Ode à l’âge

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Je ne crois pas à l’âge.

 

Tous les vieux
portent
dans les yeux
un enfant,
et les enfants
parfois
nous observent
comme des vieillards profonds.

 

Mesurerons-nous
la vie
en mètres ou kilomètres
ou mois ?
Et depuis que tu nais ?
Et tout ce que
tu dois parcourir
jusqu’à ce que
comme les autres
au lieu de marcher dessus
nous reposions sous la terre ?

 

De l’homme de la femme
qui ont assumé
actions, bonté, force,
colère, amour, tendresse,
de ceux qui véritablement
vivants
se sont épanouis
et dans leur nature ont mûri,
n’approchons pas, nous,
la mesure
du temps
qui peut-être
est autre chose, une couche
de minerai, un oiseau
planétaire, une fleur,
autre chose peut-être,
mais pas une mesure.

 

Temps, métal
ou oiseau, fleur
au long pétiole,
étale-toi au long
des hommes,
fleuris-les
et lave-les
d’une
eau
ouverte
ou d’un soleil caché.
Je te proclame
chemin
et non linceul,
escalier
pur
à marches
d’air,
costume sincèrement
remis à neuf
pour de longitudinaux
printemps.

 

Maintenant,
temps, je t’enroule,
je te dépose dans ma
boîte sylvestre
et je m’en vais pêcher
avec ta longue ligne
les poissons de l’aurore !

 

 

Pablo Neruda

Troisième livre des Odes
Ode à l’âge,
Gallimard, 1978

(Commentaire de l’auteur du site :

Merveille des merveilles ! )

mai 11, 2014 Poèmes