sacré » René Girard analyse « ce cercle vicieux de la vengeance qui pèse sur les sociétés primitives » et qui rend possible la violence réciproque, d’où cette violence unanime du sacrifice qui est censée rétablir la paix. Si l’on analyse, comme le fait aussi René Girard, ce mécanisme dans son histoire on s’aperçoit par exemple qu’aujourd’hui il est en train de se casser puisque, loin d’être stoppée, la violence se développe. Dans le cas par exemple de la bombe atomique il ne s’agit plus de tuer un individu ou plusieurs pour que les autres vivent, son utilisation peut tuer tout le monde. Pour d’autres auteurs certaines violences reposent en particulier sur la paranoïa et la dépression collectives. Franco Fornari, dans « Psychanalyse de la situation atomique » tend à dire que l’histoire individuelle va imprégner l’histoire collective : ainsi c’est la position paranoïde qui pousse à déclarer la guerre et c’est la position dépressive qui entraîne son acceptation.

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Les analyses historiques sont celles dans lesquelles la violence en général et la guerre en particulier ont une histoire. Ce sont des phénomènes dépassables, ce sont des produits de l’histoire des êtres humains. Les analyses économiques des violences sont nombreuses : elles vont de Rousseau qui dénonce la propriété en passant par Marx qui accuse l’appropriation capitaliste jusqu’à Jean-Paul Sartre qui met en cause la rareté pour arriver jusqu’à nos jours où Johan Galtung dénonce les violences économiques structurelles, où Helder Camara met en cause « l’injustice, mère de toutes les violences ». Certaines analyses sociologiques mettent en avant par exemple le fait que la possibilité permanente de recourir à la guerre est un moyen d’assurer la subordination des citoyens, d’autres analyses par rapport à cette forme de violence qu’est la guerre veulent montrer des liens qui existeraient entre les tensions démographiques et l’agressivité guerrière : Gaston Bouthoul proposait une prévention par le « désarmement démographique ». Aujourd’hui des analyses des conflits armés mettent en avant des causes géostratégiques, ethniques, religieuses, économiques etc., dont les articulations sont variables entre elles et avec des mécanismes de mondialisation. Enfin, il faut remarquer que, face aux théories relatives à la nature humaine biologiquement agressive, les théories relatives à l’agressivité acquise se sont beaucoup développées : Henri Laborit a montré que les comportements agressifs sont le plus souvent le résultat d’un apprentissage de la compétition et qu’il faut donc « les transformer par la socio-culture ». Stanley Milgram montre que « l’obéissance est pourvoyeuse de violences et de guerres », plus on est intégré dans une structure plus on obéit aux ordres, même contre sa conscience par exemple à travers la torture. Simone de Beauvoir souligne, dans « Le deuxième sexe », que si le petit garçon est généralement plus agressif que la petite fille c’est que depuis leur plus jeune âge on a répété au garçon qu’il était courageux de se battre et fait comprendre à la fille qu’elle devait être tendre et… soumise. Margaret Mead a montré que sur un même territoire trois sociétés voisines ont déterminé des conduites très différentes par un « modelage » de l’enfant. Bref : même si l’agressivité a certaines bases biologiques cette agressivité va se trouver canalisée ou renforcée par des types d’apprentissage et d’éducation, le manifeste de Séville va dans ce sens.

                                                                                       JML

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Nous, auteurs de ce Manifeste, nous sommes des scientifiques originaires de bien des pays, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Le Manifeste a été adopté et publié par de nombreuses organisations de scientifiques du monde entier, notamment par des associations d’anthropologues, d’éthologues (spécialistes des comportements des espèces animales), de physiologistes, de politologues, de psychiatres, de psychologues et de sociologues.

Nous avons étudié le problème de la guerre et de la violence avec les méthodes scientifiques d’aujourd’hui. Nous savons bien qu’aucun savoir n’est jamais définitif, et qu’un jour ou l’autre on en saura davantage. Mais il relève de notre responsabilité de dire bien haut ce que nous savons en nous fondant sur les dernières informations dont nous disposons.

Certains soutiennent que la violence et la guerre ne cesseront jamais, parce qu’elles sont inscrites dans notre nature biologique. Nous disons que ce n’est pas vrai. De même a-t-on soutenu autrefois que l’esclavage et la domination fondée sur la race ou le sexe étaient inscrits dans la biologie humaine. Quelques-uns ont même prétendu pouvoir le prouver. Nous savons aujourd’hui qu’ils se trompaient. L’esclavage a été aboli, et tout est mis en oeuvre aujourd’hui pour mettre fin à la domination fondée sur la race et le sexe.

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Cinq propositions du Manifeste de Séville :

 

1.   Il est scientifiquement incorrect de dire que l’on ne pourra jamais supprimer la guerre parce que les animaux font la guerre, et que l’homme est semblable à l’animal. Primo, ce n’est pas vrai : les animaux ne font pas la guerre. Secundo, ce n’est pas vrai : nous ne ressemblons pas en cela aux animaux. Contrairement à ceux-ci, nous, êtres humains, avons une culture, et cette culture, nous pouvons la faire évoluer. Telle culture qui a connu la guerre à telle époque peut changer et vivre en paix avec les autres cultures à une autre époque.

2.   Il est scientifiquement incorrect de dire que l’on ne pourra jamais supprimer la guerre parce qu’elle fait partie intégrante de la nature humaine. Les controverses sur la nature humaine ne prouveront jamais rien, parce que la culture humaine nous confère la capacité de modeler et de transformer notre nature d’une génération à l’autre. Il est vrai que les gènes qui sont transmis, dans l’oeuf et le sperme, des parents aux enfants, influent sur notre manière d’agir. Mais il est tout aussi vrai que nous subissons l’influence de la culture au sein de laquelle nous grandissons, et que nous pouvons prendre la responsabilité de nos actes.

3.  Il est scientifiquement incorrect de dire que l’on ne peut mettre fin à la violence parce que les gens et les animaux violents vivent mieux et ont plus d’enfants que les autres. Tout indique au contraire que le bien-vivre est directement lié, pour les êtres humains comme pour les animaux, à la capacité de coopérer.

4.  Il est scientifiquement incorrect de dire que nous sommes portés à être violents du fait de notre cerveau. Le cerveau est une partie du corps, comme les jambes et les mains. On peut se servir de sa tête ou de ses mains pour oeuvrer avec autrui, ou pour exercer la violence. Le cerveau étant le support physique de l’intelligence, il nous donne la possibilité de penser à ce que nous voulons faire et à ce que nous devrions faire. Et puisqu’il a une grande aptitude à apprendre, il nous est possible d’inventer de nouvelles façons de faire les choses.

5.  Il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est un phénomène « instinctif ». Les scientifiques n’emploient plus guère le terme « instinct », parce qu’il n’est pas un seul aspect de notre comportement qui soit si déterminé qu’il ne puisse être modifié par l’apprentissage. Certes, nous avons tous des émotions et des pulsions – la peur, la colère, le désir sexuel, la faim -, mais chacun d’entre nous est responsable de la manière dont elles s’expriment. Dans la guerre moderne, les décisions et les actions des généraux et des soldats n’ont pas d’ordinaire un caractère émotionnel : les combattants font tout simplement leur métier, comme ils ont appris à le faire. Aux soldats que l’on forme à faire la guerre, et aux populations que l’on appelle à la soutenir, on apprend à haïr et à craindre un ennemi désigné. Toute la question est de savoir pourquoi les uns et les autres sont ainsi formés et conditionnés par les responsables politiques et les médias.

 

Nous proclamons en conclusion que la guerre et la violence ne sont pas une fatalité biologique. Nous pouvons mettre fin à la guerre et aux souffrances qu’elle entraîne. Non par des efforts isolés, mais en menant une action commune. Si chacun de nous pense que c’est possible, alors c’est possible. Sinon, nous n’essaierons même pas. Nous pouvons inventer la paix. Nous avons tous, chacun à notre place, notre rôle à jouer.

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                Manifeste de Séville. Mai 1986- Initiative de l’UNESCO

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La violence structurelle se maintient par l’absence d’un partage équitable des fruits de la société internationale et par l’absence d’une participation égale des citoyens aux prises de décision dans leur propre pays.

Johan Galtung

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6.                  Les rapports entre les fins et les moyens

 

Le système de la mondialisation productiviste contribue à des confusions entre les moyens et les fins.

En premier lieu, il y a une transformation de moyens en fins. La science est source de découvertes, elle mobilise pour le meilleur mais aussi pour le pire et ses dérives ne sont pas sans risques et sans drames. Le marché est sources d’échanges, de besoins satisfaits mais aussi de désillusions, d’inégalités, de misères, de gaspillages.

La technologie et le marché qui, pensaient beaucoup de personnes, devaient être au service des êtres humains, ne sont-ils pas souvent considérés et devenus des fins en eux-mêmes ?

En second lieu, il y a une utilisation des fins en moyens. Les êtres humains et l’ensemble des êtres vivants, ne tendent-ils pas à être plus ou moins ramenés à l’état d’instruments, de simples moyens au service du marché, de l’argent, de la techno science ?

JML

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Il faut donc résister et construire.

En premier lieu, résister face aux confusions entre les fins et les moyens, autrement dit contrôler les moyens c’est-à-dire mettre la techno science et le marché au service des êtres humains. Il faut aussi respecter les fins c’est-à-dire les êtres humains en personnes, en peuples, en humanité (générations passées – patrimoine culturel – présentes et à venir).

En second lieu, construire des fins et des moyens humainement acceptables. Il faut que les moyens pensés et mis en œuvre correspondent aux fins qui ont pour noms démocratie, justice, respect de l’environnement et paix.

JML

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Il ne faut pas laisser nos moyens de vivre compromettre nos raisons de vivre.

Hubert Beuve-Méry

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Les bonnes causes ne justifient pas les mauvais moyens mais ce sont les mauvais moyens qui gâtent les meilleures causes.

Lanza del Vasto

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On entend dire « les moyens, après tout, ne sont que des moyens ». Moi je vous dirai plutôt : « tout, en définitive, est dans les moyens. La fin vaut ce que valent les moyens. Il n’existe aucune cloison entre les deux catégories » (…) Votre grande erreur est de croire qu’il n’y a aucun rapport entre la fin et les moyens (…)

Les moyens sont comme le grain et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence. Ceux qui, au contraire, s’abaissent à employer n’importe quel moyen pour arracher une victoire ou qui se permettent d’exploiter d’autres peuples ou d’autres personnes plus faibles, ceux-là non seulement se dégradent eux-mêmes, mais aussi toute l’humanité. Qui pourrait donc se réjouir de voir l’homme ainsi bafoué ?

Gandhi

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La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence.

Gandhi

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Agis de telle sorte manière que tu serves l’humanité, soit dans ta personne, soit dans la personne de tout autre, toujours comme une fin et jamais purement comme un moyen.

Emmanuel Kant

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Alors que, pour la non-violence, tout homme est une fin, le mépris d’autrui implique un comportement qui peut conduire un individu à traiter autrui comme un pur moyen.

François Vaillant

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Cette cohérence entre la fin et les moyens doit être recherchée à la fois comme une exigence de la moralité de l’action et comme exigence de son efficacité.

Jean-Marie Muller

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Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre.

Hans Jonas

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III.                 Nouveaux souffles du monde ?

1.                  Moyens et fins écologiques

Merveilles de la nature

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.

Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple (…)

Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les près, la chaleur du poney, et l’homme : tous appartiennent à la même famille (…)

L’eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres.

Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et vous devez apprendre à vos enfants qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’évènements et de souvenirs dans la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix de mon père.

Les rivières sont nos sœurs : elles étanchent notre soif, portent nos canoës et nourrissent nos enfants.

Si nous vous vendons notre terre vous devez vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos sœurs, et les vôtres, et vous devez alors montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour une sœur (…)

L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant comme une flèche à la surface d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon.

L’air est précieux à l’Homme Rouge car toutes choses partagent le même souffle : la bête, l’arbre, l’homme tous partagent le même souffle.

Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air est précieux, qu’il partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre.

Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle, a aussi reçu son dernier soupir (…)

Enseignez à vos enfants ce que nous avons toujours enseigné aux nôtres : que la Terre est notre mère. Et que tout ce qui arrive à la Terre, arrive aux fils de la Terre.

Chef Indien Seattle

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Et pourtant il y a une chose

Qui est grande, une seule,

C’est dans la cabane, au bord du chemin,

De voir venir le grand jour,

Le jour naissant,

Et la lumière qui emplit le monde.

Chanson esquimau

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Par les soirs bleus d’été, j’irai par les sentiers

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue.

Je laisserai le vent baigner ma tête toute nue.

Arthur Rimbaud

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Que ton vers soit la bonne aventure

Eparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym

Et tout le reste est littérature.

  Paul Verlaine

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Ballade sur la lande

Appuyé sur le coude

L’odeur du soleil dans l’herbe.

Otsugi

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L’olivier, le cyprès crépitent dans l’azur

Le matin est un bonheur.

  Eugène Guillevic

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Il est né le Dieu du Maïs

Dans le jardin de pluie et de brume

Là où l’on crée les enfants des hommes

Là où l’on pêche des poissons de jade.

Chant aztèque

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Le bout de la branche accompagne un peu l’oiseau qui s’envole.

Jules Renard

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La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles.

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

Charles Baudelaire

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Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;

Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours :

Quand tout change pour toi, la nature est la même,

Et le même soleil se lève tous les jours

 Alfonse de Lamartine

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Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;

Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;

 Valse mélancolique et langoureux vertige

Charles Baudelaire

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Le ciel est, par dessus le toit,

Si bleu, si calme !

Un arbre, par dessus le toit

Berce sa palme.

 

La cloche, dans le ciel qu’on voit

Doucement tinte.

Un oiseau sur l’arbre qu’on voit

Chante sa plainte.

Paul Verlaine

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Nous respirons l’aurore avec l’air glacé du matin, et tout notre corps s’épanouit dans la richesse de midi un beau jour d’été ; c’est jusqu’au fond de notre âme que les flocons de neige mettent leur silencieuse pureté… Nos instincts sont en résonance avec le « chant du monde », et c’est même par là que nous prenons d’abord probablement conscience de l’univers avant d’en prendre connaissance.

J. Boutonier

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Glèbe dont nous sommes faits, argile modelée à la forme de nos corps, geste de la terre jetée sur les disparus, geste aussi de la vie que ces mains vides refermées sur ce morceau de sol.

H. Anglard

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Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;

Le soir est plein d’amour ; la nuit on croit entendre,

A travers l’ombre immense et sous le ciel béni,

Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.

Victor Hugo

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La vie:

Quelle image en donner ?

Celle du reflet de la lune

Dans la goutte de rosée

Suspendue au bec d’un oiseau aquatique.

Dogen

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Quand parut Aurore aux doigts de rose qui naît de grand matin…

Homère

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Que j’aime à contempler dans cette anse écartée

                             La mer qui vient dormir sur la grève argentée.                                

  Alphonse de Lamartine

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Loué sois-tu, mon Seigneur,

Avec toutes tes créatures,

Et surtout Messire frère soleil,

Lui le jour dont tu nous éclaires,

Beau, rayonnant d’une grande splendeur,

Et de toi, ô très haut, portant l’image.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,

Pour soeur lune et les étoiles

Que tu as formées dans le ciel

Claires et précieuses et belles.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,

Pour frère vent,

Pour l’air, et le nuage et le ciel clair

Et tous les temps

Par qui tu tiens en vie

Toutes tes créatures.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,

Pour soeur l’eau fort utile,

Humble, précieuse et chaste.

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Loué sois-tu, mon Seigneur,

Pour frère feu,

Par qui s’illumine la nuit,

Et qui est beau, joyeux,

Et invincible et fort.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,

Pour soeur notre mère la terre,

Qui nous nourrit et nous soutient

Et qui produit les fruits divers

Et les fleurs colorées et l’herbe.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,

Pour notre soeur la mort corporelle

À laquelle nul homme vivant

Ne peut échapper

Bienheureux ceux qu’elle trouvera

Dans ta sainte volonté.

 

Louez, bénissez mon Seigneur,

Rendez-lui grâces, servez-le

                                             Tous en toute humilité.                                                               

 François d’Assise

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Tenir compte du long terme

Les catastrophistes sont ceux et celles qui ferment les yeux sur les causes des catastrophes qui s’annoncent et non ceux et celles qui essaient d’avertir, de critiquer, de proposer.

François Partant

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Voir loin et clair.

Théodore Monod

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Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre.

Hans Jonas

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Que fais-tu de ta vie et que peux-tu, que veux–tu en faire, pour celle de tes enfants et pour qu’il y ait toujours sur cette terre une vie digne d’être vécue ?

Armand Petitjean

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L’homme croit quelquefois qu’il a été créé pour dominer, mais il se trompe. Il fait seulement partie du tout. Sa fonction ne consiste pas à exploiter mais à surveiller. L’homme n’a ni pouvoir, ni privilèges mais seulement des responsabilités.

Oren Lyons

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Le patrimoine commun est pour l’humanité un défi à sa mortalité.

René Jean Dupuy

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Nos actes ne sont éphémères qu’en apparence. Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l’avenir.

Gustave Le Bon

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Dans l’ignorance des conditions de vie et des besoins réels des générations futures, il s’impose de préserver les milieux naturels à leur meilleur niveau qualitatif et quantitatif.

François Ost

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Ils nous harcèlent ces fils

trop cruels !

Couper les vivres de l’héritage

n’est pas remède.

René Char

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La vie est une victoire qui dure.

Roger Martin du Gard

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Penser globalement, agir localement.

Jacques Ellul

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Qui veut la fin veut les moyens, dit Machiavel. Non, nous dit Gandhi: « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence »

JML

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Que faire dans le sens d’une société écologique?

Un changement d’attitude envers la nature est indispensable. Nous devons nous défaire des fantasmes de la maîtrise et de l’expansion illimitées, arrêter l’exploitation sans bornes de notre planète, cohabiter avec elle amoureusement comme un jardinier avec un jardin anglais.

Cornélius Castoriadis

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Maîtriser la science (…).Nous croyons que la lucidité doit primer sur l’efficacité et la direction sur la vitesse. Nous croyons que la réflexion doit précéder le projet scientifique plutôt que succéder à l’innovation. Nous croyons que cette réflexion est de caractère philosophique avant d’être technique et doit se mener dans la transdisciplinarité et l’ouverture à tous les citoyens.

Albert Jacquard, Jean-Marc Lévy Leblond, Jean-Paul Salomon Jacques Testart, Jean-Paul Deléage

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Vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne.

Jean-Jacques Rousseau

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Un personnage de « Par delà les nuages », le film d’Antonioni, raconte : sur un chemin du pays des Incas des guides s’arrêtent. Les touristes leur demandent pourquoi. « Nous avons avancé trop vite, nous attendons nos âmes ».

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Pour protéger l’environnement des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement.

Principe 15 (principe de précaution) Déclaration de Rio, Juin 1992

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Une technologie appropriée nous rappelle qu’avant de choisir nos outils et nos techniques, nous devons choisir nos rêves et nos valeurs, car certaines technologies servent leur réalisation, tandis que d’autres les rendent inaccessibles.

Tom Bender

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Un jour un Américain arrive sur une plage d’un pays du Sud et voit un pêcheur qui dort au soleil. « Tu ne travailles pas ? », lui demande-t-il. « Si, seulement quand j’ai faim je vais alors prendre quelques poissons ». « Ecoute », dit l’Américain, « tu pourrais travailler toute la journée, tu aurais beaucoup de poissons. » « Pour quoi faire, je ne pourrais pas manger tout ça ! » « Pour les vendre », dit l’Américain. « Qu’est-ce que je ferai de tout cet argent ? » « Tu pourrais acheter plusieurs bateaux et pêcher plus de poissons, tu auras des employés et tu deviendras riche. » « Qu’est-ce que je ferais alors de cet argent ? », demande le pêcheur. « Tu pourras prendre des vacances, te reposer au soleil au bord de l’eau. » « Ah bon ! », dit le pêcheur et il se rendormit.

Histoire entendue

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Les moyens sont comme la graine et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence.

Gandhi

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Oui, il faut consommer moins, brûler moins d’énergie, se déplacer autrement, économiser les ressources, produire autrement, éviter le gaspillage… Oui, prévention, précaution, réparation, recyclage, décroissance et économies sont les clés de l’avenir (…)

Jean-Paul Besset

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Quel progrès ?

  Progrès et croissance sont différents

Et si la course à la croissance se faisait au prix de dégradations dans la qualité de la vie ? De fait, les taux de croissance sont incapables de rendre compte des processus d’altération dans nos vies. Pis encore, partout où la boussole politique est sur la croissance, partout il y a aveuglement sur l’état mental, moral ainsi que sur le mal-être dans une civilisation de la croissance ; il ressort une contradiction majeure : la croissance devenue indispensable à nos économies est à long terme insoutenable pour nos existences individuelles comme pour celle de l’humanité elle-même.

Edgar Morin

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  Le scientisme n’admet pas la critique

L’ordre pour base, le progrès pour but.

Auguste Comte

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(…) Nous exprimons la volonté de contribuer pleinement à la préservation de notre héritage commun, la Terre. Toutefois nous nous inquiétons d’assister, à l’aube du XXIème siècle, à l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social. (…)

Passage de l’appel d’Heidelberg 1er juin 1992

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  Un progrès : une science qui serait maîtrisée

(…) Nous affirmons au contraire la nécessité de prendre pleinement en compte l’ensemble des critères culturels, éthiques, scientifiques et esthétiques pour engager le monde dans la voie d’un développement équitable et durable. (…) C’est ainsi que le progrès technique, démocratiquement débattu et maîtrisé, permettra à l’humanité de faire face aux menaces globales que les scientifiques ont contribué à mettre en évidence en cette fin de siècle.

                                                          Face à l’appel d’Heidelberg Contre-appel « Pour une solidarité planétaire » Association Global Chance et Groupe de Vézelay 12 juin 1992

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Entendons-nous bien dès l’abord sur la sorte d’inquiétude à quoi je songe. Elle ne se confond pas avec la crainte d’une mauvaise, d’une criminelle exploitation de la science biologique, maniée par des charlatans sans scrupule ou des dictateurs inhumains. Elle s’adresse aux seuls progrès de cette science, et alors même qu’ils seraient appliqués dans les meilleures intentions du monde, par les meilleurs d’entre nous, par les plus humains, les plus scrupuleux. Cette inquiétude, d’ailleurs, n’est pas précisément de l’ordre moral, encore moins de l’ordre religieux; elle est purement de l’ordre psychologique.

Jean Rostand

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Par cette réflexion (ci-dessus) d’une pertinence et d’une audace extraordinaires, Rostand désamorce le discours conventionnel et faussement rassurant qui occulte la réalité dans les débats d’éthique : le problème ne naît pas de la déviance isolée de tel scientifique, mais il est consubstantiel d’un certain ordre préparé par tous, faiseurs et demandeurs du progrès, car nul ne sait « si l’homme pourra, indéfiniment, s’adapter à ce qu’il s’ajoute ». C’est pourquoi une vulgarisation scientifique respectueuse des citoyens ne saurait se restreindre à l’exposé des succès et promesses heureuses de la recherche, en occultant ses limites à comprendre et les menaces nées de son pouvoir.

                                                                               Jacques Testart

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Plus vous voudrez accélérer le progrès de la Science et plus vite vous la ferez périr. Ainsi succombe la poule que vous contraignez artificiellement à pondre trop vite ses oeufs.

F. Nietzsche

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Quel progrès ? Pour qui ? Le progrès humain…

Le progrès est le chemin vers la vertu.

Montaigne

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Les progrès de l’esprit humain ont pour finalité la liberté.

Condorcet

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La notion classique de progrès suppose une ascension qui se rapproche indéfiniment d’un terme idéal.

Jean-Paul Sartre

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Le pas collectif du genre humain s’appelle le progrès.

Victor Hugo

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Les progrès de la civilisation n’exposent pas seulement les hommes à beaucoup de misères nouvelles, ils portent encore la société à soulager des misères auxquelles on ne songerait pas.

Alexis de Tocqueville

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La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins mais à les limiter volontairement. C’est le seul moyen pour connaître le vrai bonheur et nous rendre disponibles aux autres.

Gandhi

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2.                  Moyens et fins justes

Soutenir les opprimés

Le principe c’est qu’il faut être avec les pauvres.

René Dumont

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Donne moi la force

De ne jamais désavouer

Le pauvre

Ni plier le genou

Devant le pouvoir insolent.

Rabindranah Tagore

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Quand je donne de la nourriture aux pauvres on m’appelle un saint,

Quand je demande pourquoi ils sont pauvres on m’appelle un communiste

Don Helder Camara

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Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers.

Evangile selon Saint-Mathieu

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On arrive plus vite au ciel en partant d’une masure que d’un palais.

Saint François d’Assise

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Partager

Le pain

De chaque bouche

De chaque homme

Chaque jour

Viendra car nous serons allés

Le semer et le faire

Non pour un homme

Mais pour tous (…)

Tout existe pour être partagé

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Pour être donné

Pour se multiplier (…)

Nous distribuerons

Toute la terre

Pour que tu puisses germer.

Pablo Neruda

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Aimer c’est partager…

Souvent entendu, souvent répété

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Etablir la justice

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés.

Evangile selon Saint-Mathieu

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Il faut toujours rendre justice avant que d’exercer la charité.

Nicolas Malebranche

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Je fais encore le rêve qu’un jour la justice ruissellera comme l’eau…

Martin Luther King

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Travail partagé

C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle. C’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète.

Simone de Beauvoir

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On produit de plus en plus avec de moins en moins d’emplois. Pour sortir de ce piège il faut déconnecter la protection sociale, au moins partiellement, du travail en créant un revenu minimum d’existence qui faciliterait, entre autres, le partage du travail. (…) Il serait octroyé à chaque individu dès sa naissance et serait complété à l’âge adulte par un (ou des) revenu(s) d’activité(s).

Chantal Euzeby

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Nous produisons des richesses croissantes avec des quantités décroissantes de travail. Donc de deux choses l’une: ou bien on cherche à distribuer le travail nécessaire sur tout le monde, en abaissant progressivement la durée, ou bien on fait naître une « société duale » avec d’un côté une minorité d’hyperactifs et de l’autre une majorité de précaires, de chômeurs et d’exclus.

André Gorz

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Il s’agit de garantir institutionnellement aux individus qu’une réduction générale de la durée du travail ouvrira à tous les avantages que chacun pouvait en obtenir jadis pour lui-même : une vie plus libre, plus détendue et plus riche.

André Gorz

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Luttes des femmes

On ne naît pas femme, on le devient

Simone de Beauvoir

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Nous voulons être égales et différentes.

Slogan

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Je n’ai jamais réussi à définir la féminité. Tout ce que je sais c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.

Rebecca West

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L’Eglise, la science et la morale depuis vingt siècles se sont toujours entendues pour leur couper la tête dès la naissance, en douceur.

Benoîte Groult

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Pourquoi une moitié de l’humanité aurait-elle des raisons biologiques de se sentir désavantagée parce qu’elle n’a pas ce que l’autre moitié possède… sans que la réciproque soit vraie ?

Des psychanalystes...

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La misogynie est un racisme, le plus universel, le plus profond, le plus subtil des racismes, le plus honorable aussi et le plus facile à exercer.

Benoîte Groult

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Les assemblées élues au niveau territorial comme au niveau national seront composées d’autant de femmes que d’hommes.

Revendication d’un manifeste politique

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Une éducation non sexiste, basée sur la tolérance, le partage, la liberté c’est l’émergence d’une société de tendresse.

Danielle Le Bricquir

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L’amour maternel est-il un instinct qui viendrait d’une « nature féminine » ou bien relève-t-il largement d’un comportement social variable selon les époques et les moeurs ? L’histoire montre que la notion d’amour maternel est évolutive.

Elisabeth Badinter

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L’existence d’un art proprement féminin a été occultée par les hommes, la création a été étouffée.

Suzanne Horer

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Toute répression commence par la contrainte corporelle. Depuis des millénaires le corps féminin a été l’objet de scandales et d’exploitations.

Annie Leclerc

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La confusion des sexes pèserait comme une menace sur le sentiment d’identité. Des ethnologues et des psychanalystes pensent que le sentiment d’identité s’impose plus difficilement chez le petit garçon que chez la petite fille. Le complexe de féminité des hommes paraît plus obscur que le complexe de castration chez les femmes et pourtant serait tout aussi important.

Elisabeth Badinter

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« Crie moins fort, les voisins vont t’entendre » : titre d’un ouvrage d’Erin Pizzey qui dénonce les situations des femmes et des enfants battus.

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Le patriarcat (2000 avant J. C. jusqu’à 1789) reposait sur le pouvoir divin (Dieu le Père), sur le pouvoir procréateur (le Père – Dieu), sur le pouvoir absolu (la fille de son père, l’épouse de son mari). Un tel système ne pouvait durer que si le mariage gardait la signification d’un échange de femmes, et si les femmes restaient soumises et acceptaient de rester des objets.

Elisabeth Badinter

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En partant à la conquête du monde extérieur la femme a mis fin à la division sexuelle du travail, en se battant pour le droit à la contraception et à l’avortement elle a récupéré le contrôle de la reproduction, maîtresse de sa vie elle n’est plus un objet d’échange entre les hommes. Les trois piliers du patriarcat ont été remis en cause dans la majeure partie du monde industriel.

Elisabeth Badinter

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L’histoire des partages entre les sexes n’est pas achevée. Mais peut-elle l’être ? Elle est faite de recompositions incessantes, d’équilibres provisoires, d’avancées et de reculs, le long de frontières fluctuantes et souvent indécises.

Là, pas plus ailleurs, il n’y a de « fin de l’Histoire ». Mais un avenir incertain qui exige vigilance et solidarité, et laisse le champ libre à l’imaginaire et à l’aventure de la rencontre.

Michelle Perrot

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3.                  Moyens et fins démocratiques

Liberté

  Exaltation de la liberté

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

 

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

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J’ai cherché la liberté plus que la puissance…

(Mémoires d’Hadrien) Marguerite Yourcenar

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Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées.

Mon paletot aussi devenait idéal.

J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal.

Oh là là, que d’amours splendides j’ai rêvées.

Arthur Rimbaud

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La liberté, frères, ce n’est pas le vin, ni la femme douce, ni le bien dans les celliers, ni le fils dans le berceau, c’est un chant solitaire et dédaigneux qui se perd dans le vent.

Nikos Kazantzaki

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 (…) Mais… chanter,

Rêver, rire, passer, être seul, être libre,

Avoir l’oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,

Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,

Pour un oui, pour un non, se battre, ou faire un vers!

(Cyrano de Bergerac) Edmond Rostand

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Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore.

André Breton

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La liberté c’est chanter dans le printemps.

Anouck à 5 ans

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Merci, mes parents, dont l’ovule et le spermatozoïde contenaient les recettes de fabrication des substances qui me constituent.

Merci, ma famille, pour la nourriture, la chaleur, l’affection, qui m’ont permis de grandir et de me structurer.

Merci, mes maîtres, qui m’ont transmis les connaissances lentement accumulées par l’humanité depuis qu’elle interroge l’univers.

Merci, vous qui m’avez aimé, de votre irremplaçable amour.

Mais c’est à moi d’achever l’ouvrage, à moi de poser la poutre faîtière. Oubliez celui que vous auriez voulu que je sois. Je n’ai pas à réaliser le rêve que vous auriez fait pour moi, ce serait trahir ma nature d’homme.

Pour que je sois vraiment un homme vous me devez un dernier cadeau:

la liberté de devenir celui que je choisis d’être.

Albert Jacquard

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Mieux vaut la liberté dans les enfers que l’esclavage aux cieux.

Milton

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Je meurs pour la liberté, elle vaut tous les sacrifices.

   Mot attribué à Spartacus mourant

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Au lever du jour elle s’effondre, le corps à demi lacéré, un goût de sang  et d’herbes sauvages dans la bouche, d’immensité et de finitude mêlées dans son cœur et sa chair.

Vaincue mais insoumise, elle meurt sans le moindre regret de s’être enfuie de son enclos, de s’être éprise de liberté, d’avoir aimé la vie au large et en hauteur.

                        Blanquette vue par Sylvie Germain

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  Variété des conceptions de la liberté

« Vaut-il mieux parler à l’homme de sa liberté ou de son esclavage ? » demandait un philosophe. Sans doute serait-il plus porteur de voir à la fois les chaînes qui étouffent et les moyens de les briser.

JML

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Toute victoire de la liberté se retourne contre elle et appelle un nouveau combat. La victoire de la liberté ne connaît pas de fin.

Emmanuel Mounier

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Il faut tout dire. La première des libertés est la liberté de tout dire.

Maurice Blanchot

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Liberté, que de crimes on commet en ton nom !

Mme Roland

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Je sais mal ce qu’est la liberté mais je sais bien ce qu’est la libération.

André Malraux

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Je crois qu’il faut apprendre à se voir avec les yeux de l’amitié qui est lucide,bourrue,moqueuse mais inébranlable,pour désapprendre et se prendre en pitié et pour ne plus rougir de soi,la marque de la liberté réalisée.
Françoise Giroud
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Il faut choisir : se reposer ou être libre

Thucydide

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Si vous voulez être libres il faut travailler.

Périclès

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Si Dieu est… l’homme est esclave, or l’homme peut et doit être libre ; donc Dieu n’est pas.

Bakounine

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Il n’y a de liberté qu’en situation,

il n’y a de situation que par la liberté.

Jean-Paul Sartre

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Il y a deux grandes finalités qui se partagent l’humanité et qui fonctionnent dans tout homme: la puissance et la liberté. Dans les deux cas il s’agit d’un pouvoir … La puissance c’est le pouvoir qu’on veut prendre sur autrui, la liberté c’est le pouvoir qu’on veut prendre sur soi-même.

Denis de Rougemont

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Un être ne se sent obligé que s’il est libre, et chaque obligation, prise à part, implique la liberté.

Henri Bergson

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La liberté c’est l’activité. Et la liberté c’est une activité qui en même temps s’autolimite, c’est-à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire.

Cornélius Castoriadis

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Démocratie

  Démocratie et organisation du pouvoir

La démocratie est le pire de tous les régimes… après tous les autres !

Winston Churchill

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 La démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.

Abraham Lincoln

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Les démocraties sont des régimes dans lesquels existe une organisation constitutionnelle de la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir.

Raymond Aron

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Pour que l’on ne puisse pas abuser du pouvoir il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

Montesquieu

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La démocratie ne dépend pas du type de bulletin que vous glissez tous les cinq ans dans l’urne mais du type d’individu que vous glissez chaque matin hors de chez vous.

Henry David Thoreau

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La gouvernabilité de la Terre cela veut dire à la fois une nouvelle relation entre Etat et société civile et une nouvelle relation entre Nord et Sud.

Jean Chesneaux

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Démocratie et résistance

Aucune libération n’est neutre par rapport à la société qui va en sortir. La légitimité d’une libération n’implique pas la légitimité de tous les moyens pour la faire triompher.

JML

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Par le vote le citoyen délègue son pouvoir. L’exerce-t-il vraiment ? Par quels moyens passer d’une démocratie de représentation à une démocratie de participation dans tous les domaines à tous les niveaux géographiques?

                                                                                          JML

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Céder un peu c’est capituler beaucoup.

Un graffiti de mai 1968

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Tout captif porte dans sa main le pouvoir d’anéantir sa servitude.

William Shakespeare

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La vraie démocratie ne viendra pas de la prise du pouvoir par quelques uns mais du pouvoir que tous auront de s’opposer aux abus de l’autorité.

Gandhi

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La démocratie est une lutte perpétuelle des gouvernés contre les abus du pouvoir.

Emile Chartier, dit Alain

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Le vrai démocrate est celui qui, grâce à des moyens non-violents, défend sa liberté par conséquent celle de son pays et finalement celle de l’humanité tout entière.

Gandhi

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  Démocratie et égalité

L’amour de la démocratie est celui de l’égalité.

Montesquieu

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(…) L’égalité est constituée d’une série d’images en surimpression, chacune d’entre elles, sectorielle, tronquée, partielle, contradictoire avec les autres, cherche à s’imposer dans d’autres champs. Egalité par la base contre la bureaucratisation : on entend Rousseau. A travail égal, salaire égal, la compétition doit régner : méritocratie on entend Diderot et l’Encyclopédie. Réclamation d’égalité des sexes, des âges, des thèmes modernistes qui s’enracinent dans le tréfonds de la mémoire. Egalité des droits : la galerie des « Déclarations » jusqu’à nos jours défile impeccablement. Egalité de la parole : les images se dressent, des assemblées circulaires de l’Agora ou du Forum à celle de 1789 jusqu’à l’imagination au pouvoir de mai 1968. Sans parler de la loi égale pour tous. Voilà un bloc déjà impressionnant, qui semble aller de soi. (…) 

Lucien Sfez

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Non objet de nature mais fait de culture, son statut est symbolique. Instrument de symbolisation la notion admet, en son corps doté d’une générosité sans pareille, tout mythe et toute mode : la souveraineté des Etats en dérive, comme la guerre et la grève, la soif de justice ou la communication. Ou tout autre terme encore. Au lecteur d’y rêver. Cet instrument de symbolisation est là pour susciter l’action ou camoufler l’impuissance, l’inertie.

Personne n’y croit, tout le monde la veut, l’égalité. Depuis que les hommes, associés entre eux, ont compris que les dieux étaient trop lointains pour décider de l’action quotidienne, plus tard, dès qu’ils ont su qu’ils n’étaient qu’un chaînon minuscule et temporaire dans l’histoire de l’évolution, l’égalité est devenue inexorablement leur seule définition possible. Je suis comme tu es : fondement ultime de toute vie individuelle en société. L’égalité ? Un autre mot pour dire l’identité, la mienne et la vôtre, pour dire tu et je, moi et toi.

                                                                                     Lucien Sfez

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Démocratie et vitesse

La vitesse absolue est le contraire de la démocratie qui suppose d’aller vers les autres, de discuter, de prendre le temps de la réflexion et de partager la décision. Quand il n’y a plus de temps à partager il n’y a plus de démocratie possible.

Paul Virilio

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« Oublie une bonne part de ce que tu apprends » et « sois lent  d’esprit » allaient devenir deux des meilleures réponses de Montaigne à la question du « comment vivre ?

Sarah Bakewell

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  Droits de l’homme

La démocratie se présente comme une recherche de fraternité accompagnée d’un refus de paternité.

L’idéologie des droits de l’homme consacre la République des frères.

Jean Lacroix

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Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

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Je crois à l’universalité à l’indivisibilité des droits de l’homme. Ils demeurent l’horizon vital de notre temps.

Robert Badinter

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Je pense que, les hommes étant originaires des différents points du globe, ils ne sont pas tous sortis d’un seul homme, mais qu’ils n’en sont pas moins frères, n’ayant qu’un seul auteur qui est le soleil et une même mère qui est la terre.

Nicolas Restif de la Bretonne

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Les hommes ne naissent ni libres ni non-libres, ni égaux ni non-égaux. Nous les voulons libres et égaux dans une société juste et autonome.

Cornélius Castoriadis

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La première génération de droits est celle des « droits-libertés » (droits civils et politiques). La seconde génération est celle des « droits-égalités » (droits économiques, sociaux et culturels). La troisième génération est celle des « droits-solidarités » (droit au développement, à l’environnement, à la paix). Au-delà de leurs contradictions ces trois générations non seulement doivent avancer dans leur consécration et leur application mais elles doivent s’appuyer les unes sur les autres, cela pour les personnes comme pour les peuples : être libres, debout et solidaires.

JML

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Au-dessus du droit des Etats il y a les droits de l’homme. Ils sont au-dessus de l’Etat souverain. Il n’y a aucune souveraineté qui justifie qu’un Etat bafoue les droits individuels.

Blandine Kriegel

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Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui.

Jean-Paul Sartre

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  Droit

Le Droit est l’intermède des forces.

Paul Valéry

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Le droit est à la conjonction de l’éthique et du pouvoir.

Georges Scelle

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La loi doit être faite pour l’homme et non l’homme pour la loi.

Kafka

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Le mot « droit recouvre deux réalités distinctes : il sert d’abord à désigner un système de règles de comportement, énoncées et appliquées au sein de la société selon des modalités spécifiques, organisant au nom de certaines valeurs un ordre et une logique de régulation sociale. Il désigne aussi une discipline aux ambitions scientifiques ayant pour objet l’étude de ces systèmes juridiques, le droit est alors une partie de la connaissance, découpée dans le champ du savoir de notre société.

Michel Miaille

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Nous rendons justice les mains tremblantes.

Guy Canivet

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Les lois sont des toiles d’araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites.

Honoré de Balzac

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Etrangeté ontologique du droit : c’est bien, en définitive, un sentiment d’étrangeté que l’on éprouve devant cette technique de contrôle social, technique souterraine qui opère sourdement dans les profondeurs des esprits et reste toujours invisible derrière les réalisations tangibles auxquelles elle donne lieu ; technique faite d’outils de direction des conduites émis par les pouvoirs publics mais dont la teneur et jusqu’à l’efficacité instrumentale passent par l’entremise des dirigés eux-mêmes, par le prisme de leur entendement et le consensus de leur volonté. Mais cette étrangeté ontologique du droit n’est, en vérité, que le reflet de l’étrangeté ontologique de l’homme lui-même, être doté des mystérieux attributs de la pensée et du pouvoir d’agir, de se mouvoir de son propre chef, selon ses propres desseins. C’est sur cette extraordinaire toile de fond que se développent l’ensemble de ses expériences de convivialité.

Paul Amselek

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Il y a ceux qui font le droit (négociateurs, législateurs), ceux qui l’appliquent et le pratiquent (juges, avocats), ceux qui l’enseignent et l’étudient.

Le droit désigne un système de règles qui, au nom de valeurs souvent dominantes, contribue à produire un certain ordre social à différents niveaux géographiques, il désigne également une discipline qui se veut scientifique et participe à l’ensemble des connaissances.

Mais c’est aussi un ensemble de lieux dont les enjeux sont multiples : enjeux de pouvoir, car ce sont des techniques de pouvoirs, enjeux de justice car c’est une éthique pratique, c’est le droit au-delà des droits, enjeux de savoir car c’est l’interpellation entre différentes matières du droit et aussi avec d’autres disciplines.

Au-delà du discours technicien qui met en avant des compétences, des procédures, au-delà du discours idéologique qui met en avant plutôt le contenu des normes, au-delà du discours théorique qui met en avant les raisonnements juridiques, il y a une question essentielle : est-ce que cette procédure, cette règle, ce raisonnement font avancer les libertés, les égalités, les solidarités ? Est-ce qu’un bon droit n’est pas celui qui contribue à mettre en oeuvre des moyens équitables, durables, pacifiques, démocratiques ?

JML

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4.                  Moyens et fins pacifiques

Non à la guerre

La guerre maudite par les mères.

Horace

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Les armes de la critique passent d’abord par la critique des armes.

Un graffiti de mai 1968

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Vienne le temps de l’amour, la méchanceté a trop servi. Mon colonel: Rendez-vous à l’évidence!

Jean Cocteau

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L’âge des cavernes est révolu, quand en finirons-nous avec l’âge des casernes ?

Théodore Monod

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Quand j’entends les talons qui claquent j’entends les cerveaux qui se ferment.

Lyautey

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Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé et que l’air pourtant se respire, et que tout est perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?

Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore.

Jean Giraudoux

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Toutes les guerres sont civiles car c’est toujours l’homme qui répand son propre sang, qui déchire ses propres entrailles.

Fénelon

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Faites l’amour, pas la guerre.

Slogan hippie

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Pacifisme

Pour la guerre : pas un homme, pas un sou !

Slogan pacifiste

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Les peuples apprendront peu à peu à regarder la guerre comme le fléau le plus funeste, comme le plus grand des crimes.

Condorcet

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Vive la grève révolutionnaire contre la guerre !

G. Hervé

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Plus de guerre ! Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons: place à l’arbitrage, la conciliation et la paix !

Aristide Briand

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Nous pouvons envisager le seul grand dessein : civiliser la Terre.

Edgar Morin

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Nous sommes les pacifistes de la première heure, nous resterons les pacifistes de la dernière heure.

Journal Le Libertaire

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Il n’y aura pas de progrès réel tant que l’homme transformé en soldat montera la garde contre la paix.

Louis Lecoin

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Paix

La paix c’est avant tout l’absence de guerre. Mais la véritable paix c’est une société humainement viable, autrement dit juste, écologique, démocratique et pacifique.

JML

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Il y a croire et croire, cette différence paraît dans les mots croyance et foi. Croire à la paix c’est foi, il faut ici vouloir, la foi va devant, la foi est courage. Au contraire croire à la guerre c’est croyance, c’est pensée agenouillée et bientôt couchée, c’est répéter ce qui a été dit et redit, c’est penser mécaniquement.

Emile Chartier, dit Alain

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On n’atteint la paix du coeur, si elle est de ce monde, que par le travail inlassable, la déception fréquente, et le sentiment d’une juste humilité.

Henri Bosco

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Oui la paix dans nos coeurs, oui la paix,

Et la paix dans le monde, oui la paix,

Le regard qui sait écouter, le regard qui ne juge pas,

Le regard qui se fait tendresse c’est la paix.

La tendresse à n’en plus finir. La tendresse à pleurer de joie.

La tendresse à crier pardon c’est la paix.

Chant

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La fausse paix n’est que le camouflage des contradictions qui poursuivent leur chemin souterrain pour, tout à coup, éclater en haines sauvages, en cruautés délirantes. Seuls les conflits reconnus, les contradictions avouées sont la moelle d’un amour enfin historiquement, massivement incarné.

Jean Cardonnel

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Si tu crois qu’un sourire est plus fort qu’une arme,

Si tu crois à la puissance d’une main offerte,

Si tu crois que ce qui rassemble les hommes est plus important que ce qui les divise,

Si tu crois qu’être différents est une richesse et non pas un danger,

Si tu sais regarder l’autre avec un brin d’amour,

Si tu sais préférer l’espérance au soupçon…

Si tu estimes que c’est à toi de faire le premier pas plutôt qu’à l’autre,

Si le regard d’un enfant parvient encore à désarmer ton cœur

Si tu peux te réjouir de la joie de ton voisin,

 

Si l’injustice qui frappe les autres te révolte autant que celle que tu subis,

Si pour toi l’étranger est un frère qui t’est proposé,

Si tu sais donner gratuitement un peu de ton temps par amour,

Si tu sais accepter qu’un autre te rende service,

Si tu partages ton pain et que tu saches y joindre un morceau de ton cœur,

Si tu crois qu’un pardon va plus loin qu’une vengeance…

Si tu sais chanter le bonheur des autres et danser leur allégresse,

Si tu peux écouter le malheureux qui te fait perdre ton temps et lui garder ton sourire,

Si tu sais accepter la critique et en faire ton profit sans la renvoyer et te défendre,

 

Si tu sais accueillir et adopter un avis différent du tien…

Si tu refuses de battre ta coulpe sur la poitrine des autres,

Si pour toi, l’autre est d’abord un frère,

Si la colère est pour toi une faiblesse, non une preuve de force,

Si tu préfères être lésé que de faire tort à quelqu’un,

Si tu refuses qu’après toi ce soit le déluge,

Si tu te ranges du côté du pauvre et de l’opprimé sans te prendre pour un héros,

Si tu crois que l’amour est la seule force de dissuasion.

Si tu crois que la paix est possible…

Alors la Paix viendra.

Pierre Guilbert

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Bienfaits de la paix

Je dis la paix pâle et soudaine

Comme un bonheur longtemps rêvé

Comme un bonheur qu’on croit à peine

      Avoir trouvé (…)

Je dis la paix cette fenêtre

Qui battit l’air un beau matin

Et le monde ne semblait être

      Qu’odeur du thym (…)

Je dis la paix aux jeux d’enfance

On court on saute on crie on rit

On perd le fil de ce qu’on pense

      Dans la prairie (…)

Louis Aragon

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Paix, source de tout bien

Viens enrichir cette terre

Et que nous passions nos jours

Etendus sur l’herbe tendre

Prêts à conter nos amours

A qui voudra les entendre.

Jean de la Fontaine

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Enfin veux-tu que j’énumère

Les Versailles que nous ferons

Les airs peuplés par les chimères

De notre front

Et l’immense laboratoire

Où les miracles sont humains

Et la colombe de l’histoire

Entre nos mains

Louis Aragon

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A vrai dire, il me semble que le pacifisme ne se laisse pas définir d’une façon rigide : il est moins un engagement doctrinal qu’une certaine manière profonde, viscérale, d’être et de se sentir.

Pour moi, être pacifiste, ce n’est pas forcément être toujours prêt à tout sacrifier à la paix, mais c’est quand même être capable de lui sacrifier quelque chose, et à quoi l’on tient.

Etre pacifiste, c’est ne prêter qu’une oreille méfiante à ceux qui, aujourd’hui, recommandent le massacre sous prétexte qu’il doit en prévenir un plus copieux, demain; c’est, sans méconnaître les droits de l’avenir, donner la priorité à la vie des vivants; c’est vouloir la paix même si elle n’a pas tout à fait la couleur qu’on préfère, c’est lui rendre grâce même si toutes nos passions n’y trouvent pas leur compte ; c’est admettre que l’intérêt de la paix peut ne pas coïncider avec celui de notre patrie ou de notre idéologie ; c’est oublier cette affreuse vérité que « le sang sèche vite » ; c’est avoir toujours présent à l’esprit l’immense contenu négatif du mot « paix », et tout ce qu’il signifie de non-souffrance, de non-détresse, de non-désolation ; c’est voir obstinément, en toute guerre, la gigantesque erreur judiciaire que fait la somme des peines capitales infligées à tant d’innocents ; c’est ne pas consentir aux grossières simplifications et falsifications que diffusent les propagandes pour entretenir la haine ; c’est refuser d’égrener le chapelet des slogans de commande et des calomnies de consigne ; c’est ne pas clamer qu’on veut la paix quand on fait le jeu des fanatismes qui la rendent impossible; c’est dénoncer sans relâche l’horreur de la guerre, l’atrocité de la guerre, l’ignominie de la guerre, mais se garder d’imputer à l’un des belligérants des atrocités hors série; c’est condamner, dans tous les camps, les intransigeances et les jusqu’auboutismes ; c’est s’affliger quand, pour quelque cause que ce soit, on voit un fusil entre les mains d’un enfant; c’est préférer que les réconciliations devancent les charniers; c’est n’être jamais tout-à-fait sûr d’avoir raison quand on donne son assentiment à la mort des autres…

Une vraie politique de paix ne pourrait être menée que par des hommes ayant au coeur ce pacifisme là.

Jean Rostand

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Je fais le rêve que les hommes un jour se lèveront et comprendront qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères.

Je fais le rêve qu’un jour chaque noir de ce pays, chaque homme de couleur dans le monde entier sera jugé sur sa valeur personnelle plutôt que sa couleur de peau.

Je fais le rêve qu’un jour les ventres vides seront remplis, que la fraternité sera un plus que quelques mots à la fin d’une prière.

Je fais le rêve qu’un jour la guerre prendra fin, que les hommes transformeront leurs épées en socs de charrues, que les nations ne s’élèveront plus les unes contre les autres et qu’elles n’envisageront plus jamais la guerre.

Avec cette foi nous saurons tailler une pierre d’espoir dans la montagne du désespoir.

Martin Luther King

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Le jour est proche ô mes sœurs de grandeur

Où nous rirons des mots guerre et misère.

Rien ne tiendra de ce qui fut douleur

Chaque visage aura droit aux caresses.

Paul Eluard

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Choisir la vie ou la mort

Soit l’humanité détruira les armements

Soit les armements détruiront l’humanité.

Albert Einstein

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Il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous périrons ensemble comme des imbéciles.

Martin Luther King

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Il me faut construire en moi les défenses

Contre la contagion de la violence.

Albert Jacquard

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S’aimer ou disparaître, il n’y a pas d’autre choix.

Raoul Follereau

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Un seul monde ou aucun, s’unir ou périr.

Albert Einstein

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Quelques moyens du développement pacifique

Les vrais chrétiens doivent refuser de se soumettre au service militaire.

Léon Tolstoï

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Tout ce qu’on peut faire c’est de casser les armes, de pisser sur ces monstres qui font pourrir les fleurs de l’amour.

Vincent à 7 ans

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Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.

Dicton

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Que préférez-vous ?

Un nouveau prototype de bombardier

Ou 75 hôpitaux de 1000 lits ?

Un nouveau prototype de bombardier

Ou 50 000 tracteurs ?

Un nouveau prototype de bombardier

Ou 30 facultés pouvant accueillir chacune mille étudiants?

Que préférez-vous, jeunesse du monde ?

Raoul Follereau

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S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre mon idéal avait des chances de prendre corps je dirai quand même non à la guerre car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres.

Louis Lecoin

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La guerre commencera d’avoir du plomb dans l’aile le jour où les candidats qui promettent d’augmenter les crédits militaires cesseront d’être élus.

Bernard Clavel

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Les hommes élèvent trop de murs et ne construisent pas assez de ponts.

Antoine de Saint-Exupéry

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Les moyens de la défense civile non-violente sont parfaitement cohérents avec les fins de la démocratie. Tout ce qui renforce l’une concourt à renforcer l’autre.

Jean-Marie Muller

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Du « si tu veux la paix prépare la guerre » (cependant toujours bien présent !) on est passé au « si tu veux la paix connais la guerre » (de la Société des Nations), à un « si tu veux la paix prépare la justice » (des Nations Unies). Comment arriver sur tous les lieux du monde à un « si tu veux la paix contribue à promouvoir une société durable, équitable, démocratique et pacifique » ?

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JML

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Reconversions

Force-les à bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères. Mais si tu veux qu’ils se haïssent jettes leur du grain.

Antoine de Saint-Exupéry

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Du travail, pas des bombes!

Slogan…

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Allons enfants de tous pays

Le jour d’y croire est arrivé

Contre le nucléaire tyrannique

Les consciences se sont éveillées

Les consciences se sont éveillées

Entendez-vous notre campagne

Contre ces féroces déchets

Ils viendront jusque dans nos bras

Tuer nos fils, nos compagnes

 Alarme citoyens

Pour les reconversions !

Alarme nos élus

Prenez vos longues vues !

Marchons, marchons

Qu’un air pur

Souffle dans nos poumons !…

Chanson militante

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La vraie question est celle d’un redéploiement considérable des moyens détournés par le complexe militaro-industriel, au profit d’activités « socialement utiles »… Faire fonctionner ce principe des vases communicants du militaire vers le civil suppose une réelle volonté, des choix politiques.

Jacques Muller

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Reconvertir l’industrie d’armement vers des productions socialement et écologiquement utiles coûte cher et doit être pris au sérieux par l’Europe, les Etats et les régions pour ne pas soumettre aux « lois du marché libre » le sort de centaines de milliers d’ouvriers.

Solange Fernex

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Remettre en cause l’irrésistible ascension des recherches scientifiques militaires est une des urgences qui s’impose à tous les peuples.

JML

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La liberté de la recherche scientifique doit avoir des limites : elle ne doit pas porter atteinte à l’intérêt commun de l’humanité. Ainsi les recherches scientifiques sur les armes de destruction massive devraient être interdites (et ces interdictions très contrôlées), ainsi les recherches existantes déjà dans ce domaine devraient faire l’objet de reconversions. Ce serait probablement une des entreprises pacifiques les plus radicales.

JML

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5.                  Règlement non-violent des conflits

Conflit

Le conflit c’est la loi de la vie, la guerre c’est la loi de la mort. Le libre jeu du conflit c’est l’antidote de la guerre.

Odette Thibault

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Il n’y a pas deux personnes qui ne s’entendent pas, il y a seulement deux personnes qui n’ont pas discuté.

Proverbe wolof, Sénégal

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Très souvent on ne sait pas régler nos conflits. Soit on utilise la violence d’oppression en imposant sa loi, soit on accepte la violence de soumission en renonçant à ce que l’on juge être essentiel. Il faudrait arriver à trouver ensemble dans la confrontation le respect des personnes, des solutions justes.

JML

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Dans la non-violence il y a une décontamination mimétique du conflit de personnes pour tenter de limiter celui-ci à la question du partage ou de la possession de l’objet. Cette valorisation de l’objet du conflit est une façon de se le réapproprier et d’agir de façon non-violente pour sa résolution.

La guerre est tout le contraire : c’est le refus du conflit, autrement dit la suppression du conflit par la suppression de l’adversaire.

Jacques Sémelin

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Bâti comme un contrat provisoire entre deux ou plusieurs parties en conflit, le compromis s’avère être un moyen typiquement non-violent, capable de favoriser à terme une conciliation. Quand un compromis n’est pas possible, il vaut mieux alors l’affrontement, non-violent il va sans dire, qu’une compromission.

François Vaillant

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Face au conflit cinq attitudes sont possibles : la neutralité, la bagarre, la fuite, la capitulation, la non-violence.

Lanza del Vasto

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Il y a des disputes où l’on va, l’on s’échauffe, il se peut qu’on échange des coups et un moment vient où l’on s’aperçoit qu’on ne se souvient plus du tout de l’objet de sa dispute.

Henry de Montherlant

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 Le passage du monde des cités à la Cité du Monde, loin de réaliser les rêves de l’utopie, se vit dans la tragédie. Quelle est la signification de ce huis clos tragique : l’éternel conflit ou la recherche chaotique d’une Cité habitable ?

René Jean Dupuy

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Il convient de mettre en place une société conflictuelle mais non-violente, car la paix est

 l’état d’une nation qui profite de ses conflits pour mettre en route sa propre transformation.

Albert Jacquard

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Non-violence

La non-violence est le moyen le plus inoffensif et le plus efficace pour faire valoir les droits politiques et économiques des exploités et des opprimés.

Gandhi

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La non-violence n’est pas une vertu monacale destinée à procurer la paix intérieure et à garantir le salut individuel. C’est une règle de conduite nécessaire pour vivre en société car elle assure le respect de la dignité humaine.

Gandhi

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 La non-violence ne présuppose pas un monde sans conflits:

en réalité on ne peut parler d’action non-violente qu’en situation de conflit.

Jean-Marie Muller

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Aujourd’hui la question n’est plus de savoir si la violence est bonne ou mauvaise mais s’il est possible de substituer à la violence une autre conception que celle de la force pour résoudre les conflits de l’Histoire.

Jacques Sémelin

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La première condition à laquelle doit satisfaire une doctrine de la non-violence est d’avoir traversé dans toute son épaisseur le monde de la violence.

Paul Ricoeur

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L’homme dans ce monde de conflits et de tensions n’a-t-il de choix qu’entre une passivité résignée, un lâche renoncement à l’exigence impérieuse de libération qui constitue son être ou la dégradation de son agressivité naturelle en une violence meurtrière qui détruit ce qu’il y a d’humain en lui ?

La non-violence est une idée neuve qui perce une terre aride et pousse à travers les décombres des espoirs ruinés avec l’indomptable puissance de vie des jeunes plantes qui cherchent la lumière. Elle s’enracine dans l’espérance, se nourrit de la force de la justice. Son passé trop court et méprisé révèle l’efficacité des méthodes d’action qui mobilisent par delà la violence, le mépris et la haine. Dans ce monde bouleversé, elle reste compatible avec une vision humaine du destin des hommes et avec l’amour qui, inlassablement, s’offre à nous au plus secret de notre être.

Jacques de Bollardière

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Il existe des lois injustes : consentirons-nous à leur obéir ? (…). Si, de par sa nature, la machine gouvernementale veut faire de nous l’instrument de l’injustice envers notre prochain, alors, je vous le dis : enfreignez la loi.

Henry David Thoreau

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La non-violence riposte à chaque coup en s’offrant à d’autres coups. Elle riposte aux accusations de lâcheté par le témoignage de la présence au péril, et de l’endurance dans l’épreuve. Elle riposte aux mensonges par l’inlassable et précis rétablissement de la vérité. Elle riposte aux manœuvres par la simplicité et la droiture. Elle riposte aux risées par une gravité digne. A toute force du mal, elle oppose non une force de même nature mais une force de nature opposée et qui la compense. 

Lanza del Vasto

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La non-violence suppose avant tout que l’homme soit capable de se battre.

Gandhi

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Nous saurons être la force tranquille qui crée partout où vous n’aurez été que la force brutale qui tue.

Nelly Roussel

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La douceur est la première des forces et peut-être des vertus.     

Pierre Teilhard de Chardin

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Boycott, défense civile non-violente, désobéissance civile, grève, grève de la faim, humour, non-coopération, objection de conscience, obstruction non-violente, pétitions, reconversions, sit in (s’asseoir sur la voie publique) sont quelques uns des moyens utilisés dans l’action non-violente.

cf. la revue « Non-violence actualité »

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La non-violence consiste à avoir l’esprit dur, le cœur tendre.

Martin Luther King

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Si la non-violence est possible alors elle est préférable.

Jean-Marie Muller

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Nier sa mort dans le fil quotidien de notre vie c’est vivre en somnambule de l’existence. Projeter sa mort sur l’autre ennemi c’est en venir à la violence. L’homme s’accommode généralement de cette double duperie : celle du déni de mort ou de sa projection sur l’autre.

La troisième attitude: l’assumer, c’est sur ce chemin que s’édifie la non-violence. Y a-t-il démarche plus authentiquement humaine que d’assumer cette mort dans ma vie au point que je puisse la brandir devant tous quand je ne supporte plus que la vie soit bafouée ?

Jacques Sémelin

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Le sang ne se lave pas avec du sang mais avec de l’eau.

Proverbe turque

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Votre grande erreur est de croire qu’il n’y a aucun rapport entre la fin et les moyens. Cette erreur a fait commettre des crimes sans nom. C’est comme si vous prétendiez que d’une mauvaise herbe il peut sortir une rose. (…)

Les moyens sont comme la graine et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence.

Gandhi

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L’une des originalités de la pensée de Gandhi a été de montrer que la fin ne justifie pas n’importe quel moyen.

François Vaillant

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Je n’hésite pas à dire que là où le choix existe seulement entre la lâcheté et la violence il faut se décider pour la solution violente. (…) Mais je n’en crois pas moins que la non-violence est infiniment supérieure à la violence.

Gandhi

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Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant dans la tasse de l’amertume et de la haine. Nous devons pour toujours conduire notre lutte sur un plan élevé de dignité et de discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Encore et encore, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où l’on réfute la force physique avec la force de l’âme.

           Martin Luther King

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Alors que pour la non-violence tout homme est une fin, le mépris d’autrui implique un comportement qui peut conduire un individu à traiter autrui comme un moyen. Or tous les hommes se valent en dignité. C’est pourquoi agit moralement celui qui reconnaît tout homme comme fin et se comporte de manière correspondante.

François Vaillant

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L’homme peut se libérer des relations destructrices en opérant la transmutation de la violence en combativité pacifiante.

Denise Van Caneghem

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Maîtriser sa propre peur c’est en même temps maîtriser sa propre agressivité en sorte que celle-ci s’exprime par d’autres moyens que ceux de la violence-destruction. Ainsi nous passons avec les autres d’une relation de domination et d’aliénation réciproque à une relation de justice et de respect. L’action non-violente a pour but de transformer ces potentiels variables d’agressivité qui sont en nous en combativité positive face au conflit.

Jean-Marie Muller

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Désobéissance civile

Lorsque la désobéissance civile m’a mené en prison, le philosophe Emerson me demanda: « Mais pourquoi êtes-vous en prison ? ». Je lui répondis: « Pourquoi n’y êtes-vous pas ? ».

Henry David Thoreau

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Ne servir aucun maître pour n’en subir aucun.

Etienne de la Boétie

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Si on n’obéit plus au tyran, sans combattre, sans frapper il demeure nu et défait, il n’est plus rien.

Etienne de la Boétie

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Une stratégie de l’action non-violente repose en particulier sur trois principes : l’affirmation de l’identité du sujet résistant, la non-coopération collective, la médiatisation du conflit.

Jacques Sémelin

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Soyez résolus à ne plus servir le tyran et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le heurtiez mais seulement que vous ne le souteniez plus et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser.

Etienne de la Boétie

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L’homme qui ne fait qu’obéir est un esclave.

Erich Fromm

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Le fonctionnement de l’obéissance repose sur l’identification au fort et sur la négation de la souffrance du plus faible. Plus on est intégré à une structure, plus on peut être amené à obéir contre sa conscience. L’obéissance, la soumission à l’autorité, est pourvoyeuse de violence.

Stanley Milgram

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Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite.

Henry David Thoreau

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Pardon

Piégé entre la rancune et l’oubli, la pardon serait-il un nom hypocrite pour désigner « les oubliettes » de la vie ? Ou alors, trop compromis avec d’obscures notions religieuses comme le « pêché », la « rémission », « l’absolution », la « rédemption », susciterait-il d’emblée la méfiance ?

L’une des difficultés du pardon tient au fait que chacun rencontre cette question avec son expérience propre, souvent intime, qui touche à l’identité. En effet, dans l’histoire des individus comme dans celle des communautés, le pardon tantôt menace tantôt fonde cette identité. Consentir à l’idée du pardon c’est se donner le courage de réparer dans une société où l’on ne répare plus, où l’on jette tout.

Du pardon à l’impardonnable : l’amnistie, la grâce, l’oubli, l’indifférence, la rancune, la vengeance…une série de dilemmes pour que chacun tisse sa propre intrigue.

Olivier Abel

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Pardonner est une action plus noble et plus rare que celle de se venger.

W. Shakespeare

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Pardonnez sans attendre. Pour votre bien ayez le pardon facile et rapide.

Paul Wilson

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En disant deux fois pardon tu ne pardonnes pas deux fois mais tu rends le pardon plus solide.

W. Shakespeare

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Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle? C’est le pardon qui doit y mettre fin.

Légende Shintô

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Le grand défaut des hommes est d’abandonner leurs propres champs pour ôter l’ivraie de ceux des autres.

Proverbe de Chine

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Pour ne haïr personne tu haïras bien des choses.

Lanza del Vasto

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La parole guérit la colère.

Eschyle

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Le châtiment est une autre possibilité, nullement contradictoire ; il a ceci de commun avec le pardon qu’il tente de mettre en terme à une chose qui, sans intervention, pourrait continuer indéfiniment.

Hannah Arendt

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Il est possible qu’un pardon pur de toute arrière-pensée n’ait jamais été accordé ici-bas, qu’une dose infinitésimale de rancune subsiste de fait dans la rémission de toute offense. Tel cet impondérable calcul, tel ce motif microscopique d’intérêt propre qui subsistent en cachette dans les souterrains du désintéressement.

Vladimir Jankélévitch

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Rien ne se fait, rien ne commence tant que les hommes ne se sont pas reconnus.

Jacques de Bollardière

 

 

 TABLE  DES   MATIERES

 

SOMMAIRE———————————————————————2

 

Avant-propos  —————————————————–3                                                                                 

PREMIERE PARTIE :   LES SOUFFLES DU MONDE 5

I. QUELLES FORCES SOUFFLENT SUR LE MONDE  ? 5

1.     Le Marché Mondial   5

Histoire du marché mondial

Puissance du marché mondial et de l’argent

Maître mot du marché mondial : la compétition

Vitesse et marché mondial

Corruption et marché mondial

Limites du marché mondial

Dénonciations du marché mondial

Remises en cause du marché mondial

2.     Les Etats   12

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Quelques conceptions de l’Etat

Variété des Etats

L’absolutisme étatique (une des logiques de l’horreur)

Critiques de l’Etat

Limites des Etats

Remises en cause de l’Etat

La politique

Le pouvoir

3.     Les organisations internationales    19

Nations Unies

Union européenne

Organisations internationales en général

Organisations non gouvernementales

4.     Les complexes scientifico-technico-industriels  21

La technoscience : Puissance de la science

L’exemple de la voiture

Firmes multinationales

Complexes scientifico-militaro-industriels

Complexes médiatiques

Complexes urbains

5.     Les acteurs humains  28 

Les personnes :

Ø    Appartenance au genre humain

Ø    Richesse des différences

           Les Peuples 

L’humanité :

Ø    Disparition de l’humanité ?

Ø    Humanité et être humain

Ø    L’humanité et le droit

6.     Le développement : Pour qui ? Lequel ? 37

Origines, étapes de la notion de développement

Radicalité de la crise

Au cœur de la crise : le productivisme

Interdépendances et développement

Pour une société humainement viable

Développement, croissance, développement durable, décroissance

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      II        DERNIERS SOUFFLES DU MONDE?  40

1.     Moyens et fins terricides  40

Manifestations de la débâcle écologique

Une cause de la débâcle écologique : le productivisme

Autre cause de la débâcle écologique : l’explosion démographique

2.     Moyens et fins injustes 45

Histoire des dominations

Pauvreté, exclusion, misère

Inégalités

Tiers-Monde

Chômage

Autres injustices – faim

L’intérêt

Face à l’injustice

 3     moyens et fins autoritaires   51                                                                                                                                                                                        

Absence des droits de l’homme

Totalitarismes

Torture

Haine, vengeance

Racisme et luttes contre le racisme

Terrorisme

Face aux totalitarismes, face aux régimes autoritaires

4      Moyens et fins humanicides  55

Souffrances de la guerre

Guerre

Ennemis

Armes

Armes nucléaires

Veille de fin des temps

Face à la guerre

Destruction humaine de masse

.5     Violences  65

Manifestations des violences

Page 111

Définitions des violences

Les analyses des causes des violences

.6     Les rapports entre les fins et les moyens71

III.          Nouveaux souffles du monde ? 73

1.     Moyens et fins écologiques  73

Merveilles de la nature

Tenir compte du long terme

Que faire dans le sens d’une société écologique?

Quel progrès ?

Ø    Progrès et croissance sont différents

Ø    Le scientisme n’admet pas la critique

Ø    Un progrès : une scien